‹ Algérie et TunisieChapitre 73 sur 107 · Bab-Azzoun · texte numérisé non relu

Bab-Azzoun

l'hoLû ISeurdein.

Alger. — Pavillon de la Kasba, dit : du coup d'éventail.

LES RIVAGES ET LES OUEDS DU TELL ALGÉRIEN

prirent que les temps étaient venus; ce jour-là le général français fut le « maître de l'heure ». Le port que les Français ont fait à Alger n'a rien de merveilleux. C'est concavement, non convexement, que sa jetée du Nord, longue de 700 mètres, résiste à la plus grande puissance du monde, celle des flots poussés en tempête; elle concentre l'effort de la mer au lieu de le briser et déchirer; mais, tel quel, son mur tranquillise un kilomètre carré derrière l'eau libre du dehors, tantôt muette, tantôt chuchotante, tantôt turbulente. Alger, devenue grande capitale, ne se con-

rhoto Ncurdein.

Vue générale de Saint-Eugène.

tente plus de ces cent hectares (en réalité un peu plus de 90 seulement); il prépare en ce moment un second port, sur la plage de l'Agha.

IV. La Métidja. — Si l'on en croit l'histoire du pays, trente villes à mosquées et minarets d'où tombait la j)salniodie arabe qui est l'invitation à la prière, éclataient en blancheur dans la Métidja au xui' siècle. A l'époque où le Turc la prit il la trouva riche et peuplée; à l'époque où il lui fallut la quitter, il la laissa vide, empoisonnée, enflèvrée, misérable.

Lorsque les Français la traversèrent pour la première fois quand ils tentèrent de se frayer un chemin vers la ville d'en bas, qui est Blida, et la ville d'en haut, qui est Médéa, la plaine aux trente cités n'était même plus la plaine aux trente villages. Conduites d'eau crevées, canaux obstrués, torrents extravasés. marais dans tous les creux, elle était mortelle et, comme disait l'indigène, la corneille elle-même n'y pouvait vivre. Des « Bédouins », Berbères depuis longtemps

passés à la langue arabe, y coupaient le foin dont elle était prodigue. Ce foin, ils l'engrangaient dans de grandes fermes, dans des « haouchs », bâtiments longs, larges et bas, la plupart carrés à côté de l'étable aux bœufs et de l'écurie aux chevaux qu'on voyait paissant, le jour, dans la plaine.

Ruminants placides, chevaux, « buveuses d'air » n'y broutaient point toujours avec tranquillité les herbes humides. Souvent des cavaliers piquant de l'éperon les « coursiers fumants » arrivaient comme un vent d'orage; ils tuaient les bergers et repartaient avec les bêtes effarées, tribut involontaire du Turc ou du Maure, quelquefois même du beylik; mais si c'était celui-ci

qu'ils avaient pillé, le châtiment ne manquait jamais; d'un pîed boiteux ou non, il venait à son heure et les têtes d'hommes payaient les têtes de bétail.

Là où la Métidja n'était pas nudité, herbe ou marais, elle s'étendait en un maquis propice à la maraude : palmiers nains, si difficiles à déraciner que nos colons auraient mieux aimé piocher un sol de carrière, genêts aux fleurs jaunes, grands micocouliers, arbres dont on fait les fourches, cistes, lentisques, jujubiers, oliviers, cactus, aloès agaves. A l'odeur salubre des pins, à l'exhalaison du palus se mêlait le baume des herbes de senteur, lavande, sauge, thym, romarin et

Le frais parfum qui sort des touffes d'asphodèles'.

Boufarik. — Trois fois plus loin d'Alger que de Hlida la route arabe d'avant la fatidique année 1830, autrement dit le sentier menant de l'une à l'autre ville, rencontrait le campement d'un marché du lundi, lieu plus sec que le marais d'alentour. Hors la rumeur hebdomadaire de ce lundi, beuglements, meuglements, hennissements, braiements, et les exclamation» des chameaux et les explosions gutturales des hommes, cet endroit, Boufarik, était silencieux. Dès la nuit tombée, ou même dès que le soleil de l'après-midi s'inclinait vers les monts des Béni-Menasser pour aller s'ensevelir derrière eux dans son or et sa pourpre, on fuyait le tertre de la pestilence; on le laissait à l'hyène, au chacal, au sanglier, à la panthère qui venait, rampant autant que marchant, lécher la terre où avait goutté le sang du bœuf et du mouton, et, s'il se pouvait, 'dévorer les lambeaux de viande avec de grands ronrons passionnés.

Le champ du marché; un puits; une koubba aoucc au saint maugrabin le plus riche en

Mosquée de Sidi-Abd-er-Rahman à Alger.

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