‹ Algérie et TunisieChapitre 78 sur 107 · Oran · texte numérisé non relu

Oran

Nec Juba; lellus fjeneral, leonuin Arida nutrix.

oueds tarissants ; mais sur la rive opposée de longs torrents moins prompts à sécher tombent de cet Ouaransénis autour duquel le Nahr-el-Ouassel et le Chéliff tracent un arc de cercle de 350 kilomètres, avec seulement 75 kilomètres de corde : tels sont, entre autres, le Sly, le Riou et la Djiddiouïa.

Le Sly (100 kilomètres) s'appelle également l'Isly, comme la rivière où Bugeaud triompha du Grand Chérif. Né dans le voisinage du Nahr-el-Ouassel, c'est un des torrents qui scient l'Ouaransénis. Entre le Sly et le Riou, le marais de Merjda' s'épanche dans le Chéliff par un ruisseau d'eau vive. Le Riou (150 kilomètres) arrive au Chéliff avec le peu de flot que n'ont pas consommé les prairies, les champs, les arbres, les filtrations, le soleil, en un bassin de 230 300 hectares presque entièrement composé de craies. Il tranche aussi l'Ouaransénis. C'est la rivière d'Ammi-Moussa et la génératrice d'un canal de 1 000 litres par seconde qui vivifie d'abord le val du Riou luimême puis un lambeau de la vallée du Chéliff.

La Djiddiouïa n'est qu'un long ruisseau gonflé par un barrage en amont de Saint-Aimé; barrage qui a beaucoup fait pour décourager les initiateurs des « arrêts d'eau »; en quelques

années la vase l'a presque comblé.

Après la Djiddiouïa, la vallée devient très ample : 40 000 mètres sur 20 000, soit 80 000 hectares, vieux lâc, qui se combla, ou se vida, ou tous les deux ensemble; après quoi le fleuve, longtemps arrêté là, continua son cours jusqu'à la Méditerranée par l'étroite percée entre le Dahra et le plateau mostaganémois. Le Chéliff n'y sinue pas seul, la Mina, son maître tributaire, y serpente aussi — d'où le nom de plaine de Mina-et-Chéliff.

IV. La Mina. — Plus jeunes probablement que le Médracen et que le Tombeau de la Chrétienne, neuf sépulcres de pierre voisins l'un de l'autre couronnent des tertres du massif du Mont-Vert (Djebel Lakhdar), aux confins du Tell, à la lisière de la Lande. Ce Mont- Vert est l'un des djebels de craie d'où ruissellent en eau d'argent les oueds supérieurs de la Mina. La hauteur des neuf Sépulcres, des neuf Djédars varie; le plus élevé monte à 18 mètres, ce qui le met presque de niveau avec le Médracen, mais c'est encore 15 mètres de moins que le Tombeau de la Chrétienne. Djédar sigifie. la muraille de pierre et, par extension, la ruine — en quoi il répond aux mots de kherba et de henchir, celui-ci d'un usage universel en Tunisie.

De construction plus barbare que le mausolée massylien et que le massésylien, ils ont probablement copié l'un ou l'autre, mais d'une imitation grossière, d'où l'art est absent, la conscience aussi. Faits d'une pierre calcaire avec encastrement de débris d'édifices romains, ce qui fut en Afrique la manière byzantine, ils doivent dater plus ou moins du temps de Bélisaire et de ses successeurs, Grecs du Bas-Empire qui bataillaient sur les hauteurs de la Maurétanie. Le sixième siècle vit probablement leur naissance. Le grand historien des Berbères, Ibn-Khaldoun en donne une preuve. Il nous apprend qu'un sultan quelconque, faisant ici la guerre au milieu du dixième siècle, passa devant les Djédars et que sur l'un d'eux il lut une inscription

t. Tautologie franco-arabe : merjda répond exactement à marais.

LES RIVAGES ET LES OUEDS DU TELL ALGÉRIEN. 227

grecque : « Je suis le général Salomon ' ; mon roi m'a envoyé contre les rebelles de cette rille-ci; grâce à Dieu, je les ai A'aincus et j'ai bâti ce monument pour perpétuer ma mémoire. » Le plus haut et le plus massif des Djédars a deux chambres aux murs peints.

Sur ces mêmes montagnes dont les replis cachent les surgeons de la Mina, telle allée couverte, tel dolmen est « surhumain »; la pierre supérieure de l'un d'eux n'aurait pas moins de 20 mètres de long, de 8 de large, de 3 d'épais; on parle même d'une table de io mètres, qui serait sans rivale au monde (?).

La Mina naît près de Frenda, que ses 1 052 mètres d'altitude rangent parmi les cités de l'Atlantide qui sont froides en hiver, fraîches le matin, le soir, et durant mainte belle nuit* d'étoiles. La vivacité des sources en fait bientôt une jolie riviérette, de celles où l'on aime à plonger pour enthousiasmer sa jeunesse ou, les beaux ans passés, pour la renouveler un moment. Une charmante cascade de 42 mètres, le saut de Ilourara, la brise en une belle ravine avant qu'elle baigne le pied des côtes de Tiaret, ville à 1 080 mètres dont le climat suscite une vaillante adolescence ; Français ou Espagnols, c'est du pays de Tiaret que descendent les recrues les plus vigoureuses de l'Oranie.

Plus loin la Mina va et vient devant l'escarpenjent qui portait l'amphithéâtrale Takdemt, doublement illustre : pour avoir été vers le milieu du moyen âge, sous le nom de Tahart, ou Téhert, ou Tihert-l.a-Neuve, un séjour de princes berbères et comme une espèce de capitale de Maghreb central; puis, de 1836 à 1841, pour avoir servi de place d'armes au marabout des Hacheras, Abd-el-Kader, qui en avait fait sa citadelle, sa fonderie de canons et son arsenal.

Tahart, Téhert ou Tiaret, mot berbère signifiant station; Takdemt, qui est la berbérisation de l'arabe Kedim, vieux, ancien; ces mots et d'autres disent quelle langue on parlait ici, mais le « kabyle » a disparu de la haute Mina; depuis quelques années le seul arabe y retentit. L'ne demi-lieue en amont de Prévost-Paradol, son bassin étant jusque-là de 109 000 hectares, elle coule entre deux rochers très voisins l'un de l'autre, site choisi pour une levée de 20 mètres qui rassemblerait ou rassemblera 14 500 000 mètres cubes d'eau.

Devant Uzès-le-Duc elle ouvre son lit à une charmante rivière de la craie, à l'Oued-el-Abd, son rival en flot-, son supérieur de 25 kilomètres en un bassin presque double. Lui aussi se déchire en cascade, à Tagremaret; une autre ressemblance avec la Mina, c'est qu'il offre à 12 kilomètres en amont d'Uzès-le-Duc un étranglement où 25 mètres de mur immobiliseraient 22 600 000 mètres cubes, à l'issue d'un bassin d'environ 450 000 hectares.

D'Uzès-le-Duc jusqu'à l'entrée dans la plaine de Mina-et-Chéliff le volume de la rivière décroît, comme il est naturel en une vallée torride où ne pénètre aucun puissant tributaire. Mais le barrage qu'on médite à 24 kilomètres en amont de Relizane, à Sidi-Mohammed-ben-Aouda, aiderait les réservoirs de l'Oued-el-Abd et de Prévost-Paradol à transformer le val en longue

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