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La Grande Mer, la Méditerranée

l'eau, rouler des flots sur la roche; et ces flots sont clairs, ils ne doivent rien à l'orage, ils doivent tout aux fontaines de la « sierra ». On entre, là où les oueds murmurent, dans la montagne terminale de l'Atlas, celle qui finit le bloc de Tell et Plateau. Le Sahara commence au delà de ces monts et ne s'achève qu'à cinq cents lieues au midi.

Dire que ces montagnes s'en vont au sud-ouest, à quoi bon, puisque c'est la coutume de toutes les traînées de notre Atlas? Et qu'elles s'en vont en rangées parallèles, à quoi bon encore? Nommées Aurès dans la région numide, de Batna jusqu'à Tébessa, elles s'appellent, au bout de notre Maurétanie, montagnes des Ksours, après avoir été, du nord-est au sud-ouest, monts des Zibans, Bou-Kahil, monts des Ouled-Naïl, Djébel-Amour. Les monts des Ksours et l'Amour se lèvent au fond de la Lande oranaise ; la Lande « algéroise » se butte à ce même Amour et aux djebels des Ouled-Nal ; les monts des Zibans, séparés de l'Aurès par le défilé d'El-Kantara, sont constantinois : ils ferment, au sud du Hodna, les horizons fermés au nord par les monts Hodnéens.

Les monts des Ksours, très hachés, ont peu de majesté pour qui les approche du septentrion, car c'est de 1 000, de 1 200, de 1 300 mètres d'altitude qu'on les envisage, eux-mêmes s'élançant rarement à 2 000. Mais du Sahara, sur les chemins des dunes ardentes, leur surrection atteint ou dépasse 1 200 mètres, et leur déchirure est superbe. Non loin de Figuig, oasis célèbre par sa haine du Roumi, au nord et près d'Aïn-Sefra, le Ujébel-Mzi hausse la tète à 2 236 mètres : c'est jusqu'à ce jour la roche culminante de l'Oranie? le roc supérieur de l'Algérie d'Alger ayant 2312 mètres, celui de la Numidie 2 329 — en cela les trois provinces diffèrent peu, mais la province de Tunis monte bien moins haut, tandis que l'Oranie, s'étendant vers le couchant, acquerra quelque jour les djebels « sublimes » du Maroc.

L'Amour, à peu près équidistant entre l'Aurès et Figuig, se dresse à 2 008 mètres, là ou il se nomme le Ksel, non loin du bourg de Géryville qui grelotte en hiver tout le jour, et, jusqu'en été tous les matins, par 1310 mètres d'altitude, [à côté d'un oued intarissant; — ou du moins il ne sèche jamais dans la montagne géryvilloise, il ne disparaît du sol que là où sa gorge s'ouvre sur la plaine du Chott Oriental. Aux lieux où cette chaîne se nomme le Djébel- Amour, dans le pays d'Aflou, vers le nord-ouest de Laghouat, 1 707 mètres au-dessus de la mer marquent la limite extrême de l'effort d'ascension, sur le plus haut de quinze à Vingt lambeaux parallèles. Entre les sources du Chéliff et celles de l'Oued-Djédi, très long torrent saharien, le plateau de la Gada, qu'isolent des cagnons, est comme un Causse Méjan que des précipices coupent en quatre sous-gadas ou sous-causses. Où qu'on l'aborde, à l'un quelconque des souscausses, il y a cent mètres à gravir, escarpement, apic ou surplomb ; en haut l'air est frais, la terre est par endroits arable, avec fontaines dans les bouts du monde et vergers où le cristal ruisselle, pur comme l'eau même de la mer, à laquelle ces ruisseaux ne se mêleront point : qu'ils aillent vers le Désert ou vers le Tell ils meurent près de leur vallon natal.

A peine s'il y a cent kilomètres de la pointe orientale du Grand Chott de l'Est à la rive gauche du Chéliff des Steppes, l'oued plus qu'indigent dont l'altitude est par ici, vers Taguin d'environ 850 mètres. De Taguin au Zahrez Occidental le marcheur ne perd que sa matinée, car du

ALGERIE ET TUMSIE.

« fleuve » au « lac » on ne compte même pas 30 kilomètres. Le Zahrez Occidental (Zahrèz Gharbi) est aussi peu lac que le Chéliff est fleuve; ses 30 000 k 32 000 hectares, à 826 mètres au-dessus des océans, embrassent au temps serein, qui dure ici presque toute l'année, moins d'eau qu'un laquet des Alpes, un étang des Pyrénées, une mare des Landes; le sel y abonde — environ 200 millions de tonnes.

Des deux montagnes crayeuses qui l'emprisonnent de loin, l'une, celle du nord, le Djébel-

Le Rocher de Sel.

Oukaït (1 191 mètres) ne penche vers lui ni ruisseaux, ni sources: à côté de ses alfas, il a pourtant des bois, tout au moins des demi-bois où les lentisques, myrtes, genévriers alternent avec le kerrouch, qui est un chêne à glands amers. L'autre, celle du sud. est dite : monts de Djelfa; autour du Sénalba (1 512 mètres), son culmen, elle porte des forêts qui se ruinent; une rivière en sort qui, en temps de crue, et alors seulement, réussit à descendre jusqu'au Zahrez à travers des dunes mouvantes ; c'est l'oued-Mélah ou l'Eau Salée.

L'Eau Salée passe devant un bourg sis à 1 IGO mètres d'altitude, devant Djelfa qui

commande aux Ouled-Naïl, Djelfa la gélide et la torride', la venteuse et la sèche^; bon pays cependant où le Français prospère dans le vallon qu'on a surnommé le Versailles de Laghouat — Laghouat, pauvre Paris; Djelfa, petit Versailles. — Puis, l'Oued-Mélah boit une source de 300 litres par seconde; il s'abat en cascade et va lécher le fameux Rocher de Sel qui quadruple son amertune. C'est par ses deux rives qu'il le suce, car cette roche n'est point un bloc isolé dont l'oued baigne la base, mais un banc de sel gemme qu'il traverse en un défilé dont les talus escarpés, sel mêlé d'argile et de plâtre, se dressent à plus de cent pieds de haut.

La dune méridionale du Zahrez de l'Ouest se prolonge pendant 40 kilomètres vers l'estnord-est jusqu'à la rive occidentale du Zahrez d'Orient (ou Zahrès Chergui), à travers un pays déprimé; il y a là une sorte de détroit, très aride aujourd'hui, mais où les vents fouettèrent autrefois des eaux, car il est visible qu'aux temps abolis les deux lagunes amères faisaient un seul et même léman d'eau douce. Si les Steppes redevenaient une région pluvieuse, le Zahrez Oriental, plus haut de niveau (840 mètres), se A-erserait dans l'Occidental, et celui-ci dans le Chélifî des Landes. Entre monts crayeux, le Zahrez d'Orient étend sur une cinquantaine de milliers d'hectares la couche de sel estival qu'on calcule à 330 millions de mètres cubes.

Les Zahrez ne servent à rien, pas même à charger quelques chevaux et mulets du sel dont ils sont prodigues. Mais la contrée d'alentour e.st Tell presque autant que Steppe, du moins dans les années dont les orages se résolvent en pluie, et non pas en rafales chaudes, en sables volants, en éclairs stériles entre des nues qui avortent. De ce demi-Tell on ferait presque un Tell entier si l'on réduisait par des levées la surface que l'un et l'autre Zahrez n'ont pas la force d'effacer dans toute son ampleur sous des ondes vivantes; on diminuerait ainsi l'aire d'évaporation: donc l'on concentrerait l'eau. Il faudrait aussi boiser les 40 000 hectares de dunes qui joignent (avec quelques lacunes) la rive droite du Chéliff des Steppes au rivage du lac Hodna; enfin il faudrait barrer les torrents de la montagne et forer des puits artésiens — toutes choses ou faciles ou possibles. Les djebels du nord des Zahrez dont aucune caverne dans la craie ne suscite au sud une rivière pour l'avivement des lagunes, sont également des « pères de la sécheresse » à leur A'ersant septentrional. Nul oued issu de leurs flancs n'arrose autrement que par une trombe fortuite le triste plateau que traversera bientôt le chemin de fer d'Alger à Laghouat.

in. Le Hodna; la Métidja du Sud. — Du Zahrez Oriental au Hodna l'on ne compte guère que GO kilomètres, mais la descente du sol est grande : de plus de 800 mètres à 400. Si le climat de la Lande se mouillait assez pour que tous ses oueds fussent à pleins bords en toute saison, autant qu'ils coulèrent dans un autre Age de la Terre ou peut-être un autre âge de l'Homme, la lagune du Hodna, gonflant en lac alpestre, monterait jusqu'au col qui mène de son bassin dans la plaine des Zibans ; un fleuve passerait devant Biskara, et les lagunes de la

1. La moyenne de l'été, 2"°C, y quadruple presque la moyenne de l'hiver, "",2; la neige y couvre souvent profondément le sol; la bise y siffle impitoyablement, comme un mistral.

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