CHAPITRE Vil
SAHARA ALGERIEN
I. Li'impluviosité. — Par delà les montagnes qui bordent an midi le haut plateau des Steppes s'étend le Sahara, large de 2 000 kilomètres entre l'Atlas et le pays des Noirs. Arrêtée par les djebels du Nord, la pluie n'y vient pas non plus de l'Ouest, quelque immensité de mer
Le Sahara : vue prise du col de Sfa, au nord-ouest de Biskara. (D'après une photographie de M. Neurdein.)
que l'Atlantique agite sur son rivage entre les derniers caps marocains et les dunes du fleuve Sénégal : de ce côté, les vents du Gouffre sont stériles. Les haleines de l'Est, soufflées par l'aride plateau de l'Asie, l'Arabie et le Sahara lui-même, ne sont pas moins sèches. Enfin le vent du Sud, le terrible guébli, père des tourbillons de sable, est un vent continental également infécond.
Aussi pleut-il extrêmement peu dans le Sahara : sur Biskara plus humide pourtant que la plupart des lieux du Désert, l'an 1880 n'a versé que 83 millimètres et demi d'eau « zénithale »; mais certaines années sont plus généreuses.
Voilà pourquoi le Sahara français, bien qu'à 10 degrés au plus de la zone fraîche, est un& des fournaises, ou, comme disent les Espagnols, une des poêles de l'univers. Si la moyenne y dépasse peu 21, 22, 23, 2.5 degrés, c'est qu'il y a des nuits froides, même au-dessous de zéro; les journées, elles, sont terribles : on a vu, paraît-il, 56 degrés à l'ombre (?!) à Touggourt; et cela dans une oasis où le mercure peut descendre à — 8. L'excès de la chaleur, l'intensité de la
Dans les dunes. I
réverbération, le vol du sable amènent avec eux leur cortège habituel de maux, et d'abord les maladies d'yeux; mais en sohime le climat, vu sa sécheresse, est très salubre, excepté dans les^ oasis où le flot d'eau qui pourrait baigner des palmiers dort en marais par la paresse des jardiniers du Désert.
Pareil au Steppe, le Sahara vaut mieux que son premier aspect. Avec deux gouttes d'ondeon y fait fleurir des paradis sur le sable ou la pierre qui cache le noir scorpion — paradis surtout par lenfer qui les environne. Or les sources de 50, de 100, de 200 litres et plus par seconde, faites de pluies qu'engouffrent le calcaire et la craie de l'Atlas, sont fort nombreuses, du moins dans le Sahara de Constantine à l'ouest et à l'est de Biskara. L'aïn d'où sort la rivière de Mélili, dans le Zab Occidental, donne 800 litres par seconde', et l'on estime à 2 733 litres par