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Mots arabes : la Bouche du Sahara

SAHARA ALGERIEN.

terre non plus, et tel de ces dattiers, tel de ces oliviers a sous lui jusqu'à 78 mètres d'alluvions. Si le torrent, qui est un fils de l'Aurès batnéen, si l'Oued-Biskra roulait tout l'an l'énorme flot que certains orages poussent dans son lit (et hors de son lit, lorsqu'il s'épanche à 12 000 mètres de largeur au delà des tamarins de sa rive), il supprimerait au loin la solitude et la svelte colonnade de la forêt des palmiers dresserait des millions de colonnes. Mais en temps ordinaire l'oued s'arrête en amont de l'oasis, et alors l'arbre à palmes qui doit plonger « son pied dans l'eau, sa tète dans la flamme », est arrosé par l'eau tiède (30") d'un gouflre, onde bleue et

Photo C. Kolland.

l^uits artésien à Sidi-Yahia.

profonde qui jaillit au milieu des roseaux, dans le lit même de l'oued; de cet abîme il sort de 130 à 180 litres par seconde, fournis probablement par le massif de craie des environs.

Du port de Philippeville à la ville française de Biskra, qu'avoisinent les sept villages du Biskara berbéro-nègre, il y a par la voie de fer, près de 325 kilomètres; 200 seulement ou un tout petit peu plus jusqu'à la courbure de mer la plus proche, qui est la rive du golfe de Bougie. Si forte est la chute des terres au revers méridional de l'Aurès que la ville de plateau, Batna, quia son socle à 1 035 mètres d'altitude, dépasse de plus de 900 mètres la ville oasienne, qui n'a que 124'mètres de surrection, non loin de fonds inférieurs même à la mer. Cette bassesse de site, la réverbération de l'.Vurès aux bastions chauves, les vents du Sud, de l'Est, de l'Ouest, tous de

fournaise, l'absence d'haleines marines, font à Biskra son climat très extrême, d'une moyenne de 22 à 23 degrés, l'oscillation allant de la gelée qui scelle ruisseaux et séguias, à 46, 48, 50 degrés de torridité.

Mais le Biskri, Berbère plus ou moins adultéré, tient de son origine une vigueur qui brave tous les soleils. Cette oasis remplit Alger, Tunis, Constantine, les ports, les villes telliennes d'une petite nation de bateliers, de porteurs d'eau, de portefaix, d'hommes de peine. A vrai dire, ils ne viennent pas tous de Biskra; ils sortent aussi des oasis voisines, des masures de mille et un jardins de palmiers, du sein de familles où foisonnent les lépreux, les borgnes, les aveugles, les chassieux. Beaucoup d'entre eux reviennent au ksar natal, riches de ce qu'ils ont appris — le plus précieux de leur science c'est d'entendre et de parler le français.

Serait-il vrai qu'une peste ou toute autre épidémie ait ouvert en 1663 la fosse à 71 000 des Biskris de Biskra? i\on sans doute, mais Biskra semble avoir été'plus grande qu'aujourd'hui. Elle existait dès avant que dominât ici Rome, car l'un de ses deux noms latins, Ouesker, n'a nullement la physionomie latine, mais bien l'apparence libyenne; l'autre nom, Ad Piscinam, latin celui-là, venait des thermes où arrivait l'eau prise à une lieue de distajice, à la fontaine soufrée, plus que tiède (46"), que les indigènes appellent le Bain des Saints Plommes ' et que les Français appellent la Font-Chaude.

Si elle a dépéri, voici qu'elle renaît : c'est la « Reine des Zibans ».

On appelle Zibans, pluriel de Zab, les oasis du pied de l'Atlas à l'est et à l'ouest de Biskra. Il y en a trois : le Zab Oriental, le Zab du Sud, le Zab du Nord, ensemble de pauvres villages en terre séchée au soleil, chacun dans son oasis, chaque oasis autour de sa source. Presque toujours cette fontaine est un abondant surgeon d'eau transparente. Presque toujours aussi cette eau trompe; on la voit lucide, elle l'est, mais le sel ou quelque autre substance chimique la traverse; on la croit fraîche, elle est tépide, à 22, 25, 30 degrés.

Au nord des oasis du Zab Oriental le. soleil teint de couleurs enflammées les craies de l'Aurasie, jusqu'à la rutilancc de la braise, et c'est pourquoi ce chaînon de l'Aurès se nomme la Joue Rouge ^; Joue Blanche l'hiver aussi, jusqu'à la candeur éblouissante, par le chaste argent de la neige. Comme nulle part le présent Atlas français n'est aussi haut (et nulle part la plaine aussi basse), les frimas ne manquent jamais à leurs créneaux suprêmes vers la fin de l'année et à son renouvellement. Les rivières le prouvent quand mars et avril lancent contre le djebel une tiède tempête, mouillée ou non; alors l'Oued-el-Abiod et l'Oued-el-Arab entrent dans le Désert en triomphateurs, comme des Rhônes de montagne : le premier au sortir des étroits grandioses de Bénian, de Mchounech ; le second à la grande coupure de Sidi-Nadji, qui est une « Bouche du Sahara ». Puis mai, juin, juillet, août étincellent, et les oueds sèchent; mais toute l'eau de la neige et des tornades n'a pas fui par la crue des torrents, il en est entré par filets sans nombre sous la pierre crayeuse.

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