‹ Algérie et TunisieChapitre 90 sur 107 · Alininr-Kliaddoii, mut n mot P.oiij:c Joue · texte numérisé non relu

Alininr-Kliaddoii, mut n mot P.oiij:c Joue

SAHARA ALGERIEN.

Aussi les fonts sont nombreuses q\ii jaillissent dans les gorges des oueds et au bas de

l'Aurès, à la lisière même du Désert, au point que le Tell n'a guère de régions où l'on voie bouillonner tant d'eaux éternelles, sources qui se dispersent en canaux à l'ombre des palmiers, dans des jardins presque palustres par trop d'entre-croisements des ruisseaux. Les poètes de ce coin du Sahara pourraient dire, comme Ovide, qu'ils sont nés dans une campagne aqueuse'.

Au nord, la très fière montagne de la Joue Rouge; au midi, l'étang du

Melrir avec les sous-étangs ses confrères, inférieurs ainsi que lui au niveau de la mer: tel est

le Zab Oriental, qui a pour

célèbre oasis Sidi-Okba.

Sidi-Okba (Monseigneur

Okba) conserve en son nom

la mémoire du premier

conquérant musulman du

Maghreb. Okba, fils de

Nafé, dort ici dans un tombeau de la mosquée, depuis

les douze cents ans et plus

qu'il fut tué dans ces parages par les Chrétiens,

tant Grecs et Latins que

Berbères. On lit tout près

de sa châsse vénérée, sur une des colonnes de l'Eglise :

Hada kobor Okba ben Nafé. Rahmah Allah! Autrement dit : C'est la tombe d'Okba, fils

i'iiolu de M. 1^. FrucUun, Biskra.

Irrigation d'une palmeraie.

Le marché de Sidi-Okba.

l. Hœc ego composui, Pelignis natus aquosis.

de Nafé. Dieu lui fasse merci! — C'est là l'inscription mahométane la plus vieille de toute l'Ile de l'Occident. Mais ces lettres arabes sont de cinq, de six siècles plus jeunes que maintes lignes latines de la contrée; Rome avait ici des avant-postes, Thabudeos, Ad Badias, Ad Majores, d'autres encore.

Sidi-Okba possède une Faculté de droit musulman; Tolga de même, qui domine dans le Zab Occidental où le djebel de fond n'a pas l'élévation de la Joue Rouge ; pourtant les aïoun tièdes, surgeons de la craie, qui s'y échappent du roc ou du sable, sont encore plus abondants qu'au levant de Biskra. Ainsi Mélili et Ourlai, deux bourgades presque riveraines de l'Oued- Djédi, se partagent une riviérette thermale et Oumach dispose de huit fontaines dont une monte indolemment d'un gouffre de 40 mètres de profondeur.

Tolga vante ses quinze mosquées, qui n'en valent pas une, et mille étudiants en droit fréquentent sa zaouïa. Non loin d'elle deux oasis eurent leurs heures tragiques, Zaatcha et El-Amri. Zaatcha rappelle un siège mémorable (1849), cinquante-deux jours de tranchée ouverte et un assaut où il coula plus de sang français que n'en boivent d'habitude les combats africains. El-Amri est le lieu de la révolte de 1875; bien moins mortelle que celle de Zaatcha, la lutte fut surtout à distance ; on cerna l'oasis, et des batteries la foudroyèrent.

Conquérir une oasis est une dure entreprise. Les murs du ksar, ceux des maisons sont en pisé ; le canon les troue, il ne les renverse point à grands pans ainsi qu'il fait des maçonneries. L'enceinte du bourg forcée, chaque jardinet, qu'entoure sa levée de terre, est une autre enceinte; dans le jardinet, forêt clairsemée, la mort vise l'assaillant derrière le palmier, le figuier aux larges feuilles, l'olivier, l'oranger; il faut franchir des canaux, des rigoles,, des fossés, des mares. Pas de rues, tout est cul-de-sac, embûche, coupe-gorge ; et il advient que le siroco souffle son sable dans des yeux brûlés par la poudre.

IV. De Biskara jusqu'au pays des Palmes. — Partir de Biskara pour Sidi-Okba, c'est prendre le chemin de la Syrte tempétueuse — distance d'environ 400 kilomètres. — A la Joue Rouge, et moins fiers qu'elle, succèdent d'autres élancements de l'Aurès et à l'Oued-el- Arab succèdent des torrents d'égale indiscipline qui rugissent dans l'Aurès ou tout au moins y gazouillent, puis sont muets, quelquefois dès avant l'entrée dans la plaine de flamme. Peu à peu l'Aurès descend des altitudes de 2 000 mètres à celles de 1 800, de 1 500, de 1 200; et lorsqu'on arrive chez le bey de Tunis on n'a plus au septentrion que des montagnes en lambeaux, ardent pays qui n'est ni le Steppe, ni le Désert, mais tous les deux; de même que, plus au nord en Tunisie, d'autres monts usés, restes des massifs antiques, se dispersent sur des plaines qui ne sont ni tout à fait Steppe, ni tout à fait Tell, mais qui sont l'un et l'autre.

Au midi, nul changement. C'est toujours sous différents noms, le même chott, la même fondrière, ici plus haute, là plus basse que le niveau de la Syrte, avec 31 mètres au plus creux, justement dans la lagune la plus éloignée de la mer — lagune nommée Melrir. Des fondrières, des argiles, des sables, du gypse, du sel aveuglant, telle est la dépression « franco-tunisienne »

SAHARA ALGÉRIEN. 271

qui commence avec ce lac, le plus proche de Biskra. Cette bourbe, cette arène, cette glaise, ce plâtre, il se peut que la crue des oueds en cache les sillons, les ornières, et qu'elle dissolve beaucoup de ce sel. Mais ce qu'y voit presque incessamment, le jour venant après le jour, et l'année après l'année, c'est le scintillement des cristaux, c'est l'incandescence du ciel, visible aux vibrations de l'air

V. Le Blad-el-Djérid ou Pays des Palmes. — \ l'est du Mehir, le Chott-el-Gharsa descend à 21 mètres au-dessous du niveau de la Syrie. Un dos de pierre et de sable, avec oasis « incomparables », le Djérid l'empêche de confondre sa saline avec celle du Chott-el-Faraoun. Djérid c'est le second terme de Rlad-el-Djérid ou Pays des Palmes, nom qu'aucun des « Jardins du Désert » ne mérite plus, ni peut-être autant. Là soat les oasis de Nefta, de Tozer, d'El-Ouidan, avec leurs rivières tièdes que déjà les Romains guidaient vers les palmiers. Un million de dattiers, plus ou moins, s'abreuvent à ce ruissellement. El-Ouidan se pourvoit à i^ sources; Tozer en possédait la-î, dont quelques-unes se sont éteintes, bien moins par la faute de la nature que par l'indolence des hommes, qui sont ici 23 000.

Tandis que le Sahara méridional, cessant d'être Sahara, devient lentement Soudan par le progrès des pluies tropicales vers le nord, le Sahara septentrional devient, lentement aussi, de plus en plus Sahara. La cause en est à la diminution des pluies, pénurie dont le Numide, le Gétule et le Garamante furent sans doute les premiers auteurs par l'incendie des forêts; puis ce furent les Arabes, peuple qui a pour fonction d'étendre la pâture aux dépens des selves, et à force de détruire les arbres, de détruire aussi l'herbe à mesure que l'ondée se fait rare et la source plus humble et de plus bas niveau.

La plupart des fonts djéridiennes tarissent, au pied de leurs talus de sable, parce que l'oasien ne maintient pa*s ces talus, que les versants s'écroulent et qu'ils bouchent l'œil de la fontaine; alors le dattier languit, il meurt, et l'oasis diminue ou disparaît. Si l'aïn aveuglé jaillissait à la lisière du bois des palmes la palmeraie se rétrécit; s'il jaillissait dans l'intérieur, tout sèche autour de la source abolie, les dattiers, les orangers, les figuiers, les feuilles et les fruits, les orges et les grains; le sol pierreux redevient pierre aride, le sol de sable se désagrège au vent et le jardin n'est plus qu'un passage de dunes. Ainsi, pour avoir laissé des grains d'arène tomber dans le cristal de la fontaine, l'oasien perd son oasis.

D'où vient la veine d'eau qui s'épanouit dans le Djérid par trois cents fontaines? Elle arrive souterrainement des horizons du Nord, du Steppe mêlé de monts, de tout le pays au sud de Tébessa. A lui seul, le Djérid, qui est fort petit, ne pourrait émettre que de modestes fontanelles, une goutte par ci, une goutte par là, de quoi mouiller quelques carreaux de jardin. Entre autres torrents, cette veine reporte au jour loued qui commence près de Fériana, la Thelepte des Romains ', descend à Gafsa, devient la Rivière aux Tamarins - puis déroule son sillon sec vers le

1. Les ruines (le Thelepte ne sont pas à Feriana même, mais à faible distance d'une grande source.

Page 1