‹ Algérie et TunisieChapitre 91 sur 107 · Oued-Tarfaoua · texte numérisé non relu

Oued-Tarfaoua

ChoU-el-Gharsa. Gîifsa, la Kapaz des Puniques et la Capsa des Latins, est une cité très antique, l'une de celles que les Arabes nomment les mères du monde; à 345 mètres d'altitude, des palmiers et des oliviers Tentourent, Ijuvant à des sources tièdes où des serpents noirs, des poissons, des tortues frôlent en nageant les murailles de bassins romains.

Le lac de Pharaon ', ou lac du Djérid -, plus vaste qu'aucune autre des lagunes de la dépression, dépasse le miroir des mers, comme aussi le Fedjedje, son voisin à l'est. Ayant à son côté « polaire » la Palmeraie, il touche presque par sa rive « équatoriale » à l'Areg ou Erg, monstrueux entassement de dunes où monte et dévale un sentier menant <à Ghadamès, la Kydamos antique; Ghadamès, oasis berbère de 350 mètres d'altitude, se trouve à l'un des grands carrefours du Désert.

YL Le Nefzaoua. — Trois cent cinquante oasis dont la plupart ne sont que des jardinets, dés bosquets, non des forêts de palmiers. Telle est la source, faible ou puissante, telle est l'oasis, petite ou grande, trempant ses dattiers dans l'eau qui, à l'inverse des aïoun djéridiens, est presque toujours une eau fraîche. Le Nefzaoua confronte à l'immensité de l'Areg. Il célèbre Kébili comme le ksar principal de ses quarante ksours, qu'habitent 15 000 hommes, arabophones parlant, ainsi que généralement les Sahariens, un arabe plus pur que celui du Tell et du Sahel; mais ils ne sont guère de sang ismaélite; chez eux des Berbères envahisseurs se sont confondus avec des Noirs envahis. Peuple depuis longtemps hybride, l'élément nègre l'emporte dans telle de ses oasis, ou dans tel bourg en briques de cette oasis, ou dans tel quartier de ce bourg, ou chez telle famille de ce quartier; ailleurs c'est l'élément berbère. Cette gent mélangée, avec nuances et dégradations sans nombre, est commune à presque toutes les oasis. Ce n'est pas ici qu'il faut parler de race au sens étroit du mot.

VII. La Mer Saharienne ou Mer Intérieure. — En leurs fonds et tréfonds et sur leurs terres de pourtour plus « humbles » que l'Océan, Melrir et Gharsa devaient être le lit de la très fantastique « Mer Intérieure » ; le lac de Pharaon et le Fjededje auraient été le trajet du canal d'amenée des eaux de la Syrie. On voulait trancher le seuil de Gabès, grès et calcaires de 100 mètres d'élévation ayant 47 mètres au col le plus bas; creuser dans le Fedjedje et le Faraoun un fossé gigantesque; percer, à l'ouest du Faraoun, des collines de 91 mètres; enfln remplir la cuvette inframarine du Gharsa et du Melrir avec l'onde salée de la Méditerranée, moins saline encore que celle des lagunes. Cette immersion, c'était la « Mer Intérieure », ou encore la « Mer Saharienne ».

Ces grands noms ont fait la passagère fortune de cette idée. Noms bien hyperboliques, car, avec ses 800 000 hectares la soi-disant « mer » était au Sahara ce que la sebkha des Oranais est au Tell d'Oran, ce que le lac de Genève est aux Alpes réunies de Suisse et de France, ou le lac

i. Chott-cl-Faraoun.

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