PROVINCE DE CONSTANTINE
On dit souvent que la province de Constantine est la plus belle de l’Algérie. C’est en effet celle qui paraît offrir les plus grandes ressources d’avenir et celle qui garde les traces les plus nombreuses et les mieux, accusées de la culiure romaine. Elle a trois grands ports : Bougie. Philippeville, Bône, et trois ports secondaires de quelque importance également : Djidjelli, Gollo, La Galle.
Ses montagnes ont conservé en partie leur parure et leurs richesses forestières; ses plateaux ne sont pas inhabitables et ne présentent pas l’aspect attristant du désert; la chaîne saharienne s’épanouit dans l’Aurès en longues vallées fertiles et cultivées; le Sahara luimême a de superbes oasis dans l’oued Righ et dans le bassin d’Ouargla.
La grande directrice des relations du Tell avec le Sahara est la route de Philippeville, Constantine, Biskra, qui se prolonge sur Tougourt et Ouargla; mais il existe une deuxième ligne très fréquentée également par Bône, Guelma, Aïn Beida, Tebessa, d’où l’on va soit dans le Souf par Negrine, soit dans le Djerid tunisien par Gafsa.
Les grandes régions naturelles sont les suivantes :
lo Le Tell, comprenant les bassins inférieurs de Toued Sahel, de l’oued el Kebir, de l’oued Safsaf et de la Sevbonse:
La partie comprise entre Bougie, Sétif et Philippeville, fait partie de la Kabylie.
Les Hauts-Plateaux;
Le Hodna ;
4® L’Aurès et les Ziban;
bo Le Sahara (chott Melghir, oasis du Souf, de l’oued Righ et d’Ouargla).
lo TELL.
Côtes. — Les côtes sont accidentées et présentent, comme nous l’avons dit, plusieurs bons ports.
Bougie (l’ancienne Saldœ des Romains, Bedjaia des Berbères) fut un des comptoirs de Carthage. A plusieurs époques, elle a été la capitale de petits États musulmans. Elle était enrichie par les courses des corsaires « que la beauté de son port attirait de toutes parts»; les Espagnols l’ont occupée pendant près de 50 ans (lo09 à 1655). Nos troupes s’en emparèrent par débarquement (29 septembre 1833). La ville compte aujourd’hui 5,000 habitants. C’est le port principal de la grande et de la petite Kabylie. Il s’y tient des marchés importants, et l’on prévoit que lorsque le département de Constantine sera divisé, k cause de sa trop grande étendue. Bougie deviendra, comme Bône, le chef-lieu d’une grande circonscription administrative.
Sa rade, dans laquelle finit l’oued Soummam (oued Sahel), est aussi belle que celle d’Alger et son port est
meilleur parce qu’il est protégé contre les vents du nord et de l’ouest, par le massif du Gouraya qui projette le cap Carbon. C’est le meilleur mouillage de l’Algérie.
Les remparts de l’époque romaine et de l’époque sarrazine ont laissé des ruines importantes; les fortifications des Espagnols sont encore utilisées en partie.
Le fort Abd el Kader ou fort de la mei% la Kasba, le fort Barrai, défendent la ville et le port. Le sommet du Gouraya est couronné parmi ouvrage; plus bas, à l’ouest, est le fort Clausel et, sur la côte, le blokhaus Salomon de Musis.
Djidjelli (3,000 habitants) a eu quelque importance sous la domination arabe; son port, bien que d’assez mauvaise tenue, était très fréquenté par les Pisans et par les Génois, puis il devint un nid de corsaires redoutables. Cette ville est destinée à prendre un certain essor lorsque son port sera amélioré et lorsque des routes de communication avec l’Intérieur permettront l’exploitation des richesses forestières et métallurgiques des montagnes. A la suite de l’insurrection de 1871, on a séquestré une partie des terres des tribus kabyles voisines, et plusieurs villages de colonisation doivent être créés. Des centres ont déjà été formés près du cap Cavallo à l’est, et à Duquesne au sud.
Les montagnes du Sahel de Collo forment un vaste promontoire demi-circulaire que termine le cap Bou Garoun (Bougiarone). Le petit port de Collo (1300 habitants) est bien abrité, mais de peu d’étendue; il manque de communications avec l’intérieur. Des chemins muletiers conduisent à Philippeville et, par la vallée
de l’oued Guebli, à Rober.tville;, station du chemin de fer de Constaniine.
Le commerce qui se faisait autrefois h Collo a été absorbé par Philippeville. Cette ville a été créée en 1838, à 5 kilomètres au sud de Stora, sur remplacement de la station romaine de Rusicade. C’était le point de la côte le plus rapproché de Constantine (37 kilomètres), et on le choisit pour en faire le port du chef-lieu de la province, afin d’éviter le long trajet de la route de Boue.
Sa population est de 13,000 habitants sur lesquels on ne compte guère que 2,000 musulmans. Les Raliens sont en grand nombre. Des travaux importants ont amélioré son port; des villas et des jardins garnissent d’une manière pittoresque les hauteurs, dont les dernières pentes sont couvertes par les maisons de la ville.
Entre Philippeville et Bône, la côte est très accidentée par le massif de PEdough, qui projette à l’ouest le cap de Fer, à l’est le cap de Garde.
Le cap de Fer (Ras el Hadid) doit son nom aux riches mines de fer qu’on y exploitait autrefois.
Sous le cap de Garde se trouve le Fort-Génois, construit au XY<^ siècle, pour la protection des barques de corailleurs.
A peu de distance se creusent la rade et le beau port de Bône.
Bône est une ville en pleine croissance (20,000 habitants), la quatrième de l’Algérie par l’importance de sa population ; elle a un assez bon port très-fréquenté.
à l’embouchure de la Seybouse, la seule rivière de l’Algérie qui mérite ce nom ; les caboteurs peuvent la remonter à quelque distance.
Bône est à 2 kilomètres au nord de l’ancienne Hippone, qui était une des plus belles villes de l’Afrique romaine- Elle eut saint Augustin pour évêque pendant 35 ans (395-430); prise et ruinée parles Vandales, en 431, sa destruction fut achevée en 697 par les Arabes.
Les environs sont admirablement fertiles.
« Le territoire de la banlieue de Bône peut, à juste titre, être appelé le jardin de l’Algérie. 11 serait difficile, en effet, de trouver sur un même point plus de richesses agricoles de toute nature et plus de facilité pour les exploiter avec profit L »
A l’ouest de Bône, le superbe massif de l'Edough (point culminant h 1004’") est couvert d’une magnifique forêt de chênes-lièges. Sur les hauteurs se trouve le village de Bugeaud. Des fermes et des villas se sont construites sur ses contreforts qui dominent la mer. Un nouveau village, Herbillon, a été créé près du cap Katouch.
On trouve dans l’Edough de riches mines de fer dont la plus importante est celle de Mokta el Hadid sur son versant méridional, près du village d’Aïn Mokra
Le massif de l’Edough est un îlot de roches plutoniques. Des secousses volcaniques s’y font encore assez
1 Piesse, Itinéraire de V Algérie.
2 Les minerais, Iraités dans l’usine de l’AIclik, donnent des fontes aciércuscs d’une excellente qualité. Celte usine produit annuellement 240,000 tonnes de fonte éminemment propre à la fabrication des canons et des projectiles.
fréquemment sentir. A la suite d’un affaissement du sol, les eaux ayant envahi la plaine au sud de l’Edough, avaient formé le lac Fezzara^, qui était une cause d’insalubrité pour cette riche contrée. Des travaux d’assèchement, aujourd’hui terminés, ont fait découvrir dans son bassin les ruines d’une ancienne cité romaine.
Plusieurs rivières de cette région portent le nom d’oued el Kebir.
L’une d’elles creuse un fossé à l’ouest, autour du massif de l’Edough ; elle vient finir sous le cap de Fer. bon affluent de gauche, l’oued Sanedja, est suivi par la route de Guelma à Philippeville qui longe ensuite la vallée d’un sous-affluent, l’oued Emchekel, en passant par Jemmapes, petite ville florissante de 1200 habitants.
Dans le golfe de Bône, à l’est de la Seybouse, vient tomber l’oued Mafrag qui descend des montagnes de Souk Arras. Il reçoit (r. d.) près de son embouchure un autre oued el Kebir qui vient de la frontière de Tunisie par Rouin el Souk et le Tarf.
Le cap Rosa limite à l’est le golfe de Bône. A quelques milles au sud, on voit les ruines du BcLstioTi de France y qui a été un des premiers établissements français en Afrique.
La Galle (3,600 habitants) est une petite ville construite sur une pointe de rochers, avec un port d’uii accès assez difficile. Une compagnie française, connue
1 Niveau h mètres au-dessus de la mer; profondeur, 2 mètres en viron ; superficie, 4 2,700 hectares.
sous le nom de Compagnie d’Afrique, et qui jouissait, par traité, du monopole de la pêche du corail sur les côtes d’Algérie, y avait de grands établissements. C’est elle qui avait fait construire le Bastion de France. Ses privilèges remontaient à 1560; elle fut ruinée par la Révolution française. Les Anglais occupèrent La Galle pendant une dizaine d’années. Nous en reprîmes possession en 1816; mais la guerre qui éclata en 1827 en détermina de nouveau l’abandon. La pêche du corail a toujours une certaine activité ; elle est pratiquée en majeure partie par des barques italiennes.
A 12 kilomètres à l’est, près la frontière tunisienne, sont les mines de plomb argentifère de Kef Oum et Teboul.
Le cap Roux marque la limite orientale de l’Algérie.
IPetîte K»l*ylîe.
Sous le nom de petite Kabylie, on comprend l’ensemble du pays montagneux habité par les Kabyles, entre Bougie, Sétif, et Philippeville.
Une chaîne, formée d’éléments généralement parallèles h la direction ordinaire du nord de l’Afrique, court à une distance moyenne de 40 kilomètres de la côte et sépare le Tell de la région des Plateaux où se trouvent Bordj bou Areridj, Sétif, Constantine.
Un deuxième pli de montagnes qui prolonge visiblement l’alignement de la crête du Jurjura, forme une puissante arête dont les sommets atteignent près de
2,000 mètres : c’est elle qui constitue, à moitié distance de la mer, la dorsale principale de la petite Kabylie.
Entre ces deux chaînes se trouve l’étage supérieur du Tell.
Nous donnerons à la première ride le nom de chaîne des Biban (ou Portes de fer), h cause des remarquables défilés par lesquels passe la route de Constanline à Alger, et nous étendrons ce nom à la ligne de hauteurs comprises depuis le djebel Dira d’Aumale jusqu’au djebel Meghris, au nord de Sétif.
Nous appelons du nom de la tribu des Oulad Kebbab qui les habitent, les montagnes qui leur font suite jusqu’aux monts de Constanline.
Nous appelons la deuxième ride, c’est-à-dire la dorsale, chaîne des Babor, du nom des montagnes qui en sont les cimes principales, et nous étendons ce nom à la ligne de hauteurs comprise depuis la cluse d’Akbou sur l’oued Sahel jusqu’à la cluse du djebel Zouagha par laquelle passe l’oued el Kebir.
Clia^îiie des — La chaîne des Biban, qui
sépare le bassin de l’oued Sahel des bassins lacustres supérieurs, a été brisée en plusieurs points et profondément creusée par les eaux qui se sont écoulées de l’étage supérieur vers l’étage inférieur, ou plaine du Sahel. Elle est jalonnée par des sommets aux formes bizarres, très, érodés par les eaux. Ses masses les plus remarquables sont les Toumiet (mamelles), deux montagnes coniques rapprochées et très cara.ctéristiques que l’on aperçoit des Béni Mansour dans la direction d’Aumale, le djebel Haraza (1270™) à l’ouest des Biban, le djebel Gada (1200“) à l’est, le djebel Zamoura (1380™), le djebel Guergour et le djebel Anini entre lesquels
coule Toued Bon Selani, et le djebel Meghris au nord de Sétif.
Cette crête est constituée par des roches d’un calcaire compact si noir, que les abords des excavations, creusées pour le chemin de fer, ressemblent k des houillères du nord de la France. L’arête principale est précédée de crêtes rebroussées discontinues, de moindre hauteur, et dont la dernière domine à peu de distance le lit de l’oued Sahel.
La chaîne des Liban forme la digue nord d’une suite d’anciens petits bassins lacustres, situés à la limite méridionale du Tell. Les eaux qu’ils reçoivent se réunissent en trois branches principales qui franchissent la chaîne par trois cluses remarquables; ce sont l’oued el Hammam, l’oued des Biban , et l’oued Mahadjar affluent de l’oued Bou Selam.
Claa^îne des Iîîi^Ijox». — Elle prolonge, comme nous l’avons dit, l’alignement de la crête principale du Jurjura. Elle est jalonnée par le djebel Gueldaman qui forme la cluse d’Akbou, par le djebel Trouna, le Dra el Arba, le djebel Takintoucht (1674°^), le djebel Takoiicht (1904^^) et le djebel Adrar (1994’^^) entre lesquels est creusé le Chabet el Akra, le Tababor (1963“i) et le grand Babor (1970™) qui lui fait face au sud, La route muletière de Setif k Djidjelli franchit cette chaîne au col de Tibaïren, au pied du pic Ternesgui da (1633“); la route de Constantine à Djidjelli passe au col de Fedj el Beinen entre le djebel Arhes (13o5“) et le djebel Zouagha (1292™).
Ces montagnes sont précédées par des avant-chaînes qui accidentent le pays jusqu’à la côte. Leurs richesses forestières sont encore très considérables. Les Turcs
s’y approvisionnaient de bois pour leur marine, et l’on y trouverait toujours des ressources importantes pour la construction des navires, la fabrication du goudron, etc. Plusieurs mines y sont en exploitation, notamment une mine de fer au cap Gavallo, et des mines de plomb argentifère également dans les environs de Djidjelli. La création de routes amènera sans doute une grande prospérité dans cette contrée, si riche en minerais de fer, de cuivre, de lignite, en chênes-lièges, chênes-zan, en cires, en huiles, en grains. Jusqu’à présent, on ne peut suivre de Sétif et de Gonstantine à Djidjelli que les chemins muletiers mentionnés plus haut et que jalonnent seulement quelques caravansérails avec des maisons de commandement.
ÏSsi^ssin. lie l’oued. Saliel.
Le bassin de l’oued Sahel comprend un vaste pays. La vallée de l’oued Sahel elle-même n’est, comme nous l’avons dit, que le profond fossé qui forme la ceinture extérieure des montagnes de la grande Kabylie depuis Aumale jusqu’à Bougie.
Elle reçoit ses premières eaux du cirque de montagnes qui dominent Aumale. Elle s’élargit ensuite en une vaste plaine que l’on appelle Plaine des Arib, puis Plaine de Hamza autour de Bordj Bouira (ancienne ville arabe de Hamza), et qui se continue par la Plaine du Sahel. Cette vallée est extrêmement fertile, mais chaude et fiévreuse comme toutes les terres basses et arrosées. Aux environs d’Aumale, on a créé plusieurs centres de colonisation, entre autres aux Trembles sur
la route d’Alger ; il y a quelques fermes près du caravansérail de Bordj Bouira, bifurcation des routes d’Alger et d’Aumale, et près du bordj des Béni Mansour; mais, jusqu’à présent, la population agricole européenne n’a pas sérieusement pris pied dans cette région. En 1871, le bordj des Béni Mansour a subi un siège de deux mois.
Sur les deux berges de la vallée, des villages kabyles couronnent les crêtes des hauteurs; les terres qui les entourent sont formées d’apports limoneux de près d’une centaine de mètres d’épaisseur en certains endroits et d’une fertilité remarquable. En face des Béni Mansour s’étend un bois d’oliviers de toute beauté.
Dans la partie d’aval, les villages français sont plus nombreux et quelques-uns sont en pleine prospérité : Tazmalt est près du bordj du même nom, qui, avec le bordj des Béni Mansour et Bordj Bouira, étaient destinés à surveiller la vallée moyenne de l’oued Sahel.
Akbou (650 habitants), est admirablement situé sur un luamelon qui domine la vallée, près du bordj du bach-aga des Ghellata, au-dessus de la cluse formée par le prolongement des montagnes du Jurjura et qui sépare le bassin moyen de l’oued Sahel de son bassin inférieur.
Akbou doit porter officiellement le nom de Metz; centre de la colonisation des Alsaciens-Lorrains que l’on a groupée dans la vallée, ce village est destiné à , devenir une ville importante.
C’est là que vient tomber le principal affluent de droite, Foued bou Selam.
La vallée d’aval est encore resserrée par deux défilés : défilé de Khorza et défilé de Fellaye; puis, elle s’élargit de nouveau jusqu’à Bougie. Les Romains y ont laissé
des traces nombreuses de leur occupation. Les terres en sont en effet très fertiles. Depuis l’insurrection de 1871, les villages de colons s’y sont multipliés ; ils ont été formés avec les terres séquestrées sur les tribus insurgées; les résultats déjii obtenus promettent un bel avenir h ce canton déjà admirablement favorisé par la proximité du port de Bougie et par le voisinage de populations très denses qui, hors des époques d’insurrection, fournissent une main-d’œuvre précieuse.
La vallée inférieure de l’oued Sahel s’appelle oued Soummam.
L’oued Sahel étant creusé au pied même des hautes chaînes du Jurjura, ne reçoit sur sa rive gauche que des torrents.
Les tributaires de la rive droite ont, au contraire, une certaine importance. Nous indiquerons les princi- |)aux.
L’oued el Hammam est formé de la réunion de l’oued Guemara, de l’oued Okris, et de l’oued Tizza. Leurs sources sont dans des montagnes de 1200 mètres environ d’altitude, qui portent des cultures jusqu’à leur sommet. L’oued el Hamman franchit la chaîne près d’Hammam Ksenna, où se trouvent des eaux thermales.
L’oued Biban (oued Meklou, oued Maghrir) est particulièrement intéressant; sa vallée est remontée depuis son confluent jusqu’à son origine par la route d’Alger à Constantine et par la voie ferrée.
Les passages des Biban ou Portes de fer sont une des ^beautés pittoresques de l’Algérie. Les travaux de construction de la route et du chemin de fer ont élargi el considérablement modifié les grandes portes (^Bab
el Kebir); elles resteront néanmoins curieuses par les contournements de roches dont on voit les assises se
Couches de terrain redressées, aux Grandes Portes de fer.
redresser de l’horizontale à la verticale comme d’immenses vagues pétrifiées qui se briseraient contre une falaise disparue. La voie ferrée est construite en viaduc dans le lit même de Toued.
Petites Portes de fer.
Les Petites Portes (Bab es Serir) ont un aspect différent; elles sont à 4 kilomètres environ plus à l’est; elles
sont traversées par l’oued Mzita, un affluent de Foued principal. Beaucoup plus étroites et ne laissant, dans certains endroits, qu’un passage d’un mètre de large, elles sont formées par des rochers dont les couches de calcaires et d’argiles alternés plongent verticalement, et qui, ayant été inégalement érodées par les eaux, se présentent comme de gigantesques feuillures.
Roches redressées dans la chaîne des Biban (au nord des Petites Portes de fer).
L oued des Bihan descend du djebel Kteuf (environ ISGO*^^) dans le territoire dè la tribu des Mzita et passe au pied de Mansoura, petite ville kabyle à 1070 mètres d’altitude, sur la route de Bordj bou Areridj.
Il existe entre l’oued Sahel et Bordj bou Areridj un autre chemin qui suit les crêtes, entre le bassin de l’oued des Biban et celui de l’oued BouSelam, en traversant le pays des Béni Abbés, une des plus fortes tribus de la petite Kabylie. Il part du bordj Tazmalt, passe par les
villages kabyles, au bordj Bent qui garde le passage du Teniet el Khamis dans la chaîne des Biban, et descend par bordj Medjana, une des résidences de l’ancien bach-aga Mokrani, le chef de la révolte de 1871.
Li^’oued bou Selam a un grand développement. Il commence au nord de Sétif près du village d’el Ouricia, alimente les belles fermes de la banlieue de cette ville, reçoit plusieurs tributaires dont le plus notable est FouedMelah, qui vient des Bira. Il franchit le prolongement de la chaîne des Biban, près du djebel Guergour, et traverse une partie de la région montagneuse qu’on appelle petite Kabylie. Son lit se replie ensuite dans un sillon formé par un plissement dans la direction ordinaire du nord de l’Afrique, et se termine en face d’Akbou.
Son principal tributaire est (r. g.) l’oued Mahadjar. Il descend du plateau de la Medjana et franchit la chaine des Biban à Mahleg el Ouidan. Il reçoit, en amont de la cluse, plusieurs oueds qui traversent un pays très accidenté, entre des montagnes de 1400 îi 1500 mètres profondément érodées. L’un de ces cours d’eau (r. d.), l’oned Chertiouna, a conservé le nom de l’ancienne ville épiscopale de Serteï, qui était située près de Zamoura.
Zamoura est elle-même une ancienne forteresse arabe, fondée en 1560, pour maintenir les Béni Abbés. Les Turcs y tinrent garnison jusqu’après la prise d’Alger.
De nombreux villages kabyles se pressent sur les montagnes qui entourent l’oued Mahadjar. Cette rivière, l’oued des Biban, et l’oued Sahel, dessinent une grande circonférence et forment un grand fossé circulaire autour d’un épais massif dont les cimes atteignent 1200 h
1300 mètres. C’est là le pays des Béni Abbés et des Béni Yadel. A peu près au centre du cercle, sur un rocher difficilement accessible, se trouve la ATa/a ou Guela^, c’est-à-dire la place de sûreté où les Mokrani et les principaux propriétaires de la Medjana mettaient leurs richesses à l’abri et emmagasinaient leurs grains. Il est toujours de tradition pour les anciennes familles d’y garder en réserve une certaine quantité de blé. La grande pureté de ratmosphère permet de le conserver pendant de longues années, 50 ans et plus.
L’ancienne route militaire de Sétif à Bougie traverse la chaîne des Biban entre le djebel Anini (1546"^) à gauche et le djebel Meghris (1722“) à droite.
Ce défilé était gardé, à l’époque romaine, par un poste dont on voit les ruines près du caravansérail d’Aïn B-Oua. La route est ensuite tracée sur les crêtes qui séparent le bassin de l’oued bon Selam, des petits bassins côtiers à l’est de Bougie. Elle traverse un pays extrêmement tourmenté; elle passe au pied du djebel Takintoucht (1674“ environ); elle est jalonnée par les caravansérails des Béni Abdallah, des Guifser, et de l’oued Amizour. Près du caravansérail des Guifser, sur la crête du Bra el Arba, était aussi un poste romain. Enfin, on trouve encore des ruines éparses près de l’oued Amizour. Le village de Colmar est à peu de distance.
Cette route très importante, au point de vue de la domination militaire de la petite Kabylie, a été construite de 1849 à 1856. Elle n’est que rarement suivie mainte-
1 Ce nom de Guela est également donné dans l’Aurès aux tours fortifiées qui servent de magasins de réserve.
nant depuis rachèvement de la superbe chaussée du Chah et el Akra.
On donne le nom de Chah et el Akra (ravin de la mort) à une gorge superbe ouverte dans la chaîne des Babor et par laquelle s’écoulent les eaux de Foued Agrioun. Le défilé a 10 kilomètres de long; il est bordé de murailles de 1700 à 1800 mètres de haut, rochers à pic dont les sommets sont couverts de bois et de Faspect le plus grandiose, si rapprochés que le soleil n’y pénètre qu’à. Fheure de midi. La route a été ouverte dans cette gorge de 1863 à 1870 C’est là sans doute que les Kabyles, qui y furent employés en nombre considérable, acquirent la pratique des travaux de mine dont ils devaient tenter de faire Inapplication, quelques années plus tard, lors de l’insurrection, dans l’attaque des bordjs. La nouvelle route se sépare de l’ancienne près d’el Ouricia.
La chaîne des Biban est séparée de la chaîne des Babor par une belle vallée cultivable. On franchit la première ride de la chaîne des Babor au col de Takitount, dominé par un bordj (1051“), construit sur Femplacement d’un poste romain. C’est une position militaire importante qui est devenue un centre administratif pour les tribus kabyles.
L’auberge de Karrata marque l’entrée du Ghabet; à sa sortie se trouve le bordj du Caïd. La route longe Foued Agrioun jusqu’à la mer et suit ensuite la côte jusqu’à Bougie. Cette région est certainement une des plus belles de l’Algérie; par sa végétation, par son cli-
1 La dépense a clé de i,630,000 francs.
mat, par ses beautés alpestres, elle rappelle certaines montagnes du centre de l’Europe.
Entre Toued Sahel et Toued el Kebir sont creusées de nombreuses vallées h travers les montagnes do la petite Kabylie. Elles descendent tortueusement vers la mer. Les plus notables sont :
L’oued Dj emaâ près du cap Aokas;
L’oued Agrioun, formé de l’oued Embarek (r. g.) et de l’oued Berd (r. d.) qui se réunissent à l’entrée du Ghabet el Akra;
L’oued Djinjen qui descend du Babor et finit à l’est de Djidjelli ;
L’oued en Nil qui descend du djebel Damons (1280»i).
La chaîne des Babor se prolonge d’une manière très nette jusqu’à la vallée de l’oued Safsaf, par deux plis très marqués.
Le plus méridional et le plus important est traversé par l’oued el Kebir entre le djebel Zouagha et le djebel Msid el Aïcha; il donne naissance à la vallée de l’oned Guebli qui commence au djebel Sidi Bris; nous l’appelons dans cette partie monts d’el Kantour; il se termine sur le Safsaf par deux pics caractéristiques, les Toumiet (les mamelles) (894™). Le chemin de fer de Gonstantine à Philippeville le franchit par un tunnel au col des Oliviers, où se dressent, vers le nord, de superbes escarpes de calcaires rougeâtres. La route de terre la traverse au-dessus, à el Kantour (806™).
Le deuxième pli, plus voisin de la côte, a moins de régularité ; aux arêtes bien marquées des formations
calcaires succèdent des massifs de terrain de gneiss et de schistes que les eaux ont irrégulièrement ravinées, comme dans la grande Kabylie, tandis que des roches plutoniques plus anciennes pointent à travers les sédiments.
Le Sahel de Gollo, qui se termine par le grand promontoire circulaire du cap Bougiarone, en est exclusivement formé. L’action volcanique n’est pas éteinte dans cette région. Des secousses de tremblement de terre s’y font assez souvent sentir.
Des chemins de crête tracés sur ces montagnes, mettent en relation Gollo avec le bordj d’el Milia.
El Milia est une importante position devenue, depuis quelques années, un des principaux centres adminis tratifs du pays kabyle, h proximité de vastes forêts, au centre du grand triangle dessiné par les positions de Gonstantine, Djidjelli, et Gollo.
Oued el Kebîr. — L’oued el Kebir est formé de la réunion du Roummel et de l’oued bou Merzoug. A la cluse de Gonstantine, il traverse l’étage moyen du Tell, pays de bonnes terres de culture dont le centre est l’ancienne ville romaine de Mila à 484 mètres d’altitude; la colonisation européenne doit prospérer dans cette région déjà bien cultivée par la population kabyle.
L’oued bou Merzoug, prolongé par l’oued el Kebir, s’appelait V Ampsagas à l’époque romaine et formait la limite entre la Mauritanie et la Province d’Afrique.
L’oued el Kebir reçoit (r. d.) l’oued Smendou et (r. g.) l’oued Endja; il franchit ensuite, par des gorges étroites, les rides de la chaîne des Babor et passe au pied du bordj d’el Milia qui en commande l’entrée.
A Test de Colle, se termine la vallée de Toued Guebli qui creuse Textrémité orientale de la petite Kabylie.
Oued Safsaf. — La belle vallée de l’oued Safsaf que suit la route de Gonstantine à Philippeville est la limite naturelle du pays kabyle. La colonisation y est active et favorisée par des communications faciles avec le port de Philippeville d’une part, avec le grand centre de Gonstantine de l’autre. L’oued Safsaf reçoit ses premières eaux des monts de Gonstantine. Il perce la chaîne d’el Kantour à. l’est des Toumiet.
Le centre agricole principal de la vallée inférieure est la petite ville d’el Harrouch (2,000 habitants environ). Elle s’est édifiée sur l’emplacement de l’ancien camp qui établissait la liaison entre Philippeville et Constantine. Plus bas, sont les nouveaux villages de Robertville, Gastonville, Saint-Charles, point de départ de la route de Bône, Saint-Antoine, et, dans la banlieue de Philippeville : Damrémont, Vallée, et de nombreuses fermes.
La Seybouse.
Par son étendue, comme par la fertilité de ses terres, le bassin inférieur de la Seybouse est un des plus intéressants de l’Algérie. Nous avons dit que cette rivière était une véritable exception dans le système hydrologique de l’Algérie, qu’elle avait de l’eau en toutes saisons et portait même bateau à quelque distance de son embouchure.
La Seybouse est formée près de Medjez el Akmar, h
15 kilomètres cleGuelma, par la réunion de l’oued Cherf et de l’oued Zenati.
Medjez el Akmar est sur remplacement de l’ancien camp où se réunirent, en 1837, les troupes de la deuxième expédition de Constantine.
L’oued Cherf rassemble les eaux de la région d’Aïn Beida et des montagnes où se trouvent également les sources de la Medjerda et de ses affluents.
L’oued Zenati vient de l’ouest; ses sources sont opposées à celles de l’oued el Barda, tributaire du Roummel, et sa vallée est suivie par le chemin de fer de Guelma à Constantine. Il passe au village de même nom, et au bordj Sabbat, où il reçoit (r. g.) l’oued el Meridj qui descend du plateau de Constantine.
Guelma (ancienne Calama des Romains) est une ville importante en pleine croissance, chef-lieu d’arrondissement, avec 4,000 habitants, au centre d’une région agricole enrichie par les cultures de la vigne et de l’olivier. Dans sa banlieue sont les villages de Millesimo et d’Héliopolis ; à 9 kilomètres sur la route de Bône, les sources thermales d’Hammam Berda; à 16 kilomètres au nordouest, celles d’Hammam Meskoutine, plus considérables et célèbres depuis l’occupation romaine L
Le chemin de fer de Bône suit la vallée de la Seybouse. Près du village de Duvivier s’embranche la ligne de Tunis par Souk Arras.
Dans la belle plaine que traverse la Seybouse, après s’être dégagée des montagnes, sont de nombreuses ex-
1 Ces sources, très abondantes, donnent près de 4 00,000 litres à l’henre; les unes sont salines, d’autres ferrugineuses. Leur température est de 90° à 95°. On y a construit un grand établissement militaire.
ploitations agricoles : Mondovi, Duzerville au confluent de la Meboudja (r. g.), etc.
La route de terre de Guelma à Bône traverse la chaîne du littoral au col de Fedjoudj (61 7™), au pied du djebel Aouara (976“) ; elle passe par Penthièvre, centre agricole en pleine prospérité, et par Duzerville.
Les colons allemands sont très nombreux dans tous ces villages.