SAHARA
Dans la partie occidentale de l’Algérie, nous sommes campés sur la limite du Sahara, mais sans y pénétrer; dans la partie orientale, au contraire, nous commandons effectivement un certain nombre d’oasis sahariennes, dont les plus importantes sont celles de l’oued Righ et d’Ouargla.
Nous avons déjà dit ce qu’était une oasis, réunion de jardins dans une enceinte commune, séparés par des murs de terre et des chemins creux, dans lesquels se déchargent les eaux de l’irrigation. Près de l’oasis est le village ou ksar, entouré de murs plus élevés, flanqués de tours. L’ensemble forme donc une véritable forteresse, avec réduit au centre, susceptible d’une sérieuse résistance, puisque le canon ne peut que trouer les remparts d’argile sans les renverser, et qu’il faut enlever les jardins comme des redoutes enchevêtrées les unes dans les autres.
Dans les oasis sahariennes, la culture principale est celle du dattier, « l’arbre nourricier du désert; c’est
là seulement qu’il mûrit ses fruits; sans lui, le Sahara serait inhabitable et inhabité; mais, disent les Arabes, ce roi des oasis doit plonger ses pieds dans l’eau et sa tête dans le feu du ciel ». Le climat du Sahara offre les conditions de chaleur convenables, puisque la température moyenne est de 20 à 24 degrés, suivant les loca lités, et que, pendant l’été, le thermomètre atteint souvent 45 degrés, et même 51 degrés, à l’ombre, comme on l’a observé en 1859 et en 1863 à Tougourt. Le palmier supporte d’ailleurs le froid passager des nuits d’hiver, pendant lesquelles la chaleur s’abaisse parfois à plusieurs degrés au-dessous du point de glace. Partout où l’on trouve de l’eau, on pourrait donc créer une oasis; mais l’eau est rare, et il faut, la plupart du temps, aller la chercher dans des nappes profondes pour l’amener à la surface du sol. En effet, il ne pleut presque jamais dans le Sahara. Des années entières se passent sans qu’il tombe une goutte de pluie à Tougourt ou à Ouargla. Le palmier se contente heureusement d’une eau saumâtre; il résiste au sable; il résiste aux ouragans du désert, qui dessèchent toutes les plantes autour de lui. Ses fruits forment la base de la subsistance des populations sahariennes et servent presque seuls aux échanges pour les produits dont elles manquent; ils donnent non seulement l’aisance, mais ils créent la richesse. Son bois fournit les seuls matériaux dont on dispose pour la construction des maisons et le coffrage des puits.
L’ombrage des arbres protège en outre les champs d’orge qui fournisseiit le fourrage des chevaux, en petit nombre d’ailleurs chez les nomades du Sud. On récolte aussi des blés hâtifs, des luzernes, quelques légumes. Les arbres fruitiers du Tell peuvent y vivre.
Les pâturages du désert nourrissent les troupeaux de moutons et de chameaux des nomades, auxquels ils donnent la laine pour les vêtements et la matière première pour les tentes. Le désert suffît donc, h la rigueur, à la plupart des besoins de cette civilisation rudimentaire.
Mais le nomade ne cultive ])oint lui-même ses jardins. Il en confie le soin à des fermiers, kha??imès, qui forment une population sédentaire très différente des tiibus ai abes par ses habitudes, par son genre de vie, et souvent aussi par ses origines ethniques. Ce sont des Bei bcres ou des métis noirs et berbères, comme les Rougha de Toued Righ. Ceux-ci sont les seuls qui résistent aux chaleurs de Tété et aux miasmes paludéens qu elles développent dans les teia’es irriguées * en général, du reste, les ksouriens sont chétifs et d’aspect misérable, débilités par un climat énervant, atteints fréquemment de maladies d’yeux causées par le sable et par la réverbération de la lumière, tandis que, par ses migrations, le nomade se soustrait, pendant l’été, aux influences morbides des oasis. Il vient seulement camper près de ses jardins au moment de la fécondation des dattes ^ et au moment de leur récolte.
Oiiecl Rîgli. — A 207 kilomètres au sud de Biskra sont les oasis de l’oued Righ, dont Tougourt est le centre. Elles sont irriguées par les eaux des nappes
La fécondation des dattes se fait artificiellement, au mois d’avril,
époque de la floraison, en introduisant dans l’enveloppe qui renfermé
a grappe des fruits femelles, une bronche de fleurs cueillie sur les pal-
miers mâles. Un palmier est en rapport à l’âge de buil ans; il donne
leii ement moyen de 15 kilogrammes de dattes d’une valeur de
A chaque arbre, et, suivant les localités,
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qui forment, en quelque sorte, le delta souterrain des vallées de Toued Igharghar et de l’oued Mia.
Les eaux qui ont servi à l’irrigation se réunissent dans un bas-fond marécageux, appelé la sebkha Ghemora.
La route est jalonnée depuis Biskra par une ligne de petites oasis auxquelles le forage de puits a, depuis une vingtaine d’années, rendu quelque prospérité. Les principales sont : Bord] Saàda sur Boued Bjedi, 28 kil.
Bord] Chegga, caravansérail, 52 kil ;
Oum el Thiour, 85 kil. ;
Mgheir, 107 kil. (500 hab.);
El Amra;
Oughlana, 157 kil;
Tamerna, 164 kil. ;
Sidi Rached, 179 kil.
Tougourt fut occupé pour la première fois au mois de décembre 1854 par le colonel Desvaux, k la suite d’un vigoureux combat livré à Mgarin par le commandant Marmier, à un cherif qui depuis longtemps insurgeait le pays. On y installa un caïd et on y laissa une garnison de tirailleurs. La paix y fut maintenue jusqu’en 1871. A cette époque, l’insurrection du Tell eut son contre-coup dans le Sahara. Tougourt fut enlevé et la petite garnison de tirailleurs massacrée. L’ordre y fut rétabli peu do temps après.
Tougourt est une ville de 2,000 hab. environ (ait. 60”^), sous un climat extrême qui varie dans une année de — 70 à -J- 56° à l’ombre. L’oasis était autrefois très riche, mais les puits artésiens arabes ne donnaient plus la même quantité d’eau; ils étaient envahis par les sables.
et il fallait pousser les forages à des profondeurs que l’on ne pouvait atteindre, par les méthodes arabes, qu’à grands frais et au prix de grandes difficultés.
Lors de son expédition de 1854, le colonel Desvaux projeta d’y introduire les méthodes de forages par la sonde, et, deux ans après, le premier puits était foré à Tamerna en 23 jours (9 juin 1856), à une profondeur de 60 mètres, et donnait 4,000 litres à la minute. Un grand nombre d’autres forages furent successivement exécutés depuis cette époque^.
1 Résumé des travaux de sondage de 4 806 à 4878 dans le sud de la province de Constanline, sous la direction de M. l'ingénieur Jus.
Zab Chergui 9 pui(s. Profondeur totale forée.. 809“
Oued Righ 65 — — 4, 324
Environs de Tougourt 30 — — 4,853
Environs de Temacih. 4 — — 295
Le puits le plus profond est dons le Zab Chergui, à el Fayd (4 56“); il ne donne que des eaux ascendantes. La température des eaux varie entre 24° et 26°.
En 4 880, on comptait dans l’oued Righ plus de 54 7,000 palmiers,
9.000 arbres fruitiers, 2,900 maisons, 43,000 habitants, c’est-à-dire qu’en 23 ans, la population avait doublé et que le nombre des palmiers s’était élevé de près de 4 60,000.
On évalue leur production annuelle à 6,800,000 kilog. de dattes, chiffre qui atteindra 7,700,000 en 4 885, lorsque les plantations nouvelles seront en rapport.
Chaque puits suflit à l’irrigation de 4500 palmiers, répartis sur 450 hectares. Le forage coûte environ 60 à 70 francs par mètre, et la profondeur moyenne de chaque puits est de 60 à 80 mètres.
Les communes mixtes vendent 4000 francs un lot de 300 hectares, pouvant recevoir 30,000 palmiers.
Ces chiffres suffisent à montrer la possibilité de créer dans l’oued Righ un capital agricole considérable.
Sur ces bases, on a calculé qu'une oasis de 4 0,000 pieds coûterait
20.000 francs. Les frais d’entretien étant couverts par les cultures ac-
Tougourt est mis en relation avec Biskra par deux postes intermédiaires de télégraphie optique, l’un placé à el Berd, à hauteur de el Amra, à l’est de la route ; l’autre au signal de Ghegga.
L’importance de Tougourt est considérable comme marché.
A 20 kil. au sud, se trouve Toasis de Temacin, près de laquelle est la zaouïa de Tamelhat, appartenant à Tordre des Tedjâna. Cette zaouïa relève, au point de vue religieux, de celle d’Aïn Madhy (près de Laghouat) où réside le chef de Tordre ; mais son influence est aujourd’hui plus grande et elle tend à se rendre indépendante, c’est-ii-clire à s’approprier ses revenus particuliers. Les marabouts de Temacin se sont toujours montrés disposés à vivre en bonne intelligence avec les Français. Un des mokaddems accompagnait la mission du colonel Flatters; mais il a été impuissant à. la protéger contre les Touareg, excités sans doute par des khouan de Senousi ou d’autres ordres hostiles. Il fut lui-même massacré.
cessoires d’orge, et les palmiers rapportant au bout de cinq ans, le revenu net, toas frais payés, serait annuellement de 24,000 francs.
A ces calculs optimistes il est prudent d’opposer l’inquiétude que pourrait causer une diminution dans le rendement des nappes artésiennes, par suite du forage d’une trop grande quantité de puits ou par suite de l’assèchement progressif que l’on constate malheureusement.
La région de l’oued Righ paraît donc accessible aux grandes entrej)riscs européennes. Une compagnie, dont l’agence principale ost à Biskra, s’est formée pour en exploiter les terres. Le climat est aisément supportable pour les Européens, sauf à l’époque des grandes chaleurs, de 3 uin à octobre, où ils devraient quitter le Sahara. Toutefois, les eaux, très chargées de sel, sont mauvaises, et, dans l’hypothèse de grandes exploitations, il faudrait pourvoir par un procédé de distillation à l’alimentation en eaux potables.
Souf. — A une vingtaine de lieues à l’ouest de l’oued Righ sont les sept oasis du Souf (22,000 hab.) dont le centre est el Oued (7,000 hab.). Elles sont arrosées par la même nappe souterraine, mais les eaux étant trop profondes pour être facilement amenées à la surface, les habitants ont creusé le sol de l’oasis pour rapprocher les racines des arbres de la couche aquifère; les terres enlevées forment autour de l’oasis une sorte de rempart que dépassent à peine les cimes des palmiers. On y compte environ 180,000 palmiers, et 2,800 maisons.
Le Souf est sur la route directe de Biskra à. Ghadamès. Au moment de l’expédition de Tunisie, nous avons placé à Debila, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’el Oued, un poste de surveillance pour empêcher les insurgés du lïjerid de se retirer dans cette direction. Ce poste est en communication optique directe avec Negrine, qui est distant de 130 kilomètres environ en ligne droite.
— A 190 kil. environ au sud de Tougourt est situé Ouargla, véritable capitale du désert. Autour d’Ouargla sont groupées cinq plus petites oasis : Bamendil à l’est; Soth, Rouinet, el Hadjaja, Sidi Krouilet à l’ouest.
On évalue à environ un million le nombre des palmiers. La ville d’Ouargla, qui couvre une surface plus grande que Gonstantine, n’a que 1400 maisons, 4,000 habitants « Arabes, Mzabites, nègres autochtones dépouillés par l’invasion musulmane, et dès lors assujet-
i Latitude, S-i® 57^; longitude E., 2® 59'; altitude, t63 mètres, d’après les mesures de M. l’ingénieur Ghoisy eu 4 88i , 800 kilomètres d’Alger.
tis à la glèbe, à titre de fermiers », et nègres soudaniens. C’était, il y a deux siècles, le principal entrepôt des marchandises de la Nigritie, et Ton y comptait, dit-on, 100,000 habitants. La suppression de la traite des esclaves a détourné vers la Tripolitaine les caravanes qui venaient autrefois dans le sud de l’Algérie; c’est une des causes de la dépopulation d’Ouargla, qui ne saurait reprendre son ancienne importan(;e. Cependant c’est encore le point de départ des caravanes qui se rendent à Insalah et dans le pays des Touareg. L’oasis est arrosée par des puits artésiens arabes; on en compte plus de 800. Leur profondeur moyenne est de 60 mètres. Ils donnent une eau de bonne qualité, h la température de 24^, tandis que l’eau des puits ordinaires est salée et non potable.
La route de Tougourt h Ouargla est d’abord tracée dans le lit de l’oued Igharghar, ou, plus exactement, elle suit une bande de dépressions ou dayas, d’une largeur de 2 à 10 kilomètres, interrompues par des dunes, et qui ne ressemblent en rien h une vallée fluviale. La plupart du temps même la pente du terrain est indécise; « il n’y a lii ni rivière, ni trace de rivière. » « On a vu couler l’oued Mia, l’oued Mzab, etc., mais personne de la génération actuelle, ni de la génération précédente, n’a vu couler l’oued Igharghar; cependant, pour tous les indigènes, c’est bien un oued, dans le lit duquel on chemine » Lorsque l’on remonte à plusieurs marches au sud, le lit est mieux dessiné.
A moitié chemin environ de Tougourt à Ouargla, est le point d’eau d’el Hadjira.
1 Rapports du colonel Flattcrs.
Les oasis cFOuargla et celles de Ngoussa, à 24 kilomètres plus au nord, sont dans une longue dépression de l’oued Mia.
L’oued en Nessa et l’oued Mzab viennent s’y réunir dans la sebkha Safioun.
On appelle ces bas-fonds la Heicha. Ils sont coupés de dunes; quelques pitons isolés s’y montrent çà et h'i. Les berges du côté occidental sont très accentuées; elles prolongent les plateaux de la Chebka.
La nappe artésienne est à une profondeur moyenne de 35 mètres.
On compte h Ngoussa environ 80,000 palmiers. C’est le point d’arrivée de la route du Mzab. Gardaïa est à 175 kilomètres environ.
Ngoussa a eu, pendant un certain temps, la suprématie sur les oasis d’Ouargla, qui lui payaient un tribut. C’est, comme toutes les villes sahariennes, un amas de maisons construites en terre, en partie effondrées, mais auxquelles la lumière resplendissante du soleil donne un cachet pittoresque. L’eau y est excellente. La première colonne française y pénétra le 1®^ février 18C5, sous le commandement du colonel Forgemol
L’envahissement progressif des sables est une cause de sérieuse préoccupation pour l’avenir des oasis d’Ouargla. On cherche à les arrêter par des plantations qui puissent fixer les dunes.
L’insalubrité est très grande, par suite de la stagnation du surplus des eaux d’irrigation qui sont dépourvues d’écoulement. La ville est entourée de fossés où CCS eaux croupissent et que l’on a commencé à combler depuis l’occupation française.
4 Oiiargla, par le Sériziat {Revue scientifique, 1880).
L’oasis est entre les deux bras d’un chott qui n’est pas cl sec et lui forme une ceinture délétère. La fièvre y est en permanence et le séjour en est pernicieux.
Ouargla a été déclarée ville française en 1852, après la prise de Laghouat. Ce fut, pendant plnsieurs années, le siège d’un grand commandement indigène exercé par les chefs des Oulad Sidi Cheikh, et relevant de la division d’Oran.
L’autorité française y est actuellement représentée par un aga; on y a placé un détachement de tirailleurs. Ce territoire relève du cercle du Mzab, et, par conséquent, de la division d’Alger.
Il y a 40 jours de marche d’Ouargla à Ghat.
Les principales tribus de l’aghalik d’Ouargia sont les Saïd Atba, les Chambaâ, les Mekhadma, et les Béni Thour.
Ooléa.. — iJ’Ouargla à Goléa, le point extrême de notre domination dans le sud, il y a 300 kilomètres environ. En 1873, le général de Gallifet y conduisit une colonne pour châtier les dissidents Chambaâ, révoltés depuis 1871. On compta environ 16,000 palmiers dans l’oasis. On y établit une maison de commandement et un caïd qui est notre sentinelle de surveillance vers le sud.
Cette oasis est sur les parcours des Chambaâ, auxquels elle appartient. Ces grands nomades du sud actuellement soumis à notre autorité sont les intermédiaires des rares relations qui existent maintenant entre l’Algérie et le pays des Touareg.
A côté d’eux sont les Mekhralif el Djereub (Mekhralif galeux), véritables pirates du désert, qui vivaient du pillage des caravanes, et auxquels nous avons imposé un genre de vie plus normale; puis les tribus des Atatiha, et des Oulad Saïab.
Lies cli.otts«
Au sud de TAurès, s’étend de l’ouest à Test un chapelet de grands chotts que l’on soupçonnait, depuis longtemps déjà, être à un niveau inférieur à celui de la Méditerranée; mais, jusque dans ces dernières années, on n’en avait déterminé la différence de niveau qu’au baromètre; les résultats étaient peu précis. Plus tard, un nivellement géodésique donnait pour Biskra la cote 124, que l’on pouvait considérer comme exacte à 3 ou 4 mètres près, et la cote de 24“^, 40 pour le signal de Chegga à l’ouest du chott Melghir. En prenant cette cote pour point de départ, le commandant Roudaire détermina par un nivellement géométrique les cotes des hauteurs du choit Melghir, et, les ayant trouvées en certains points à 20 et à 30 mètres au-dessous du niveau des eaux de la mer, il en conclut à la possibilité de rétablir avec le golfe de Gabès une communication, qu’il supposait avoir existé à une époque historique ancienne.
Nous résumons succinctement le résultat des travaux qu’il a entrepris pour étudier cette question.
L’extrémité ouest du chott Melghir, à 50 kilomètres au sud de Biskra, est à 375 kilomètres du golfe de Gabès, et se prolonge par une suite de dépressions séparées par des seuils plus ou moins larges. Les principales sont : le chott Rharsa, qui coupe la frontière de Tunisie, et le chott el Djerid. Le fond en est ondulé, couvert de cristallisations salines, et d’une consistance boueuse en beaucoup d’endroits. L’examen de cette région porte la trace certaine de la présence des eaux
à une époque difficile à préciser, postérieure, peut-être, aux temps historiques. Le commandant Pioudaire croit, en se reportant aux. traditions locales et en les comparant avec les anciens textes de Ptolémée, pouvoir identifier cette succession de chotts avec le golfe Triton delà géographie de Ptolémée L
Le nivellement géométrique du chott Melghir fut exécuté pendant Thiver 1874-75, sur un périmètre de 540 kilomètres.
Des profondeurs supérieures li 31 mètres furent trouvées près du bord occidental, mais le fond du chott se relève vers Test; il est séparé du chott Rharsa par le seuil d’Asloudje, large de 15 kilomètres, dont Taltitude est seulement de 1 ou 2 mètres au-dessous de la cote zéro. Ce seuil forme un petit bassin fermé d’une superficie de 80 kilomètres, boi’dé à l’ouest et à l’est par des dunes de sables de 7 è 10 mètres d’élévation.
La superficie du bassin [inondable du chott Melghir est évaluée à 6,900 kilomètres carrés ; celle du chott Rharsa est de 1300 kilomètres carrés. La superficie inondable est donc de 8,1^00 kilomètres carrés, soit 14 il 15 fois la surface du lac de Genève. La profondeur moyenne, presque uniforme, est de 24 mètres.
L’année suivante (1876), le commandant Roudaire se rendit en Tunisie, et, partant de Gabès, il fit un second nivellement pour se raccorder avec celui du chott Melghir. Il constata l’existence d’un seuil de 22 kil. 5 entre la côte et l’extrémité orientale du chott el Djerid. Ce seuil est en partie formé de roches dures (grès ou calcaires), mais surtout de sables. Il est traversé par
^ Cette opinion a clé vivement contestée.
deux lignes de collines dirigées du nord au sud : la première, à 10 kilomètres de la mer, à une altitude de 28“,4o; la seconde, à 9 kilomètres plus loin, h une altitude de 46'«,36.
Quant au choit el Djerid, son niveau est de 15 à 20 mètres au-dessus de celui de la mer, mais il est formé d’une croûte molle et j^eu épaisse, composée de sels et de sables agglomérés , sur lacpielle il est impossible de marcher, et au-dessous de laquelle des sondages ont permis de constater l’existence d’une nappe d’eau et de courants rapides en sens divers.
Le chott el Djerid ne peut être traversé que sur un petit nombre de chaussées étroites, dont les indigènes suivent le jalonnement avec la plus grande prudence. Le moindre écart de la route tracée exposerait les caravanes à un engloutissement immédiat.
Les traditions, grossies sans doute par l’imagination des conteurs, citent l’exemple de caravanes entières de 1000 chameaux disparus les uns derrière les autres dans les boues du chott el Djerid.
La surface du chott est évaluée h 5,000 kilomètres carrés.
Le chott el Djerid est séparé du choit Rharsa par un seuil ayant de 10 à 15 kilomètres de largeur et des altitudes variables : 50 mètres au seuil de Mouïat Sultan, h l’ouest de Nefta; de 79 mètres h 84 mètres entre Tozeur et Dgache ; 90 mètres au seuil de Kris.
Le commandant Roudaii'c a proposé d’inonder les cUotts et de créer une vaste mer intérieure en ouvrant une communication avec le golfe de Gabès et le chott Rharsa, au moyen d’un canal (jui, après avoir percé le seuil de Gabès (ou de l’oued Melali), traverserait le chott Djerid en ligne droite, et franchirait en tranchée le seuil de Tozeur.
La création d’une mer intérieure améliorerait, espère-t-on, le climat du Sahara et le régime des eaux souterraines ; elles contribueraient à don-
ner uue sécurité plus grande dans le Sud de l’Algérie. Ces propositions, soumises, en 4882, par le gouvernement à l’examen d’une commission spéciale, n’ont pas été adoptées, en raison surtout des dépenses élevées qu’elles devaient entraîner. De son côté, le commandant Roudaire pense que les évaluations faites sont excessives, et, grâce au patronage de M. do Lesseps, une Compagnie semble disposée à reprendre le projet à scs risques particuliers en demandant seulement des concessions de forêts dans l’Aurès et de terres autour du bassin inondé.
Les cbilfres suivants ont quelque intérêt :
Surface inondable : 8,900 kilomètres carrés.
Capacité du bassin : 172 milliards de mètres cubes.
Kvaporation annuelle prévue : G milliards de mètres cubes. Yolunie des eaux à amener, en tenant compte de l’évaporation, pour remplir le bassin en 10 ans : 222 milliards de mètres cubes ;
soit un débit de 704 mètres cubes par seconde, égal à 20 fois le volume de la Seine à son emboucliure aux basses eaux, ce qui pourrait être obtenu par un canal offrant une profondeur de 4 4 mètres et une largeur de 30 mètres au plafond. La longueur du canal serait de 480 kilomètres.
La commission a calculé :
Un déblai de 57G millions de mètres cubes de terre.
Et de 26 millons de mètres cubes de rochers.
Ce qui occasionnerait une dépense :
Pour les déblais 6o6 millions de francs.
Autres travaux 30 —
Somme à valoir 4/10. . . 68 —
754 millions-
Frais généraux 37.7 —
Intérêts pendant 4 0 ans. 495 —