‹ Algérie, géographie physiqueChapitre 36 sur 42 · LA CONQUÊTE D’ALGER · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE D’ALGER

Le dernier dey algérien Hussein arriva au pouvoir en 1818.

Les relations de l’Algérie avec la France, interrompues pendant l’Empire, avaient été reprises en 1816, sans que l’entente fût jamais très cordiale. Le dey réclamait une redevance de 300,000 francs (traité de 1817) pour les concessions; la France ne voulait accorder que 90,000 francs, chiffre admis par une convention antérieure.

Mais la cause la plus grave de dissentiment se trouvait dans l’affaire de la créance Bukri. Des juifs algériens avaient fait d’importantes fournitures de blé au Directoire. En 1819, cette créance avait été réglée au chiffre de 7 millions, en réservant les droits de Français dont Bakri et G® étaient débiteurs; elle n’était pas encore éteinte en 1827. Le dey avait de grands intérêts dans cette affaire. Il était mécontent de ces lenteurs.

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1 Voir Maurice Wahl, L'Algérie.

Le consul de France s’étant présenté à son audience solennelle le 27 avril 1827, le dey l’interpella vivement à ce sujet et le frappa de son éventail.

Cette injure demandait une réparation. Elle fut refusée. L’état de guerre fut déclaré, le 15 juin suivant, et un blocus fut établi sur les côtes. Le résultat en fut nul pendant trois ans et une action de vigueur fut alors décidée.

On réunit une flotte de 103 bâtiments parmi lesquels : 11 vaisseaux et 24 frégates, une flotte de transport de 347 navires de commerce, et une flottille de débarquement de 225 bâtiments.

L’effectif de l’armée s’élevait à 37,000 hommes.

L’amiral Duperré commandait la flotte;

Le général Bourmont, l’armée de terre.

La flotte mouilla devant Sidi-Ferruch, h l’ouest d’Alger, sans avoir à tirer un coup de canon.

I?jpîse dt’ Alger. — Le 14 juin 1830, h la pointe du jour, le débarquement commença. On vit à peine quelques bandes de cavaliers et de fantassins. Trois batteries furent rapidement enlevées; les troupes débarquées se fortifièrent dans leur camp.

Cependant l’agha Ibrahim, gendre de Hussein, avait porté ses forces à Staouéli; les récits des témoins oculaires varient beaucoup dans leurs appréciations. Les uns les estiment à 00,000 hommes; d’autres à 20,000 hommes seulement. Elles attaquèrent le 19 avec une grande énergie, mais échouèrent. Les journées du 24 au 28 furent également pénibles et meurtrières.

Le 29 juin, l’armée prononça son mouvement en avant; le même jour, les batteries furent commencées devant le fort de l’Empereur, et la tranchée fut ouverte

le 4 juillet. La défense fut énergique, mais impuissante. Quelques heures après, le commandant du fort mettait le feu aux poudres et se faisait sauter.

Alger ne pouvait plus tenir. Le 5 juillet, le dey capitula.

La prise d'Alger semblait terminer l’expédition. Elle n’était cependant que le commencement d’une conquête dont on ne pouvait mesurer la portée, et qui se poursuivit avec une incertitude de vues et de direction qui pèse encore maintenant sur l’avenir de l’Algérie.

La Régence d’Alger se subdivisait en trois beylicks : ceux d’Oran, de Titeri, et de Constantine.

Le général Glauzel, qui remplaça le général Bourmont, se proposa de mettre à la tête de ces beylicks des princes vassaux de la France.

Il commença par attaquer le bey de Titeri, pénétra de vive force dans Blida, enleva le passage du Ténia de Moiizaïa, et occupa Médéa ; mais, la garnison française étant toujours harcelée et né jjouvant être facilement ravitaillée, Toccupation ne fut ])as maintenue; on y laissa seulement un bey nommé par la France.

Oran, que nous livrait son vieux bey Hassan, fut occupé.

Un arrêté prononça la destitution du bey de Constantine.

On donna l’investiture du gouvernement de ces deux provinces h un frère du bey de Tunis, moyennant une contribution de un million. Quelques soldats tunisiens furent, en effet, envoyés k Oran; mais le gouvernement français désapprouva ce traité , et le général Glauzel fut rappelé.

On occupa Bône, Bougie, el un rayon restreint autour de ces places.

Les lieutenants du gouvernement français en Algérie furent successivement : le général Bourmont, le général Clauzel, le général Berthezène, le général Savary, duc de Rovigo, et le général Voirol. L’administration de ce dernier, contrastant avec les excès de sévérité de ses prédécesseurs, fut habile et féconde. Il sut entrer en rapport avec les indigènes et les utiliser comme auxiliaires.

En 1834, après le rapport d’une commission d’enquête, on décida de conserver définitivement l’Algérie, et 011 institua un gouvernement général.

Le premier gouverneur fut le général Drouet d’Erlon, vieillard de 70 ans.

Lutte contre Aïjcl el Kudei*.

La chute de la domination turque avait laissé la province d’Oran dans une complète anarchie. Les troupes françaises ne sortaient guère de l’enceinte d’Oran. Après avoir cherché ii dominer le pays, l’empereur du Maroc y renonça. Les tribus cherchaient à se grouper autour d’un chef. C’est alors que surgit Abd el Kader, fils d’un marabout influent de la tribu des Hachem de Mascara.

Son père le présenta dans la plaine d’Eghris aux tribus des Hachem , des Gharaba, et des Béni Amer, comme rhomme prédestiné, désigné par Dieu pour chasser les infidèles.

Abd el Kader était un homme d’éducation soignée ; il

avait vu l’Orient et TÉgypte, élait versé dans l’étude du Coran, et connaissait h fond la casuistique de la jurisprudence musulmane. Il avait toute la science d’un thaleb et la vigueur d’un soldat. « Doué de certaines qualités d’organisation et de politique, à la fois froid et passionné, souple et violent, il rappelle, à plus d’un point de vue, ces hommes d’État d’église tels que le moyen ûge les suscita dans le monde européen. »

Il eut cependant, dès son début, à lutter contre plusieurs tribus qui refusaient de reconnaître sa suprématie : les Oulad Sidi Cheik au sud, les Angad de la frontière marocaine, les Douair et les Smélas, tribus makhzen des environs d’Oran, et aussi contre les Turcs et leurs auxiliaires, les Couloughlis.

Traité I>esniîcliels. — Après quelques opérations assez décousues, le général Desmichels, commandant h Oran, entra en pourparlers avec Abd el Kader, et le reconnut comme un « prince /des croyants » auquel les populations musulmanes devaient l’obéissance. On reçut ses consuls à Oran, à Alger, à Arzeu. On lui en envoya à Mascara, on contribua en un mot à grandir son importance, et on lui prêta môme appui contre les Douairs et les Smélas, et conlre les autres tribus qui lui étaient hostiles.

Les erreurs de cette politique, ayant été plus tard reconnues, elle fut abandonnée et le général Trézel alla remplacer le général Desmichels à Oran. Les Douairs et les Smélas, sous leur vaillant chef Mustapha ben Ismaël, se placèrent sous la protection de la France. Abd el Kader protesta; il occupa Miliana et Médéa malgré la défense qui lui en avait été faite.

Comt>^t de la Maeta (juin 1835). — Le général Trézel marcha contre lui avec 25,000 hommes et 6 canons; il se porta sur le Sig, eut un premier engagement, et voulut ensuite se diriger sur Arzeu pour y laisser ses blessés. De mauvaises dispositions de marche ayant été prises, sa colonne fut assaillie dans les gorges de l’Habi’a et de la Macta et subit de graves pertes (environ 500 hommes tués et blessés).

Le général Trézel fut rappelé et le gouverneur général Drouet d’Erlon, remplacé par le maréchal Glauzel.

Le nouveau gouverneur réunit un corps de 1 J ,000 hommes, et, pour venger l’échec de la Macta, marcha sur Mascara, la capitale de l’émir. Il entra dans la ville sans coup férir, mais n’y laissa pas de garnison.

De son côté, Abd el Kader alla attaquer le méchouar de Tlemcen, dans lequel s’étaient enfermés 750 Turcsi ou Gouloughlis avec Mustapha ben Ismaël, Une colonne expéditionnaire fut envoyée h son secours, le débloqua, et y installa un bataillon commandé par le capitaine Cavaignac.

Pour en assurer le ravitaillement, un camp fut établi à Rachgoun, h l’embouchure de la Tafna. Abd el Kader le bloqua, repoussa les sorties des défenseurs de Tlemcen, et la famine commençait à s’y faire sentir, lorsque le général Bugeaud débarqua avec trois régiments.

Coinbs^t de la, Sîkkali (6 juillet 1836). — Le

général Bugeaud manœuvra activement et avec habileté, ravitailla Tlemcen, et, ayant attiré les troupes d’Abd el Kader sur un terrain favorable, entre la Tafna, Tisser, et laSikkah, il lui infligea une défaite complète.

Malheureusement, au lieu de continuer les opérations pour ruiner par la force rinfluence d’Abd el Kader, on entra de nouveau en négociation avec lui; on lui rendit les prisonniers ; on lui fournit de Tacier, du fer, du plomb; on en accepta de l’argent, puis, par le traité de la Tafna (30 mai 1837), on signa la paix avec lui.

Traité die la Taftia (30 mai 1837). — La France abandonnait Tlemcen , Rachgoun, et le camp de la Tafna. Outre le Sahel d’Alger, et une portion de la Métidja, elle conservait Oran , Arzeu, Mostaganem, Mazagran et leur banlieue. Tout le reste était laissé à l’émir dont on reconnaissait formellement l’autorité sur les provinces d’Oran, de Tileri, et d’Alger.

flxpéflitions de Coiistaiitine.

Ce traité de la Tafna qui créait une si grande importance h Abd el Kader, permettait de se retourner du côté de Constantine, où la résistance du bey Ahmed créait de graves difficultés.

IPremîèpe sittstque de Constantine (novembre 1836). — Le maréchal Clauzel marcha sur Constantine. 11 partit de Bone, le 13 novembre 1836, avec une colonne de 8,000 hommes. Des pluies torrentielles, le mauvais état des chemins , les fatigues qui en résultèrent, épuisèrent les troupes avant tout combat.

La position de Constantine était formidable ; différentes causes contrarièrent les dispositions d’attaque; l’assaut ne réussit pas et la retraite fut ordonnée. Elle

s'exécuta avec les plus grandes difficultés; la colonne, ramenée à Bone, avait perdu un millier d’hommes dont 450 tués ou disparus.

A la suite de cet échec, le maréchal Clauzel fut remplacé par le général de Damrémont.

Deuxième uttuque et prise de Constautine (octobre 1837). — L’année suivante, l’expédition de Gonstantine fut reprise avec 12,000 hommes et un nombreux parc de siège. On occupait Guelma et le camp de Medjez Akmar, d’où partirent les troupes. Elles arrivèrent devant Gonstantine le 6 octobre; les batteries entrèrent en action le 10; l’assaut fut donné le 13. 11 fallut combattre dans chaque rue, enlever chaque maison, mais, malgré des pertes sensibles, les troupes restèrent maîtresses de la ville.

La veille, le général de Damrémont avait été tué d’un boulet en examinant l’état de la brèche.

Puissance d’Abdl el Kuder (1837).

Le traité de la Tafna avait reconnu h Abd el Kader une autorité considérable, qu’il s’efforçait d’étendre à toute l’Algérie.

La province de l’ouest lui obéissait assez complètement; mais les tribus de l’ancien beylick de Titeri lui refusaient l’impôt comme à la France. 11 les força à la soumission et osa même intervenir dans la province de Gonstantine, en faisant chasser de Biskra le bey Ahmed qui s’y était réfugié.

Dans le sud, le marabout Tedjini lui refusait son

concours. Il alla l’attaquer dans son ksar d’Aïn Madhi, trouva une résistance opiniâtre, mais, par une ^^olitique habile, réussit, pendant cette période, â se concilier les bonnes grâces du gouvernement français qui, non seulement ne le gêna pas, mais lui fournit des munitions (entre autres 400 obus). Après cinq mois de siège, Tedjini fut obligé de traiter.

Dès lors, personne ne songea plus à résister à l’émir. Il partagea le pays en huit gouvernements, administrés par des kalifas, ayant sous leurs ordres une hiérarchie d’aghas et de caïds. Il avait une armée de 10,000 réguliers, dont 8,000 fantassins, 2,000 cavaliers, et une vingtaine de pièces, des poudreries à Mascara, Miliana, Médéa, Tagdempt, une manufacture d’armes à Miliana, une fonderie de canons â Tlemcen. Il établit une ligne de postes fortifiés à Sebdou, Saïda, Tagdempt, Boghar, Biskra. Il fit construire, en outre, un certain nombre de places de sûreté pour protéger ses magasins à Boghar, h Saïda, à Tafrana au sud de Tlemcen, â Thaza près de Miliana, et surtout â Tagdempt sur l’oued Mina près de Tiaret. Ce dernier point était sur l’emplacement d’une ancienne ville romaine. Il y lit élever une redoute et deux forts.

Abd el Kader prétendait interdire aux Français de s’étendre h l’est de la Mélidja. On ne tint aucun compte de cette réclamation, et, au contraire, une colonne, conduite par le maréchal Vallée, devenu gouverneur, partit de Philippeville, passa par Constantine, Mila, Sétif, les Béni Mansour, les Issers, et rentra à Alger par l’est. Abd el Kader dénonça alors le traité de la Tafna (20 novembre 1839) et ravagea les fermes de la Métidja.

Coiiil>at du Ténia de Mouzaïa (1840). — On se contenta de prendre quelques mesures de concentration pendant lesquelles fut livré le combat de Boufarik. Au printemps seulement la campagne fut sérieusement entamée. On occupa Chei'chel ; on enleva Je ténia de Mouzaïa que l’émir avait fortifié ; on occupa Médéa, Miliana ; mais le ravitaillement des garnisons nécessitait, chaque fois, une véritable expédition.

Les hostilités étaient, en même temps, reprises dans la province d’Oran, comme dans celle de Constantine. Le combat de Mazagran eut un retentissement glorieux.

Conquête définitive du Tell (1841-1847).

Au commencement de 1841 , le général Bugeaud remplaça le maréchal Vallée comme gouverneur général. L’effectif de l’armée fut porté à 100,000 hommes. C’est alors seulement que commencent, suivant un plan raisonné et préalablement conçu, une série d’expéditions dont le résultat fut la conquête définitive de l’Algérie. Il est difficile de faire un récit même succinct de ces opérations multiples. Il suffira d’ailleurs de faire ressortir les faits principaux.

La campagne de 1841 fut vigoureusement menée.

Une colonne, partie de Blida, s’avança sur Boghar et Thaza, qu’elle trouva évacués et brCilés ; elle en acheva la destruction.

Le général Bugeaud, parti de Mostaganem, se porta sur Tag'dempt qu’il détruisit; il occupa Mascara sans résistance, et y laissa une forte garnison.

' En janvier 1842,. il s’empara de Tlemcen et poussa une pointe jusqu’à Sebdou qu’il ruina. La grande confédération des Yacoubia qui s’étend sur les Ilauts- Plaleaux au nord des chotts se soumit ; puis, successivement, les Béni Chougran, les Bordjia qui se trouvaient pris entre Oran, Mostagancm, et Mascara.

Des colonnes, parties d’Alger et d’Oran, faisaient leur jonction dans la vallée du Ghelif. Les partisans de l’émir voyaient leurs troupeaux enlevés, leurs silos ruinés, tandis que l’appât du butin grossissait le nombre des auxiliaires indigènes qui combattaient avec nous.

Dans l’est, Msila était occupé en 1841; Tebessa, en 1842.

Les tribus limitrophes de la Mélidja demandaient l’aman, et les environs d’Alger retrouvaient toute la sécurité nécessaire.

Cependant Abd el Kader, se sent ant hors d’état de lutter franchement, évitait toute rencontre décisive. Il abritait sa smala dans l’extrôme sud, et, avec une poignée de cavaliers, passait entre nos colonnes pour réveiller les dévouements, punir les défections, ramener les indécis.

L’Ouarsenis était devenu comme sa forteresse centrale. On y pénétra et l’on força les Béni Ourar à la soumission.

Les montagnards des environs de Cherchel s’étant soulevés, ils furent vigoureusement refoulés, et, pour dominer le pays, un camp permanent fut établi sur le point stratégique d’el Esnam, qui devint Orléansville. Une garnison fut placée à Ténès et une route ouverte entre ces deux positions.

Sur la lisière des Hauts-Plateaux, des garnisons furent installées h Boghar, Teniet, Tiaret, Sidi bel Abbés.

Les troupes, formées en colonnes légères, marchaient avec une rapidité remarquable et multipliaient les coups de mains heureux.

Prise de la smala (avril 1843). — Au mois d’avril, le duc d’Aumale partit de Boghar avec 600 cavaliers, et surprit la smala d’Abd el Kader à. Taguin. Il y avait là 6,000 personnes, dont 5,000 combattants, mais la soudaineté de l’attaque ne leur permit pas de se reconnaître.

On fut obligé de laisser s’écouler une partie de la smala, mais on enleva 3,000 prisonniers et un immense butin. On n’avait perdu qu’une vingtaine d’hommes tués ou blessés, et l’ennemi 300.

D’autres colonnes donnaient la chasse à l’émir, qui était aux abois ; les populations étaient épuisées; les réguliers à peu près détruits. Abd el Kader se décida à disparaître momentanément. 11 opéra une razzia sur les Hamian alors en guerre avec l’empereur Abd er Rahman, et, « après cet acte de courtoisie arabe», passa sur le territoire marocain, où il installa ce qui restait de sa smala.

CsLinpsig^ne du. 3Iaroc (1844). — Il travailla dès lors à entraîner l’empereur du Maroc dans la guerre sainte, et fut soutenu par les prédications des khouan de Moulai Taïeb et des Aissaoua. Au mois de mars 1854, il vînt razzier nos tribus.

Pour empêcher le retour de ces incursions, on occupa la zaouïa de Lalla Maghnia à l’ouest de la Tafna; les

Marocains, prétendant h cette rWière comme ligne frontière, réclamèrent et vinrent attaquer ce poste. Des pourparlers furent entamés, mais, une conférence entre le général Bedeau et le commandant des forces marocaines ayant été rompue par une attaque de la cavalerie marocaine, le maréchal Bugeaud mit ses troupes en mouvement et, le 17 juin 1844, occupa Oudjda.

Une escadre française, commandée par le prince de Joinville, fut envoyée sur les côtes.

!B£i.t£Lille de l’Isly (14 août 1844). — Les satisfactions réclamées n’ayant point été données, le maréchal Bugeaud se porta en avant le 13 août, et attaqua le lendemain l’armée marocaine, forte de 30 à 40,000 hommes, campée sur les hauteurs de la rive droite de l’oued Isly. Il la battit et la dispersa complètement. L’engagement fut peu meurtrier, puisqu’on estime à 800 hommes seulement les pertes de l’ennemi, mais les conséquences morales en furent considérables ; les Marocains, commandés par le fils de l’empereur, avaient perdu leur camp, leurs canons, leurs drapeaux, leurs munitions.

De son côté, l’escadre avait bombardé Tanger le 6 août, et en avait ruiné les fortifications. Le 13, elle bombarda Mogador, et jeta h terre des compagnies de débarquement qui achevèrent de détruire les ouvrages de défense.

cc Cette double exécution et la bataille de ITsly mirent fin aux velléités de résistance de l’empereur du Maroc. » Le traité de Tanger (20 seplembre 1844) termina les hostilités. Il fut convenu que les frontières seraient tracées comme h l’époque de la domination turque, mais le plénipotentiaire français, chargé de la

délimitation (général de La Rue), était naturellement peu au courant des détails topographiques de cette région et de leur importance. On dit qidil fut trompé par les Marocains: « 11 abandonna la frontière traditionnelle de la Moulouïa pour un tracé bizarre qui coupe en deux les tribus. Dans le Sud, il laissa au Maroc Ich et Figuig, c’est-à-dire la tête de la route du Touat par l’oued Guir. » On sent vivement aujourd’hui les conséquences de celte faute (traité du 18 mars 1845).

Insiipreetioii de — îîoii et

Abd el Kader. — Peu de temps après, la population du Dahra, d’origine berbère, remuante et belliqueuse, fut entraînée à prendre les armes par les prédications passionnées d’un marabout, Bou Maza, le premier de ces chorfa que l’on verra plus tard surgir dans diverses parties de l’Algérie. La répression fut énergique et prompte. C’est dans une de ces expéditions que le colonel Pélissier fit enfumer, dans les grottes où ils s’étaient réfugiés, les gens des Oulad Riah, pour les forcer à se rendre. Un grand nombre y périrent asphyxiés, hommes, femmes, et enfants.

Chassé du Dahra, Bou Maza se réfugia dans l’Ouarsenis, et continua d’y tenir la campagne.

Comba^t de Sîdî ISraliini (23 septembre 1845). — De son côté, Abd el Kader rentra en scène et franchit la Tafna. Une colonne de 430 hommes, imprudemment sortie de Djemaà Ghazaouat (Nemours), fut écrasée (23 septembre). Le capitaine Géreaux se retrancha, avec une compagnie, dans le marabout de Sidi Brahîm ; il s’y maintint héroïquement jusqu’au 26; puis, dans une dernière tentative désespérée pour se

faire joui% il se fit tuer avec presque tous ses compagnons. 12 hommes seulement rentrèrent à Djemaâ Ghazaouat; 92 étaient prisonniers, les autres moiis.

Quelques jours après, un délachement de 200 hommes, envoyé pour renforcer le poste d’Aïn Temouchent, était enveloppé et meltait bas les armes.

L’insurrection devint générale.

Le maréchal Bugeaud mit alors en mouvement, dans toutes les directions, un grand nombre de colonnes pour essayer de cerner l’émir.

Abd el Kader faillit être pris, mais il s’échappa et parvint à gagner la Kabylie, où il fut mal accueilli. Il trouva pendant quelque temps un refuge chez les Onlad Nayl, puis chez les Harrar. Ces tribus ayant fait leur soumission, il se retira chez les Oulad Sidi Cheikh; mais le colonel Renault Ty relança et pénétra jusqu’à el Abiod. L’émir se décida à rentrer au Maroc par Figuig, où Bou Maza le suivit.

Reddition d’Al>d el Kader (1847). — Au commencement de 1847, il reparut en Algérie chez les Oulad Nayl, puis dans les Ziban.

De son côté, Bou Maza était dans le Dahra, mais bientôt découragé , il se rendit au colonel Saint- Arnaud.

Abd el Kader, c[ui était encore retourné au Maroc, se brouilla avec l’empereur Abd er Piahman c{ui, se décidant à exécuter les clauses du traité de Tanger, le somma de se remettre entre ses mains ou de s’éloigner dans le désert. Une armée appuyait ces sommations; alors l’émir, après avoir essayé de résister, fit passer sur le territoire français sa déira qui fit sa soumission

et, lai-môme, après avoir demandé qu’on lui permît de se retirer avec sa famille à Alexandrie ou à Saint-Jeand’Acre, se rendit, le 23 décembre 1847, au colonel Lamoricière. Le lendemain, il fut présenté au duc d’Aumale qui venait de remplacer le maréchal Bugeaud, comme gouverneur, et, deux jours après, embarqué pour Toulon. Il fut d’abord interné en France; quelque temps après, il eut l’autorisation de se rendre en Syrie, où il habita Damas. Jusqu’à sa mort (1883), il resta fidèle à sa parole et donna des preuves fréquentes de sa reconnaissance pour la générosité de ses vainqueurs.

De cette époque date, en réalité, la conquête de l’Algérie.

Soomissioii du Saliuru.

Il fallait encore faire respecter notre autorité par les populations du Sud et par celles de la Kabylie.

Le duc d’Aumale s’avança jusqu’à Biskra; il soumit les Ziban et l’Aurès.

Exiïédîtîoii de (octobre et novembre

1849). — Cependant un chérif. Bon Zian, exploitant le mécontentement causé par certaines mesures administratives, insurgea les tribus de cette région. Une colonne, envoyée sur l’oasis de Zaatcha, fut repoussée (juillet 1849).

L’expédition fut reprise, à l’automne suivant, par le général Ilerbillon avec une colonne de 4,000 hommes. Les attaques de vive force, tentées sur l’oasis, furent encore infructueuses (octobre 1849). Il fallut faire un siège en règle. Le 28 novembre, les brèches ayant été

reconnues praticables, l’assaut fut donné. Le colonel Canrobert enleva la première brèche, mais il fallut ensuite se battre rue par rue, maison par maison. La résistance fut incroyable de ténacité. La ville et l’oasis

furent rasées. On avait perdu 1500 hommes tués et blessés, sans compter les victimes faites par le choléra.

D’un autre côté l’Aurès s’était également insurgé. La petite ville de Nara, dans la vallée de l’oued Abdi, offrit, comme Zaatcha, une résistance opiniâtre et eut le même sort.

Expédition de Eagïioiiat. — En 1852, un chérif revenant de La Mecque, Mohammed ben Abdallah, devint l’instrument d’intrigues sourdes menées par la Turquie, toujours disposée aux illusions et persuadée que le moment était favorable pour remettre la main sur l’Algérie. Il avait débarqué à Tripoli et était entré dans le Sahara par Ghadamès. Il avait créé à Ouargla un centre d’agitation, et ses partisans réussirent à prendre Laghouat où nous avions installé un kalifa. Le général Pélissier vint assiéger l’oasis, s’en empara après quelques heures de canonnade, et livra un combat acharné dans l’intérieur de la ville qui fut désormais occupée d’une manière permanente (4 décembre 1852).

Si Hamza, le chef des Oulad Sidi Cheikh, qui avait pris parti pour nous, poursuivit le chérif, le battit, et s’empara d’Ouargla.

Le Mzab fit sa soumission.

A la fm de 1854, nos troupes entrèrent à Tougourt ; l’oued Righ et l’oued Souf reconnurent la domination française.

L’extrême Sud fut pacifié pour dix ans.

Soumission de lu Kut>ylie.

Sur les côtes de la Kabvlie, on avait occupé Bougie (1833), Djidjelli (1839), Collo (1843).

En 1844, le maréchal Bugeaud s’était emparé de Dellys et avait battu la grande tribu des Flittas. L’expédition, interrompue par la campagne du Maroc, fut reprise quelques années après.

Les Béni Abbés et quatorze tribus firent leur soumission.

L’agitation de 1849 eut son contre-coup dans la Kabylie. Un chérif, Bon Baghla, maintint l’insurrection du pays pendant plusieurs années. Diverses expéditions furent conduites par les généraux Saint-Arnaud (1851), Bosquet (ISo'â), Randon, gouverneur général (1853). Enfin, en 1854, Bon Baghla fut tué dans un combat. Mais le pays était loin d’être pacifié.

En 1857, les Béni Raten se soulevèrent de nouveau. Le général Randon résolut d’en finir. Il réunit 35,000 hommes, fit cerner la Kabybe en occupant Dra el Mizan, les Béni Mansour, les Béni Abbés, le col de Chellata, et fit pénétrer dans l’intérieur trois divisions. Les Béni Raten, attaqués les premiers, se défendirent énergiquement, mais, écrasés par le nombre, ils cédèrent après une lutte de deux jours.

Après eux, les Béni Menguillet, retranchés dans le village d’Icheriden, soutinrent (le 24 juin) un sanglant combat contre l,i division Mac-Mahon; puis les Béni Yeni (11 juillet). Toutes les tribus se soumirent successivement, livrèrent des otages, et payèrent la contribution de guerre. La campagne avait duré 60 jours. La Kabylie, qui n’avait jamais obéi aux maîtres de l’Al-

gérie, était domptée; des routes militaires furent ouvertes dans les montagnes et le fort Napoléon fut construit sur le plateau de Souk el Arba , chez les Béni Raten, pour maîtriser le pays.

ïl:x;p édition du Hlaroc (1859).

Sur la frontière du Maroc, les Angad, les BeniSnassen, tribus remuantes, ne reconnaissant aucune autorité, ne respectant ni frontières, ni traités, avaient fait des incursions sur le territoire français.

Un camp fut formé à l’oued Kiss (oued Adjeroun) et, malgré les ravages causés par le choléra, deux divisions (Valsin, Jusuf) opérèrent sur les Béni Snassen et enlevèrent leur village fortifié de Tagma. Les Angad et les Maya furent également atteints et châtiés.

Plus au sud, une colonne sortie de Géry ville opéra une grande razzia sur les Béni Guil.

Insuprection de

La région du Sud, entre Géryville et Ouargla, avait été érigée en un grand commandement au profit de Si Hamza, le chef des Oulad Sidi Cheikh. Il mourut du choléra à Alger en 1861. Son fils aîné, Sidi bon Beker, servit aussi la France avec fidélité; il mourut, à son tour, peu de temps après. Son frère Si Sliman, froissé dans ses rapports avec les officiers français, se laissa

1 Voir Truinelet, Insurrrection de 186i.

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entraîner par son oncle, Si Lala, et leva l’étendard de la révolte.

Le lieutenant-colonel Beauprêtre, commandant supérieur de Tiaret, se porta aussitôt vers le Djebel-Amour ; le 8 avril, il campait avec une petite colonne d’une centaine d’hommes d’infanterie à Aïoun Sidi bou Beker, près de Stitten. Les goums des Harrar, commandés par î’agha Sahraoui, de connivence sans doute avec les insurgés, n’éclairaient plus le pays. Son camp fut surpris pendant la nuit, et il fut massacré avec toute sa colonne. Si Sliman fut tué dans celte affaire.

Toutes les tribus du Djebel-Amour se soulevèrent et l’insurrection gagna le Tell. Une colonne, conduite dans le Sud par le général Deligny, n’obtint que des succès sans résultat.

Dans rOuarsenis, la belliqueuse tribu des Flittas prit, à son tour, les armes à la voix du marabout Si Lazereg. Le caravansérail de la Rouia, sur la route de Mostaganem, fut attaqué et fut brûlé avec ses défenseurs; les villages d’Ammi Moussa et de Zemmora furent pillés et incendiés. La mort de Si Lazereg, tué par un boulet, déconcerta les Flittas, qui, après quelque résistance, firent leur soumission.

Dans le sud de la province d’Alger, les généraux Jusuf et Liébert avaient contenu les populations hésitantes et opéré quelques razzias.

Mais, dans le Sud Oranais, on subissait un échec k el Beïda, et Si Lala allait ravager le pays jusqu’aux portes de Tlemcen.

Si Mohammed, qui avait remplacé Si Sliman, li la tête des Oulad Sidi Cheik, ayant été blessé mortellement, le 4 février 1865, dans un engagement contre le général Deligny, l’insurrection entra dans sa période de décrois-

sance, mais les Oulad Sidi Cheikh continuèrent la lutte pendant les années suivantes en razziant les tribus soumises.

En 1869, un parti de 3,000 cavaliers et de 800 fantassins s^avança jusqu’à Taguin. Il fut refoulé dans le désert. Mais au commencement de 1870, les Hamian étaient encore razziés par les insurgés.

Expédition du généi’al de Wimpfeii (1870).

Lorsqu’ils étaient pressés de trop près, les Oulad Sidi Cheikh cherchaient un refuge au Maroc et trouvaient assistance près des trois puissantes tribus des Béni Guil, des Oulad Djerir, et des Douï Ménia, qui étaient leurs serviteurs religieux. C’est alors que le général de Wimpfen conduisit sur l’oued Guir Texpédition que nous avons relatée en parlant du Sahara marocain, et qui eut, au moins pour conséquence, le maintien d’une tranquillité relative, dans cette région, pendant la grande insurrection qui allait éclater.

Insurrection de 18 Tl.

Les désastres de la guerre de 1871 eurent leur contrecoup en Algérie.

Des réformes intempestives, ou trop hâtivement appliquées par le gouvernement de la Défense nationale, avaient agité les esprits et affaibli l'autorité des bureaux arabes, au moment même où l’effectif des troupes avait été considérablement diminué et le commandement désorganisé.

La naturalisalion en masse des Israélites contribua pour une large part à. accentuer les mauvaises dispositions de certaines tribus; mais les insurrections furent successives et nullement coordonnées entre elles.

Les premiers symptômes se manifestèrent au mois de janvier 1871, par la révolte d’une smala de spahis cantonnée près de Souk Arrhas sur la frontière de Tunisie, et qui refusa de s’embarquer pour la France. File entraîna la tribu des Hammencha.

Un mois après, le poste d’el Milia, entre Gonstantine et Gollo, était attaqué.

Enfin, au mois de mars, Mokrani, bacli-agha de la Medjana, d’une famille dont l’influence traditionnelle s’étendait bien au delà de son commandement, donnait sa démission, motivée sur rétablissement du régime civil; il renvoyait les insignes de la Légion d’honneur qui lui avaient été conférées, et adressait au gouverneur une déclaration de guerre formelle.

Le 16 mars, avec 8,000 hommes, il parut devant Bordj bou Arreridj, saccagea le village, mais le bord], où s’étaient réfugiés les habitants, résista heureusement à ses attaques.

Toute la Kabylie s’insurgea : Fort-National, Tizi Ouzou, Dra el Mizan, Béni Mansour, Bougie, Djidjelli, ]\Iila, furent attaqués et investis. Les attaques de vive force étant repoussées, l’ennemi organisait des sièges réguliers, menait des approches, pratiquait des mines, montrait une habileté inaccoutumée et un acharnement extraordinaire.

Les exploitations isolées étaient dévastées; le village de Palestro détruit et ses habitants massacrés.

Sétif, Aumale, Batna, étaient menacés. Une pointe était tentée vers Alger, et une colonne formée de quel-

ques soldats d’infanterie, de mobilisés, de francs-lireurs, devançait, seulement de quelques heures, les Kabyles au village de l’Alma et leur livrait un combat (22 avril), qui préserva heureusement la-Mélidja de leurs ravages, mais elle arriva trop lard pour sauver Palestre.

On se hâta avec les quelques ressources disponibles d’organiser deux colonnes mobiles : l’une dans la province d’Alger avec le général Gérez; l’autre dans la province de Conslantine avec le général Saussier.

Mokrani fut tué dans une reconnaissance et sa mort décapita l’insurrection. La colonne Gérez, combinant ses mouvements avec ceux du général Lallemand qui venait d’Alger , on débloqua successivement toutes les places et l’on désarma les tribus. La Kabylie était de nouveau domptée.

L’insurrection éclata peu après dans le Dahra, chez les Béni Menacer, qui bloquèrent Gherchel. On se hâta de les réduire.

Dans la province de Gonstantine, six colonnes opérèrent contre Bou Mezrag qui avait succédé à son frère Mokrani. Après une campagne de cinq mois, les insurgés furent écrasés au combat du djebel Bou Tlialeb, et les derniers révoltés furent poursuivis dans l’extrême Sud jusqu’à Goléa, oCi n’avaient pas encore pénétré les armes françaises.

La Kabylie fut durement châtiée; elle eut à payer des indemnités de guerre considérables, perdit son autonomie municipale; une partie des terres fut mise sous le séquestre et affectée à la colonisation, qui pénétra ainsi dans ses vallées.

Depuis ce moment, la tranquillité du Tell n’a plus été troublée.

Révolte cl’el Amrî (1876) et de l'Aurès (1879).

En 1876, quelques douars se révoltèrent à el Amri, dans les Ziban, et furent facilement réduits.

En 1879, les tribus de l’Aurès se soulevèrent, mais plutôt contre leurs caïds que contre l’autorité française. Ces mouvements, rapidement réprimés, n’eurent j^as de conséquence.

Iiisurfectioii de 4 88 4-tL 88^25.

L’insurrection de 1881 a eu plus de gravité, mais ce n’est, en définitive, que la suite de l’insurrection permaîiente des Oulad Sidi Cheikh, mal assoupie depuis 1870; des négociations entamées par leurs chefs, désireux de recouvrer la grande position faite autrefois par l’autorité française k Si Hamza, n’avaient pas abouti.

Un marabout jusqu’alors obscur, Bou Amama, profitant des dispositions hostiles des tribus, les entraîna soit de gré, soit de force. Des erreurs de commandement, des précautions insuffisantes, pennirent à la révolte de se propager (avril 1881).

Bou Amama, auquel on donna ainsi une importance qu’il n’avait pas, sut se dérober aux colonnes ; il se porta au nord des chotts. Des chantiers d’alfa furent ravagés, particulièrement ceux où se trouvaient des travailleurs espagnols, ce qui a fait supposer que ces derniers avaient été victimes de vengeances particulières.

Les contingents révoltés furent atteints pi'ès de Chel-

lala, dans les montagnes des ksour par le colonel Innocenti. Enhardis parleur supériorité numérique, ils attaquèrent la colonne française et réussirent, en ramenant les goums alliés, à produire quelque désordre dans le convoi.

Une direction plus énergique et la mise en mouvement de colonnes nombreuses obligèrent bientôt Bon Amama à se réfugier au Maroc.

Des colonnes envoyées à Moghar trouvèrent le pays désert; la maison de Bon Amama fut détruite.

Le colonel Négrier s’avança jusqu’à el Abiod. Il fit sauter la koubba du marabout ancêtre des Oulad Sidi Cheikh et en fit transporter les ossements à Géryville.

Les insurgés, qui s’étaient réfugiés dans les forteresses naturelles des hautes montagnes des ksour, furent successivement délogés de toutes leurs positions. Des colonnes légères, envoyées à la poursuite de Bon Amama, poussèrent très loin, à 140 kilomètres au delà deFiguig, et atteignirent plusieurs fois ses contingents, auxquels des pertes sérieuses furent infligées; mais Figuig ne fut ]:»as attaqué, malgré les dispositions hostiles montrées par ses habitants.

Coiiil»a.t du. cliott Tigrî (26 avril 1882). — Quelques temps après, une mission topographique (capitaine de Cas tries), envoyée en reconnaissance sur le chott Tigri, fut inopinément enveloppée par des forces nombreuses avec lesquelles se trouvait Bon Amama. Son escorte, formée par une compagnie de la légion, réussit à la protéger non sans pertes. Cette affaire isolée n’eut d’ailleurs aucune conséquence.

La plus grande partie des tentes insurgées rentrèrent

successivement sur notre territoire et demandèrent l’aman. Les tribus ma'rocaiiies, qui les avaient d’abord accueillies, ne se souciaient pas de voir leur séjour au milieu d’elles se prolonger, ni de partager indéfiniment avec elles leurs pâturages. Des conflits armés surgirent entre les uns et les autres. Il ne resta avec Si Sliman qu’un petit groupe de cavaliers fidèles ; le prestige éphémère de Bon Amama s’éteignit; il chercha un refuge de ksar en ksar.

Des négociations avec les chefs des Oulad Sidi Cheikh Cheraga ont ramené la tranquillité dans le Sud Oranais. Bien qu’on ne soit pas autorisé à considérer la pacification comme définitive, la création des postes de l’extrême Sud donne les moyens de réprimer rapidement et, peut-être, de prévenir de nouvelles tentatives d’insurrection.

Si Hamza a fait sa soumission au mois de mai 1883; Si Kaddour, au mois d’avril 1884.

Oecupa^tioii dtu Masab (novembre 1882).

L’occupation du Mzab, qui eut lieu sans résistance au mois de novembre 1882, a été le dernier acte militaire delà conquête de l’Algérie.

7 mai 1884.

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