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HISTORIQUE

Avant que les Romains eussent détruit Carthage et formé des colonies sur la côte africaine , depuis les frontières de l’Égypte jusqu’aux colonnes

L’UNIVERS

d’Hercule, tout le pays était habité par deux grands peuples, les Maures et les Numides , qui , suivant Salluste , provenaient du mélange des Libyens et des Gétules, aborigènes de ces contrées, avec des soldats de l’armee d’Hercule, dont une partie vint en Afrique après avoir conquis l’Espagne.

Ces Africains étaient alors dans un état peu différent de la brutalité : ils mangeaient la chair des animaux toute crue , et broutaient l’herbe dans la campagne comme les vaches et les brebis ; ils ne savaient pas se construire d’habitations, et dormaient où ils se trouvaient, comme les bêtes sauvages.

Leurs mœurs s’adoucirent un peu par les alliances qu’ils contractèrent avec les Mèdes, les Perses et les Arméniens ; ils bâtirent des villes , et on vit bientôt s’élever plusieurs puissances maritimes formidables. Cependant la civilisation ne fit pas chez eux des progrès remarquables ; car Procope, l’historien de l’expédition de Bélisaire, dit en parlant des Maures, qui vivaient depuis des siècles au milieu des Romains : « Ils habitent dans de mau- « vaises cabanes et dorment sur la « terre; les plus riches ont à peine « quelques peaux de moutons pour se « coucher ; ils portent le même habit « dans toutes les saisons , ils ne con- « naissent ni le pain ni le vin , et man- « gent le blé et l’orge comme des « bêtes, sans les réduire en farine. » Les colonies romaines, établies d’abord dans le voisinage de Carthage et d’Utiaue, s’étendirent en peu de temps sur tout le littoral , jusqu’au détroit de Gibraltar. A mesure qu’elles gagnaient du terrain , les Numides se retiraient dans les montagnes; mais les Maures, qui s’étaient adonnés au commerce et vivaient dans les villes de la côte , restèrent chez eux, vécurent en bonne intelligence avec les Romains, dont ils embrassèrent la religion et prirent les coutumes.

Les Numides, réfugiés dans les montagnes, étaient continuellement occupés à saisir les instants favorables pour attaquer les Romains et piller la campagne et les villes. Ceux-ci les pour¬

suivirent plusieurs fois jusque dans leurs repaires ; mais voyant qu’il était impossible de les atteindre, ils construisirent des forts dans l’intérieur des montagnes , où ils mirent des garnisons, chargées de les surveiller et de s’opposer à leurs courses.

Cette disposition ne put jamais avoir le résultat qu’on en attendait ; les Numides parvenaient toujours à tromper la vigilance des Romains, et ils se réunissaient souvent en assez grand nombre pour attaquer les forts , les prendre et massacrer ceux qui les occupaient.

Des armées romaines parcoururent plusieurs fois l’Atlas en poursuivant l’ennemi jusque dans ses retraites les plus inaccessibles ; jamais il ne put être anéanti; et à peine les légions étaient-elles rentrées dans leurs cantonnements , que les Numides recommençaient leurs courses.

La république , qui comprenait les grands avantages qu’elle pouvait retirer de ses possessions d’Afrique, fit d’immenses sacrifices pour les conserver; et la fermeté romaine surmontant tous les obstacles , parvint à s’emparer , malgré tous les efforts des Numides, des plaines et des plus belles vallées , dans lesquelles on vit bientôt s’élever des villes et des villages , habités par une population nombreuse.

La Numidie , les deux Mauritanies (Césarienne etTingitane) comprenaient tout le terrain qui forma plus tard la régence d’Alger. Hippo-Régius , Cirta, Soldæ et Cæsaræ , étaient les principales villes de ces contrées.

La prospérité des colonies africaines suivit les mêmes phases que celle de l’empire. Les troubles de l’Italie et l’invasion des Barbares firent naître aux Romains d’Afrique l’idée de se séparer de la métropole ; plusieurs révoltes partielles avaient déjà été réprimées , lorsque sous le règne de l’empereur Valentinien, Boniface, gouverneur des provinces d’Afrique , se révolta ouvertement et appela à son secours les Vandales , alors maîtres de l’Espagne.

Ces peuples, avides de conquêtes, passèrent en grand nombre les colonnes

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d’Hercule , sous la conduite de Gontharic, un de leurs chefs, et marchèrent jusqu’à Carthage , en s’emparant de toutes les villes qui se trouvaient sur leur passage. Boniface, qui avait trop espéré de l’appui des Vandales , comprit bientôt qu’au lieu d’alliés il s’était donné des maîtres. Après avoir vainement fait des démarches auprès de Gontharic pour l’engager à se retirer, il réunit tout ce qu’il lui restait de soldats , et combattit en désespéré. Mais il fut complètement défait et obligé de fuir, en laissant les Vandales maîtres des états qu’il avait voulu usurper. Ceux-ci se voyant possesseurs d’un des plus beaux pays au monde , résolurent de s’y fixer; ils envoyèrent des députés faire soumission à l’empereur , et promettre de lui payer tribut. Les propositions des Vandales furent acceptées ; Rome était alors hors d’état d’entreprendre une guerre pour recouvrer ses provinces d’Afrique.

Les Vandales jouirent en paix du fruit de leur usurpation pendant plus de cent ans ; mais, en 534 , Gélimère ayant fait crever les yeux à son neveu pour régner à sa place , et ses prédécesseurs n’ayant pas rempli exactement leurs engagements envers l’empire, l’empereur Justinien envoya Bélisaire , qui prit Carthage , fit balayer le pays jusqu’aux colonnes d’Hercule pour en expulser les Vandales , et le réduisit de nouveau sous la domination romaine.

Depuis l’établissement du siège de l’empire à Constantinople , sa faiblesse allait toujours en augmentant. Les garnisons d’Afrique en profitèrent pour se révolter. Les Maures, qui avaient embrassé le christianisme, vivaientplus que jamais en bonne intelligence avec les Romains, dont un grand nombre avait épousé leurs filles. On vit alors s’élever plusieurs petits états indépendants, où les Romains se trouvèrent mélangés avec les naturels.

Les^ Arabes , qui s’étaient emparés de l’Egypte , avaient déjà plusieurs fois attaqué les Romains, et les avaient forcés d’acheter la paix par un tribut, lorsqu’en 697 ils résolurent de s’em¬

parer de toutes leurs possessions et vinrent assiéger Carthage avec une puissante armée. Jean, général de l’empereur Léonce, ayant réuni toutes ses forces , livra bataille aux mahométans , les vainquit, et les chassa du territoire de l’empire.

Le mauvais succès de l’entreprise ne rebuta point ces fanatiques conquérants : rentrés en Égypte , ils levèrent de nouvelles troupes , équipèrent une puissante flotte dans le port d’Alexandrie, et revinrent attaquer les Romains par terre et par mer. Jean , trop faible pour résister, fut vaincu; il s’embarqua avec le peu de troupes qui lui restait , et revint à Constantinople , porter à l’empereur la nouvelle de la perte de toutes les provinces d’Afrique.

Les Romains une fois expulsés , rien ne s’opposa plus aux progrès des Arabes, qui s’emparèrent, sans coup férir, de tous les pays jusqu’au détroit de Gibraltar. Les Maures se soumirent sans résistance au nouveau joug qu’on venait leur imposer; ils abandonnèrent le christianisme pour la religion de Mahomet, et donnèrent leurs filles aux Asiatiques , comme ils l’avaient fait auparavant avec les Romains et les Vandales. Les Numides se tenant toujours enfermés dans les montagnes, ne voulurent point faire alliance avec les Arabes, et se maintinrent en état permanent d’hostilité.

Les enfants de Mahomet, maîtres des deux Mauritanies , se trouvaient trop près de l’Espagne, un des plus beaux pays du monde, qui devenait successivement la proie de tous les conquérants européens , pour ne rien entreprendre contre lui. Ils avaient déjà tenté infructueusement plusieurs débarquements, lorsqu’en 712 le comte Julien , qui s’était révolté contre Rodrigue, son souverain légitime, les appela à son secours. Les Arabes, traînant avec eux les Maures et les restes des Vandales , traversèrent le détroit , vainquirent les princes chrétiens dans plusieurs batailles, Les forcèrent de s’enfermer dans les montagnes des Asturies , et s’établirent dans les plus

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belles contrées de la Péninsule ibérique.

Jusqu’au XIe siècle , les Musulmans restèrent paisibles possesseurs du pays dont ils s’étaient emparés, et ils y construisirent des villes , des palais et des mosquées magnifiques , dont plusieurs sont encore très-bien conservés.

En 1492, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, qui régnaient ensemble sur les Espagnes, firent une guerre vigoureuse aux Musulmans , et finirent par les expulser entièrement.

Ceux qui purent échapper au fer des vainqueurs repassèrent le détroit , et allèrent demander asile à leurs coreligionnaires africains. Leur haine contre les chrétiens était trop invétérée , et ils étaient trop belliqueux pour vivre tranquillement si proche de la belle contrée qu’ils venaient de perdre; ils ne tardèrent pas à armer en corsaires de petits batiments qui pillaient les navires marchands sur la Méditerranée ; ils organisèrent la piraterie , et débarquaient à l’improviste sur les côtes d’Espagne , qu’ils ravageaient , et dont ils emmenaient la population en esclavage.

Les principaux ports où les pirates se réfugiaient devinrent en peu de temps lès capitales de petits états qui formèrent ensuite les régences barbaresques , dont la puissance s’accrut jusqu’à oser imposer des lois aux rois de l’Europe.

Isabelle était morte. Son époux, qui regardait comme un grand honneur de poursuivre ses ennemis jusque chez eux, fortement excité par le cardinal Ximénès , ordonna qu’une expédition , commandée par Raimond de Cardonne et Diègue de Cordoue , serait dirigée contre le fort de Mersel-Kébir, principal repaire des pirates. La flotte sous les ordres de Raimond, portant 5000 hommes de débarquement , partit du port de Malaga à la fin d’août 1504. Arrêtée par des vents contraires, elle fut obligée de relâcher dans le port d’ Alméria , et ne parut devant le fort que le 11 septembre. Les chrétiens voyant Mersel-Kébir armé d’une nombreuse ar¬

tillerie , mouillèrent à l’ouest , hors de la portée du canon. Le débarquement offrit les plus grandes difficultés. Les Maures et les Arabes qui défendaient la côte, ne le croyant pas exécutable, se retirèrent ne laissant que 3000 hommes et 200 chevaux. Les Espagnols débarqués n’éprouvèrent qu’une Faible résistance , le fort se rendit , et reçut une garnison.

Quatre ans après la prise de Mersel-Kébir, le gouverneur de cette place noua des intelligences avec un juif d’Oran qui promettait de livrer aux Espagnols la porte de cette ville située sur la route de Telmecen. Le cardinal Ximénès , informé de ce qui se passait, rassembla à Carthagène une flotte et une armée qui devaient aller attaquer Oran.

Les troupes, sous le commandement de Pierre de Navarre , se composaient de 15,000 hommes de différentes armes , tous vieux soldats. Le cardinal s’embarqua le 16 mars 1509. On mit immédiatement à la voile, et le 17 la flotte était devant la côte d’Afrique. Le débarquement s’effectua dans le port de Mers-el-Kébir, la nuit même du 17.

Les habitants d’Oran n’en eurent connaissance que le lendemain matin , quand leurs ennemis marchaient déjà contre eux. Us se précipitèrent à ia rencontre des Espagnols , mais ils furent culbutés, la porte de Telmecen fut livrée et Oran pris sans coup férir.

Après la prise d’Oran, le cardinal retourna en Espagne et rentra dans le port de Carthagene , cinq jours seulement après en être sorti.

Expédition de Bougie. Pierre de Navarre avait dans le port de Mersel-Kébir 13 vaisseaux armés pourvus de vivres et de munitions. Il fit embarquer sur cette escadre une partie des troupes qui venaient de s’emparer d’Oran , mit à la voile et rallia à Yvica une autre division navale , commandée par Jerôme Vianelli. Les deux, escadres réunies ayant 5,000 hommes de débarquement, mirent à la voile le 1er janvier, et arrivèrent devant Bougie le 5 janvier; mais lèvent étant contraire, elles durent se tenir au large . Les Berbères et les Arabes, commandés par

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un roi , au nombre de dix mille environ, dont une grande partie à cheval, occupaient les montagnes qui environnent la ville.

Le vent s’étant calmé , les vaisseaux jetèrent l’ancre et le débarquement commença aussitôt. Les ennemis s’avancèrent alors ; mais , foudroyés par l’artillerie des navires , ils se retirèrent avecprécipitation, etles troupes purent continuer à débarquer sans être inquiétées. Le général en chef qui avait mis pied à terre avec les premières troupes , les rangeait en bataille au for et à mesure de leur arrivée. Il en forma quatre grosses masses avec lesquelles il marcha droit à l’ennemi, pour le chasser de ses positions. Les Africains terrifiés n’osèrent pas attendre les chrétiens , ils abandonnèrent les postes avantageux qu’ils occupaient, et se précipitèrent vers la ville , comptant sur la force de ses remparts. Mais les Espagnols les suivirent de si près , qu’ils entrèrent pêle-mêle avec eux. Bougie fut pris dans un instant et livré au pillage.

La chute si prompte de Bougie, que les Barbares regardaient comme imprenable, jeta la consternation sur toute la cote et même fort loin dans les terres. Les villes du voisinage , craignant un sort semblable, envoyèrent des députés au vainqueur pour faire leur soumission au roi d’Espagne et offrir de payer un tribut. Alger, qui n’était point alors aussi forte

3 u’ elle l’est devenue depuis, fut une es premières à se soumettre.

Les rois de Tunis, de Tedelez et jusqu’aux habitants de Mostaganem, se reconnurent tributaires de la couronne de Castille , dont en peu de mois la domination s’étendit depuis Tunis jusqu’au détroit de Gibraltar (en 1510).

Les Espagnols, maîtres d’Alger, bâtirent un fort sur un rocher qui forme une île devant cette ville. C’est ce fort, augmenté par les Turcs, qui forma depuis le port d’Alger, et fit toute la force de ce repaire de pirates.

Les Africains, traités par les Esagnols comme des vaincus et des indeles, ne supportaient qu’avec peine

le joug qui leur était imposé. La mort de Ferdinand, qui arriva en 1516, ranima leur courage , et ils pensèrent à reconquérir la liberté.

Les Algériens appelèrent à leur secours Sélim-Utémi , prince arabe , qui jouissait alors d’une grande réputation militaire. Ce guerrier, ne se croyant point assez fort pour attaquer lui seul les Espagnols, envoya un agent au fameux corsaire Barberousse, qui régnait alors sur la Méditerranée, pour l’engager à attaquer par mer le fort d’Alger, pendant que de son côté il s’emparerait de la ville. Les deux attaques , bien combinées , eurent un succès complet ; la garnison espagnole fut faite prisonnière ; Alger et tout son territoire rentrèrent sous la domination musulmane.

Les deux vainqueurs , qui s’étaient si bien entendus pour attaquer, ne purent jamais s’entendre pour gouverner le pays dont ils venaient de s’emparer; Sélim-Utémi fut assassiné, et son fils forcé de chercher un refuge parmi les Espagnols.

Dans son expédition sur Alger, Barberousse avait amené avec lui ses compagnons de brigandage , presque tous Turcs, qui formèrent le premier noyau de cette milice algérienne, devenue depuis si redoutable.

Peu de temps après la prise d’Alger par Barberousse, une flotte espagnole, portant 10,000 hommes de débarquement, se présenta pour attaquer cette ville.

Quoique plusieurs bâtiments se fussent brisés contre les rochers en abordant la côte . le, débarquement n’en eut pas moins lieu; mais les Espagnols, qui s’étaient livrés au pillage, vigoureusement attaqués par les Maures et les Arabes , sous les ordres de Barberousse lui-même , furent presque tous massacrés.

Après cette victoire , qui lui assura une grande prépondérance dans le pays , Barberousse entreprit d’en chasser entièrement les Espagnols; et il aurait réussi s’il n’eût été tué , deux ans après , dans une bataille qu’il leur livra aux environs de Telmecen.

Barberousse fut remplacé dans le gouvernement d’Alger par son frère

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Chéridin, nommé aussi Barberousse, qui était non moins habile et non moins courageux que lui. Les Espagnols tentèrent une autre expédition, sous les ordres de Moncade ; mais une affreuse tempête fit périr la moitié de la flotte, composée de 26 vaisseaux.

Chéridin, se voyant continuellement menacé , faisait de grands travaux pour défendre la capitale de son empire ; il augmenta beaucoup le fort que les Espagnols avaient construit sur le rocher d’Alger, et il le joignit à cette ville par un superbe mole en pierres , dont l’intérieur renferme de beaux magasins et des logements pour les troupes, à l’abri de la bombe. Malgré toutes ces précautions, il ne se crut pas encore assez fort pour résister aux attaques des chrétiens , et il mit ses états sous la protection du grand-seigneur, en lui demandant du secours. Le sultan lui envoya quelques janissaires.

Peu de temps après , Chéridin laissa le gouvernement d’Alger à un renégat, Hassan- Aga, d’origine sarde , d’une cruauté et d’une bravoure à toute épreuve, et partit pour Constantinople, afin de traiter directement avec le sultan la question algérienne.

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