EXPÉDITION DE CHARLES-QUINT EN
Charles-Quint , qui voyait la puissance d’Alger s’augmenter tous les
t'ours, et qui comprenait tous les malleurs qui pouvaient en résulter pour la chrétienté , pensait depuis long-temps à l’anéantir. En 1535 il avait déjà fait une expédition contre Tunis pour rétablir sur le trône Miucley-Hassan , vassal de l’Espagne, dépossédé par Barberousse, et cette expédition avait eu un succès complet.
L’absence de Chéridin parut à l’empereur une occasion favorable pour exécuter son projet. Depuis long-temps il s’y préparait. Les vice-rois de Naples et de Sicile avaient fait des levées de vieux soldats. En Espagne , beaucoup de jeunes gens de la noblesse s’étaient enrôlés pour cette périlleuse expédition. Fernand-Cortès , le conquérant du Mexique , se présenta comme volontaire avec ses trois fils. Dans
l’Italie, les Calonne, les Dona et les Spinosa rassemblèrent les meilleures troupes du pays.
Les troupes, réunies sur les côtes d’Espagne et sur celles de l’Italie, furent embarquées sur les flottes d’Espagne et de Gênes , réunies toutes les deux sous les ordres d’André Doria, l’amiral le plus célèbre de cette époque.
Doria et le pape Paul III firent tous leurs efforts auprès de Charles-Quint pour le faire renoncer à une expédition dont ils semblaient prévoir la mauvaise réussite. Rien ne put l’arrêter ; il s’embarqua le 1er octobre à Porto-Venere , et se rendit, non sans beaucoup de difficultés, à Majorque, lieu du rendez-vous des flottes combinées. La flotte espagnole arriva la dernière ; quelques-uns de ses vaisseaux , que le mauvais temps empêcha de rallier , s’étaient diriges directement sur Alger.
Le 18 octobre , 70 galères et plus de 100 bâtiments de moindre dimension firent voile pour la côte d’Afrique.
Le 26, le débarquement s’effectua avec ordre et promptitude.
L’armée se composait de 22,000 hommes d’infanterie , Espagnols , Allemands , Bourguignons , Italiens et Maltais, et de 1100 chevaux.
Les attaques des Algériens furent repoussées avec vigueur par l’infanterie espagnole , soutenue par l’artillerie des vaisseaux. L’armée, formée en trois corps, commandés par Ferdinand de Gonzague , l’empereur et Camille Calonne , se porta en avant et alla prendre position entre deux torrents. Une attaque de nuit fut encore repoussée avec avantage, et le 27 on commença l’investissement de la place. Gonzague attaqua vigoureusement les Arabes , qui s’étaient emparés des hauteurs sur la gauche de l’armée , ce qui leur donnait un grand avantage. Le centre, commandé par l’empereur en personne, s’empara d’une hauteur (Sidi-Jacoub ), où est maintenant le fort de l’Empereur. La gauche des Espagnols s’étendait sur les collines qui bordent la mer , à l’ouest d’Alger : de cette manière , la ville se trouvait investie assez complé
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tement pour commencer les opérations du siège.
Mais les précautions les mieux prises ne suffisent pas toujours quand les éléments peuvent influer sur le succès : le même soir un vent violent du nordouest amena des nuages qui crevèrent et vomirent , durant toute la nuit, des torrents d’une pluie froide, accompagnée de grêle ; les soldats n’avaient que leur simple vêtement, et absolument rien pour se mettre à l’abri, les tentes n’étant pas encore débarquées.
Le flotte, horriblement battue par la tempête , fut dispersée ; plusieurs vaisseaux sombrèrent, d’autres vinrent se briser contre la côte , et un grand nombre fût emporté ou coulé. La journée du 28 fut aussi mauvaise que la nuit qui l’avait précédée ; on manquait déjà de vivres, et on n’avait pas l’espoir de pouvoir s’en procurer. Hassan-Aga, profitant de la mauvaise position des assiégeants , fit une sortie et tailla en pièces trois compagnies qui occupaient le pont de Bab-Azoun. Il se retira , mais il revint ensuite , et culbuta les chevaliers de Malte. L’empereur étant venu lui-même à leur secours avec une division allemande, força l’ennemi à la retraite.
Pendant la tempête, 150 navires et 8,000 hommes avaient été engloutis ar la mer ; les cadavres de ces maleureux et les débris des vaisseaux couvraient la plage.
Dans ce désastre, Doria ne perdit point la tête, il rallia les débris de la flotte au cap Matifou , et écrivit à l’empereur pour le conjurer d’abandonner son projet, et de se rembarquer avec le reste de son armée. Dans cette malheureuse circonstance, Charles-Quint se conduisit en homme de cœur ; il resta constamment au milieu de ses troupes, se priva de tout pour subvenir aux besoins du soldat, et fit tuer les chevaux pour alimenter l’armée.
Le 29, les Espagnols quittèrent leurs positions devant Alger, et allèrent camper sur les bords de l’Arrach , qui était tellement gonflée, qu’il leur fut impossible de la passer à gué, comme
on l’avait espéré; un pont fut construit pendant la nuit, et le lendemain l’armée passa. L’Hamise, que l’on rencontra avant d’arriver au point de l’embarquement, nécessita encore la construction d’un pont; l’armée campa sur la rive droite, et le 31 elle commença à se rembarquer , sans que l’ennemi l’inquiétât. Mais comme la tempête avait beaucoup diminué le nombre des vaisseaux, on fut obligé, pour pouvoir ramener les hommes, d’abandonner les chevaux débarqués, et de jeter à la mer tous ceux qui n’avaient pas pu l’être.
Dès que l’embarquement fut terminé , on annonça par un ordre du jour à l’armée, que le siège d’Alger était remis à l’année prochaine , et la flotte fit voile pour Bougie , où elle arriva le 2 novembre , après avoir encore éprouvé plusieurs avaries , et , entre autres, la perte d’un vaisseau avec 400 hommes.
Le 16, Charles-Quint remercia tous les généraux qui l’avaient accompané , les laissa chacun libres de prenre telle route qu’il leur plairait pour retourner chez eux ; il partit lui-meme, et rentra en Espagne par Carthagène.
Ainsi fut terminée une expédition qui semblait devoir anéantir tous les pirates barbaresques , et qui ne fit que leur donner une plus grande audace.
Charles-Quint ne dut sa défaite qu’à l’ignorance des localités et du caractère des ennemis qu’il avait à combattre.
Après le départ de l’armée impériale , les corsaires algériens devinrent plus nombreux et plus redoutables qu’ auparavant. En 1663, le duc de Beaufort , chargé de réprimer leur audace avec une petite escadre espagnole, les poursuivit vigoureusement, en détruisit quelques-uns , et força les autres à se tenir enfermés dans les ports. Quelque temps après , il débarqua avec 6,000 hommes à Gigery , petite ville à 50 lieues d’Alger; mais les mauvais temps le forcèrent, apres quelques combats , à quitter les positions dont il s’était emparé.
Louis XIV ayant aussi résolu de mettre un terme à toutes les dépreda-
tions des corsaires barbaresques , les avait déjà fait poursuivre plusieurs fois par ses vaisseaux , lorsqu’en 1682 Duquesne reçut le commandement d’une escadre, composée de 11 vaisseaux de guerre, 15 galères , 5 galiotes, armées chacune de 2 mortiers , et 3 brûlots , avec l’ordre de bombarder Alger. La flotte française, arrivée devant cette ville à la fin d’août , la bombardait depuis plusieurs jours, lorsque le mauvais temps l’obligea de rentrer dans les ports de France.
L’année suivante , au mois de juin , l’attaque fut recommencée avec beaucoup de succès. Une grande partie de la ville ayant été renversée, le dey demandait à capituler lorsqu’il fut massacré par ses troupes. Un nouveau dey allait avoir le même sort, parce que les dégâts causés par les bombes augmentaient à chaque instant, lorsque l’équinoxe força Duquesne à se retirer ; il laissa quelques vaisseaux pour continuer le blocus, et, en 1684, les Algériens firent leur soumission. Mais peu de temps après, ils recommencèrent a dévaster les côtes de la Méditerranée et à emmener les habitants en esclavage. En 1687 et 1688, Tourville et le maréchal d’Estrées bombardèrent de nouveau Alger et coulèrent à fond cinq corsaires ; des leur départ, la piraterie recommença.
Pendant la guerre de la succession , les Espagnols avaient été chassés d’Oran par les Maures et les Arabes, qui s’en étaient emparés. En 1732, Philippe V envoya le duc de Mortemart pour reprendre cette ville. Ce général conduisit si bien l’opération, que trois jours après le débarquement, une armée de 24,000 hommes avait été défaite, et la ville , avec tous les forts qui l’environnent, était retombée entre les mains des Espagnols, qui la gardèrent jusqu’en 1790, où elle fut détruite par un horrible tremblement de terre , ce qui décida le roi d’Espagne à l’abandonner, après avoir fait un traité avec le dey d’Alger.
Charles III voulut aussi , à l’exemple de ses prédécesseurs, attaquer les pirates dans leur propre pays, et en
1775, O’Reilly, qui jouissait de toute sa confiance, fut nommé généralissime d’une armée composée de 30,000 hommes , en cavalerie et infanterie des meilleures troupes d’Espagne, avec une artillerie de 100 bouches à feu.
Cette expédition échoua complètement.
Près de 100,000 Arabes , Maures et Berbères repoussèrent l’armée espagnole , qui était parvenue à débarquer, et qui perdit beaucoup de monde dans une bataille meurtrière.
^ En 1783 et 1784, les Espagnols firent encore plusieurs attaques contre Alger, moins malheureuses que les précédentes, mais qui n’eurent néanmoins aucun résultat durable.