‹ AlgérieChapitre 15 sur 140 · EXPÉDITION DE LORD EXMOUTH EN · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE LORD EXMOUTH EN

La guerre qui désola l’Europe pendant 25 ans ne permit point de s’occuper des puissances barbaresques , et Alger en profita pour se mettre dans un état de défense formidable. Les nombreuses captures de ses corsaires fournissaient au dey tout l’argent nécessaire pour subvenir aux grandes dépenses qu’occasionaient les travaux qu’il faisait exécuter.

Des atrocités ayant été commises sur quelques Anglais qui , sut la foi des traites , se trouvaient à Bone , lord Exmouth partit de Gibraltar le 14 août, avec 12 vaisseaux, 4 bombardes et 2 petits bâtiments. Il était accompagné par une escadre hollandaise, forte de 6 frégates et d’un brick.

L’amiral anglais se présenta d’abord devant Alger avec 6 vaisseaux , 4 frégates et 2 bricks , pour demander , au nom des grandes puissances européennes , l’abolition de l’esclavage des chrétiens. Le dey ne répondit qu’en faisant mettre aux fers le consul anglais et ordonnant d’arrêter sur-le-champ tous les sujets de cette nation qui se trouvaient dans la régence. Lord Exmouth, au lieu d’employer les voies de vigueur, parvint à faire consentir le dey à s’en rapporter à la décision de la Porte Ottomane. Mais le cabinet de St. James n’ayant point ratifié cette proposition , l’escadre d’Alger fut renforcée, et l’amiral reçut l’ordre d’attaquer

ALGER

cette ville, si le dey n’accédait pas aux premières propositions.

Lord Exmouth reparut devant ce repaire de pirates le 27 août avec 37 voiles, dont 6 hollandaises; il signifia aussitôt au dey que le roi d’Angleterre exigeait l’abolition immédiate de l’esclavage des Européens , et réparation de toutes les pertes que les sujets anlais avaient récemment éprouvées sur ifférents points de la régence.

Le dey repoussa avec énergie toutes les demandes de l’amiral anglais.

Pendant les pourparlers , celui-ci s’était approché des forts du môte et avait disposé ses vaisseaux pour l’attaque sans courir le moindre danger.

Le vaisseau la Reine- Char lotte , que montait lord Exmouth, s’était tellement approché de la ville pour prendre à revers les forts du môle , que son mât de beaupré touchait les maisons.

Le dey, s’étant rendu dans les batteries du môle et voyant la disposition des vaisseaux, ordonna de tirer dessus. L’amiral anglais, avant de commencer le feu, fit signe à la multitude qui couvrait le rivage de se retirer; mais il ne fut pas compris, et la première bordée emporta un grand nombre de ces malheureux, dont le reste se sauva en jetant des cris affreux. Le feu des Anglais était si nourri, que les batteries algériennes furent bientôt réduites au silence, ainsi que les bâtiments de guerre mouillés dans le port. Une chemise de soufre ayant été attachée à une grosse frégate ennemie embossée près de l’amiral anglais , elle prit feu en un instant, et le vent portant la flamme sur les autres , 5 frégates , 4 corvettes et plusieurs chaloupes canonnières furent embrasées ; les batteries basses du môle étant casematées , ne purent être démontées et elles firent beaucoup de mal aux assaillants. Plusieurs bâtiments furent démâtés ; 900 morts et 1,500 blessés avaient sensiblement diminué la force des équipages anglais.

Vers minuit la canonnade s’était déjà ralentie, lorsque deux frégates algériennes tout en feu furent poussées par le vent vers la flotte anglaise , qui

se vit obligée de couper ses câbles et de gagner le large.

Pendant l’attaque, une révolte avait éclaté dans la ville , et les jours du dey étaient menacés. Ce prince envoya donc demander la paix. L’amiral , qui avait presque épuisé toutes ses munitions et dont la plupart des vaisseaux étaient délabrés , ce qui le mettait hors d’état de recommencer l’attaque, accepta avec joie les propositions qu’on venait lui faire. Les conditions du traité furent : 1° L’abolition de l’esclavage des chrétiens.

2° La délivrance sans rançon de tous les malheureux retenus dans les fers.

3° La restitution d’une somme trèsforte qui avait été payée au dey quelque temps auparavant , pour le rachat de 370 esclaves napolitains , etc. Enfin 1000 esclaves chrétiens , de toutes nations, furent mis en liberté et embarqués sur la flotte anglaise.

Aussitôt que les Algériens eurent perdu de vue la flotte qui venait de les châtier si rudement, ils se mirent à réparer leurs fortifications et à en construire de nouvelles , tellement disposées qu’une autre escadre ne pût jamais se placer comme lord Exmouth, et prendre le môle à rev ers . En 1 8 1 9 , les corsaires avaient déjà recommencé leurs courses, lorsqu’une flotte anglo-française , envoyée par le congrès d’Aix-la-Chapelle, vint signifier au dey la résolution des grandes puissances de faire cesser la piraterie. Il répondit avec insolence qu’il ferait la guerre aux vaisseaux de toutes les nations qui n’auraient pas consenti à lui payer un tribut. ,

En 1824, les Anglais furent obliges de renvoyer devant Alger une nouvelle flotte pour demander satisfaction de plusieurs actes de piraterie ; cette fois tout fut terminé par une négociation. A la même époque, des différends s’élevèrent entre la France et la régence d’Alger.

L Hussein-Pacha, arrivé au pouvoir en 1818, s’était toujours montré hostile à la France. Dans l’année 1824, il fit exercer, sous prétexte de contrebande, des perquisitions dans

L’UNIVERS

la maison du consul français à Bone; et il établit une taxe arbitraire de 10 pour 100 sur toutes nos marchandises. Des bâtiments de commerce français furent visités injustement et fort maltraités. Tous ces griefs amenèrent des démêlés entre la France et Alger, par l’entremise de M. Deval, notre consul dans cette ville. Il avait déjà plusieurs fois reproché au dey l’odieux de sa conduite et l’avait menacé d’une rupture ouverte, s’il ne réparait promptement ses torts , lorsqu’étant venu au palais avec tous les autres résidants européens, le jour de la fête du Baïram , pour complimenter le dey suivant l’usage, ce prince, étant entré en discussion avec lui , s’anima tellement, qu’il le frappa à la figure avec le chasse-mouches qu’il tenait à la main.

Aussitôt que le roi de France apprit cette insulte , il envoya au consul l’ordre de quitter Alger. Dès que le consul fut embarqué , le dey ordonna au gouverneur de Bone de détruire tous les établissements français qui existaient depuis le XVe siècle dans le voisinage de cette ville , et notamment le fort de La Calle, construit pour protéger les pêcheurs de corail.

Les Arabes et les Berbères , auxquels l’ordre fut transmis, mirent tout à feu et à sang , vers la fin du mois de juin, et les Européens qui s’y trouvaient eurent à peine le temps de se sauver. (Voy. planche 4.)

Cette violation du droit des gens fut punie par un blocus des ports de la régence, qui coûta, pendant trois ans , 7 millions par an , sans amener aucun résultat.

En 1829, le gouvernement de Charles X pensa à prendre des mesures plus énergiques pour terminer cette guerre inutile et ruineuse, et punir les Algériens. Il crut cependant devoir encore tenter la voie des négociations avant d’entreprendre une expédition dont le succès était douteux , d’après l’issue de celles des Espagnols et des Anglais.

M. de La Bretonnière reçut la mission d’aller porter au dey les réclama¬

tions de la France, et lui offrir des conditions de paix. Le despote algérien traita notre envoyé avec hauteur, dicta des conditions onéreuses , et déclara qu’il ne traiterait pas sur d’autres bases. M. de La Bretonnière voyant que tout arrangement était impossible, se rembarqua sur le vaisseau la Provence, qui l’avait amené; mais au moment où ce vaisseau mettait à la voile, toutes les batteries du port firent feu sur lui jusqu’à ce qu’il fût hors de la portée du canon.

Au retour en France de M. de La Bretonnière , des cris de guerre s’élevèrent de toutes parts , et les préparatifs d’une expédition formidable, pour punir les Algériens , furent commencés peu de temps après.

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