DOMINATION DES BERBÈRES
Zirites.
Ioucef ben Ziri, de la tribu berbère des Senhadja de la province de Sous, fut le fondateur de la dynastie des Zirites. Plusieurs historiens ne les considèrent pas comme ayant réellement exercé le pouvoir souverain , et ne voient en eux que des gouverneurs institués par les khalifes fathimites et commandant en leur nom ; mais les Zirites jouissaient d’une indépendance presque complète.
Ils rendaient hommage au khalife de l’Égypte plutôt comme à un chef spirituel", imam de la religion, que comme à un souverain. A la mort du prince zirite , son fils ou son héritier le plus direct , lui succédait, et son avènement
était sanctionné par le khalife fathimite qui envoyait une béniché (vêtement d'honneur) et un sabre comme signe de l’investiture; mais jamais les khalifes d’Orient n’intervinrent pour régler la transmission du pouvoir ou pour surveiller l’administration du pays.
Les Béni Ziri avaient été les auxiliaires des Fathimites dans leur guerre contre l’ouest du Maghreb et contre la grande insurrection d’Abou Izid ; ils étaient princes d’Achir et de ses dépendances. On voit encore les ruines d’Achir au nord de la plaine de la Medjana, au sud de Bougie, entre Zamoura et le défilé des Portes de fer. Ioucef ben Ziri administra avec la plus grande habileté pendant vingt-six ans; son fils Balkin lui succéda, et fut choisi par Mouëz pour gouverner l’Afrique lorsque ce khalife transféra le siège de son empire en Égypte. En se séparant de lui Mouëz lui dit : « O fils d’Ioucef , si « tu dois oublier mes conseils tâche au « moins de te rappeler les trois suite vants : Ne fais jamais remise des con- « tributions aux gens du dehors ; — « tiens toujours ton sabre levé sur les <t Berbères ; — ne donne jamais de cornet mandement aux membres de ta fa- « mille , car ils te disputeraient bientôt « le premier rang. Je te recommande « aussi de traiter avec bonté les liabi- « tants des villes. » La plupart de ces prescriptions réglaient encore la politique des gouverneurs de l’Algérie lorsque la France s’empara de ce pays; et c’est seulement après la fin de la guerre et l’éloignement d’Abd-el-Ivader du pays qu’on a pu adopter des errements plus en conformité avec notre état de civilisation.
Ben Ziri , fidèle aux instructions qu’il avait reçues, fit une rudeguerre aux Berbères Zenata et Berghouata ; il eomhattitaussi les Ommiadesd’Espagne dans le Maghreb-el-Aksa ; se rendit maître de Tlemsen, dont il transporta les habitants dans Achir; s’empara de Fês, de Sedjelmeça, etnelaissaauxOmmiades en Afrique que la seule ville de Ceuta.
Parmi les neuf princes zirites qui régnèrent soit à Achir, soit à Mahdia, il faut signaler Mouëz ben Badis, qui fut proclamé en 406 de l’hégire. Quoique fié dans la secte des chiites, il en détes¬
tait les principes, et il fit une guerre acharnée aux- nombreux partisans des diverses hérésies qui s’étaient propagées en Afrique. La secte orthodoxe de l’imam Malek devint la doctrine officielle du pays. Il préparait ainsi sa révolte contre les Fathimites attachés à la secte des chiites. En effet, en 440 de l’hégire le nom desBeniObéid ne fut plus prononcé dans les prières publiques. De grands troubles suivirent cet acté. Mouëz disposait d’immenses richesses; il suffira pour en donner une idée de citer le passage d’un historien arabe relatif aux funérailles de la grand’mère de ce prince : « Le « cercueil était en bois des Indes, garni « de perles et de lames d’or. Les clous « étaient d’or; il y en avait pour 1,000 <> mitkals. Le corps fut enveloppé de « cent vingt linceuls, et embaumé avec « grande profusion de musc et d’encens. « Vingt et un chapelets des plus grosses « perles furent suspendus au cercueil de « cette princesse; son petit-fils fit im- « moler à cette occasion 50 chamel- « les , 100 bœufs et 1,000 moutons. La « chair de ces victimes fut distribuée « aux pauvres. Les femmes eurent de « plus cent mille dinars. »
Sous le règne de ce même prince les Arabes d’Orient firent une invasion en Afrique et la ravagèrent. Voici à quelle occasion. Lorsque Mouëz se fut mis en révolte ouverte contre les Fathimites, ceux-ci excitèrent les Arabes qui habitaient la haute Égypte à faire une irruption dans le Maghreb , en leur abandonnant la possession de Barka. Les tribus des Riah , des Zagba , et une portion des Béni Amer et des Senan entrèrent en Afrique, et y commirent toutes sortes d’excès. Les Berbères, qui étaient sans cesse en rébellion contre les princes du pays, s’unirent à eux pour repousser les ennemis étrangers ; mais au moment du combat ils firent défection, et Mouë<* fut battu. Les Arabes pillèrent Kairouan (440 de l’hégire; 1061 de J. G. ), en dispersèrent les habitants, et se rendirent maîtres de toute la contrée , qu’ils ruinèrent complètement. Cependant sous le règne suivant on vit ces tribus turbulentes prêter leur concours au prince pour châtier la révolte des habitants de Sfax. Puis les Béni Riah en vinrent aux mains avec les Béni Zagba, qu’ils chas-
L’UNIVERS
sèrent de l’Afrique. De nouvelles tribus arrivèrent successivement de l’Égypte, attirées par l’appât du pillage, et implantèrent dans le pays un nouvel élément de troubles et d’agitations.
Premières expéditions chrétiennes en Afrique.
C’est sous la domination des Zirites que les peuples chrétiens portèrent la guerre en Afrique. On sait que la puissance musulmane vint échouer au delà des Pyrénées contre la bravoure franaise, qui imposa des limites à l’invasion e ces hordes fanatiques. Dans le onzième siècle de l’ère chrétienne, les Normands délivraient du joug des Arabes le midi de l’Italie et la Sicile. Mais les Européens ne se contentèrent pas de reprendre aux Arabes africains les contrées que ceux-ci avaient conquises ; ils allèrent les attaquer en Afrique même. En 1035 de J. C. (426 de l’hégire) lesPisans armèrent une puissante flotte, qui ravagea les côtes depuis Tunis jusqu’à Boue; cinquante ans plus tard, le pape Victor III organisa une sorte de croisade, à laquelle tous les peuples d’Italie fournirent des contingents. Cette expédition saccagea Mahdia. Ce fut vers le milieu du siècle suivant que Roger, roi de Sicile, porta les plus rudes coups aux princes africains, et chercha à créer des établissements dans les villes dont il s’empara.
Hassan ben Ali occupait le trône des Zirites lorsque Roger dirigea sa première expédition contre l’ Afrique. La flotte sicilienne se présenta devant Mahdia. Quelques troupes furent débarquées; mais une violente tempête dispersa les vaisseaux, et les Arabes enlevèrent le détachement qui avait pris terre. Ainsi nous voyons s’ouvrir l’histoire des agressions de l’Europe contre l’Afrique par unéchec,qui se renouvellera plus d’une fois par la suite et qu’il faudra toujoursattribueraux mêmes causes:
la mauvaise saison choisie pour ces sortes d’opérations et l’inconstance de la mer. Cependant, malgré le secours miraculeux qui lit échapper Hassan aux coups des chrétiens, ce prince, sentant qu’il ne pourrait lutter contre eux, envoya demander la paix, et consentit à payer un tribut à Roger. Les Bou-
giotes, qui obéissaient aux Béni Hautmad, branche de la famille de Zirites, furent indignés du traité signé par Hassan; ils se révoltèrent contre son autorité, entraînèrent tout le pays dans l’insurrection, et arrivèrent devant Mahdia.
Le prince invoqua l’appui du roi de Sicile; une flotte chrétienne vint aussitôt à son secours, et mit en fuite les Boügiotes; c’était en 1134 de J. C. (529 de l’hégire ). Dans la même année Roger s’empara de Pîle de Djerba, et y établit une garnison. En 1141 le roi dé Sicile, prétextant le non-payement d’une somme d’argent qu’il avait prêtée à l’émir zirite, assiégea Mahdia. Hors d’état de résister, Hassan ne put obtenir la paix qu’en se déclarant vassal et tributaire du royaume de Sicile.
Roger tourna ses armes contre les villes qui n’obéissaient plus aux Zirites ; en 1146 il s’empara de Djidjeli et de l’île de Kerkena , qu’il enleva au prince de Bougie; en 1146 il prit Tripoli; Kabès fit sa soumission. L’année suivante, Hassan ayant attaqué Kabès, qui était sous la protection sicilienne, Roger entra sans résistance à Mahdia. Il se rendit maître ensuite de Zouila, de Sfax, de Souça; plusieurs villes, Tunis entre autres, lirent acte de soumission avant d’avoir été attaquées. Un État chrétien se trouva dès lors constitué en Afrique. L’ordre et la justice furent partout rétablis. L’administration du roi de Sicile, quoique ferme, fut conciliante et paternelle pour ses sujets musulmans. Malheureusement son successeur, prince faible et pusillanime, se laissa enlever ces conquêtes si glorieuses. Hassan, dépossédé par les Siciliens, affaibli par des révoltes continuelles, vit finir en lui la dynastie des Béni Ziri. Elle disparut devant la souveraineté des Almoravides, déjà puissants à cette époque dans l’ouest de l’Afrique.
Almoravides.
La dynastie des Almoravides (du mot arab eel-merabtin, les liés à Dieu) a été fondée par les Lemtouna, qui étaient une fraction de la grande tribu berbère des Senhadja. Ils demeuraient dans le Sahara le plus occidental du Maghreb-el-Aksa. Ces populations guerrières ne connaissaient ni le labourage ni la
culture des arbres; elles se nourrissaient de viande au moyen de la chasse et de lait aigre. Elles parcouraient sans cesse les déserts qu’elles habitaient, pour chercher de l’eau et des pâturages. Les Zirites avaient commencé l’intronisation des races berbères par le côté politique, nous les allons voir arriver à la puissance par l’exaltation des passions religieuses. Les circonstances qui précédèrent et amenèrent l’avénemënt de ces dynasties indigènes méritent de fixer l’attention. Les détails ont ici une haute importance ; ils aident à caractériser l’ensemble. L’an 427 de l’hégire, labia benBrabim, qui venaitd’être nommé chef des Lemtouna , partit pour le pèlerinage de la Mecque. En revenant, il s’arrêta à Kairouan, et suivit les leçons d’un cheikh très-savant. Celui-ci "apercevant un étranger dans son auditoire , lui demanda des renseignements sur l’état des études religieuses dans son pays. Iahia confessa que sa tribu était fort ignorante; il manifesta lui-même le désir de s’instruire des préceptes de la foi, et demanda au cheikh de désigner un de ses disciples pour aller enseigner parmi ses compatriotes.
Le professeur ne trouva personne auprès de lui pour remplir cette mission; mais il adressa le Berbère à un de ses confrères dans le pays de Néfis; et là labia ben Brahim rencontra un taleb, du nom d’Abd-Allah ben Iassin, qui consentit à le suivre dans le Maghreb-el- Aksa.
Les Berbères de ces contrées vinrent en foule à leur rencontre. Abd-Allah reconnut bientôtque ce peuple étaitplongé dans l’ignorance la plus profonde des bases fondamentales de la religion musulmane. Il leur prêcha le Koran , et les exhorta à rompre avec leurs habitudes immorales et à pratiquer les préceptes du livre divin. Mais lorsque les Berbères s’aperçurent que le nouveau docteur voulait réprimer leurs vices , ils s’éloignèrent de lui. Abd-Allah, voyant leurs mauvaises dispositions, pensa à quitter le pays. Alors Iahia ben Brahim lui dit : « Je t’ai fait venir pour moi seul; « peu m’importe que mon peuple reste « dans l’infidélité. Si tu veux obtenir « les avantages de l’autre vie , tu n’as « qu’à te rendre dans une île située
« près d’ici; nous y. passerons à pied « lorsque la marée sera basse; nous « l’habiterons ; notre nourriture se eom- « posera de poissons et de fruits sau- « vages ; là nous nous consacrerons à « la piété pour le reste de nos jours. » Abd-Allah accepta cette proposition ; ils passèrent dans l’île avec sept individus de la tribu des Kedala , bâtirent une cabane, et s’adonnèrent aux pratiques religieuses. De là leur vint le nom de Merabtin.
On parla bientôt de ces ermites. Ils eurent des visiteurs, dont le nombre alla toujours en augmentant. Abd-Allah vit enfin ses efforts couronnés de succès.
Lorsqu’il eut réuni et instruit mille disciples, il leur dit : « Il faut mainte- « nant que vous combattiez tous ceux « qui repousseront votre foi. Il con- « vient que nous visitions d’abord les « unes après les autres les tribus aux- « quelles vous appartenez. Nous les « engagerons à retourner à Dieu; si « elles s’y refusent, nous les combat- « trons. » Abd-Allah et les siens se dirigèrent ensuite vers les Berbères, accordant à chaque peuplade sept jours pour se décider à adopter la doctrine nouvelle. Ils parcoururent ainsi les Kedala, les Lemtouna et les autres tribus, rangeant tout le monde sous leur loi religieuse; leur influence pénétra jusque dans le pays des Nègres. Iahia ben Brahim resta à la tête des affaires temporelles des merabtin , Abd-Allah se réserva la direction spirituelle. A la mort d’Iahia, Abd-Allah désigna son successeur et le fit reconnaître. Les merabtin étaient aussi appcdés meltemia, parce qu’ils se couvraient le visage dans le combat. Voici l’origine de cette coutume. Un jour étant sur le point de livrer bataille à un ennemi de beaucoup supérieur en nombre , leurs femmes prirent les armes, et combattirent à leurs côtés , le visage couvert jusqu’aux yeux. Les hommes durent en faire autant pour que les ennemis ne pussent distinguer les hommes des femmes : de là le mot meltemia (voilés). Cette coutume a été adoptée depuis par le plus grand nombre des tribus de l’Algérie, et aujourd’hui encore au moment du combat les cavaliers se couvrent le visage jusqu’aux yeux avec leur haïk.
L’UjNIVERS.
Iahia ben Omar , le successeur choisi par Abd-Allah, fut chargé de diriger la guerre. Il conquit Sedjelmeça etKaria; son frère, Abou Bekr, désigné pour lui succéder , attaqua avec le mêrn'e succès la tribu de Masmouda et les peuples du Soudan. Abd-Allah futtuéen 45 1 de l’hégire ( 107 1 de J. G.), dans une expédition. Abou Bekr resta seul chef des merabtin. Il entreprit de soumettre le pays des Nègres. Avant de s’enfoncer dans le désert, il divisa son armée en deux parties, et laissa l’une à son cousin Ioucef benTachfin, qu’il nomma son lieutenant dans le Maghreb. Celui-ci étendit les conquêtes, augmenta son armée, et profita de l’absencé d’Abou Bekr pour s’emparer du pouvoir souverain. De ce moment s’ouvre le rôle politique de la nouvelle dynastie.
Ioucef ben Tachfin fut le plus célèbre des princes almoravides. Il poussa ses conquêtes vers l’Afrique orientale jusqu’à Alger. Il bâtit la ville de Maroc. Les musulmans de l’Andalousie l’appelèrent à leur secours pour arrêter les progrès des chrétiens. Ioucef rassembla une puissante armée, et passa en Espagne. Il rencontra les forces chrétiennes sous les ordres du roi Alphonse; il leur livra bataille à Zellaka , dans les environs de Badajoz. La victoire trahit les braves Espagnols, qui combattaient pour l’affranchissement de leur territoire; l’armée d’Alphonse fut mise dans une déroute complète , et le roi se réfugia dans la Castille avec un petit nombre de cavaliers. Cette bataille, qui exerça une si funeste influence sur les destinées de l’Espagne, eut lieu en 1083 (479 de l’hégire). Le résultat de cet important succès fut pour Ioucef la possession de l’Andalousie, de Grenade, de Malaga et de Séville , car il se substitua aux petits princes arabes , dont les querelles et les rivalités désolaient l’Espagne musulmane. Arrivé au plus haut point de la grandeur le prince almoravide prit le titre de commandeur des croyants ( émir-el moumenin) qualification réservée jusqu’alors aux Fathimites qui régnaient en Égypte. Il fit battre monnaie en son nom.
Ioucef ben Tachfin fut un prince très-religieux , ami de la justice et soigneux des intérêts des pauvres. Il était
vêtu d’habits de laine ; sa nourriture ne se composait que d’orge , de lait de chamelle et d’un peu de viande. Cette simplicité dans les mœurs a toujours produit un grand effet moral sur les populations musulmanes de l’ouest de l’Afrique. Tous les aventuriers ou les réformateurs qui voulurent par la suite se créer un pouvoir souverain imitèrent en cela l’exemple d’Ioucef ben Tachfin. On n’a pas besoin de rappeler ici que l’émir Abd-el-Kader , le plus redoutable adversaire de la domination française en Algérie, affectait aussi de ne porter que des vêtements de laine, répudiait l’usage des étoffes de soie et des bijoux en or. Du reste , cette sévérité dans les habitudes de la vie est conforme aux recommandations expresses des traditions. laissées par le prophète. Ioucef ben Tachfin mourut à l’âge de cent ans. A ses derniers moments , il rappela aux personnes qui l’entouraient que dans le cours de sa longue vie il n’avait pas prononcé une seule condamnation à mort.
En effet il avait aboli la peine capitale dans ses États.
Sous ses successeurs , la puissance des Almoravides, après s’être étendue sur tout le Maghreb-el-Aksa , sur la plus grande partie de l’Espagne et les Baléares , vit chaque jour se resserrer le cercle de ses possessions. Une nouvelle dynastie, celle des Almohades, issue comme eux des tribus berbères , vint les déposséder en Espagne et en Afrique. Les derniers Almoravides, poursuivis par leurs heureux compétiteurs devant Tiemsen , dans Oran et jusque dans le Maroc , succombèrent enfin, vers l’an 543del’bégire. Tachfin ,1e dernier prince de cette dynastie , se rendant d’Oran à Mers-el-Kebir, où il voulait s’embarquer pour l’Espagne, fut précipité d’un rocher sur lequel passait la route , par son cheval , effrayé du bruit des flots. On ne compte que cinq princes almoravides, qui régnèrent pendant quatre-vingtquinze années environ. Ce fut l’époque la plus brillante de l’histoire du Maghreb.
Almohades.
Abou Abd-Allah Mohammed ben Toumart, fondateur de cette dynastie , était originaire de la tribu berbère des Masmouda, établie àTaroudant, dans le
désert du Maroc. II prit- le surnom d’El-Mandi, et s’attribua la qualité d’imam, comme descendant d’Ali ben Abou Thaleb , gendre du prophète. Cette généalogie est contestée. Les commencements des nouveaux maîtres de l’Afrique ressemblent beaucoup à ceux des Almoravides.
Abou Abd-Allah aimait l’étude, et il était allé s’instruire en Orient auprès des plus célèbres philosophes. Lorsqu’il retourna dans le Maghreb, partout où il passait il enseignait les sciences et prêchait contre les vices, affectant dans ses habitudes le mépris des biens de ce monde. Il rencontra à Tlemsen un Berbère de la tribu desZenata, nommé Abd-el-Moumen ben Ali ; il se l’attacha , lui confia tousses desseins, et le choisit pour son ami et son second. A Fês d’abord , puis à Maroc il prêchait contre les abus, parcourant les rues et brisant les instruments de musique. I/émir almoravide qui régnait alors (514 de l’hégire) le fit comparaître en sa présence, et lui demanda pourquoi il en agissait ainsi : « Je suis un pauvre « homme, lui répondit Abou Abd-Allah, « et cependant il est vrai que je m’ar- « roge vos droits; car ce serait à vous, « chef du pays, à extirper les vices. » Obligé de sortir de la ville, il se retira dans un cimetière, où il dressa une tente au milieu des tombeaux. Là il continua ses enseignements , et commença à dénigrer les Almoravides, les traitant d’ignorants et d’infidèles, et se donnant pour le véritable El-Mahdi attendu par les musulmans. Quinze cents personnes se déclarèrent aussitôt ses partisans.
L’émir ayant pris de l’ombrage de ces progrès, il dut se réfugier àTinmal, ville située dans la chaîne du Deren au sud de Maroc, appartenant à une fraction de la tribu des Masmouda. Une foule considérable se rallia à ses doctrines; El-Mahdi leva le masque, se fit proclamer souverain , et fut reconnu par tous les habitants de ces montagnes. C’était en 515 de l’hégire (1121 de J. C. ). Il donna le nom de El-Mouaheddin (les unitairiens ), dont les écrivains espagnols ont fait Almohades, à ceux qui se rangèrent sous son obéissance , et composa en langue berbère un traité sur l’unité de Dieu et sur les devoirs imposés
à ses disciples; il employa tous ses efforts à se rendre entièrement maître de l’esprit de ces tribus. Il réunit ainsi plus de vingt mille combattants, et attaqua les Almoravides. La première rencontre lui ayant été favorable, il poursuivit l’ennemi avec vigueur, et en quelques années parvint à asseoir son autorité sur des bases solides. A sa mort il désigna Abd-el-Moumen pour son successeur.
Abd-el -Moumen était fils d’un ouvrier qui fabriquait des soufflets de forge ; il est le représentant le plus illustre des races berbères qui régnèrent sur l’Afrique. Le nouveau khalife partit bientôt de Tin mal, à la tête de trente mille hommes. Rien ne résista à l’ardeur guerrière de ces sectaires fanatiques ; ils s’emparèrent de Tadila, ville appartenant aux Haouara, delà province de Draa, comprise entre Sous et Sedjelmeça.
Le Maghreb-el-Aksa fut bientôt presque entièrement soumis. Abd-el-Moumen se porta alors vers l’est; en 540 ( 1146 de J. C. ) il se rendit maître de Tlemsen et d’Oran ; en 541 il prit Fês ; en 542 , Maroc; en 543, Sedjelmeça. Il envoya ensuite en Espagne une armée qui arracha aux Almoravides Méquinèz, Cordoue et Jaën. En 544 (1151 de J. C.) il enleva Miliana, Alger, Bougie, Bône et Constantine aux Béni Hammad , princes de la branche cadette des Zirites, qui possédaient ces contrées (1). En 551 les habitants de Grenade le reconnurent. Deux ans après , ayant rassemblé des forces considérables , il se dirigea vers l’Afrique orientale; il envahit le Zab, massacrant les populations qui refusaient de se soumettre à lui. Il s’empara de Tunis, deKairouan, deSfax, de Mahdia, où il passa au fil de l’épée les chrétiens qui s’étaient établis dans cette ville après la conquête de Roger roi de Sicile. Enfin en 555 (1162) il avait chassé les Siciliens de tous les points qu’ils occupaient en Afrique, et il était maître du Maghreb depuis Barka jusqu’à l’océan Atlantique.
L’organisation donnée à ces vastes contrées prouve qu’Abd-el-Moumen
(i) Voyez Études sur laKctbilie proprement dite, par É. Caretle, tome II, pag. 23 et suiv. (Exploration scientifique de l’Algérie).
L’UNIVERS
était aussi bon administrateur que grand général. Il fit arpenter l’Afrique depuis Sous la plus occidentale jusqu’à Barka.
On déduisit du total delà superficie, un tiers pour les montagnes, les lacs , les rivières, et le reste fut imposé, chaque tribu devant payer sa contribution en nature. Il interna dans le Maroc mille familles de chaque grande tribu.
Il créa une marine militaire de près de sept cents voiles. L’administration supérieure du pays était confiée à un conseil composé de dix membres et assisté d’une assemblée de soixante-dix des principaux chefs berbères. La paci fication de tout le Maghreb étant achevée, Abd-el-Moumen prêcha la guerre sainte, et rassembla toutes ses forces pour envahir l’Espagne, dont il ne possédait encore que quelques ville?. La mort le surprit au milieu de ces préparatifs en 558 ( 1 165 de J. C. ). Ce prince était un grand orateur et un savant distingué; il fonda des universités et des écoles pour l'enseignement des doctrines des Mouaheddin.
Sous le règne d’Ioucef, fils d’Abd-el- Moumen, les Almoravides , dont les débris s’étaient réfugiés dans les îles Baléares , firent d’impuissantes tentatives pour reconquérir quelques points dans le Maghreb-el-Aksa et dans le Maghreb-el-Ouassath. Les Zirites à l’est ne furent pas plus heureux. Il eut à réprimer des troubles suscités par la jalousie de ses frères et les révoltes des Berbères Ghoumera, toujours prêts à se soulever dès qu’une autorité vigoureuse cessait de peser sur eux. Il étendit les conquêtes de son père en Espagne, et s’empara du royaume de Valence. Ce prince régna pendant vingt-deux ans, principalement occupé de l’administration de ses sujets. Son fils Iakoub, qui lui succéda, mérita le surnom d’El -Mansour (le victorieux), à cause des succès qu’il remporta en Espagne. Les premières années de son régné furent consacrées à réprimer des révoltes. Ali-el-Miorki (de l'île de Majorque) avait opéré un débarquement entre Bougie et Tunis, et s’était emparé de Tunis, de Mahdiaetde plusieurs autres villes; ce prétendant souleva un grand nombrede tribus arabes contre la domination des Almohades , et se plaça sous le patronage des khalifes
d’Orient. Iakoub marcha contre les rebelles , les fit rentrer dans le devoir, et força El-Miorki a chercher un refuge dans le désert. Mais pendant qu’il apaisait les troubles dans l’est, le gouverneur de Tlemsen, exploitant la haine des Arabes contre les Berbères , voulut se rendre indépendant. De ce coté aussi l’ordre fut rétabli, et le vainqueur transporta sur les bordsdei’Océan une grande partie des tribus arabes qui peuplaient la province de Tlemsen; quelques-unes d’entre elles, pour se soustraire à cette punition humiliante, préférèrent s’enfoncer dans le désert, où elles s’allièrent à des populations nomades que leur éloignement des sièges de l’autorité laissait à peu près indépendantes.
L’Afrique étant pacifiée, Iakoub tourna ses vues vers l’Espagne. A ce moment il apprit qu’Alpbonse de Castille avait envahi le territoire musulman et était arrivé jusque sous les murs d’Algésiras. L’émir des Almohades proclama aussitôt la guerre sainte, et passa en Espagne à la tête d’une armée nombreuse, composée de l’élite des guerriers de l’Afrique. Il rencontra les chrétiens dans les plaines d’Alarcon, et les tailla en pièces. Cette bataille eut lieu en 591 de l’hégire ( 1195 de J. C. ). A la suite de cette grande victoire Iakoub s’empara de Séville, de Calatrava, de Guadalaxara, de Madrid et d’Escalona; il mit en vain le siège devant Tolède, et retourna en Afrique, sans avoir tiré de l’important succès qu’il avait remporté tout le résultat que l’affaiblissement des chrétiens aurait pu lui faire alors obtenir. Arrivé dans sa capitale , il abdiqua en faveur de son fils, En- Nacer, et rentra dans la vie privée. Il mourut peu de temps après, l’an 595 ( 1199 de J. C. ). La cour de ce prince fut le rendez-vous des hommes les plus célèbres de cette époque. Parmi les savants qu’il combla de ses faveurs on remarquait : Ebn-Roch ( Averroès ), le traducteur d’Aristote, et Ebn-Zohar (Avenzoar), son médecin, dont la renommée a survécu à la puissance des Almohades.
Pendant le règne de ce prince on vit pour la première fois paraître en Afrique des hordes turques , venues du Curdistan , et qui avaient quitté l’Égypte
en 5G8 de l’hégire (1172 de J. C.). Cette petite invasion , grossie d’une grande uantité d’Arabes, se rendit maîtresse e Tripoli et de quelques autres villes.
Mohammed En-Nacer, fils et successeur d’Iakoub , eut aussi dès le début de son règne une insurrection à combattre.
El-Miorki avait reparu dans la province de Tunis, et avait fait en peu de temps des progrès considérables. En- Nacer se porta en personne contre cet agitateur. Toutes les villes rentrèrent dans l’obéissance, à l’exception de Malidia, qui ne fut emporté qu’après un long siège. Lorsque l’émir retourna dans l’ouest il nomma au commandement de l’Afrique orientale Abou Mohammed ben Bou Hafez, qui devint plus tard le chef d’une dynastie indépendante. A peine rentré dans sa capitale (Maroc), En-Nacer apprit que l'Andalousie était envahie par des armées chrétiennes ; Alphonse de Castille s’était emparé de Baëna , ravageait les environs de Séville et de Cordoue, et parcourait le pays en vainqueur. L’émir donna aussitôt des ordrespour qu’on sedisposât à la guerre sainte ; l’armée mit une année entière à se former; en 607 (1210 de J.C.) elle arriva à Séville. Cette invasion annoncée longtemps d’avance avait produit la plus vive émotion dans toute l’Europe. Le pape Innocent III avait fait prêcher une croisade pour repousser les ennemis de la chrétienté. De nombreux croisés , Français, Allemands, Italiens, passèrent les Pyrénées et vinrent s’unir aux troupes espagnoles. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tolosa, au pied des montagnes de la Sierra Morena. L’armée des Aimohades fut mise en déroute et presque complètement anéantie. Cette victoire de la chrétienté contre les forces réunies de tous les peuples musulmans de l’ouest marqua le commencement de la décadence de l’islamisme en Espagne. Les progrès des princes chrétiens ne s’arrêtèrent plus, et l’Europe occidentale, qui availeu tant à souffrir de l’invasion arabe, dans la Péninsule et dans le midi de la France, fut définitivement délivrée des alarmes auxquelles elle était sans cesse en proie. Le drapeau musulman ne se releva pas de cet échec , et la puissance des Aimohades ne fit que décroître. Lorsque En-
Nacer fut de retour à Maroc , il abdiqua en faveur de son fils El-Mostancer.
El-Mostancer était un prince faible, recherchant avidement le plaisir et abandonnant le soin des affaires à des ministres avides et intrigants. L’usurpation commença à démembrer son empire.
En 613 (1216 de J. C. ) les Béni Merin, qu’on verra recueillir dans le Maroc l’héritage des Aimohades, obtinrent des succès contre El-Mostancer. Sa mort fut le signal de troubles et d’agitations en Espagne et en Afrique. Abou Mohammed Abd-el-Ouahed , frère d’En-Nacer, élu par les cheikhs des Mouaheddin, ne régna pas longtemps; il fut déposé par le même conseil qui l’avait fait proclamer et qui investit à sa place El-Adel. Peu de jours après, il fut étranglé dans le palais où il s’était retiré. Il fut le premier émir des Aimohades qui eut une pareille fin. La guerre s’alluma ensuite entre les Mouaheddin, espèce de milice religieuse, dont le noyau avait été formé par les premiers sectateurs d’Abou Abd-Allah, qui s’était depuis considérablement accrue et était devenue une sorte de garde prétorienne. Au milieu des troubles qui agitaient le pays , ces milices , s’arrogeant la gloire d’avoir fondé l’empire des Aimohades, ne mirent plus de bornes à leurs exigences ; bientôt elles annihilèrent l’autorité des souverains , les déposèrent et les firent proclamer au gré de leurs caprices ou de leurs intérêts.
El-Adel , qui commandait à Murcie avant son élévation au pouvoir, ne jouit pas longtemps du fruit de ses intrigues; les cheikhs, gagnés par son frère El-Mamoun, gouverneur de Séville, l’étranglèrent avec son turban; mais celui-ci fut presque immédiatement déposé au profit d’iahïa, fils d’En-Nacer. Ce prince ne put se maintenir, et dut s’enfuir à l’approched'El-Mamoun, qui avaitquitté l’Andalousie et était débarqué à Ceuta pour réclamer le bénéfice de sa première élection. Les cheikhs lui firent leur soumission.
El-Mamoun était très-versé dans les sciences, éloquent, brave et politique habile ; il voulut porter remède aux maux qui déchiraient l'empire. Dans ce but, il réforma la constitution que le fondateur de la dynastie avait d’abord établie ;
L’UNIVERS
il abolit le conseil des dix cheikhs et l’assemblée des soixante-dix chefs berbères, dont l’esprit remuant avait donné une si funeste instabilité au pouvoir. 11 concentra toute l’autorité entre ses mains. Il prit un corps de Curdes à son service, et en forma une garde d’élite pour sa défense personnelle. Depuis la première apparition de ces Turcs en Afrique, d’autres étaient arrivés en grand nombre. Ei- Mamoun assigna à ce nouveau corps une prééminence marquée sur les Mouaheddin; il lui alloua une solde mensuelle : il donna aux principaux chefs des fiefs, et leur accorda des avantages considérables. Les historiens font également mention d’un corps de soldats chrétiens qui était au service de ce prince, sans faire connaître si ces chrétiens étaient des esclaves ou des engagés volontaires originaires du pays, ou venus d’Espagne.
El-Mamoun, se croyant alors en position d’agir plus énergiquement contre les Mouaheddin, attaqua leurs doctrines, et fit massacrer tous leurs chefs principaux. Il se rattacha à la secte orthodoxe de l’imam Malek. Cetteréforme politique et religieuse ne put sauver son pouvoir ; il perdit les îles Baléares , dont les chrétiens, sous la conduite de Jacques d’Aragon , se rendirent maîtres. Une révolte éclata en Espagne, et Bou-Houd , cheikh d’origine arabe, après avoir battu El-Mamoun aux environs de Tarifa , s’empara de Séville, de Grenade, de Mérida, et jeta les fondements du royaume de Grenade, qui fut le dernier refuge des musulmans refoulés vers le midi de la Péninsule. Enfin les Arabes de la province de Tunis, qui avaient été soumis par El-Mansour, reprirent les armes. El- Mamoun ne put résister à la douleur de voir échouer tous ses efforts ; il mourut de chagrin, après trois ans et demi de règne, et eut pour successeur son fils Rachid.
Après ce prince trois émirs de la dynastie des Al mohades occupèrent encore le trône. Mais des soulèvements nombreux dans la province de Tunis, dans celle de Tlemsen et dans le Maghreb-el- Aksa , amenèrent le démembrement général de ce vaste empire. Trois dynast ies principales s’élevèrent au milieu de ces convulsions : les Béni Merin , dans les provinces de Fês, de Maroc et de Mek-
néça; les Béni Hafez, dans la province de Tunis; les Béni Zian, à Tlemsen. La plus grande partie de l’Algérie actuelle était comprise dans ce dernier État.
Ëdris ben Saïd fut le dernier émir almohade; il périt dans une bataille que lui livra à Dékala, au sud de Maroc, Iakoub, chef des Béni Merin, en 667 (1269 de J. C.). La dynastie fondée par Abou Mohammed ben Toumart compta quatorze émirs, et régna pendant cent cinquante-deux années lunaires (148 de l’ère vulgaire). Avec elle finit la puissance de la nationalité berbère. Si des princes de cette race parvinrent encore à établir leur autorité sur certaines portions du Maghreb, on ne voit plus se former un empire général; le grand rôle politique de ces réformateurs religieux ne s’élèvera plus à des proportions aussi considérables. Les sectes successives, les révoltes, les luttes entre les tribus appartenant à des origines diverses, jetèrent dans ce s populations de tels éléments de dissolution, que l’unité ne put plus être reconstituée. D’un autre côté, à mesure que la domination musulmane s’épuisait par des déchirements intérieurs , les nations chrétiennes achevèrent de se constituer après avoir dépossédé l’islamisme de toutes les contrées qu’il avait envahies , lorsque l’ardeur toute jeune encore du prosélytisme l’entraînait à des expéditions lointaines, ou lorsqu’au contact de sectaires sauvages et de races nouvelles il avait retrouvé un redoublement de fanatisme. Les peuples de l’Europe firent à leur tour irruption en Afrique, et précipitèrent par des entreprises incessantes , et quelquefois par des conquêtes plus étendues , le morcellement et la ruine des États musulmans dans le nord de ce continent.
Les Mêrinides.
Les Béni Merin étaient originaires de Taza,à l’est de Fês, sur la route de Tiemsen ; ils appartenaient par leurs ancêtres à la puissante tribu des Zenata; avant le démembrement de l’empire des Almohades, ils avaient été souvent leurs plus fermes auxiliaires pour réprimer les révoltes, et avaient été nommés gouverneurs d’une portion du pays, où leur autorité devint ensuite indépendante.
Le fondateur de cette dynastie fut Abou
Iahia Abd-el-Hak. Il s’empara de Fês et de Taza, mit en déroute l'armée de l’émir almohade, Abou-Hafez Omar, en 635 (1237 de J. C. ) , et prit le titre de Moula-cheikh ( maître et seigneur). Son successeur Ioucef, profitant des rivalités qui éclatèrent entre les derniers représentants de la famille des Almohades, compléta par la défaite d’Édris ben Saïd la prise de possession de tout le Maghreb* el-Aksa. Le fondateur du royaume de Grenade, attaqué par Alphonse le Savant, roi de Léon et de Castille, appela le fils d’Abou labia à son secours , et lui concéda les deux villes de Tarifa et d’AIgésiras. Après des succès sans importance pour la cause de son allié, l’émir mérinide s’empara de Malaga, au détriment du souverain de Grenade. Son fils Iakoub lui succéda, et s’empressa de conclure la paix avec Sanclie III, dit le Brave, qui avait hérité des couronnes de Léon et de Castille. Ioucef passa alors en Afrique, pour y faire reconnaître son autorité. Il tourna bientôt ses armes contre les Béni Ziau, qui venaient de surgir à Tlemsen et alla assiéger cette ville. Le siège traîna en longueur, et ne dura pas moins de sept ans. Le camp des assiégeants se transforma en une ville assez considérable, située à un quart de lieue de Tlemsen et qu’ils nommèrent El-Mançoura (la victorieuse). On voit encore aujourd'hui le mur d’enceinte et le minaret de la mosquée de cette ville, qui n’a plus ni maisons ni habitants.
Iakoub séjourna plusieurs années en Afrique, engagé dans des luttes continuelles avec les Béni Zian ; puis il se préoccupa de la situation de ses affaires en Espagne. La ville de Malaga avait été livrée par un gouverneur infidèle au roi de Grenade. Il avait réuni à Tanger une flotte considérable, et se disposait à aller venger cette trahison, lorsque Sanchellï, son ancien allié, gagné par le roi de Grenade, vint détruire sur la côte d’Afrique les bâtiments destinés au transport de son armée. A la suite de ce succès, Sanche s’empara de Tarifa en 691 (1292 de J. C. ); quatre ans après, Iakoub, ne possédant plus en Espagne que la ville d’Algésiras, renonça à toute entreprise sur l’Andalousie, et céda cette place au souverain de Grenade, moyennant une somme d’argent. La race berbère ne
devait plus reparaître dans la péninsule ibérique.
Les successeurs d’Iakoub ne gardèrent pas longtemps la possession de la totalité des contrées qui composaient son empire dans le Maghreb-el -Aksa. En moins de cinquante années, neuf princes furent investis du pouvoir souverain. Le principal instrument de la ruine de cette dynastie fut la désunion, qui régna sans cesse entre les membres de la famille royale. Les Béni Merin luttèrent souvent avec avantage contre la dynastie rivale des Béni Zian ; ils se rendirent maîtres plusieurs fois de Tlemsen, et la fortune favorisa quelquefois leurs armes au point de les faire avancer jusqu’à Tunis, après avoir soumis Arzeu, Mostaganem, Bougie et Constantine.
Mais ces succès furent toujours éphémères. En 776 (1374 de J. C.), deux prétendants appartenant à la famille royale réunirent leurs efforts, détrônèrent l’émir Es-Saïd et partagèrent le Maroc en deux États, dont l’un eut Fês pour capitale, et l’autre Maroc. Dans ces révoltes continuelles, les troupes chrétiennes, qu’à l’exemple des Almohades les princes mérinides entretenaient, intervinrent souvent, et firent arriver au pouvoir le prétendant qu’elles préféraient. Enfin, vers l’an 840 de l’hégire (1437 de .1. C. ), un prince mérinide ayant invoqué le secours d’Abou-Farès, delà famille des Béni Hafèz, qui régnait à Tunis , les Béni Merin furent chassés de Tlemsen et refoulés dans le Maroc.
Abou-Farès confia le gouvernement de Tlemsen à la famille berbère des Béni Ifren, qui se reconnut tributaire du royaume de Tunis. Ainsi finit la domination des Mérinides; elle dura environ deux cents ans, avec des vicissitudes si multipliées, qu’elle ne put jamais réunir sous une autorité vigoureuse les peuplades turbulentes du Maghreb-el-Aksa.
Après leur chute, plusieurs petits États indépendants se maintinrent encore dans le Maroc; mais leur histoire est tellement confuse', qu’on ne peut la suivre avec quelque certitude. Cet état d’anarchie et de tiraillements dura jusqu’au seizième siècle de notre ère, époque où la famille des chérifs, qui règne aujourd’hui dans le Maroc, reconstitua cet empire, et détruisit les établissements
L’UNIVERS
que les Portugais avaient formés dans cette partie de l’Afrique.
C’est sous les derniers princes mérinides (1415 de J. C., 823 de l’hégire) que Jean Ier, roi de Portugal, dirigea une première expédition contre Ceutâ. Il s’empara de la ville, et y laissa une forte garnison. En 1437, sous le fils et successeur de Jean 1er, les Portugais opérèrent un nouveau débarquement pour attaquer Tanger. La ville fut secourue par une armée musulmane considérable ; Jes chrétiens furent obligés de capituler et de laisser un infant en otage comme garantie de l’exécution de la convention qui leur permit de s’embarquer. Mais ce serait nous éloigner de notre but, que de parler plus longuement des diverses tentatives faites, dans la suite , par les rois du Portugal pour s’établir dans le Maroc. L’histoire de l’Algérie ne se rattache plus que d’une manière indirecte à ces événements.
Les Béni Zian.
Lors de la décadence de la domination des Alrnohades , nous avons vu qu’un État indépendant se constitua à Tleinsenau profit des Béni Zian. Lepouvoir de cette dynastie s’exercait sur la majeure partie des contrées comprises dans la province d’Alger et dans la province d’Oran de l’ancienne régence turque. La famille illustre des Béni Zian, appelée aussi les Abd-el-Ouahed, se rattachait par son origine à la tribu berbère des Meghraoua , branche des Zenata. Elle avait, à plusieurs époques, exercé sur la province de Tlemsen , soit à titre de souveraine soit comme tributaire, une autorité incontestée. Lorsque l’Afrique musulmane n’était pas encore démembrée, les Béni Zian avaient presque constamment été alliés aux khalifes ommiades d’Espagne, dont ils avaient embrassé le parti dans la querelle de cette dynastie contre les Abbassides ; ils purent ainsi se maintenir longtemps au pouvoir sans qu’aucun des rivaux songeât à contester leur position indépendante. Depuis, ils s’étaient attachés, suivant les vicissitudes des temps, à la fortune des dynasties diverses qui se partageaient l’Afrique, prêtant le concours de leurs guerriers, tantôt aux Ommiades, tantôt aux Fathimites, tan¬
tôt aux Zirites. Éclipsés sous la domination des Almoravides et des Almohades, qui, au moyen de leurs doctrines religieuses , avaient réuni en faisceaux toute la race berbère, les Béni Zian reparurent au moment de la chute des Alrnohades, et se ressaisirent de l’autorité.
Ce fut sous le règne d’Abou-el-Hassan, un des derniers princes des Mouaheddin, que les Béni Zian, forts de leurs alliances avec les Berbères et de l’influence qu’ils exerçaient dans le pays, se révoltèrent. En 646 (1247 de J. C.), Iaghmouracen, qui était alors le chef de la famille des Abd-el-Ouahed, livra un combat à Abou-el-IIassan auprès de Kala, le mit en déroute, et se rendit maître du matériel de l’armée ennemie.
Mais la fortune lui fut souvent contraire dans les nombreuses luttes qu’il eut à soutenir contre les Béni Merin, qui régnaient à Fès. Deux rencontres lui furent surtout fatales : l’une sur les bords de la Molouïa , et l’autre entre Ouchda et l’Oued Isli , deux champs de bataille illustrés par la bravoure de notre armée d’Afrique. Iaghmouracen était audacieux , d’une fermeté et d’un courage à toute épreuve ; il n’était pas moins prudent et habile administrateur.
Les nombreuses défaites que les Mérinides lui firent essuye? ne purent jamais l’abattre. Ce prince, s’il faut en croire un historien arabe, avait aussi à son service une troupe de plus de cinq cents chrétiens ; c’était du reste à cette époque un usage général parmi les souverains qui dominaient l’Afrique. Voici comment le célèbre historien Ebn Khaldoun, qui a écrit l’histoire des Berbères, explique la présence de ces soldats chrétiens dans les armées africaines : « Les « rois du Maghreb ont pris la coutume « d’enrôler dans leur armée des troupes « franques; ils le font, parce que leurs « compatriotes , en combattant , font « toujours semblant de fuir, puis se « retournant ils fondent sur l’ennemi ;
« tandis que les Francs combattent en « restant inébranlables à leur poste. » Nos soldats ont pu voir, dans les nombreuses rencontres qui ont eu lieu en Algérie, que malgré les leçons des troupes européennes incorporées au treizième siècle dans les armées musulmanes , les
indigènes n’ont modifié en rien leur manière de faire la guerre. Ce n’est certes pas par manque de courage, puisque les Arabes qui servent dans nos rangs sont aussi braves et font aussi bien que les Français; mais c’est J’empire de l’habitude, indestructible chez ces peuples , observateurs scrupuleux de toutes leurs traditions.
Iaghmouracen eut pour successeur son fils Othman , en 681 de l’hégire ( 1283 de J. C. ). Ce fut sous ce règne que le sultan mérinide Abou Iâkoub fit le siège de Tlemsen pendant sept ans , et s’empara de cette ville; les habitants eurent à souffrir toutes les angoisses de la famine. Othman mourut avant la reddition de la place, dont il avait soutenu la défense avec la plus grande énergie. Son fils et successeur continua les mêmes efforts, et mourut après un règne de quatre ans , pendant que le siège durait encore. Ce fut Abou Hammou, frère d’Othman, appelé ensuite au pouvoir, qui vit enlever la capitale de ses États par les Mérinides. Après la prise de ïlemsen , quelques villes de la cote tinrent encore pour les Béni Zian ; ils se retirèrent avec leurs richesses à Arzeu. A partir de cette époque, et jusqu’à l’établissement de la domination turque à l’est et au centre de l’Afrique septentrionale, dans le seizième siècle, les Béni Zian eurent à soutenir des luttes sans cesse renaissantes, soit contre les Béni Merin de Fès ou de Maroc , soit contre les Béni Hafèz de Tunis; souvent ils perdirent Tlemsen, leur capitale, ou furent obligés de se reconnaître tributaires; mais ils se relevèrent toujours de ces échecs , comme si le fondateur de la puissance de leur famille leur eût légué à tous quelque chose de son indomptable courage pour combattre la mauvaise fortune.
Les chroniques locales recueillies dans la province d’Oran racontent que sous le règne des Béni Zian le royaume de Tlemsen atteignit un grand état de prospérité. Oran était le port où Marseille , Arles, Agde , Narbonne , les Vénitiens, les Portugais et les Catalans venaient échanger des armes, des étoffes, de la verroterie, etc., contre de la poudre d’or, de l’ivoire, des plumes d’autruche, des laines, de la cire, des
cuirs préparés, etc. Ces renseignements prouvent que Tlemsen entretenait un commerce important avec les tribus du Sahara et avec l’intérieur du continent africain. Quelques princes des Béni Zian ont frappé monnaie à leur coin ; mais on ne trouve plus dans le pays que de très-rares pièces de leur monnaie. Les souverains de Tlemsen vivaientavecmagnificence, et lebruitdes richesses que renfermait leur capitale a souvent armé contre eux les sultans des contrées voisines.
Les Hafsides.
Les Béni Zian de Tlemsen et les Béni Merin du Maghreb-el-Aksa rencontrèrent dans l’est de l’Afrique d’autres compétiteurs au moment du partage des dépouilles des Almohades : c’étaient les Béni Hafèz, qui avaient à Tunis le siège de leur puissance. Le premier prince de cette dynastie fut Abou Mohammed Abd-el-Ouahed Abou Hafèz, qui prétendait descendre du koréichite Omar ben el-Khettab , deuxième khalife de l’islamisme après le prophète ; mais sa famille s’était alliée aux Berbères, et se rattachait également à la tribu de Hentata, fraction des Masmouda. Nous avons déjà vu que lorsque En-Nacer, prince almohade, alla combattre dans la province de Tunis le rebelle El-Miorki , il confia en partant le gouvernement de cette province à Abd-el-Ouahed Abou Hafèz. Ce fut le successeur de cet émir, Abou Zakaria Iahia, qui se proclama indépendant, en 625 de l’hégire. Il s’arrogea le titre de prince des croyants. Profitant des troubles qui agitaient l’empire des Almohades, il prit les armes, et réunit sous son autorité toute la province de Tripoli , celles de Tunis, de Constantine , du Djérid, du Zab et une partie de celle d’Alger et d’Oran. Il poussa ses conquêtes jusque dans l’ouest, s’empara de Tlemsen, de Ceuta, et reçut la soumission de plusieurs villes d’Espagne, entre autres de Séville, de Grenade et d’Alméria. Mais ces villes ne restèrent pas longtemps sous sa dépendance. Il fit la paix avec les Béni Zian, et leur restitua Tlemsen ; quant aux autres villes , elles retombèrent entre les mains des Béni Mern eu des sultans de Grenade. Abou Zakaria
L’UNIVERS
était à la fois savant et poëte. Il était toujours vêtu très-simplement, et ne portait que des habits de laine. Il construisit des mosquées, des écoles, des bazars, et laissa à sa mort une bibliothèque de trente-six mille volumes. Il fut enterré à Bône, puis transporté à Constantine.
Premiers traités de commerce.
Le traité de commerce le plus ancien entre les musulmans africains et les Européens remonte à l’an 627 (1230 de J. C.). Ce traité, dont la durée fut fixée à trente ans, fut signé entre Abou Zakaria et la république de Pise, qui, la première de tous les peuples de l’Europe, avait noué des relations commerciales avec les ports du Maghreb. Venus des premiers en Orient lors des croisades, qui avaient donné un essor si rapide aux armements maritimes , les Pisans avaient aussi les premiers traité avec le sultan d’Égypte et sacrifié les antipathies religieuses aux intérêts nouveaux créés par le com- ■merce. L’empereur Frédéric II, roi de Sicile et comte de Provence, traita également avec Abou Zakaria ; Gênes , Marseille, Veniseet les Catalans, négocièrent aussi séparément avec lui. Ces traités réglaient les droits et les conditions des échanges dans tous les ports de la Méditerranée, depuis Tripoli jusqu’à Bougie, la liberté et la protection des marchands étaient aussi garanties ; ils avaient la faculté d’entretenir des églises , des bains et des cimetières, de posséder des maisons et des magasins. Les consuls connaissaient seuls des différends entre leurs nationaux ; et tous les chrétiens n’étaient pas responsables, comme cela eut lieu plus tard dans la Régence d’Alger , des délits ou des crimes commis par leurs compatriotes. Les consuls avaient le droit de se présenter une fois par mois à l’audience du prince, en quelque lieu qu’il se trouvât. Abou Zakaria se montra toujours fidèle observateur de ces conventions , et s’appliqua à ne pas favoriser d’une manière exceptionnelle une nation au préjudice des autres.
Le fils d’Abou Zakaria labia, surnommé Mostancer Billah , eut un règne très-agité ; cependant en 652 les Béni JVIerin reconnurent sa suzeraineté;
en 657 les chefs de la Mecque lui envoyèrent également leur soumission, comme au souverain orthodoxe le plus puissant de l’époque. Les juifs habitant dans ses États eurent à souffrir des avanies sans nombre. Mais le fait le plus important sans contredit du règne de ce prince fut l’expédition dirigée par saint Louis contre Tunis (668; 1270 de J. G. ).
Expédition de saint Louis à Tunis.
Saint Louis n’avait pas été découragé par les résultats désastreux de son expédition contre l’Égypte; désireux d’assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée et d’affranchir les chrétiens d’Orient , il commença en 1268 les préparatifs d’une seconde croisade.
Il éprouva d’abord des difficultés à se procurer la flotte nécessaire pour le transport de son armée; les Vénitiens, avec lesquels il avait conclu un marché , refusèrent de l’exécuter , et il ne dut qu’à l’intervention chaleureuse du pape d’obtenir des Génois les navires dont on avait besoin. Saint Louis concentra ses forces dans le Bas-Languedoc et en Provence. Les troupes françaises, auxquelles s’étaient joints cinq "cents Frisons, un assez grand nombre de Catalans et environ dix mille hommes envoyés par les Génois, s’embarquèrent à Marseille et à Aigues-Mortes. Le roi mit à la voile de ce dernier port le 4 juillet 1270, accompagné de ses trois fils, de sa fiile et d’un de ses neveux. L’expédition aborda à Cagliari le 8 juillet.
Ce fut à Cagliari seulement que saint Louis fit connaître son intention de se porter d’abord sur Tunis , afin d’assurer les communications entre l’Europe et l’Orient par la conquête de ce royaume. Charles, frère de saint Louis et roi de Sicile, contribua puissamment à faire prévaloir cette détermination, dont il devait recueillir les premiers avantages, à cause de la proximité de ses États de Tunis. L’expédition se dirigea donc vers les côtes d’Afrique, et prit la mer le 15 juillet; elle arriva le 17, sans accident, en face des ruines de Carthage. Le débarquement s’effectua le lendemain sans opposition de la part des Arabes. Dès que l’armée eut pris terre elle fut rangée en bataille, et le chapelain du
roi lût une proclamation par laquelle les croisés prenaient possession du sol africain. Abou Mohammed Abd-Allah el- Mostancer fit sommer les troupes chrétiennes de s’éloigner de son royaume , et rendit responsables de l’exécution de cette injonction les chrétiens qui étaient établis en grand nombre dans Tunis.
Saint Louis ne tint aucun compte de ces menaces, qui d’ailleurs ne furent pas réalisées.
Les journées du 19 au 22 juillet furent employées à l’installation du camp, et furent marquées par des petits combats livrés contre les nuées d’Arabes qui entouraient l’armée chrétienne. Mais au lieu de marcher contre Tunis et de profiter des succès que ses troupes remportaient dans ces luttes partielles, saint Louis fit entourer son camp de retranchements , et résolut d’attendre l’arrivée de son frère le roi de Sicile. Enhardis par cette inaction , les Arabes vinrent tous les jours attaquer le camp. Si on marchait à eux, ils fuyaient; puis, lorsque, fatigués de les poursuivre, nos soldats voulaient regagner le camp, ils reprenaient l’offensive, et harcelaient les Français jusqu’à ce qu’ils fussent à l’abri de leurs retranchements. Ces alertes continuelles épuisèrent la constance des troupes; réduits au biscuit et à la viande salée, les soldats furent bientôt atteints par les maladies que le climat fait éclater toujours rapidement parmi les grandes réunions de personnesétrangères au pays. Le vent du sud ( siroco ), qui soufflait avec violence, ne fit qu’augmenter les souffrances et le découragement. Les chefs les plus illustres des croisés furent frappés ; le comte de Nevers, le plus jeune des fils de saint Louis, succomba. Bientôt le roi luimême fut atteint par la .contagion , et rendit le dernier soupir le 25 août 1270.
Les musulmans se réjouirent de la mort de saint Louis comme d’une victoire. Mais, le roi de Sicile étant débarqué le jour même où son frère expira , l’offensive fut reprise avec vigueur par les croisés. Le 28 août et les jours suivants les Arabes éprouvèrent de rudes échecs, et perdirent beaucoup de monde. Leur camp fut surpris par les chrétiens, qui en rapportèrent un butin considérable. Après cette défaite,
14 'Livraison. (Algérie.)
Abou Abd-Allah fit des ouvertures, et demanda la paix. Le roi de Sicile, ayant obtenu des conditions favorables à son royaume , signa un traité, dont la durée fut fixée à quinze ans. Les rois de France, de Sicile et de Navarre s’engagèrent à protéger les musulmans qui voyageraient dans leurs États. La même clause fut acceptée par le prince hafside; il consentit, de plus, à rendre les prisonniers, à payer 210,000 onces d’or pour frais de la guerre, et un tribut de 24,000 onces d’or par an au roi de Sicile, avec rappel de l’arrérage des cinq dernières années. Peu de jours après la signature du traité, le 18 octobre, les croisés s’embarquèrent. La flotte essuya une tempête qui fit périr dix-huit grands vaisseaux. Quatre mille soldats furent noyés. Le roi et la reine de Navarre, la jeune reine de France, le comte et la comtesse de Toulouse moururent pendant le voyage. Ainsi cette expédition coûta à la famille royale de France six de ses membres outre saint Louis. L’armée chrétienne était restée trois mois sur le territoire tunisien. On sait qu’une chapelle a été récemment élevée sur la côte d’Afrique , au lieu même où campaient les croisés, pour perpétuer le souvenir de cette croisade, qui coûta si cher à la France , mais qui força les musulmans à reconnaître une fois de plus la supériorité des armées chrétiennes.
Abou Abd-Allah semble avoir compris l’avantage qu’il y avait pour ses sujets à favoriser le commerce avec les peuples les plus industrieux du bassin de la Méditerranée. Il renouvela fréquemment des conventions commerciales avec les Génois, les Pisans, les Vénitiens, les Florentins. L’activité qui régnait alors dans tous les ports de l’Afrique, non»
seulement dans les provinces de Tripoli et de Tunis , mais encore à la Galle , Bône, Collo, Djidjéli, Bougie, Dellis et Alger ( qui dépendait alors des Béni Hafèz ) , contribua à amortir l’humeur turbulente des villes. La présence des comptoirs européens au milieu d’elles, des relations journalières, avaient beaucoup adouci le fanatisme de ces populations. La prolongation de cet heureux état de choses pouvait amener les résultats les plus féconds pour l’avenir de l’Afrique. On verra plus tard quelles
circonstances contribuèrent à ramener en quelque sorte ces contrées vers la barbarie.
Hafsides.
A la mort d’Abou Abd-Allah, dont le /mg règne avait comprimé l’ambition des grands, de violentes dissensions éclatèrent parmi les Béni Hafèz. Trois ans s’étaient à peine écoulés, qu’on vit sous son second successeur, en 680 (1281 de J. G. ) , apparaître un aventurier nommé El-Fadhel, qui défit deux armées envoyées contre lui, et s’empara de toute la province jusqu’à Bougie. El-Fadhel était né à Msila, et avait été élevé à Bougie. C’était'. un pauvre tailleur, qui, en courant de pays en pays pour gagner sa vie, avait fait à Tripoii la connaissance d’un nègre ancien serviteur d’un ancien sultan hafside. Il se faisait passer pour le fils de cet ancien sultan , et le nègre confirmait le fait de son témoignage. Il fut renversé par Abou Hafèz , proclamé en 683.
Jusqu’au règne d’Abou ïahia, huitième sultan hafside qui fut proclamé en 718 (1317 de J. C.), les discordes de la famille royale se succédèrent avec des vicissitudes diverses. Les princes qui gouvernaient Bône et Constantine, constituées en vice-royautés, se révoltaient sans cesse contre le souverain, et parvenaient souvent à le déposséder. Abou ïahia s’empara de l’île de Djerba , dont Roger de Loria avait fait une principauté chrétienne en 1284. Son fils Abou Hafèz Omar lui succéda. Ce prince étant allé assiéger la ville de Bedja, située entre Bougie et Tunis, son frère Abou el-Abbas, gendre du sultan mérinide Abou el-Hassan, et qui avait été injustement frustré du trône, marcha contre Tunis, et s’en empara. Abou Hafèz Omar s’empressa d’accourir au secours de sa capitale, à la tête d’une armée, surprit Abou el-Abbas, et le lit périr. Le sultan mérinide manifesta à cette nouvelle une grande colère ; il rassembla ses troupes , et partit de Tlemsen, qu’il venait d’enlever aux Béni Zian. Pendant sa marche il soumit à son autorité les tribus arabes des provinces de Bougie, de Constantine et de Tunis, et se fit suivre de leurs contingents. En 748 (1347 de J. C.) Abou el-Hassan se rendit maître de Tunis.
Abou Hafez-Omar se réfugia à Kabès , où les partisans de Mérinides le tuèrent.
Un seul acte politique imprudent fit perdre^ à Abou el-Hassan le fruit de ses conquêtes. Lorsqu’il se crut solidement établi, il se montra ingrat envers les tribus arabes, ne voulut pas tenir les promesses qu’il leur avait faites, et leur retira les fiefs qui leur avaient été concédés par les sultans hafsides. Une partie de ces tribus prirent les armes, battirent les troupes qu’Abou el-Hassan dirigea contre elles, et vinrent l’assiéger dans Kairouan, où il s’était enfermé. Le prince mérinide s’enfuit avec beaucoup de peine de cette ville; mais en arrivant à Tunis, ayant appris que son propre fils s’était emparé du pouvoir dans le Maghreb, il se hâta de regagner son royaume. Echappé miraculeusement à un naufrage, Abou el-Hassan rentra dans ses États ; mais dans la bataille qu’il dut livrer à son fils il fut défait et forcé de s’enfuir dans les montagnes. L’occupation du royaume de Tunis par les Mérinides ne dura que deux ans et demi. Les Béni Hafèz rentrèrent en possession de Tunis en 750 (1349 de J. C.).
A la faveur des guerres- civiles qui éclatèrent dansle sein de la dynastie des Béni Merin, les Béni Hafèz et les Béni Zian purent relever leur puissance. A plusieurs reprises cependant on vit les Mérinides s’emparer soit de Tlemsen , soit de Bougie, de Constantine, de la province du Zab, et venir mettre le siège devant Tunis. Pendant un siècle et demi le nord de l’Afrique est troublé parles guerres incessantes des trois dynasties rivales. Les faits saillants de cette longue et orageuse période sont : la réunion momentanée des trois États dans les mains du sultan mérinide Abou el-Hassan ; le règne d’Abou Harnmou roi de Tlemsen, qui assura trente-neuf ans de prospérité à cette contrée; enfin la conquête d’une partie du royaume de Tlemsen par Abou Farès, sultan hafside.
La ville de Bougie et le pays qui en dépendait resta au pouvoir d’une branche des Hafsides jusqu’au moment où don Pèdre de Navarre (1510) se rendit maître de cette ville. Le règne d’Abou Farès fut remarquable pour les provinces de Tunis , en ce qu’il réduisit les tribus arabes à l’obéissance, et les oblige?
à payer le zekket et l’achour, impôts religieux que tout musulman doit acquitter. Le zekket se prélevait sur les biens mobiliers et les troupeaux, et l’achour sur les récoltes.
Rapports avec les peuples chrétiens.
La suite des relations des Hafsides avec les peuples chrétiens offre plusieurs circonstances dignes de fixer l’attention. On a déjà vu qu’en 1284 Roger de Loria s’empara de l’île de Djerba , qui s’était soustraite à la domination du sultan de Tunis, et était devenue un repaire de pirates. Cette île demeura au pouvoir des chrétiens pendant cinquante et un ans.
Les Siciliens, qui avaient eu souvent à réprimer les révoltesdes Arabesou à repousser les attaques des Hafsides , perdirent Djerba en 1335. Dans la même année, Philippe Doria, amiral delà république de Gênes, se présenta en ami devant Tripol i pour y acheter des vivres ; puis, ayant bien reconnu les lieux, il s’éloigna; mais il revint à l’improviste, et se rendit maître de la ville par un hardi coup de main. Les Génois, craignant des représailles contre ceux de leurs nationaux qui étaient établis dans les ports musulmans, désavouèrent leur amiral et l’exilèrent avec ses compagnons. Philippe Doria, embarrassé de sa conquête, la rendit au cheikh de l’île de Djerba, qui, n retrouvant son indépendance, avait repris ses habitudes de piraterie. Après cet événement, Tripoli prit place parmi les États indépendants de l’Afrique septentrionale.
A la suite des traités de commerce qui furent signés entre A bouAbd-Allah et les princes chrétiens, presque immédiatement après l’expédition de saint Louis, on remarque une convention de même nature entre la Sicile et Tunis en 1285. Une première fois, en 1317 et 1320, et une seconde fois, en 1354 et 1358, les Vénitiens obtinrent entre autres privilèges celui de foire monnayer de l’or et de l’argent à Tripoli. Malgré les dissensions politiques qui agitèrent le Maghreb d’une manière si continue et si désastreuse pendant les treizième et quatorzième siècles, le commerce atteignit dans ce pays un assez haut degré de prospérité. Les Européens avaient établi des comptoirs dans les principales villes ; ils
sjy étaient fixés en grand nombre, et s’y livraient à un commerce considérable. On vit des chrétiens investis des pleins pouvoirs des princes arabes pour négocier des traités en leur nom. Les Pisans et les Vénitiens prenaient part au commerce intérieur et avaient obtenu la faculté de faire des caravanes; dans toutes les stations de leur route ils avaient le droit de faire paître, au moins pendant trois jours, les animaux qu’ils conduisaient. Ils parcouraient librement le pays, et avaient des courriers pour leur correspondance entre les différentes villes où se trouvaient leurs dépôts.
Les historiens attestent également que les marchands musulmans se rendaient très-fréquemment pour vendre leurs marchandises soit sur les côtes d’Espagne, de France ou d’Italie , soit en Sicile , en Sardaigne, en Corse, soit à Gênes, àPise, à Télamone, àGaète, à Naples, à Venise , à Ancône, à Raguse. Ils rapportaient des marchés européens des étoffes et des objets manufacturés.
D’un autre côté, Bougie et Tunis étaient après Alexandrie les villes d’Afrique où arrivaient le plus grand nombre de commerçants européens. Il a été aussi constaté que les sultans de Tunis entretenaient auprès d’eux des corps de troupes chrétiennes. Des seigneurs italiens passaient souvent en Afrique avec toute leur maison pour exercer des hautes charges à lacour des princes du Maghreb. Cette bienveillance réciproque entre les chrétiens et les musulmans était plus particulièrement sensible dans l’est que dans l’ouest, où prédominait encore l’influence berbère.
Expédition des Européens contre l'Afrique.
Après les succès et les revers des Siciliens , les premières attaques furent dirigées contre l’Afrique par Pierre III , roi d'Aragon. En 1277 il envoya une flotte qui ravagea les côtes et détruisit dans le détroit de Gibraltar les navires du sultan de Maroc, fils et successeur du fondateur de la dynastie des Mérinides.
Cinq ans après le roi d’Aragon porta des forces considérables vers l’est, et débarqua à Collo, dont il s’empara sans difficulté. Il avait fait alliance avec le prince de la famille hafside qui gouvernait Cons-
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tantine , et il voulait appuyer ses prétentions au pouvoir souverain. Mais le peuple de Constantine, indigné des relations de son gouverneur avec les chrétiens, se souleva, et le massacra. Pierre d’Aragon, qui, en attaquant Collo, n’avait voulu que cacher le but de ses armements, dirigés contre la Sicile, s’éloigna de la terre d’Afrique , dès qu’il connut la mort de son allié , et alla enlever la Sicile aux Français. Plus tard, en 1309, la Castille et l’Aragon opérèrent un débarquement à Ceuta , et se rendirent maîtres de cette ville. Mais les Espagnols ne gardèrent pas leur conquête; ils en firent don à un chef indigène qui leur avait rendu des services. Ceuta appartenait alors au sultan de Grenade.
Les relations bienveillantes que les Génois entretenaient avec les princes de Tunis furent troublées vers le milieu du quatorzième siècle, soit que les Arabes fussent excités contre les marchands génois par les Vénitiens, leurs rivaux, soit que l’avidité naturelle de ces sultans, qui se succédèrent si rapidement au pouvoir, les poussât à rançonner les commerçants; Gênes fut réduite à déclarer la guerre aux Hafsides , à la suite de nombreux actes de piraterie commis contre ses navires. Elle débuta par quelques prises heureuses sur les Africains ; en 1388 ses galères pillèrent l’île de Djerba. Mais les incursions des musulmans jusque dans les rivièresdeses villes, qu’elle ne put toujours protéger, lui firent éprouver des pertes considérables. Les Génois, n’osant entreprendre seuls une attaque contre Mahdia , sollicitèrent l’assistance du roi Charles VI, qui régnait alors en France. Leur demande fut accueillie, et le duc de Bourbon, oncle du roi , fut mis à la tête de cette expédition. Les principaux seigneurs de la cour de France et de celle d’Angleterre voulurent s’associera cette espèce de croisade, au nombre de plus de quatorze cents ; les Génois fournirent dix-huit mille hommes:
onpartitde Gênes vers la ündejuinl390.
Lorsque la flotte arriva devant Mahdia, la saison des chaleurs venait de s’ouvrir; les Arabes laissèrent débarquer l’armée sans opposer de résistance, dans l’espoir de la voir bientôt consumée par les maladies du pays, par la chaleur et par
les escarmouches continuelles dont ils comptaient la harceler. Les choses se passèrent comme ils l’avaient prévu. L’armée chrétienne, mal commandée, mal organisée , accablée par la fatigue des combats livrés journellement contre les Arabes pendant la plus grande ardeur du soleil , ne put faire aucune opération décisive, et dut reprendre la mer, après avoir vainement assiégé Mahdia pendant soixante et un jours. Cette expédition fut la dernière entreprise des États italiens sur les côtes d’Afrique; pendant tout le quinzième siècle la paix entre ces États et le Maghreb ne fut pas troublée. Le dernier traité de commerce fut signé avec les Pisans en 1424 (827 de l’hégire).
Mais les Espagnols continuèrent les hostilités contre les princes du Maghreb, et contribuèrent à hâter leur chute. En 1432 les Aragonais saccagèrent Djerba et l’île de Kerkena, sans y fonder d’établissement. En 1481 la ville de Mélilla fut prise parles Espagnols, et devint un apanage de la grandesse. Après la chute du royaume de Grenade, les entreprises de l’Espagne contre l’Afrique devinrent plus sérieuses. Le cardinal Ximenès détermina Ferdinand le Catholique à armer une flotte, qui, sous la conduite de don Diégo de Cordoue, s’empara de Mers-el-Kebir, en 1505. La ville fut occupée par des forces importantes.
En 1508 l’amiral Pierre de Navarre se rendit maître du Penon de Velez, sur les côtes de Maroc. L’année d’après Oran fut prise par le cardinal Ximenès en personne, qui avait payé une partie des frais de l’expédition. En 1510 Pierre de Navarre s’empara de Bougie, et y installa une forte garnison. A la suite de cette conquête, la plupart des villes du Maghreb, frappées d’épouvante , reconnurent la suzeraineté de l’Espagne, s’engagèrent à lui payer tribut et à mettre en liberté les esclaves chrétiens. Au nombre de ces villes on comptait Alger, Dellis, Tlemsen, Mostaganem et Tunis même. Dans la même année les Espagnols prirent Tripoli, qui fut réunie à la vice-royauté de Sicile; ils y laissèrent une garnison. Pierre de Navarre attaqua ensuite, de concert avec don Garcia de Tolède, l’île de Djerba , qui était devenue un repaire de
pirates. Son armée , exténuée par la chaleur, s’étant débandée autour de quelques puits, les Arabes se ruèrent sur elle , et la taillèrent complètement en pièces. Les choses restèrent à peu rès dans cette situation jusqu’à l’etalissement des Turcs à Alger.
Décadence des trois dynasties arabes.
Ainsi les Béni Merin , les Béni Zian et les Béni Hafèz voyaient simultanément décroître leur puissance devant les attaques des peuples chrétiens. On a déjà constaté que les dissensions intestines dans les familles de chacune de ces dynasties avaient contribué à précipiter leur ruine; d’autres éléments de dissolution vinrent ajouter pour les Béni Zian à ces malheurs. Les tribus arabes qui avaient envahi l’Afrique sous le règne des khalifes Zirites ne s’étaient confondues ni avec les premiers conquérants, ni avec les Berbères. Elles n’avaient jamais accepté longtemps la domination d’aucun des chefs du pays ; et soit qu’on les vît s’allier avec le prétendant victorieux, soit qu’elles se missent enrébellion, elles avaient toujours les armes à la main. Profitant des discordes qui divisaient la famille des Béni Zian , les Arabes se soulevèrent dans la province d’Oran ; ils se rendirent maîtres de Mostaganem, de Mazagran , de Tunis , de Mazouna , et se déclarèrent indépendants. Toutes les tribus berbères depuis Mostaganem jusqu’au-dessous de Miliana , dans la Métidja , reconnurent leur autorité.
D’un autre côté , après une lutte de huit siècles, le christianisme avait entièrement triomphé en Espagne , et le royaume de Grenade était tombé au pouvoir d’Isabelle et de Ferdinand. Un grand nombre d’Arabes s’étaient réfugiés en Afrique ; ceux qui , préférant leurs intérêts et leurs habitudes aux excitations du fanatisme, avaient espéré pouvoir vivre sous la loi des chrétiens, furent expulsés de la Péninsule par deux décrets de Ferdinand le Catho¬
lique de 1499 et de 1500. Lorsqu’ils arrivèrent dans le Maghreb, loin d’être accueillis comme des coréhgionnaires qui avaient accepté les maux de l’exil plutôt que d’abjurer leur foi, ces malheureux furent pillés et massacrés par les Berbères. Faut-il attribuer cet acte de barbarie, si contraire à l’esprit de fraternité que les musulmans du globe entier pratiquent toujours entre eux, aux vieilles querelles des Arabes et des Berbères , aux rancunes des Africains dépossédés par les rois de Grenade, ou bien à la cupidité sans entrailles des tribus qui en voyant débarquer ces fugitifs chargés de quelques bagages les attaquèrent et les massacrèrent pour les dépouiller plus sûrement ? Quoi qu’il en soit, tant de souffrances endurées par ces réfugiés ne firent qu’accroître la haine qu’ils avaient vouée aux chrétiens qui les avaient chassés de l’Espagne.
Ils se disséminèrent sur tous les points de la côte, et donnèrent une nouvelle activité et un caractère de cruauté plus grande encore aux courses et aux brigandages des corsaires musulmans qui infestaient ces parages , et qui avaient fait surnommer cette partie de la Méditerranée le champ des pirates.
Ainsi, pendant que les peuples d’Italie avaient contribué à amener une sorte de rapprochement entre les commerçants européens et musulmans dans le royaume de Tunis et dans la portion orientale de l’Algérie actuelle , les Espagnols, par l’expulsion des Arabes d’Espagne , et par leurs agressions contre les ports du Maghreb, détruisirent bientôt ces bonnes dispositions. L’apparition des Turcs, qui donnèrent pour ainsi dire une organisation à la piraterie et se substituèrent au pouvoir des Béni Hafèz et des Béni Zian , fit perdre rapidement aux musulmans africains la prospérité dont ils jouissaient, et jeta entre les deux religions les ferments d’une haine irréconciliable.
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