TRAITÉ DK LA TAFNA
Entre le lieutenant-général Bugeaud, commandant les troupes françaises dans la province d’Oran , et l’émir Abd-el-Kader , il a été convenu le traité suivant :
Art. Ier. L’émir Abd-el-Kader reconnaît la souveraineté de la France en Afrique.
Art. 2. La France se réserve :
Dans la province d’Oran : Moslaganem, Mazagran et leurs territoires ; Oran , Arzeu , plus un territoire ainsi délimité, à l’est, par la rivière de la Macta et le marais d’où elle sort; au sud, par une ligne partant du marais ci-dessus mentionné, passant par le bord sud du lac Sebkha, et se prolongeant jusqu’à l’Oued -Malah (Rio-Salado), dans la direction de Sidi-Saïd, et de cette rivière jusqu’à la mer, de manière que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français;
Dans la province d’Alger :
Alger, Te Sahel, la plaine de la Mélidja, bornée à l’est jusqu’à l’Oued-Khadhara, et au delà ; au sud , par la première crête de la première chaîne du petit Atlas jusqu’à la Chiffa , en y comprenant Blidah et son territoire; à l’ouest , par la Chiffa jusqu’au coude du Mazafran, et de là par une ligne droite jusqu’à la mer, renfermant Koléah et son territoire; de manière que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.
Art. 3. L’émir administrera la province d’Oran, celle de Titeri, et la partie de celle d’Alger qui n’est pas comprise à l’ouest dans la limite indiquée par l’article 2. Il ne pourra pénétrer dans aucune autre • partie de la régence.
Art. 4. L’émir n’aura aucune autorité sur les musulmans qui voudront habiter sur le territoire réservé à la France : mais ceux-ci resteront libres d’aller vivre sur le territoire dont l’émir a l’administration; comme les habitants du territoire de l’émir pourront s’établir sur le territoire français.
Art. 5. Les Arabes vivant sur le territoire français exerceront librement leur religion. Us pourront y bâtir des mosquées, et suivre en tous points leur discipline religieuse , sous l’autorité de leurs chefs spirituels.
Art. 6. L’émir donnera à l’armée française :
Abd-el-Kader qu’après l’avoir longtemps attendu et s’être porté , avec son état-, major seulement , très en avant du lieu indiqué; mais il conserva dans cette entrevue, par la franchise de son langage.
Trente mille fanègues d’Oran de froment;
Trente mille fanègues d’Oran d’orge ;
Cinq mille bœufs.
La livraison de ces denrées se fera à Oran par tiers; la première aura lieu du xer au i5 septembre 1837, et les deux autres de deux mois en deux mois.
Art. 7. L’émir achètera en France la poudre , le soufre et les armes dont il aura besoin.
Art. 8. Les Coulouglis qui voudront rester à Tlemsen, ou ailleurs, y posséderont librement leurs propriétés, et y seront traités comme les Hadars.
Ceux qui voudront se retirer sur le territoire français pourront vendre ou affermer librement leurs propriétés.
Art. 9. La France cède à l’émir : Rachgoun, Tlemsen, le Méchouar et les canons qui étaient anciennement dans cette citadelle.
L’émir s’oblige à faire transporter à Oran tous les effets, ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison de Tlemsen.
Art. xo. Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français, qui pourront s’établir réciproquement sur l’un ou l’autre territoire.
Art. 11. Les Français seront respectés chez les Arabes, comme les Arabes chez les Français. Les fermes et les propriétés que les Français auront acquises ou acquerront sur le territoire arabe leur seront garanties. Ils en jouiront librement, et l’émir s’oblige à rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éprouver.
Art. 12. Les criminels des deux territoires seront également rendus.
Art. i3. L’émir s’engage à ne concéder aucun point du littoral à une puissance quelconque , sans l’autorisation de la France.
Art. 14. Le commerce de la Régence ne pourra se faire que dans les ports occupés par la France.
Art. i5. La France pourra entretenir des agents auprès de l’émir et dans les villes soumises à son administration , pour servir d intermédiaire auprès de lui aux sujets français , pour les contestations commerciales ou autres qui pourraient avoir lieu avec lçs Arabes.
L’émir jouira de la même faculté dans les villes et ports français.
par la noble assurance de son attitude, tout l’ascendant qu’il avait gagné sur le champ de bataille de la Sikak (1).
Deuxième expédition de Constantine. — Il n’entre pas dans notre plan de discuter la valeur des critiques qui s'élevèrent en France contre le traité delà Tafna et d’exposer sur quelles données le général Bugeaud a pu s’appuyer pour le signer avec le ferme espoir que notre position en Algérie allait être considérablement améliorée; mais il faut constater que l’ouest de la Régence se trouvant tout à coup pacifié, on put reporter toute l’attention sur la province de Constantine et employer une partie des troupes de la division d’Oran pour reconquérir à nos armes tout leur prestige. Les tribus de la province d’Alger elles-mêmes s’empressèrent de suspendre les hostilités , afin de jouir des bienfaits de la paix. Car, dès que la voix du fanatisme se tait, l’Arabe ressent dans son coeur un très-vif amour pour la paix ; c’est toujours avec bonheur qu’il retrouve la liberté de se livrer à ses travaux agricoles et d’employer ses armes à poursuivre la réparation de ses griefs particuliers.
Bône et les camps échelonnés sur la route de Constantine, Dréan, Nechmeya, Hammam-Berda , Guelma, se remplissaient detroupesetd’approvisionnements de toutes sortes. Ahmed-Bey, effrayé par les préparatifs formidables dirigés contre sa capitale, songea à négocier, et lit pressentir le gouverneur général ; les envoyés reçurent communication des conditions qui devaient servir de base à un arrangement pacifique. Le bey de Constantine ne se hâtait pas de répondre, et semblait vouloir gagner du temps.
Pour lui faire connaître qu’on était résolu à en finir avec lui cette année même, le général Damrémont établit, le 17 juillet , un vaste camp en avant de Guelma, à Medjez el-Ahmar. Cette position devait devenir le point de départ des opérations ultérieures si les négociations n’amenaient pas un résultat favorable.
La sage vigilance du gouverneur général fut bientôt justifiée; pendant qu’il
(i) Voyez le récit de cette entrevue intéressante dans les annexes du 3e volume des Annales algériennes de M. Pellissier, page 400.
activait l’organisation de l’expédition , Ahmed-Bey, après avoir hésité longtemps , entre le désir de faire la paix et. les conseils de ceux qui demandaient la guerre, se décida pour ce dernier parti. Le 20 septembre il vint attaquer le camp de Medjez-el-Ahmar, à la tête de dix mille hommes. Les Arabes espéraient nous surprendre. A la pointe du jour, ils se précipitèrent avec fureur contre nos troupes; mais ils furent accueillis par un feu vif et bien nourri . et ils durent bientôt se replier devant l’offensive énergique prise par nos bataillons. Leurs attaques continuèrent sans plus de succès pendant plusieurs jours. Ahmed-Bey se retira, et ne reparut plus devant nous (1).
L’armée partit de Medjez-el-Ahmar le 1er octobre; elle était composée d’environ treize mille hommes ; le duc de Nemours avait sollicité la faveur de venir partager, comme l’année précédente, les périls de nos soldats ; il marchait à l’avant-garde. On arriva devant Constantine le 6 octobre , sans avoir rencontré l’ennemi. D’immenses pavillons étaient arborés sur les remparts, pour marquer la résolution des habitants d’opposer une résistance acharnée; dès que les troupes parurent sur un terrain découvert, le feu de la place commença.
En se trouvant sur ces lieux, où leurs camarades avaient essuyé de si terribles fatigues , nos soldats sentirent redoubler leur ardeur ; on se mit à l’ouvrage avec un zèle que le mauvais temps ne put ralentir. Dans la journée du 9 trois batteries étaient armées sur le plateau de Mansoura, et ouvrirent leur feu. On établit ensuite une batterie de brèche à quatre cents mètres des murs de la ville, du côté de la porte appelée Babel-Oued; le 11 elle était achevée. Avant de commencer à battre en brèche , le gouverneur général envoya un parlementaire pour engager les habitants à se rendre. Le 12 seulement on connut la réponse des assiégés, qui refusaient de capituler. Dans la nuit du 11 au 12 une nouvelle batterie avait été construite à cent cinquante mètres de la place. A huit heures et demie du matin le géné-
(1) Voyez Annales algériennes, par M. Pellissier, 3e vol., pag. a35 et suiv.
ral Damrémont, accompagné du duc de Nemours et de son chef d’état-major, se rendait au dépôt de tranchée pour y examiner les travaux de la nuit, quand il fut atteint d’un boulet dans le flanc gauche; il tomba mort sans proférer une parole.
La fin glorieuse du général en chef ne fit qu’enflammer le courage de l’armée.
Le général Valée , commandant de l’artillerie, qui se trouvait le plus ancien de grade, fut appelé naturellement à la direction des opérations. La batterie continua à charger et à compléter la brèche pendant toute la journée du 12. Dans la soirée, Ahmed-bey demanda la cessation des hostilités ; le nouveau général en chef répondit que le préliminaire obligé de toute négociation devait être la remise de la place. Cet incident ne fit pas suspendre les travaux ; pendant la nuit, les batteries tirèrent de temps en temps sur la brèche pour empêcher l’ennemi de la réparer. Le 13, à sept heures du matin , la première colonne d’attaque , sous les ordres du lieutenantcolonel de Lamoricière , s’élança au pas de course, et atteignit bientôt le sommet de la brèche. Une fois engagée au delà du mur, elle rencontra une très -vive résistance, et l’explosion d’une mine fortement chargée mit son commandant hors de combat. La deuxième colonne d’assaut, dirigée par le colonel Combes, arriva à son tour sur le théâtre où la lutte était la plus acharnée. L’action fut meurtrière; mais l’élan et la valeur de nos troupes en assurèrent bien vite le succès. La place se rendit. Le drapeau français flotta sur ces murailles , devant lesquelles , pendant l’expédition de 1836, nos soldats avaient enduré tant de fatigues et tant de souffrances. La victoire fut chèrement achetée. Le général Damrémont , le général Perregaux, le brave colonel Combes, les commandants Vieux etdeSérigny et une foule de vaillants officiers trouvèrent la mort sur le champ de bataille (1).
Constantine tombée en notre pouvoir, le gouvernement d’Ahmed-Bey se trouva
(i) Voyez dans les annexes du 3e volume des Annales algériennes la relation de ce siège mémorable, écrite par un officier de l’armée, page 41 1.
complètement renversé. Abandonné de ses troupes, repoussé par les populations que sa domination cruelleavait écrasées, il se retira vers le sud. Trente et une tribus firent immédiatement leur soumission. Une garnison de trois mille hommes environ , avec des approvisionnements pour six mois, fut laissée dans la ville , sous les ordres du colonel Bernelle. L’armée ramena sans encombre tout son matériel à Bône, après avoir séjourné dix jours à Constantine. On continua à occuper tous les camps établis sur la route; et dès le 3 novembre legénéral Valée, qui venait d’être nommé gouverneur général intérimaire par une décision royale du 25 octobre , envoya un renfort de deux mille hommes et un convoi de vivres à la garnison de Constantine. Peu de temps après, l’armée apprit qu’une ordonnance du roi, du 11 novembre, avait conféré la dignité de maréchal de France au général Valée; une seconde ordonnance, signée le Ier décembre, appela le vainqueur de Constantine au commandement de nos possessions dans le nord de l’Afrique.
Gouvernement du maréchal Valée.
(Du 1er décembre 1837 au 29 décembre 1840.)
Organisation du commandement a Constantine. — Les derniers jours de l’année 1837 furent entièrement consacrés à l’organisation de notre autorité à Constantine. La chute de cette ville avait achevé la ruine de l’ancien gouvernement de la Régence. Abd-el-Kader n’avait pas encore étendu son influence jusque dans ces contrées. Depuis longtemps un nombre considérable de tribus situées autour de Constantine suivaient les chances de la fortune de la capitale : les besoins, les affaires, les conditions géographiques , les habitudes , tout concourrait à les entraîner dans le même cercle de faits. Aussi, la prise de la ville assura immédiatement notre domination sur un territoire assez étendu autour de Constantine. Des ordres intelligents prescrivirent la conservation des registres et des archives de l’ancien beylik ; on releva avec soin le sommier des immeubles appartenant à l’État et la liste des propriétés publiques de
toutes espèces ; beaucoup de familles un-
{tortantes demandèrent à rentrer dans eurs maisons. Enfin , pour la première fois en Afrique, après uneconquête, nous ne vîmes pas le vide se faire autour de nous et les populations fuir notre autorité.
Les institutions municipales de la ville furent conservées; mais on créa un conseil composé de fonctionnaires français et de notables indigènes pour diriger et surveiller l’ensemble des affaires. L’autorité publique fut confiée, tant pour la ville que pour les tribus, au fils du Cheikh-el-Islam , ou chef de la religion , avec l’espoir que le nom vénéré et la haute renommée de piété de ce personnage nous aideraient à calmer l’agitation inévitable qui suit toujours un changement de régime. Pouvions-nous donner un meilleur témoignage de notre respect pour les traditions et pour la religion des vaincus? On forma un bataillon indigène avec les soldats qui avaient composé les troupes régulières d’Ahmed- Bey. Placés sous le commandement d’officiers français, ces indigènes, dont le plus grand nombre avaient leur famille dans Constantine, rendirent des services incontestables. Le gouvernement se préoccupa aussi , dès l'origine de l’occupation , de la nécessité de créer une voie de communication plus courte entre Constantine et la mer. Bône était situé à plus de dix-sept myriamètres de cette place; tandis que la rade de Stora n’en était éloignée que d’un peu plus de sept myriamètres. Après les premières excursions faites dans le pays, sans rencontrer nulle part une résistance sérieuse, le général Négrier, qui venait de succéder au colonel Bernelle, avait, à la fin de janvier 1837, recueilli la soumission de plus de cent tribus.
Au mois de mars la petite ville de Milah, située à quarante kilomètres au nordest de Constantine , fut occupée dans le but de surveiller les populations habiles des montagnes, et de préparer les relations qui pourraient être nouées plus tard", soit vers le nord en allant à Djidjeli, soit vers l’est , dans la direction de Sétif. Dans le courant d’avril le général Négrier poussa une reconnaissance jusqu’à Stora , et on commença dès lors à travailler à cette route en établissant
sur l’Oued-Sinendou un camp qui devait servir de premier gîte d’étape. Une colonne mobile parcourut les cercles de Bône, de Guelma et de Medjez-el-Ahmar, pour appuyer l’autorité des chefs investis par nous et pour recueillir les impôts. Comme on le voit, nous étions entrés dans une voie toute nouvelle à l’égard des indigènes. Jusque alors on s’était contentéde les dominer en évitant, avec un soin peut-être trop timide, de faire peser sur eux les charges ordinaires du commandement; maintenant on commençait des tentatives pour les organiser et les administrer. A cette époque la garnison de la Cal le fut renforcée, et les bateaux employés à la pêche du corail vinrent en grand nombre fréquenter ce port. L’occupation et la politique prenaient pour la première fois un caractère de fixité, d’esprit de suite et de prévision qui annonçait qu’un gouvernement allait enfin se fonder pour le pays.
Mouvements d’Abd-el-Kadek. — Dans les provinces d’Oran et d’Alger la guerre avait cessé par suite du traité de la Tafna. L’exécution de cette convention avait suscité de nombreuses difficultés. Aucunes des contributions stipulées n’avaient été acquittées par l’émir, malgré les vives et instantes réclamations du général Bugeaud, qui avait quitté Orau au mois de décembre 1837 sans avoir' pu obtenir un acte décisif pour l’observation de ces charges. Abdel-Kader avait envoyé un oukil ou représentant à Oran, et avait reçu un agent français à Mascara ; mais il n’avait pas encore nommé des commissaires pour procéder à la délimitation du territoire, quoiqu’il se fût engagé à avoir lui-même une entrevue à ce sujet avec les autorités françaises au mois d’octobre 1837. La question des limites était très-importante; Abd-el-Kader exploitait l’obscurité du texte, pour s’étendre dans l’est, et éludait sans cesse nos propositions de règlement. Au mois de décembre 1837 il avait placé son camp dans le voisinage de Hamza, où il avait reçu la soumission de toutes les tribus de ces contrées.
Bientôt le gouverneur général apprit qu’un chef appartenant a une des plus grandes familles de la Medjana s’était mis en relation avec l’émir, et avait été investi par lui du titre de lihalifa (lieu*
L’UNIVERS
tenant) pour toute la partie orientale de la province de Constantine.
Les progrès d’Abd-el-Kader, l’ascendant qu’il prenait sur les populations indigènes, jetèrent l’alarme jusqu’aux extrémités de la Métidja; et le maréchal Valée se vit dans l’obligation , pour rassurer les esprits , d’établir un camp de deux mille cinq cents hommes sur le haut Khamis. Sur ces entrefaites , nous vîmes arriver à nous les débris de la tribu des Ouled Zeitoun, que l’émir venait de surprendre et de massacrer, sous prétexte qu’ils avaient méconnu son autorité. En même temps il institua un kaïd pour le Sebaou, pays situé entre l’Oued-Khadhara et les montagnes. Ces deux actes constituaient une violation flagrante du traité de la Tafna. Ils déterminèrent de la part du gouverneur général des protestations si énergiques, qu’Abd-el-Kader consentit enfin à désigner un agent pour discuter les bases de la convention interprétative de l’article 2 du traité du 30 mai 1837. Mouloud ben Arach, qui s’était rendu à Paris pour offrir au roi des présents envoyés par son maître, fut chargé des négociations. A son retour à Alger, il signa, le 4 juillet 1838, en vertu des pouvoirs dont il était investi, une convention complémentaire et modificative de trois articles du premier traité (1).
(i) Convention complementaire du traité de là Tajna, négociée avec Ben- Arach, chargé des pouvoirs d'Abd-el~Kader, le 3i juillet i838.
Article ier, relatif à l’art, a du traité :
Dans la province d’Alger, les limites du territoire que la France s’est réservé au delà de l’Oued-Khadhara sont fixées de la manière suivante : le cours de l’Oued-Khadhara jusqu’à la source ou mont Tibiarin, de ce point jusqu’à l’Isser au-dessus du pont de Ben Hini , la ligne actuelle de délimitation entre l’Outhan de Khachna et celui des Béni Djaad et au delà de l’Isser jusqu’aux Biban, la route d’Alger à Constantine, de manière que le fort de Hamza , la route royale et tout le territoire au nord et à l’est des limites indiquées restent à la France, et que la partie de Béni Djaad, de Hamza et de l’Ouennougha, au sud et à l’ouest des mêmes limites , soit administré par l’émir.
Dans la province d’Oran, la France conserve le droit de passage sur la route qui
Occupation de Koléah et de Blidah. — Nous avons un peu anticipé sur les événements pour parler de la solution donnée aux difficultés relatives au territoire. La France s’était réservé la possession directe des villes de Koléah et de Blidah; les instructions ministérielles prescrivirent au maréchal Valée d’occuper ces deux points. Ces ordres furent exécutés pour Koléah à la fin du mois de mars 1838. Un camp fut établi à côté et à l’ouest de la ville, sous le commandement du chef de bataillon Cavaignac, passé depuis son retour de Tlemsen dans l’arme de l’infanterie. L’occupation de Blidah s’effectua le 3 mai suivant. Deux camps furent formés autour delà ville pour la couvrir. Le commandement de cette position importante fut donné au colonel Duvivier. Il fut interdit aux Européens de faire dans Blidah aucune transaction ayant pour objet la transmission des propriétés , afin de ne pas provoquer l’émigration de la population indigène, et de diriger avec
conduit actuellement du territoire d’Arzeu à celui de Mostaganem; elle pourra, si elle le juge convenable, réparer et entretenir la partie de celte route, à l’est de la Macta, qui n’est pas sur le territoire de Mostaganem ; mais les réparations seront faites à ses frais et sans préjudice des droits de l’émir sur le pays.
Art. 2, relatif à l’art. 6 du traité.
L’émir, en remplacement des trente mille fanègues de blé et des trente mille fauègues d’orge qu’il aurait dû donner à la France avant le i5 janvier i838, versera chaque année, pendant dix ans, deux mille fanèques de blé et deux mille fanègues d’orge.
Ces denrées seront livrées à Oran le icr janvier de chaque année à dater de 1839. Toutefois, dans le cas où la récolte aurait été mauvaise, l’époque serait retardée.
Art. 3, remplaçant l’art. 7 du traité.
Les armes, la poudre, le soufre et le plomb dont l’émir aura besoin seront demandés par lui au gouverneur général, qui les lui fera livrer à Alger aux prix de fabrication, et sans aucune augmentation pour le transport par mer de Toulon en Afrique.
Art. 4.
Toutes les dispositions du traité du 3o mai 1837 qui ne sont pas modifiées par la présente convention continueront à recevoir pleine et entière exécution, tant dans l’est que dans l’ouest.
plus de prudence et de circonspection les rapports avec les tribus voisines soumises au commandement de l’émir.
Celui-ci était alors engagé dans une guerre lointaine et difficile contre le marabout Tedjini , chef de la ville d’Aïn-Madhy dans le Sahara. Le siège traîna en longueur, et suspendit momentanément toutes les relations diplomatiques au sujet de la convention complémentaire. Dès cette époque, par cette entreprise, en apparence si excentrique, Abd-el-Kader trahissait la préoccupation de se créer dans le sud un pouvoir bien assis , afin d’y trouver un refuge et des secours dans le cas ou les chances de la guerre lui seraient défavorables. On était en paix; mais chacun se préparait aune rupture pour un temps plus ou moins éloigné.
Organisation administrative