VÉGÉTATION
La végétation a une très-grande vigueur dans toutes les parties de la régence d’Alger que nous avons visitées, surtout dans les plaines immédiatement au pied des montagnes , et dans le fond des vallées , où de petits ruisseaux et des sources abondantes viennent ajouter leur influence bienfaisante à celle d’une température chaude, sans être trop élevee: dans les pays cultivés, on voit des vignes , des vergers et des jardins remplis de plantes et d’arbres magnifiques ; là où le terrain est inculte , il est couvert de fortes broussailles au milieu desquelles ondistinguedes myrtes, des grenadiers, des orangers , bien plus beaux que ceux ue nous cultivons avec tant de soins ans nos jardins d’Europe.
A la fin de l’hiver, la surface des plaines et les flancs des montagnes, dépourvus de broussailles, et qui n’ont point été ensemencés, se couvrent d’herbe qui s’élève souvent jusqu’à cinq pieds de hauteur, et qui, étant fauchée, donne un excellent min.
Les plantes et les arbres qui croissent entre le petit Atlas et la mer, sont les mêmes que sur tout le littoral de la Méditerranée (Syrie, Italie,
Provence, Espagne, etc.) : avec le cactus opuntia , Y agave americana, le dattier, etc., se trouvent mélangés nos arbres et nos plantes , les pommiers , les poiriers , les mûriers , les noyers , les pins, les bouleaux, les peupliers, etc. Nous avons trouvé aux environs d’Alger le fumaria officinalis , le senecio vidgaris , le barago officinalis , le solanum nigrum, le salix alba, etc.
La végétation du petit Atlas , ainsi que celle des collines et des plaines comprises entre cette chaîne et le grand Atlas , est à peu près la même que celle de notre Provence ; les bois sont peuplés de chênes verts , de lièges et de quelques pins; les broussailles se composent de lentisques, d’arbousiers , de genêts épineux , etc.
La vigne croît partout jusqu’à 1000 mètres d’élévation au-dessus de la mer ; nous en avons même trouvé jusque près de la crête sur le versant sud du petit Atlas, à 1500 mètres d’élévation.
Cette plante est partout d’une trèsbelle venue, et donne une grande quantité de raisins excellents. Dans la plupart des jardins d’Alger, il existait des treilles magnifiques qui ont été détruites par nos soldats. Mais c’est à Oran, dans la cour de la nouvelle Kasba , qu’il en existe une des plus belles que l’on puisse voir. C’est un seul pied de vigne, planté à côté d’une fontaine; son diamètre est de 8 pouces 6 lignes ; les branches forment une treille qui couvre un espace de 45 pieds de long sur 25 de large ; j’y ai compté mille grappes de raisins , dont chacune pesait plus de deux livres.
Les Algériens ne s’adonnent point à la culture de la vigne pour faire du vin , car leur religion leur défend d’en boire; mais ils aiment beaucoup les raisins, et s’en servent pour faire des confitures et une espèce de vin cuit fort épais, très-estimé parmi eux.
L’olivier croît très-bien dans toutes les contrées du territoire algérien , on en trouve de belles forêts dans l’intérieur des plaines et sur les flancs des montagnes. Les arbres sont aussi gros que nos chênes ordinaires; mais comme ils ne sont pas greffés , ils ne donnent
ALGER
que de très-petites olives que les habitants ne récoltent point, et qui deviennent la pâture des oiseaux. Dans les pays où l’olivier est cultivé, comme par exemple dans l’intérieur du petit Atlas , il produit de très-beaux fruits dont les naturels ne tirent qu’une mauvaise huile , parce qu’ils ne savent pas la fabriquer.
Les Algériens n’élevant point de vers à soie, ne cultivent pas le mûrier ; mais on en rencontre quelques pieds dans les jardins , dont la belle venue prouve que le sol lui convient autant que celui de la Provence , où on en tire un si grand parti.
Le plus bel arbre de la Barbarie, celui qui donne les meilleurs fruits et en plus grande quantité, est l’oranger;
11 croît naturellement sur les collines du littoral , dans les plaines et le fônd des vallées du petit Atlas ; sa taille est aussi élevée que celle de l’olivier, mais son branchage, en forme de boule, est un peu moins étendu. On le cultive dans les jardins et aussi dans de superbes vergers qui entourent souvent les villes et les villages. Cet arbre est toujours vert, et toujours il porte des fleurs qui répandent le plus agréable parfum , des fruits verts et des fruits mûrs , dont la couleur d’or, se détachant sur un fond vert , produit un effet magique ; en contemplant ces vergers d’orangers, on croirait voir le jardin des Hespérides.
Le dattier est commun dans toute la contrée située au nord du petit Atlas , et il y prospère même assez bien , mais les dattes qu’il produit sont tilleuses. Les bonnes dattes que l’on mange à Alger et dans les autres villes maritimes , viennent des conlins du désert, d’où les Berbères les apportent à dos de chameaux.
Depuis le mois de juin jusque dans les premiers jours de novembre , le figuier de Barbarie {cactus opuntia), qui compose de fortes haies élevées de
12 à 15 pieds autour des maisons et des champs , est couvert d’une grande quantité de fruits, qui forment la majeure partie de la nourriture des habitants pendant tout l’été. Ces fruits sont fort agréables, mais occasionnent
souvent des dyssenteries violentes.
'Le jujubier et V arbousier, qui existent à l’état sauvage et que l’on cultive aussi dans les vergers, produisent abondamment d’excellents fruits. Mais soit qu’on les cultive mal , ou que la chaleur soit trop considérable, les poiriers , les pommiers , les pêchers et les pruniers donnent peu, et leurs fruits sont toujours mauvais. L’abricotier est celui de nos arbres d’Europe qui prospère le mieux , mais ses fruits sont très - dangereux ; ils occasionnent presque toujours la fièvre.
Le blé et Y orge sont les céréales que l’on trouve le plus communément dans les champs cultivés çar les Maures , les Arabes et les Berberes. Us .viennent fort bien ; mais comme la terre dans laquelle on les sème est toujours mal préparée , les chaumes sont clairs , et le champ ne rend pas la moitié de ce qu’il pourrait rendre. On m’a cependant assuré que, dans les années médiocres , on recueillait huit pour un et jusqu’à douze dans les bonnes. Les Arabes cultivateurs et les Berbères sèment , pour engraisser la volaille , une espèce de millet blanc appelé par eux drak, qu’ils mangent aussi euxmêmes , apres l’avoir émondé sous une pierre et fait cuire comme du riz.
Le riz est cultivé dans plusieurs plaines traversées par de petits ruisseaux , dont on se sert avec beaucoup d’art pour arroser les rizières.
Tous les peuples qui habitent la régence d’Alger aiment beaucoup les pommes de terre, et en sèment une grande quantité; mais elles ne viennent pas très-bien et ne sont jamais aussi bonnes que dans nos contrées : les plus fortes sont grosses comme un œuf ordinaire et les autres comme une noix ; on en fait ordinairement deux récoltes par an, l’une au mois de juin et l’autre au mois de décembre.