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MARMARIQUE

La plage qui s’étend à l’est de la Cyrénaïque jusqu’à Alexandrie a reçu le nom de Marmarique (B).

(1) Pacho, p. 84.

(2) Lucan., Pharsal., IV, vers 5go.

Inde petit tumulos, exesasque undique rupes

Antluei quæ régna vocat nonvanavetustas.

(3) Les auteurs ne s’accordent pas entre eux sur les limites qu’il faut donner à la Marmariq ue et à la Cyrénaïque. Ainsi, Scylax place les Marmarides entre le bourg Apis et les Hespérides; Pline , entre Parœtonium et la grande Syrte, et Strabon leur fait occuper tout le

L’UNIVERS

Le sol de la Marmarique est beaucoup moins fertile que celui de la Cyrénaïque : la terre n’y produit qu’une fois dans l’année , et le moment des récoltes passé tout reprend l’aspect du désert : les troupeaux se réfugient dans l’ombre des vallées , et un petit nombre de plantes échappent à l’ardeur destructive du soleil. Les habitants languissent dans leurs tentes, et trompent leurs ennuis par des récits fabuleux.

Dans toute l’étendue du littoral, plus bas que celui de la Cyrénaïque , le voyageur rencontre, de distance en distance, des puits ou citernes, dont les uns sont l’ouvrage des Grecs et des Romains , et les autres celui des Arabes. Ces citernes sont un véritable bienfait dans cette région peu favorisée du ciel. Leur construction varie suivant la nature du sol : elles sont ou taillées dans le roc, ou revêtues d’assises régulières, ou simplement étayées par des pierres brutes.

Celles des Grecs ou des Romains se reconnaissent à leurs grandes dimensions ainsi qu’à la perfection du travail ; elles sont toutes revêtues d’un ciment ordinairement plus dur que la roche même sur laquelle il est appliqué; elles sont quelquefois divisées en plusieurs pièces , et le plus souvent soutenus par un ou plusieurs piliers, ou taillés dans le roc ; leurs ouvertures sont rondes , elliptiques ou carrées. Les citernes qui paraissent être l’ouvrage des Arabes sont d’un travail plus grossier, dépourvues de ciment et de piliers de soutien.

En longeant le golfe de Bomba , de l’ouest à l’est, on voit d’abord l’île de Bomba , puis celle d’ Aïn-el-Ghazal , YÆdonia des anciens. Nous avons déjà dit que la première est la Ptatæa des anciens. Scylax ne laisse pas le moindre doute à cet égard. « Entre Petras Par-

pays compris entre la partie méridionale de Cyrène, l’Égypte et l’oasis d’Ammon. Ptolémée donne le nom de Marmarique à la contrée située entre le nome Libyque et la ville de Darnis. Agathémère fait commencer la Marmarique à la Pentapole et l’étend jusqu’à Alexandrie. — Les limites de la Cyrénaïque sont encore plus incertaines; selon Strabon , Pomponius Mêla et Solin, elle occupe tout l’espace compris entre le Catabathmus , les autels des Philènes et l’oasis d'Ammon.

v us, dit-il, et la Chersonèse, distante d’une journée de navigation , sont les îles Ædonia et Platæa , ayant chacune un port (1). » Il y a en effet une journée de navigation , ou douze lieues de distance , entre lès ruines situées près de Magharat-el-Heabès , qui correspondent à Petras Parvus , et Ras-el-Tyn , l’ancienne Chersonèse.

A L’extrémité orientale du golfe de Bomba est une petite baie, environnée de lagunes et de plantes marines , séjour d’une quantité prodigieuse de grenouilles. C’est ce qui lui valut déjà dans l’antiquité le nom de port Batrachus (grenouille). Une belle source d’eau sulfureuse ( Aïn-el-Ghazal ) se jette dans ce port; ses eaux ne sont potables que dans les calmes.

A Magharat-el-Heabès (grottes des prisons ), on voit des hypogées remarquables par leur style gréco-égyptien. Devant leur entrée on voit ordinairement une cour découverte, ceinte d’un mur dont la base est taillée dans le roc , et la partie supérieure construite en assises. Intérieurement elles sont subdivisées en plusieurs pièces à angle droit , mais avec une ou plusieurs ouvertures pratiquées au plafond , ainsi qu’aux catacombes des Égyptiens. Devant la plus belle de ces cavernes croît un alizier ( Cratxgus mona, L. ), le seul que Pacho ait vu dans toute la Marmarique. C’est là probablement les grottes du mont Bombæa, dont parle Synésius ( Epist. 104 ), et qui servirent de refuge à saint Jean.

Avant d’arriver à Toubrouk on traverse les ruines d’un petit bourg nommé Klekah. On y voit quatre massifs en briques crues, qui paraissent être les restes de quatre tours carrées. Toubrouk est situé sur une hauteur qui se rattache à une chaîne de collines. Entre cette chaîne et la mer est une bande de terre d’une demi-lieue de largeur, sablonneuse et couverte de soudes et d’euphorbes ; elle conserve à peu près cette distance depuis Akabah jusqu’à Toubrouk, et devient ensuite plus spacieuse jusqu’au golfe de Bomba. Les puits qu’on y rencontre engagent les voyageurs à préférer en été cette route à celle des hauteurs qui la dominent. D’après les distances indi-

(i) Scylax, Peripl. p. 45 édit. Voss.

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quées dans le Périple de Scylax , Toubrouk correspond au poste" maritime Antipyrgus. Les principales ruines qu’on y voit sont sur le prolongement rocailleux de la côte qui forme le port et le préserve de tous les 'vents , excepté de celui d’est.

La portion du littoral dans laquelle on entre en quittant Toubrouk s’appelle Dar-Fayal ; elle se continue avec la vallée de Daphneh ( Ouadi Daphneh). Sur le sommet d’une colline on aperçoit Kassr-Covmbouss , débris d’édifices qui paraissent avoir -appartenu à des époques très-différentes. A sept lieues plus loin on voit Kassr-Djédid, masure informe, mélange de fragments tant antiques que modernes.

La vallée fertile de Daphneh, qui doit son nom à des bouquets de laurier-rose, ( Nerium oleander , Lin.), ne contient pas de restes de monuments remarquables.

La végétation y est assez active, surtout dans les ravins. Des vestiges de canaux d’irrigation y sillonnent le sol en tous sens, et attestent la présence d’une population jadis industrieuse. Aux environs du cap el-Mel/ah ( Ardanaxès des anciens ) devait , suivant les distances indiquées par Strabon ( lib. XVII), se trouver le port de Ménélas, où Agésilas vint terminer sa glorieuse carrière (1). La vallée Daphneh aboutit à la plaine Zarali, d’où l’on aperçoit un port spacieux , que les Arabes appellent Marsah-Soloum , probablement celui de Panormus , que Ptolémée indique comme la limite du nome libyque, en le plaçant à l’ouest de la vallée du Catabalhmùs. A l’extrémité orientale delà plaine Zarah on rencontre plusieurs puits creusés avec soin dans le roc, à une très-grande profondeur; ces puits sont garnis à leurs bords de petits bassins également taillés dans le roc, mais d’une origine plus moderne.

De Biar-Zemleh on monte le plateau ou montagne d ' Akabah-el-Kébir ( le grand Akabah ) , beaucoup moins élevé du côté occidental et d’une pente plus

(i) « Pendant le retour dans sa patrie, en passant par Cyrène, Agésilas mourut; son corps fut embaumé avec du miel , et fut transporté à Sparte, où il reçut des funérailles royales. « Diodore de Sicile , XY, 93. (Tome III, p. 88, de ma traduction.)

douce qu’à l’est. Cette montagne s’élève par ondulation, par hauteur progressive; dans quelques* points cependant elle présente des flancs escarpés, que le chameau gravit avec peine. La roche est un calcaire coquiller, compacte, entremêlé de masses de grès ; des bouquets de lentisques et de genêts en remplissent çà et là les crevasses. Suivant Pacho, le Djebel-el-Akabah a environ trois cents mètres d’élévation; cette chaîne commence immédiatement aux bords de la mer, d’où elle se dirige au sud-sud-est, pour aller joindre les hauteursqui côtoient l’oasis d’Ammon. Au sommet s’étend un plateau de treize heures d’étendue du sud-est au nord-ouest, occupé par des Arabes cultivateurs et pasteurs. — U Akabah-el-Kébir est séparé de ÏAkabah-el-Zoghaïr ( petit Akabah ) par une vallée, l’Akabah-el-Kébir-el-Soloum , d’une lieue de large, qui vient aboutir dans une espèce de golfe, à l’ouest du cap Halem. Les eaux qui s’écoulent des montagnes y entretiennent une végétation abondante, qui attire de nombreux camps d’Arabes. Cette vallée, le Catabathmus magnus des anciens , formait du temps des Romains la limite entre l’Asie et l’Afrique; aujourd’hui elle sépare les États de Tripoli de ceux d’Égypte. Mais cette délimitation de la régence de Tripoli et du vice-royaume d’Êgypte est très-vague ; car la suzeraineté des deux pachas dans les déserts est plutôt nominale que réelle. L’Akabah-el-Kébir-el-Soloum , territoire en quelque sorte neutre entre deux États souvent en guerre, fut de temps immémorial l’asile de tous les transfuges des tribus environnantes. Ce fut là que le général Minutoli vit échouer ses projets, sous le prétexte que lui et les siens étaient des espions.

Après avoir franchi cette vallée, on aperçoit les murs de Kassr-Ladjebah , ancienne forteresse sarrasine, qui par sa situation à quatre heures des plus hautes montagnes de la Marmarique, et à une égale distance de la mer, devait en même temps défendre le littoral et protéger l’intérieur des terres contre une invasion venant de l’ouest. Les murs, assez bien conservés, sont construits en belles assises , mais dépourvus de tout ornement d’architecture; deux tours

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carrées sont aux angles du côté ouest ; intérieurement est un puits, et l’on voit des escaliers pratiqués dans l’épaisseur des murs pour arriver au sommet. A quelque distance de là est une citerne dont l’eau est excellente.

Le sol de Y Akabah-el-Zoghaïer (petite descente ) est moins élevé et plus stérile que celui de l’Akabah-el-Kébir; c’est un mélange d’argile'et de sable ferrugineux, formant après les grandes pluies un chemin très-glissant et presque impraticable pour les chameaux. A chaque instant s’offrent des traces d’anciennes habitations, des citernes à sec ou à demi écroulées. Cette disposition du terrain continue à être la même durant seize heures de marche, depuis Chammès jusqu’à Marsah-Lebéi. Chammès est un château sarrasin , cité par Édrisi sous le nom de tour Alschemmas. Les murs, très-grossièrement construits, conservent encore toute leur hauteur; intérieurement, il est divisé en trois pièces; deux canons de fer sont à demi enfouis parmi les décombres.

Boun-Adjoubah paraît occuper l’emplacement de l’ancien bourg Apis, qui, suivant Scylax, était la limite de l’Égypte. Cette position correspond , en effet, à la distance d’Apis au port Parætonium, aujourd’hui Berek-Marsah. Des débris de deux édifices, Kassr-Bou-Souety et Kassr-Medjah, entourent la vallée au sud de Berek-Marsah. Depuis cet endroit jusqu’à Alexandrie on ne rencontre plus le palmier. Kassr-Bou-Souety doit son nom à un cheik arabe qui a longtemps résidé dans ces lieux : par le secours des puits il faisait cultiver le pays et soignait les palmiers et les figuiers, qu’on y voit en grand nombre. Le nom de Parætonium ( Ammonia de quelques auteurs , Baretoun d’Ali-Ghaouy ) rappelle bien des souvenirs historiques.

Cette ville ne devait sans doute sa célébrité qu’à son port, bien abrité par une ligne de gros rochers, et dont la circonférence, au rapport de Strabon, était de quarante stades; c’était la capitale du nome libyque; elle servit de refuge à Cléopâtre et Antoine, et fut le point de départ d’Alexandre pour se rendre au temple deJupiter Ammon. Il ne se trouve plus de la ville de Parætonium que de bien faibles vestiges; un grand mur d’en¬

ceinte, contenant des débris d’une belle époque, servit longtemps de forteresse, alors que les Aoulâd-Aly régnaient en souverains dans la contrée. Ce mur est aujourd’hui en partie enfoui par les sables , qui ont aussi rétréci le port, autrefois très-spacieux. Avant le règne de Méhémet-Ali, Marsah-Berek était un des ports les plus fréquentés de la côte : les caravanes de Syouah et d’Audjelah y apportaient leurs dattes, et les habitants les plus éloignés de la Marmarique y venaient échanger leurs laines et leurs grains contre les ihrams et les tarbouches de Derne et de Tripoli. Le pacha d’Égypte attira à sa cour les principaux cheiks des Aoulad-Aly, et confisqua le commerce de Marsah-Berek au profit d’Alexandrie et de Dammanhour.

A l’est de Marsah-Berek est le port Mahadah , près duquel on trouve des ruines qui ont de l’analogie avec les tombeaux de la Cyrénaïque; on leur donne le nom de Kassaba-Zarghah - Baharich; c’est peut-être remplacement de l’ancienne Zijgis ou Gyzis. On voit sur quelques pierres des traces de caractères qui n’appartiennent à aucun alphabet connu ; c’est probablement de simples signes de reconnaissance pour les différentes tribus nomades. On en trouve d'ailleurs sur d’autres édifices de la Marmarique, ainsi que sur les rochers des environs de Syouah et d’Audjelah.

A deux heures de marche au midi de Zarghah-Baharich on trouve un autre monument en ruines, appelé Zarghahel-Ghuhlieh , et qu’on voit de très-loin. Ce monument est un carré régulier, dont chaque côté a sept mètres quatre décimètres de long sur quatre mètres un décimètre de haut. Ses murs ont à l'extérieur un soubassement massif, surmonté par deux colonnes engagées et des pilastres. Le côté sud offre un encadrement en relief, qui représente une porte ; mais l’entrée n’est réellement pratiquée qu’au plafond par une ouverture carrée d’un mètre quatre décimètres. La partie supérieure manque : elle devait être couronnée par des frises, dont on aperçoit encore les fragments dispersés aux alentours. L’intérieur est vide; depuis le sommet jusqu’à la base les assises s’écartent successivement, et lui donnent une forme oblique. Pacho suppose que

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cet édifice , dans lequel il trouva quelques débris d'ossements, fut un tombeau elevé sous le règne des Ptolémées (1).

Ces ruines sont situées dans la vallée ( Ouadi ) Thaoun, qui envoie des ramifications de collines, les unes fertiles, les autres rocailleuses, depuis les bords de la mer jusqu’à Bir-Thaoun. De là on gravit une chaîne de collines , nommée Mekdar-el-Medah , dont la direction générale est du nord-ouest au sud-est.

Cette chaîne se rattache aux collines de l 'Akabah-el-Zogliaïer, qui , s’avançant dans la mer, forment le cap Kanaïs, probablement YHermæa extrema de Ptolémée; au rapport des Arabes, elles se prolongent par mamelons jusqu’à l’oasis Gharah , en décrivant une légère inclinaison à l’ouest (2). Ces collines, à environ cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer, constituent pour ainsi dire le premier gradin des hauteurs qui s’élèvent progressivement jusqu’aux montagnes de la Pentapole.

Le Leucé Acte (rivage blanc) des anciens correspond aux environs du cap Kanaïs ; mais , suivant Scylax , il conviendrait davantage à la situation à! El- Beyf (3). Au reste, depuis la grande Akabah jusqu’à Abousir, près d’Alexandrie, le bord de la mer est formé par une digue de sables blanchâtres. Les ruines d ' Assconback , de Ghepheïrah , de Dj animer neh , et de Benaëh-bou-Selim n’offrent rien de remarquable ; ce sont toujours des fragments de murs qui font supposer que c’étaient les restes d’anciens postes militaires, destinés à protéger les villes ou les bourgs de quelque impor-

(i) Pacho , Voyage dans la Marmarique,

(a) Le nom d ' Akabah- el- Z oghaïer (petite descente ) rappelle le Catabathmus parvus des anciens. Ce mot, qui signifie aussi petite descente était appliqué (ainsi que celui de Catabathmus magnus) tout à la fois à un bourg et à la vallée qu’il dominait.

(3) Le promontoire El-Heyf paraît être le Deris des anciens. Quant à la Roche-Noire, que Strabon indique près de Deris , on pourrait au besoin la retrouver dans les écueils qui entourent El-Heyf. Les nombreux vestiges d’habitations que l’on voit à l’ouest de ce promontoire, et à quelque distance de la mer, rappellent les petits bourgs xAntiphrœ, mentionnés par le même géographe.

tance contre les incursions de l’ennemi.

Les habitants donnent le nom de Mak taernai à un plateau en grès , où l’on voit environ deux cents ouvertures pratiquées dans la roche , qui servent d’entrée à des grottes, et distantes entre elles de trois ou quatre pas. Sur leurs bords sont entassés des blocs de pierres brutes que l’on a extraits du sein du plateau pour former ces excavations ; à en juger d’après leur aspect fruste, ils d'oivent être là depuis une époque très-reculée. La contrée où sont le plateau de Maktaernaï et les ruines dont nous venons d’indiquer le nom s’appelle Djebel-Kourmah ; c’ est une région assez stérile , occupée pendant une partie de l’année par des camps d’Arabes nomades ; à l’est elle est limitée par YOuadi- Mariout, espèce de vallon ou de plaine basse qui avoisine le lac Mariout ou Maréotis.

A Dresieh on voit les ruines d’une ancienne ville , située à peu de distance de la mer (1). Parmi les ruines on ;ne trouve de remarquable que des souterrains voûtés en ogive, revêtus d’une couche de plâtre et subdivisés en plusieurs pièces, débris d’un château sarrasin.

Ces souterrains servent d’asile aux voyageurs dans la saison rigoureuse, et les Arabes des environs y déposent, pendant l’été , une partie de leurs récoltes. Près de Dresieh est un lac d’eau salée, qui s’étend sur un espace de deux heures, en suivant les bords de la mer, dont il n’est séparé que par une digue de sable.

A quelque distance de Dresieh, au sud-est, dans l’intérieur des terres, sont les ruines d’un monument , appelé Kas sabah-el-Chammameh ( palais des chandeliers). C’était un édifice carré, dont il ne reste plus que l’angle oriental; sur une de ses faces extérieures le mur forme trois rentrées prises dans son épaisseur; elles dessinent une porte , aux côtés de laquelle sont deux colonnes engagées , ornées de chapiteaux à fleur de lotus , imitation grossière du style égyptien.

Ce monument, dont les détails architectoniques offrent de petites proportions,

(i) Le nom de Dresieh rappelle le promontoire Deris de Strabon; mais la situation de Dresieh dans un golfe ne convient pas à un promontoire (Pacho).

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était construit en grandes assises de rès, posées sans ciment; l’épaisseur es murs était monolithe. A tous ces caractères on reconnaît la date des monuments lagidéens , dont on voit le plus remarquable à Abousir.

A quatre heures et demie de marche, au nord-est de Kassabah-el Chammameh, on rencontre les ruines de Lamaïd, château sarrasin , situé sur le bord de la mer. Trompé par les premiers mots d’une inscription arabe (1),M. Scholz (Reisein dieGegend zwischen Alexandrien und Parætonium, p. 52) a pris Lamaïd pour une mosquée en ruines.

Le Kassr-Lamaïd est divisé en deux étages ; il forme un grand carré , dont chaque côté est flanqué d’une tour également à angles droits : celle du sud donne entrée au château par une porte dont les montants et le linteau sont en grosses masses de granit rose. Ainsi que les châteaux forts du moyen âge, celui de Lamaïd avait une seconde porte de clôture, immense dalle qu’on soulevait par des chaînes en fer, à travers une coulisse pratiquée au-dessus de l’entrée du château. Sur la façade étaient deux lions en ronde bosse, posés sur une corniche ornée d’arabesques; on n’en voit plus que les restes défigurés (2).

Les ruines d ' Abdermain et El- Hammam n’offrent rien de remarquable. A douze heures de marche, au sud-est de El-Hammam est le Kassr- Ghettadjiah ; c’est une petite mosquée isolée dans les sables, et construite avec les débris d’un ancien monument; deux colonnes, l’une de porphyre bleu, l’autre de syénite , sont renversées au milieu de l’enceinte; au dehors on voit

(i) Voici la traduction de cette inscription arabe, sculptée en relief sur une frise en forme d’ogive, et ornée d’arabesques d’un travail très-soigné : « Au nom de Dieu clément et miséricordieux, la construction de ce château a été ordonnée par le fortuné seigneur, le sultan très-grand , le roi éminent , roi des Arabes , maître souverain des nations, colonné du monde et de la religion, père de la victoire, Bibars, partisan du prince des fidèles (que Dieu glorifie son ouvrage), et exécutée par le pauvre serviteur, sur qui soit la miséricorde divine, Ahmed el Taber, el-Iaghmouri. »> (Traduction de A. Jaubert. )

(a) Voyez Pacho , p. i a .

quelques tronçons decolonnes calcaires- La situation tfe Ghettadjiah, au milieu des sables , prouve un empiétement du désert sur la terre cultivable. Cet empiétement est favorisé par la nudité du pays , jadis couvert d’arbres, et par l’absence de collines assez élevées pour opposer une barrière à l’invasion des sables.

De Ghettadjiah à Abousir on rencontre des ruines d’anciens bourgs et une végétation appauvrie. Les ruines de Boumnah n’offrent de remarquable qu’une pièce cintrée, ornée de deux colonnes. Abousir, l’ancienne Taposiris, fait partie delà vallée Maréotide ( Ouadi Mariout) , canton réputé autrefois par ses vignobles, et dont le territoire, au temps de Macrizi, était couvert de jardins et de maisons qui se prolongeaient jusqu’à la province de Barkah. Parmi les ruines d’Abousir, les plus apparentes et les plus considérables sont celles d’un temple situé sur une hauteur à peu de distance des bords de la mer. Ses murs , disposés en talus, à la manière égyptienne, et construits en pierres de taille , forment un carré dont chaque côté a quatre-vingts mètres. La partie supérieure manque; mais au côté oriental est un grand pylône quadrangulaire , engagé dans l’enceinte générale du temple, dont il suit aussi le même degré d’inclinaison. Ce pylône contient intérieurement deux petites pièces latérales à la porte d’entrée , et sa face extérieure offre une analogie frappante avec les monuments de l’ancienne Égypte. Cependant les petites dimensions des pierres qui forment ses assises, l’absence de tout symbole hiéroglyphique; enfin l’aspect général de ce monument indiquent une origine grecque : sa construction paraît remonter à l’époque des Ptolémées. Près des ruines de ce temple sont les restes d’un autre édifice connu sous le nom de Tour des Arabes : il figure en effet une tour posée sur un grand socle quadrangulaire, et divisée en deux étages, dont l’inférieur est octogone , et le supérieur rond et plus rétréci. A la partie sud du rocher sur lequel elle est bâtie on voit une grotte funéraire , divisée en deux pièces , où l’on remarque trois niches larges et peu profondes ; le tout est d’un travail

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peu soigné. Ce monument paraît avoir servi de phare aux navires qui s’approchaient de cette côte dangereuse. Les ruines deTaposiris, à une petite distance de la mer, sont en partie situées sur le revers méridional d’un colline, percée de quelques cavernes sépulcrales; une digue , allant de l’est à l’ouest , fut construite au sud de la ville, peut-être pour

f préserver ce côté des inondations du ac Maréotis. Parmi les monceaux de pierres on remarque les fondements d’une construction subdivisée en plusieurs pièces et revêtue de ciment; ce sont là sans doute les vestiges des bains dont Justinien, au rapport de Procope , orna la ville de Taposiris (1). D’Abousir à Alexandrie la route suit la langue de terre qui sépare le lac Maréotis de la mer. Cette chersonèse étroite n’a qu’une lieue dans sa plus grande largeur. Dans la chaîne de collines , qui forme une digue au Maréotis, on voit d’anciennes carrières , contenant une végétation abondante : des touffes de figuiers sauvages sortent du sein de ces excavations, et on aperçoit çà et là quelques plantes marines.

Nous terminons ici notre panorama de la côte depuis Tripoli. Si nous avons dépassé les limites des États tripolitains, c’est que nous avons voulu compléter notre description de cette partie de l’Afrique en la rattachant à la topographie de l’Égypte moderne que nous avons publiée dans la collection de Y Univers pittoresque (2).

Habitants de la Marmarique.

Les Aoulad-Aly et les Harâbi sont les principales tribus qui occupent cette région , les premiers depuis Alexandrie jusqu’à Marsah-Soloum, et les derniers jusqu’aux environs de Dernah. Cette population s’élève, selon Pacho, environ à 38,000 âmes, dont la moitié seulement est armée.

Les Aoulad-Aly appartiennent aujourd'hui à la domination de Méhémet-Aly.

Leur bravoure les rendait autrefois redoutables à tous leurs voisins. Ils profitaient du moindre trouble qui survenait

(i) Pacho, p. 6.

(a) L 'Égypte sous la domination de Méhémet-Aly , p. i66-2o5 (Univers pittoresque).

dans les principales villes de l’Égypte pour fondre à l’improviste sur les bazars, et disparaître aussitôt pour cacher leur butin dans des solitudes inaccessibles.

Ils occupaient presque tout le pays qui s’étend depuis l’Égypte jusqu’à la grande Syrte ; et de leurs camps innombrables, qui couvraient ce vaste littoral, se détachaient des corps de cavalerie qui se dispersaient dans les déserts du sud, pour mettre à contribution les oasis et s’emparer des caravanes d’esclaves. Mais rentrés dans leurs camps ces hommes farouches et spoliateurs devenaient généreux et hospitaliers. C’estlàdu reste un trait caractéristique qui s’applique à tous les Arabes. — Les Aoulad-Aly sont gouvernés par des cheiks qu’ils nomment eux-mêmes , et qui reçoivent du pacha d’Égypte le bournous d’investiture. Mais, loin d’être un emblème du pouvoir, ce bournous serait un objet de mépris si les suffrages de la tribu n’avaient précédé ceux du pacha. Le cheik n’exerce qu’une autorité précaire, qui est moins le résultat de la force que celui de la réputation et de l’estime dont il jouit dans la tribu. Il ne diffère en rien des simples Arabes ; aucun signe du pouvoir ne l’entoure, aucune ressource pour s’établir n’est à sa disposition ; ses trésors sont des troupeaux plus nombreux; ses gardes sont ses proches et ses enfants. Aussi, ne pouvant exercer l’autorité par la violence , il l’obtient par la libéralité et la douceur.

Les Aoulad-Aly sont d’une taille médiocre, mais bien proportionnés ; leur figure basanée, maigre, est généralement régulière : l’œil noir et vif, le nez assez grand et jamais aquilin , le front large et souvent avancé en forment les traits les plus constants. Leur barbe peu fournie, courte et dégarnie latéralement, se termine en pointe au menton; elle blanchit de bonne heure, ce qui occasionne la surprise d’un Européen en voyant l’emblème de la caducité contraster avec des yeux pleins de feu et avec toutes les apparences de la force et de l’agilité. Le costume des Aoulad- Aly est le même que celui des autres Arabes du désert libyque. Un bonnet de drap rouge ( tarboueh ) ou de feutre blanc ( takieh ) couvre leur tête; les cheiks ornent quelquefois ce bonnet

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d’un châle, mais ils affectent de le coiffer différemment des Osmanlis. Les plus riches chaussent des boulhnas, souliers jaunes que l’on fabrique dans les villes de la Barbarie. Un ample caleçon de toile, nommé lebas, noué à la ceinture, leur descend jusqu’aux jarrets ; ils revêtent ordinairement par-dessus une chemise bien plus ample encore, mais ils en sont quelquefois dépourvus , et le ihram la remplace. Cette dernière partie du costume bédouin en est aussi la plus indispensable comme la plus distinctive.

C’est tout simplement une pièce d’étoffe de laine, formant un parallélogramme très-allongé, que l’on revêt sans couture ni incision préalable. Mais l’Arabe du désert possède l’art de la draper avec une noblesse et une simplicité inimitables. Une des extrémités du ihram, repliée et nouée au quart de sa longueur, forme une ouverture qui donne libre passage à la tête et au bras gauche ; la partie nouée descend en replis sous ce bras , soutenu par le nœud qui vient se poser sur l’épaule droite ; le reste de la draperieestjeté négligemment sur l’autre épaule. Mais l’usage du ihram ne se borne pas à draper le corps, il supplée à lui seul tout l’attirail de nos lits. Sans autre secours que leur costume , ces Arabes trouvent leur lit partout : ils se blottissent dans leur draperie, et s’en couvrent de telle manière qu’une personne étrangère à leurs usages, en entrant la nuit dans un camp , ou s’arrêtant près d’une caravane, chercherait en vain les habitants, si un allah, ou hia akbar , ou telle autre exclamation ne décelait des hommes sous des paquets de hardes.

Les femmes portent aussi l’ihram, mais elles le mettent différera ment : une partie de la draperie contourne la tête en guise de capuchon, et le reste est assujetti autour du corps par une ceinture ordinairement en peau. Les cheveux , qu’elles laissent croître dès l’enfance , sont disposés en tresses autour du front , ou tombent flottants sur les épaules. Elles les couvrent ordinairement du medaouârah, étoffe de laine ou de coton, noire, ou bariolée de différentes couleurs. Ces Bédouines ont l’avantage de n’être point voilées par le bounah; leurs traits sont réguliers, et seraient même assez agréa¬

bles s’ils n’étaient défigurés par des tatouages de khôl et d’énormes anneaux en verre ou en argent , qui leur pendent aux oreilles et souvent même au nez. Elles ne se bornent point à charger leur figure de ces lourds ornements, elles s’en garnissent aussi les jambes et les bras. — Les femmes s’occupent seules des soins du ménage : elles dressent les tentes, y entretiennent la propreté , préparent différents laitages, et se dispersent le soir dans les environs de la demeure pour recueillir des herbes sèches et quelques plantes ligneuses, éparses dans les vallées. — Les filles sont vendues à leurs époux. Il est rare que la plus jolie des Bédouines soit évaluée au delà de deux chameaux. Les Aoulad-Aly ont souvent plüs d’une femme.

Quoique scrupuleux observateurs des préceptes du Koran, les habitants du désert n’ont pas cet esprit d’intolérance stupidement féroce que l’on ne remarque que trop souvent chez les musulmans des villes.

Les Aoulad-Aly mènent en général une vie très-oisive. Dès que la terre est ensemencée, toutes leurs occupations se bornent à garder les troupeaux et à veiller à la sûreté de la famille. Quelques-uns font des voyages en Égypte, à Syouah et à Derne ; ils portent à Alexandrie et à Damanhour la laine de leurs troupeaux, et en rapportent des ihrams, des toiles, des armes et de la poudre; ils prennent à Syouah et à Audjelah des dattes qu’ils échangent contre du beurre et des bestiaux. Comme tous les Arabes du désert, ils ne connaissent ni l’agriculture régulière ni le jardinage. C’est aux céréales, et principalement à l’orge, indispensable pour leur nourriture et celle de leurs juments, que se bornent tous les travaux agricoles. La terre n’est sillonnée qu’une fois et peu profondément par une charrue de petite dimension, souvent dépourvue de fer et faite quelquefois de roseaux. Dès que le grain est semé on le recouvre d’unelégère couche de terre; trois mois après la récolte est prête : le chanvre est coupé aux deux tiers de sa hauteur, et le champ même devient l’aire où l’on bat le grain pour le dépouiller de son enveloppe. L’Arabe du désert croirait déroger à sa noblesse , et compromettre son orgueilleuse indépen-

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dance, s’il fixait son séjour dans un lieu quelconque, pour le rendre plus fécond par des soins agricoles : ce serait imiter les mœurs du Fellah, qu’il méprise; ce serait quitter la vie errante, qu’il aime, pour la vie sédentaire , qu’il abhorre.

Les Harabi ont des mœurs et des coutumes analogues. Ils sont peut-être un peu plus vindicatifs et plus enclins au brigandage que les Aoulad-Aly, leurs voisins. Les Mourabouti, autres Arabes du désert, composant pour ainsi dire un ordre religieux, qui, sans le secours des prosélytes, se renouvelle lui-même dans ses propres descendants.

Sol, végétaux et animaux de la Manmarique.

Tout le pays compris entre Alexandrie et le golfe de Bomba occupe une étendue de cent cinquante-six lieues de l’est à l’ouest, c’est-à-dire du 27° 34' jusqu’au 20° 49' de longitude orientale de Paris. La seule partie cultivable est le littoral, dans une largeur de dix à quinze lieues. Au delà de cette zone, au sud , jusqu’à l’oasis d’Ammon , on ne trouve qu’un désert aride, garni de quelques îlots de terres salées. jDes collines , dont la hauteur s’élève progressivement, croisant en tout sens le littoral fertile, alternent avec des plaines ou des vallons, qui en hiver livrent passage à des torrents. D’Abousir à la petite Akabah le rivage est formé par une digue de sables blanchâtres , qui s’avance très-loin dans les eaux , et occasionne des bas-fonds dangereux pour l’abordage des navires. Cette digue n’est interrompue que par les prolongements rocailleux des collines et de leurs contreforts. A l’ouest de la petite Akabah, la côte devient plus inégale, et présente en plusieurs endroits des flancs escarpés contre lesquels viennent se briser les flots de la mer. Dans cette partie du littoral plus encore que dans la précédente , on aperçoit de nombreux enfoncements, qui ont dû jadis servir de ports ou de simples abris aux navires ; mais aujourd’hui ils sont en grande partie comblés par des sables.

Le sol de la Marmarique offre partout des traces de grandes révolutions.

Partout on voit des coquillages incrus¬

tés dans le roc , des madrépores épars sur les collines, des basaltes et des granits roulés sur des terrains secondaires. Dans la vallée maréotide le grès est plus fréquent que le calcaire; à mesure qu’on avance à l’ouest le calcaire domine, et devient souvent coquiller. Les lieux les plus fertiles sont les bas-fonds, qui conservent plus longtemps l’eau des pluies, et les plateaux formés par des chaînes de collines que leur élévation garantit de l’invasion des sables. Partout où les contre-forts, qui vont de l’est à l’ouest , laissent un passage, les sables poussés par les vents du sud viennent s’unir aux terres , et prolongent quelquefois leur envahissement jusqu’aux bords de la mer. La nudité du soi rend au voyageur plus sensible encore l’anéantissement des villes et la disparition de leurs habitants :

il ne voit devant lui que plaines grisâtres et collines arides ; et au milieu de ce tableau sans couleur, à peine si la présence de l’homme lui est indiquée par le bêlement des troupeaux et par les tentes arabes qui paraissent dans le lointain, comme des taches noirâtres.

La végétation est aussi peu variée que le sol . L 'Ephadra distachijos et un grand nombre de soudes , parmi lesquelles on remarque surtout le Salsola vermiculata, bordant presque exclusivement le littoral. Une espèce ligneuse d’armoise ( Artemisia arborescens, Desf.), que les Arabes appellent chéah, s’étend depuis la petite Akabah jusqu’au golfe de la Syrte, et suit la partie méridionale des terres cultivables. Le Scilla maritima ( peut-être V asphodèle d’Hérodote ) orne la même plage , mais dans la partie la plus fertile; sa hampe sèche sert de combustible aux indigènes ; verte , elle repose la vue par ses fleurs blanches , disposées en panicule terminale. Pacho rapporte, sans d’autres détails, qu’on trouve dans cette même partie du littoral une espèce de rubia « à tige peu rameuse, mais très-frutescente (1). »

Dans les bas-fonds des plaines, dans les enfoncements des vallées, et même dans les endroits sablonneux, on trouve une

(i) Desfontaines ( Flora Adantica ) ne mentionne que le Rubia tinctorum (la garance) et le Rubia lucida.

L’UNIVERS

multitude de graminées, mêlées à un grand nombre de synanthérées, telles que les Anthémis maritima et arabica, les Senecio laxiflorus et glaucus, les Gnaphalium stæchas et conglobatum, le Crépis filiformis et plusieurs Aster. A côté de ces plantes on rencontre Y Anchusa bracteolata et le Lithospermum callosum , dans les sables; les Silene linguata et pigmæa , les Cuphorbia minima et heterophylla , les Plantago lagopoides et amplexicaulis , ainsi que plusieurs espèces de Cleome, Eruca, Clypeola , Buplevrum , Cuminum, etc.

Parmi les animaux de la Marmarique on remarque, comme les plus abondants, le chacal, l’hyène, le rat, la gerboise, et le lièvre , que les Arabes chassent avec une espèce de chien lévrier, d’une agilité extrême. Les gazelles vivent en troupeaux, suivent les sinuosités des vallées et s’avancent rarement jusqu’aux bords de la mer. L’empreinte de leurs pattes dans les sables trahissent leur retraite. De toutes les plantes aromatiques du désert, le Statice tubijera ( Statice pruinosa, Viviani), que les Arabes appellent Hachich el-ghazal, est le plus recherché par les gazelles. Le pays étant totalement dépourvu de forêts touffues, les oiseaux y sont fort rares , à l’exception de quelques espèces rapaces et aquatiques. Cependant, vers la fin de décembre, lorsque le littoral se couvre de verdure, on voit un grand nombre d’oiseaux voyageurs (hirondelles, alouettes, cailles, etc. ) qui viennent s’y reposer, et poursuivent ensuite leur émigration périodique.

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