I-’TJNJ VERS
Ils maudissent le soleil, qui passe au-dessus de leur tête (umpêâxxtüv) (1), et se répandent en injures contre cet astre, parce qu’il brûle et les hommes et le pays. Plus loin , et toujours à dix jours de marche , on rencontre un autre tertre de sel , de l’eau , et des hommes autour. Près de cet endroit est l’Atlas. Ce mont, étroit et de forme circulaire , est si élevé qu’il est impossible, à ce qu’on dit, d’en apercevoir les sommets, et que les nuages ne l’abandonnent jamais, ni pendant l’été, ni pendant l’hiver; les indigènes prétendent que c’est une colonne du ciel; ceux qui habitent cette montagne, en tirent leur nom : ils s’appellent Atalantes. On dit qu’ils ne mangent rien de ce qui a eu vie, et qu’ils n’ont jamais de rêves (2). »
Là s’arrêtent les renseignements d’Hérodote. « Je sais seulement, ajoutet-il, que cet arc de collines s’étend jus-
âu’aux colonnes d’Herculo et même au elà, enfin que l’on y trouve toujours des mines de sel de dix jours en dix jours (3). » En résumé, la ceinture de collines qu’Hérodote nomme le Sourcil (ôcppuïi ) , s’étend depuis Thèbes en Égypte jusqu’aux colonnes d’Hercule, en passant par les oasis d’Ammon , d’Augila, le Fezzan, le Beled el-Djérid et la chaîne de l’Atlas. « Au delà de cette ceinture, au midi et dans l’intérieur de la Libye , est un désert sans eau, sans pluie , débitants, dit-il, vont nus en temps d’été, sinon qu’ils portent quelques brayes de cuir,
Euis l’hiver s’enveloppent dans des peaux de rebis, de quoi ils font encore des lits. Au reste, ils n’ont aucune cognoissance de quelque foy que se soit, tant chrétienne, judaïque, que mahométane ; mais sans aucune loi, menant une voie brutale, ayant femme et enfants en commun. Et ( comme il me fut dit par un marchand qui séjourna longtemps en ce pays, et qui entendoit bien la langue), ils ne s’imposent pas de noms propres selon la coutume des autres peuples, mais selon la qualité des personnes, comme ceux de haute stature, sont nommées hauts; les petits, petits; les louches, louches ; et ainsi semblablement de tous les autres accidents et particularités. » {Description de l’Afrique, p. 33i.)
(i) Cette expression montre qu’ils habitaient sous les tropiques.
(a) Hérodote, IV, i84.
(?) Ibid., 18 5.
pourvu d’animaux et de bois (1). » C’est désigner, on ne saurait plus clairement, le désert de Sahara.
Hérodote, comme on vient de voir, avait parfaitement compris les rapports de ce parallélisme remarquable qui , se déroulant sur un arc immense , séparait la Libye riche en animaux, du grand désert. Les stations qu’il indique jusqu’à Augila s’accordent parfaitement avec les observations des voyageurs modernes. Celles situées au delà ont seules encore besoin d’être vérifiées . La station des Atarantes paraît s’appliquer à Voasis de Gadamès, située au pied du grand Atias. Celle des Atalantes se rapporte peut-être à une chaîne de l’Atlas carthaginois, qui , sans être très-haute , i’est cependant assez pour « diviser les orages et rassembler des nuages », et on peut dire, sans trop de licence poétique, qu’elle touche au ciel et qu’elle est une des colonnes qui lui servent d’appui (2). Il est probable que dès la plus haute antiquité les caravanes des Libyens nomades, partant de Thèbes, traversaient la grande oasis, la petite oasis, le pays des Ammoniens , l’oasis d’Augila , le pays des Garamantes (Gamphasantes), des Atarantes, des Atalantes, et de là se rendaient à Carthage, comme aujourd’hui ils se rendent à Tripoli (3). Des vestiges d’anciens édifices viennent à l’appui de cette opinion. La grande et la petite oasis contiennent des débris d’anciennes habitations. Les habitants de Siwah ne construisent leurs maisons qu’avec les fragments d’anciens monuments. Enfin dans le Fezzan, à Zuilah et à Germali, on voit des ruines majestueuses qui témoignent d’une architecture étrangère,