‹ AlgérieChapitre 6 sur 140 · ANIMAUX · texte numérisé non relu

ANIMAUX

Les grands animaux féroces, si communs dans l’intérieur de l’Afrique, se trouvent déjà sur son littoral au nord ; des lions et des tigres habitent la régence d’Alger ; mais iis ne sont ni dus

L’UNIVERS

nombreux ni plus redoutables que les loups dans nos contrées. Ceux-ci paraissent manquer en Barbarie ; ils sont remplacés par les chacals , espèce qui tient le milieu entre le loup et le renard. Cet animal est le plus vorace de tous , mais en même temps si timide qu’il n’ose pas même attaquer un mouton vivant.

Les chacals rôdent rarement le jour ; mais dès le coucher du soleil ils se mettent en campagne partroupes très-nombreuses , et vont dévorer les cadavres; ils entrent souvent dans les cimetières, et déterrent les corps qui y sont inhumés. C’est pour préserver les restes de leurs pères de la tient du chacal , que les Algériens garnissent les fosses en maçonnerie, et les recouvrent avec de grosses pierres, sur lesquelles ils jettent encore plusieurs pieds de terre. Quand nous faisions la guerre, les chacals venaient pendant la nuit dévorer les morts au milieu de nos camps ; nous étions souvent entourés de leurs troupes qui poussaient des hurlements continuels.

Les naturels ne font pas, ou peu, la chasse aux chacals , parce qu’ils ne leur causent aucun tort , et que leur peau n’est pas très-estimée ; mais ils chassent beaucoup le lion et le tigre , dont ils vendent la peau à des prix très-élevés : ce sont les habitants des montagnes de l’Atlas, où vivent au milieu^ des forêts ces terribles animaux , qui s’adonnent le plus à cette chasse. Us ont une méthode pour prendre les lionceaux qui suppose autant d’habileté que de sang-froid.

Dans la saison où les lionnes mettent bas , ceux qui cherchent les lionceaux découvrent facilement, par les empreintes laissées sur le sable ou l’argile , les endroits où les lions ont leurs petits. Us savent, par expérience , que l’un reste toujours auprès d’eux, pendant que l’autre va chercher la nourriture. Quand la mère est de garde, elle ne ferme jamais les yeux et se tient prête à dévorer les animaux et les hommes qui oseraient s’approcher de ses chers nourrissons ; mais le père n’est pas si vigilant , à peine s’est-il couché près de ses enfants , qu’il s’endort d’un profond sommeil Le Berbère qui a dé¬

couvert des lionceaux , observe les promenades du père et de la mère , jusqu’à ce qu’il se soit bien assuré des heures de garde de chacun. Alors , profitant de l’absence de la lionne , il monte à cheval et va aussi près du nid qu’il est possible ; il descend pieds nus , court aux lionceaux, en saisit deux sans éveiller le père, retourne à son cheval encore plus vite qu’il n’était venu , monte dessus et se sauve au galop , emportant sa capture.

Il arrive quelquefois cependant que le lion , éveillé par les cris de ses petits , dévore le cavalier et son cheval.

Tous les animaux domestiques que nous avons en Europe, se retrouvent en Barbarie, le cheval , l’âne , le mulet, le bœuf, la vache, la chèvre , le mouton , etc. Mais il en existe un que le ciel semble avoir donné aux habitants des pays chauds , pour les transporter, eux, leurs bagages et des provisions pour plusieurs jours , à travers des déserts de sables brûlants ; c’est le chameau , le compagnon fidèle de l’Arabe , dont il porte sur le dos la famille et la maison de contrées en contrées.

Cet animal supporte la fatigue avec une constance à toute épreuve , il peut rester plusieurs jours sans boire ; un peu d’herbe qu’il broute dans la campagne, une poignée d’orge ou de fèves suffisent à sa nourriture. Il marche très-vite et peut faire quinze à dix-huit lieues par jour sans boire ni manger , avec sept ou huit quintaux de charge.

Les Arabes qui habitent les environs d’Alger possèdent beaucoup de chameaux , dont ils se servent pour toutes sortes de transports. A la moindre alerte , on voit les tribus ployer leurs tentes, les mettre sur les chameaux ainsi que les bagages, les provisions, les femmes et les enfants, et fuir rapidement vers les montagnes.

Quand les Arabes veulent se servir des chameaux, ils vont les prendre dans les pâturages et les amènent devant la tente. Us les frappent avec une petite baguette sur les jambes de devant, et aussitôt l’animal se met sur le ventre en ployant les quatre jambes. U se laisse ensuite charger sans bouger et attend pour se lever que le maître,

ALGER

monté sur l’un d’eux, ait donné le signal du départ : alors tous se mettent en marche à la suite les uns des autres, en obéissant très-exactement à la voix du conducteur, toujours placé à la queue de la caravane. Lorsque celle-ci est arrivée au terme de sa course , le maître fait arrêter tous les chameaux, et frappant encore leurs jambes avec sa baguette , ils se couchent de nouveau et attendent patiemment qu’on veuille bien les décharger.

Dans toutes les villes de la Barbarie , on voit venir une grande quantité de chameaux les jours de marché ; leurs bandes présentent un coup d’œil im-

S osant , et l’Arabe qui dirige chacune ’elles , drapé élégamment de son haïk blanc , que fixe autour de sa tête un triple cordon de laine brune , avec une longue baguette à la main, semble être un de ces magiciens auxquels les Orientaux accordent tant de pouvoir.

Nous venons de décrire l’animal le plus précieux de la Barbarie; mais le plus beau , celui que les naturels préfèrent et dont ils prennent plus de soin que de leurs femmes et de leurs enfants , c’est le cheval, l’ami, le compagnon de l’Arabe , celui qui partage ses fatigues et sa gloire dans les combats.

Les chevaux que nous avons vus dans la régence d’Alger ne sont pas de race arabe pure, et, sans ressembler tout-à-fait à ces beaux coursiers qui nous viennent de l’Égypte et de la Syrie , ils s’en rapprochent néanmoins. Ils ont les jambes parfaitement faites , la croupe un peu longue , les flancs ronds sans beaucoup de ventre , les épaules légères et plates , la tête petite et bien placée , le cou long et peu chargé de crin. Ils sont de taille moyenne; les plus grands ont quatre pieds huit à neuf pouces. Quoique très-légers à la course, ils sont cependant paresseux et ont besoin d’être stimulés. Les selles arabes et berbères sont comme celles des Turcs. Le mors de la bride est un anneau de fer , dont la partie qui entre dans la bouche porte un bras de levier qui s’appuie contre le palais quand le cavalier marque un temps d’arrêt. Les éperons de celui-ci

sont deux broches de fer , légèrement recourbées aux extrémités , avec lesuelles il pique doucement le ventre u cheval ; mais s’il n’obéit pas , il lui déchire les flancs, et l’animal part aussitôt. La manière dont le mors est construit permet au cavalier d’arrêter court son cheval , même au grand galop. Ce qui nous a le plus étonnés en arrivant en Afrique , c’était de voir les Arabes arriver sur nous au grand galop , s’arrêter tout court à portée de fusil, tirer, faire demi-tour, et fuir avec la rapidité de l’éclair en se couchant sur leurs chevaux.

Chaque chef de famille arabe possède au moins un cheval ; s’il en a plusieurs , il en choisit un pour monter quand il va à la guerre. Il l’affectionne, le caresse, et passe avec lui plus de temps à le soigner et le contempler, qu’avec ses femmes; il en parle souvent, raconte sa généalogie et ses exploits avec une ardeur tout orientale. Un Arabe tient à grand honneur de posséder un cheval qui descend en ligne directe de tel coursier fameux , et c’est pour le prouver qu’il conserve sa généalogie écrite sur une feuille de parchemin. Les Algériens n’ont point de voitures et ne savent point atteler les chevaux; ils emloient les plus mauvais pour porter es fardeaux ; mais ceux qui sont un peu estimés ne servent jamais que pour monture.

Les mulets et les ânes de Barbarie sont aussi beaux que ceux de nos provinces méridionales. Les vaches et les bœufs sont extrêmement nombreux dans toutes les parties du territoire algérien ; mais ils sont beaucoup plus petits que les nôtres et la chair en est moins succulente. Les vaches n’ont pas autant de lait que dans nos contrées.

On voit partout de nombreux troueaux de moutons d’une espèce peu ifférente de la nôtre. Ces troupeaux forment la principale richesse des tribus arabes, qui s’habillent avec leur laine et se nourrissent avec leur lait et leur chair. La viande de mouton est la meilleure que l’on puisse manger en Barbarie. Les naturels la font cuire et

L’UNIVERS

la conservent, dans des pots bien bouchés , pendant des années.

Les autres animaux domestiques sont les mêmes que les nôtres. Les Algériens élèvent une grande quantité de poules et quelques pintades. On trouve dans toutes les villes un grand nombre de pigeons , auxquels les habitants rendent une espèce de culte. Ils n’en mangent jamais et ont pour eux une attention toute religieuse. Us ont aussi une grande vénération pour les cigognes.

Le gibier est très-commun , surtout les lièvres et les perdrix. Les plaines humides sont habitées par une grande quantité d’oiseaux d’eau (courlis, pluviers , vanneaux , bécassines , canards, cigognes, hérons, etc.). On trouve dans la Métidja une jolie petite espèce de héron blanc, dont les bandes suivent les troupeaux pendant l’hiver. Us sont ordinairement accompagnés d’une quantité d’étourneaux , telle que leurs troupes semblent former dans l’air des nuages orageux qui se meuvent rapidement.

Page 1