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ALGER ET SES ENVIRONS

La capitale de la régence d’Alger , située à 36° 47' de latitude nord, et à 0° 42' de longitude est , s’élève en

3hithéâtre sur le penchant d’une ne dont le pied tombe dans la mer.

Sa forme est triangulaire , et au sommet du triangle, qui est le point le plus élevé de la ville , se trouve bâtie la citadelle Kasba. Les maisons , couvertes en terrasses, comme dans toutes les villes de l’Orient , sont blanchies à la chaux , ainsi que les forts et tous les édifices publics ; en sorte que, vue d’une certaine distance en mer , Alger ressemble à une vaste carrière de craie ouverte sur le flanc d’une montagne.

Cette ville est entourée d’un fossé sec et d’une chemise crénelée , qui suffisent pour la défendre contre les Arabes et les Berbères. Du côté de la mer , il y a un grand nombre de forts et de batteries qui en rendaient l’approche presque impossible. La côte , jusqu’à 4 lieues de distance , à l’est et a l’ouest, était aussi défendue par des batteries et quelques forts , qui obligeaient les vaisseaux ennemisdese tenir toujours hors de la portée du canon.

L’intérieur d’Alger est très - mal bâti ; les rues sont si étroites , qu’un chameau chargé a de la peine à passer dans les plus larges ; il y en a beaucoup dans lesquelles on ne peut marcher que deux de front. Comme la pente du terrain est souvent fort rapide , plusieurs de ces rues sont de véritables escaliers. (Yoy .planches 1 et 2.)

Les maisons sont toutes construites de la même manière*, elles n’ont ordinairement point de fenêtres sur la rue;

ALGER

les appartements, formant deux et même trois étages , sont disposés autour d’une grande cour carrée; une galerie fort élégante, ornée de colonnes mauresques , se trouve à chaque étage , et fait communiquer les appartements dont les fenêtres et les portes donnent dans cette galerie. Les principaux édifices d’Alger sont le fort de la marine , les mosquées , la Kasba et quelques casernes de janissaires.

Le fort de la marine forme un fer à cheval , réuni à la ville par un superbe môle en pierre , dont l’intérieur contient de vastes magasins. Au milieu du fer à cheval , s’élève un phare , et sa branche droite forme, en se recourbant, le port d’Alger, qui n’est pas très-sûr , et dans lequel les gros bâtiments de guerre ne peuvent point entrer.

Le nombre des mosquées est trèsconsidérable ; on en compte dix grandes et cinquante petites. Les petites ne sont que des chapelles ou des tombeaux de marabouts. Les grandes sont de trèsbeaux édifices rectangulaires, divisés en trois nefs par deux rangs de colonnes. A l’extrémité de la grande nef, et du côté de l’orient, il y a une petite niche creusée dans le mur , à la voûte de laquelle sont suspendus plusieurs œufs d’autruche : c’est dans cette niche que se met Xïman (prêtre) pour réciter les prières. A coté est une chaire en bois peint, et quelquefois en marbre blanc , d’un travail remarquable , dans laquelle il monte aux époques solennelles. A l’entrée du temple , se trouve une fontaine pour les ablutions , et dans toutes les nefs, des chaînes attachées à la voûte supportent des lampes, que l’on allume aux grandes fêtes et pour toutes les cérémonies qui se font dans la soirée.

Les musulmans n’ont ni statues, ni portraits dans les temples; on y remarque seulement quelques tableaux , placés de chaque côté de la niche , et sur lesquels sont écrits , en caractères arabes, des versets du koran. Us n’y entrent jamais que pieds nus, et pendant les cérémonies , ils observent le plus grand recueillement.

Les casernes des janissaires sont

de grands bâtiments avec une cour au milieu, autour de laquelle se trouvent plusieurs chambres, donnant sur une galerie. Dans ces casernes , il y avait plusieurs fontaines d’eau excellente et des latrines tenues avec une propreté remarquable.

La Kasba, citadelle d’Alger et résidence du dey , est un grand édifice , entouré de murs très-élevés, qu’on ne reconnaît pour un fort qu’à la vue des énormes canons qui sortent par les croisées et de quelques créneaux pratiqués sur lé haut et dans l’intérieur de la muraille. Ces murs renfermaient le palais du dey, une mosquée, des magasins remplis de marchandises , une poudrière et plusieurs batteries armées de canons et de mortiers , qui battaient la ville et la campagne ; deux jolis jardins et une ménagerie peuplée de toutes sortes d’animaux ; en un mot, la Kasba rassemblait trois choses qui semblent s’exclure réciproquement :

tout l’appareil de la guerre réuni à celui des spéculations commerciales, avec le luxe et tous les plaisirs orientaux.

La population d’Alger , qui s’élevait à 30,000 âmes avant l’entrée des Français , se compose de Maures , de Turcs, âe Juifs et de Nègres.

De la terrasse de la Kasba , on voit le fort de l’Empereur qui la domine et s’élève sur un mamelon à portée de canon , au S. -O. Ce fort est un massif rectangulaire, élevé en briques, sans bastions , et qui ne pouvait soutenir une attaque bien conduite. Mais comme il était armé de cinquante canons et de plusieurs mortiers , nous fûmes obligés d’ouvrir la tranchée devant lui; cinq heures d’un feu nourri suffirent pour le réduire.

Alger est bâti sur un massif de collines, qui s’étend fort loin à l’est, à l’ouest et à trois lieues au sud , jusqu’à la Métidja. Dans un rayon de deux lieues autour de la ville , s’élevaient au milieu de jardins et de vergers ma, gnifiques, plus de mille maisons de campagne , construites dans le style oriental , et dont nos soldats ont détruit la plus grande partie. Les collines sont séparées les unes des autres par

L’UNIVERS

des vallons très-pittoresques, dans plusieurs desquels coulent des ruisseaux.

Les eaux de ces ruisseaux et celles d’un grand nombre de sources que l’on découvre en creusant à une très-petite profondeur , conduites par des tuyaux enterre cuite, allaient arroser les jardins de toutes ces belles campagnes , alimenter leurs superbes jets-d’eau et toutes les fontaines de la ville. Les collines des environs d’Alger sont trèsfertiles ; les parties incultes sont couvertes de fortes broussailles, dont la vigueur dénote la bonne qualité du sol.

LA MÉTIDJA, BÉLIDA ET COLÉA.

La Métidja est une vaste plaine , comprise entre la masse de collines dont nous venons de parler et la chaîne du petit Atlas, qui s’étend parallèlement à la mer, sur une longueur de vingt lieues et dont la largeur varie entre quatre et cinq. Elle est traversée par plusieurs rivières (leOued-Jer, l’Arrach, l’Amise, etc.) et un grand nombre de ruisseaux. Quelques portions de cette plaine sont marécageuses et inhabitables ; mais la plus grande partie de la surface du sol est très-saine et susceptible d’une grande fertilité.

Les meilleures contrées sont habitées par des tribus arabes qui vivent sous des tentes, ou dans des cabanes faites avec des branches d’arbres et des roseaux. Ces tribus possèdent de nombreux troupeaux qui forment leur plus grande richesse.

On aperçoit çà et là quelques fermes construites’ en maçonnerie, qui appartenaient au dey et aux grands dignitaires de l’état. Autour de plusieurs , il y avait de fort beaux vergers d’orangers, de plantations d’oliviers , et toujours une certaine étendue de terrain plus ou moins bien cultivée.

Bélida , située sur le bord de la Métidja , au pied du petit Atlas , à onze lieues' S. -O. d’Alger, est construite dans le même genre que cette dernière ville , seulement les maisons sont beaucoup moins hautes; elles n’ont généralement qu’un rez-de-chaussée.

Les minarets des quatre mosquées de Bélida apparaissent de loin au milieu

d’une forêt d’orangers , formée par les vergers qui l’entourent et dont l’aspect présente le coup d’œil le plus ravissant. (Vov. planche 5. )

Les rues ae cette ville sont plus larges et mieux percées que celles d’Al- " er ; mais la moitié sont encombrées e ruines; résultat d’un tremblement de terre qui la détruisit en partie dans l’année 1825. A en juger par le nombre des maisons , Bélida pouvait renfermer, à cette époque, 6000 à 7000 âmes. En 1830, il y en avait à peine 4000, Maures, Turcs, très-peu d’Arabes et 60 familles juives. Les habitants de Bélida cultivent leurs vergers et les premiers contre-forts de l’Atlas garnis de vignes et de champs superbes, au milieu desquels on remarque une grande quantité d’arbres.

Coléa. Au nord et en face de Bélida, de l’autre côté de la plaine, on aperçoit Coléa, bâtie dans un petit vallon des collines du littoral , exposé au sud et abrité des vents du nord et de l’ouest. Le tremblement de terre de 1825 a aussi détruit une partie de cette ville, et ses ravages n’étaient point encore réparés en 1831. Il n’y a que deux mosquées dans Coléa ; les maisons sont assez semblables à celles de Bélida, seulement quelquesunes sont couvertes en tuiles creuses.

La population de cette ville n’excède pas trois mille âmes , y compris un assez grand nombre d’Arabes qui habitent sous des tentes et des cabanes élevées au milieu des vergers et des jardins qui entourent la ville.

Ces vergers sont loin d’être aussi beaux ue ceux de Bélida. Dans un rayon ’un quart de lieue autour des murs , sont des champs mal cultivés , et le sol est ensuite couvert de broussailles jusqu’à une grande distance.

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