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celle du commandant, alors elle poussa uii cri perçant, et tomba sur le marbre dans un évanouissement véritable. On attribua cet accident a la violence de l'exercice et à la chaleur qui régnait dans la maison, pleine de monde et de lumières; d'ailleurs, le scirocco du désert commençait à souffler.

Pendant que la famille du consul américain et leurs domestiques femmes prodiguaient leurs soins à la fille de Wroukoulak , et que d'Aubagne demandait furtivement, et Macaulay bruyamment, de ses nouvelles^ une scène d'un autre genre se passait dans une des chambres du premier étage. Le vice-consul anglais et le général russe, qui, après de longs pourparlers avec le bey de Titery, lui avaient promis leurs bons offices auprès du général en chef pour lui faire obtenir promptement sa nouvelle investiture, l'abouchèrent directement avec Duclos; celui-ci, voyant souvent Kerambal, et ayant beaucoup d'influence sur lui, pouvait lui rendre, sous ce rapport, de plus grands services.

Abdourrahman-Bey, quoique Arabe, sa-

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vait assez bien le turc, et Kirkor, qui lui avait déjà servi d'interprète auprès de Garganoff^ fît le même office quand il eut besoin de. communiquer avecDuclos. Abdourrahman se mit à solliciter le patronage de celui-ci à la manière orientale : il porta la main à son cœur, puis l'èleva vers sa tête; ensuite il saisit et baisa une main de Duclos.

« Dieu conserve les jours de votre présence, et augmente son pouvoir et celui de votre puissant ami Kontidy, le sëlictar du grand Melik-Charal. Aussitôt que je serai installe de nouveau dans mon beylik , je m'empresserai de lui envoyer douze belles cavales de race pure; vous-même, excellent seigneur, vous en recevrez deux, mais , en attendant, je vous supplie d'accepter un burnous blanc, un rouge et un noir, avec plusieurs ceintures tissues d'or et de vsoie, que mon fils viendra vous remettre demain matin.

— (( J'ai déjà reçu assez de ceintures, dit phlegmatiquement Duclos à Kirkor ; dites à monsieur le bey de Titery que j'aimerais mieux un beau sabre de mamelouck : ils

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sont fort rares dans ce pays-ci, à ce qu'il paraît.

— « Un sabre! dit le bey paraissant enchanîë qu'on le guidât dans le choix des potsde-vin les plus agréables, vous en aurez un magnifique,* le fourreau est en or garni de pierreries; la lame est un damas noir couvert d'inscriptions tirées du Koran : c'est celui-là que je comptais porter quand je recevrai l'investiture de mon beylik, car je veux épargner au seigneur Kontidy la dépense de cette arme, dont le pacha d'Alger nous faisait ordinairement cadeau dans cette circonstance. Seulement je vous demanderai la permission de le garder jusqu'au jour de la cérémonie; dès le lendemain il sera remis en vos mains : vous pouvez dès à présent le considérercomme votre, aussi-bien que les burnous, que vous recevrez demain matin. Mais, à propos, c'est vous, seigneur, qui êtes le directeur des quatre lanternes qui parletit à distance : ditesmoi, je vous prie, à qui appartiennent certaines caisses qui, de la Kasaba, ont été transportées au consulat d'Angleterre. Si , par

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hasard, elles contenaient de l'argent appartenant à Hussein, je présenterais au seigneur Kontidy requête pour avoir le droit de m'en emparer jusqu'à concurrence d'une ancienne dette non réglée entre nous. »

Duclos lui répondit gravement, et de façon à interdire toute question ultérieure à ce sujet :

(( Le dey d'Alger partira dans quelques jours, et les objets déposés au consulat d'Angleterre ne l'accompagneront pas; ils ne lui appartiennent plus. Attendez, Rirkor; dites: ils ne lui appartiennent pas. »

Le bey s'inclina profondément comme pour demander pardon de son indiscrétion.

« Au moins, reprit-il après une pause, et en voyant GarganofF et le vice-consul anglais se rapprocher, j'espère que vous inviterez bien le seigneur Kontidy a venir visiter notre pays aussitôt que j'y serai installé de nouveau. Sa visite achèvera de faire bénir et respecter le nom français et l'autorité de Melik-Charal. Les tribus qui l'habitent sont déjà on ne peut mieux disposées en sa faveur ;

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la vue de sa personne gracieuse et des beaux émirs qui l'entourent achèvera de les charmer. D'ailleurs le pays est admirable; la ville de Blida, qui peut être le but de sa première promenade, est située au milieu de bosquets d'orangers et de palmiers. A une lieue avant d'y arriver, on entend bourdonner les abeilles attirées par les fleurs odorantes et riches en miel de ces beaux arbres : je ne parle pas des sources d'eau vive et pure qui arrosent ces plantations et abreuvent nos troupeaux et nos sujets (Dieu nous fasse la grâce de les régir encore long-temps). Ces sources abondantes et pittoresques, il faut les voir pour s'en faire une idée juste; ensuite on peut se passer de visiter toutes les fontaines et toutes les cascades de la terre .

< — (c Vraiment, monsieur Duclos, ajouta Garganoff, il faudra que nous fassions tous nos efforts pour engager le général à faire une promenade à Blida; c'est un vrai paradis, n'est-ce pas, Kirkor?

{( Kirkor, se hâta-t-il d'ajouter en se tournant vers le vice-consul, en a beaucoup en-

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tendu parler pendant sa petite caplivité à Alger. »

Duclos, émerveillé par la description du bey, et se voyant déjà en idée caracoler sous les bosquets de Blida , sur une belle cavale de pure race, avec le beau sabre qui lui brandillait au C(jté, jura qu'il vanterait tous les jours Blida au général en chef, jusqu'à ce qu'il lui eût vu exécuter la promenade en question. La musique avait cessé, les joueurs étaient clair-semés même autour des tables d'écarté. Le départ de Kerambal avait été le signal d'une retraite générale. Maria, complètement remise, était partie tenant d'un côté le bras de son père, et de l'autre celui de Macaulay, qui lui avait rendu toute la soirée les hommages les plus empressés.

(( Je vous ai parfaitement compris , dit Duclos en tii^ant à part Garganoff dans un coin de la cour; il faut traverser la nomination de ce bey, et détourner le général de l'idée de faire une visite à Blida.

— « Point du tout; j'ai parlé très sérieusement.

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— (( Vous m'étonnez; d'ailleurs, je vous voyais d'accord avec le vice-consul d'Angleterre, et cela m'inspirait des doutes.

— (( Non, non; conformez-vous, je vous en prie, aux désirs du bey, qui sont aussi les nôtres ; l'empereur etKirkor, la princesse vous en sauront gré.

— « Ahi! pensa Duclos; je vqulais aller a Blida ; je crois que je ferai aussi bien de rester ici.

— « Du reste, reprit Garganoff, qui aimait à tricher même avec son partner, votre roi et votre pays gagneront autant que nous tous à cette visite. Cela consolidera le gouvernement que vous devez établir ici; et moi-même, si la promenade à Blida se fait, je serai charme d'y accompagner son excellence. Blida paraît un lieu de délices qu'il faut absolument avoir vu.

— (( Allons, pensa Duclos, je voulais exiger la remise immédiate du sabre; mais je vois que je puis patienter jusqu après l'investiture, peut-être jusqu'à la visite à Blida. »

Il offrit son bras à Kirkor.

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Des centaines de soldats et de domestiques armes de torches jalonnaient tous les sentiers par lesquels les invites de la fête regagnaient Alger. Ces feux s'irradîant en éventail de la masse que formait l'hôtel d'Amérique encore tout phosphorescent d'illuminations et de transparens, se confondaient, pour les marins qui flottaient dans la baie, avec les étoiles d'une nuit sans nuage et sans lune. Plus d'un matelot grec ou italien des transports de la flotte se signa en voyant à mi-côte de Boudjerah cette comète énorme traînant sa queue lumineuse et précurseur de quelque désastre. Le météore était une illusion, mais les malheurs se réalisèrent. Le jour qui venait de s'écouler fut le dernier de l'enchantement. Depuis, les destinées de l'armée, celles de la conquête et celles de l'homme qui en avait été le chef, devinrent sombres et déplorables. Le lendemain , Kerambal fut réveillé par de tristes nouvelles; son fils, resté blessé à l'hôpital de Sidy-Ferruch , venait de mourir. Sa douleur fut aussi touchante dans le bulletin où il annonça ce malheur qu'elle avait été

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calme et digne dans celui où il parlait de la blessure. « La plupart des pères de ceux qui ont versé leur sang pour le Roi et la patrie seront plus heureux que moi. Le second de mes fils avait reçu une blessure grave dans le combat du 24; lorsque j'ai eu l'honneur de l'annoncer à Votre Excellence, j'étais plein de Fespoir de le conserver; cet esppir a été trompe; il vient de succomber. L'armée perd un brave soldat. Je pleure un excellent fils. Je prie Votre Excellence de dire au Roi que, quoique frappé par ce malheur de famille, je n'en remplirai pas avec moins de vigueur les devoirs sacrés que m'impose sa confiance. » Le bulletin qui était terminé par cette péroraison ne mentionnait pas un malheur survenu à l'armée. Un convoi venant de Sidy- Ferruch avait été enlevé par des Bédouins, et les militaires du train des équipages et de l'escorte avaient été hachés par ces barbares. Ainsi, les débris de l'armée de Hussein, revenus de la première stupeur causée par la chute d'Alger, reprenaient l'offensive; les communications avec la campagne ne pouvaient plus

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avoir lieu qu'avec des précautions extrêmes; il fallait abandonner pour long-temps l'espoir de soumettre et de parcourir les provinces, ou mobiliser de nouveau une partie d'une ^mëe abîmée par un mois de campagne continue et pour ainsi dire sans sommeil, tandis que des symptômes de sourde fermentation se manifestaient parmi les liabitans de la capitale.

Les Turcs , à qui l'on avait accordé un long délai pour vendre leurs propriétés, avaient repris de l'action et de la confiance. Quelques propos recueillis, quelques mouvemens dépistés par l'excellente police qu'organisait un habile administrateur, portaient à croire que du fond de son palais, et même du fond du bâtiment où on l'avait déjà embarqué, Hussein avait noué et faisait jouer ces intrigues. Pour trancher le mal dans sa racine, on se hâta de faire mettre à la voile le bâtiment qui devait porter Hussein a Naples, ou plutôt à Mahon, où il allait d'abord faire quarantaine. On donna l'investiture nouvelle au bey de Titery, dans l'espoir que son autorité de nou-

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veau reconnue par ses sujets, on aurait bon marché de l'anarchie et du brigandage des tribus kobaïl et bédouines qui rôdaient sur la limite de son beylik et de celui d'Alger. Comprimées entre deux noyaux armés et organisés, ces tribus devaient nécessairement se dissoudre ou rentrer dans l'ordre.

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