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violence d'une passion d'amour. Les femmes médisantes, non seulement excusaient Zouléika, mais proclamaient par là qu'elles aussi adoraient Joseph; chacune semblait lui dire : Ma vie, mon sang, sont au service de ta personne bien aimëe. »
« Messieurs, le mézouar va passer à l'entrevue de Salomon avec la reine de Saba.
— « Un instant! dit le grand-prëvôt en tendant son verre. Buvons à la santé des premières Zouléika que les français trouveront dans ce pays; j'espère bien qu'elles ne rencontreront aucun Joseph parmi nous.
— (( Au moins ils ne seront Joseph que parla beauté, dit un officier petit-maître.
— «Avec quel plaisir nous nous couperions les doigts pour une madame Boutifar qui viendrait nous servir à table, en place de ce bon gendarme ou de ces mal blanchis ! poursuivit d'un air égrillard le commandant du quartier.
— « 11 faudrait peut-être qu'un peu plus de sang coulât, avant de savoir qui lui jetterait
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le premier mouchoir, ajouta d'un ton matamore l'inspecteur des télégraphes.
— « Bah ! dit le marquis de Finarsouil ; quand on est patient et bon camarade , il y a toujours moyen de s'arranger sans se battre.
— i( Mais, messieurs, dit l'Auxerrois, quand on fait des souhaits , pourquoi plaindre l'ëtoffe ? Je nous souhaite vingt Zoulëika! »
Un aide-de-camp blond comme un Finlandais demanda quelle était la couleur de la peau de madame Boutifar. « C'était sans doute une blonde d'Egypte?
— a Erreur, mon cher, dit l'interprète ; elle était aussi blonde que vous et moi.
— (( En ce cas , j'aimerais autant une reine de Saba. Celle-là, je l'espère bien, avait le teint piquant?
— a Fi donc ! dit Duclos; c'était une négresse !
— « Ah, ah! dit en ricanant Finarsouil; monsieur l'inspecteur méprise le noir ; il lui fait un teint de roses et des chevelures de chanvre à la Kirkor, n'est-ce pas?
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— v( Moi, j'aime, en attendant, la rose en liqueur », dit le vaudevilliste avançant son verre à Finarsouil, qui tenait une bouteille de crème de rose. Le marquis en offrit à Duclos, qui en refusa,
« A votre aise , mon cher ; il n'y a pas d'affront. Vous aimeriez peut-être mieux le kassis ?
— (( Ah î parbleu oui ! il aime le kassis. Passez du kassis à monsieur » , murmurèrent ironiquement plusieurs voix.
« Le kassis a bien son mérite » , dit en clignotant le grand-prèvôt.
(( Allons, sans vergogne, avalez du kassis! Ce n'est pas de bon ton , mais cela donnerait le courage de danser sur la corde, ou d'épouser une danseuse de corde » , reprenait l'impitoyable Finarsouil.
Duclos aurait volontiers proclamé encore qu'il n'entendait pas le calembourg; il aima mieux faire semblant de reprendre de l'intérêt pour la reine de Saba , dont il demanda l'histoire au mézouar.
Celui-ci achevait une conversation mysté-
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rieuse avec un juif à face hideuse et à jambe d'ëlëphant qui s'était introduit pendant l'en- Ir'acte. Ce juif, qui avait, comme beaucoup de ses frères, la lèpre éléphantine aux membres, et la lèpre léonine à la figure , était renomme pour son intelligence et son activité. Le mëzouar reprit la parole aussitôt qu'il l'eut ëconduit.
« Un puissant gënie, esclave de Soulëiman, avait apporte dans le palais du grand roi le trône d'or de la reine de Saba , et s'ëtait envole de nouveau pour aller chercher la reine elle-même. Quand il reparut avec Balkis, Soulëiman voulut voir si elle reconnaîtrait son trône et l'invita à s'en approcher. Le pave de l'appartement ëtait fait de glaces luisantes comme l'eau d'une rivière. Balkis crut que c'était de l'eau véritable; elle s'avança sa robe relevée, et Soulëiman vit ses jambes, qui étaient extrêmement velues. Ensuite elle fît une profession de foi religieuse , par laquelle elle s'abandonnait à Dieu et à Soulëiman, et Soulëiman l'ëpousa après lui avoir fait ëpiler le corps.... »
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Un rire homérique interrompit le conteur. Cent propos dévergondés se croisèrent touchant les effets du mirage et le goût de Salomon pour les corps glabres.
(( Ce goût s'est perpétué, dit-on, chez les Musulmans, dit le prévôt.
— « Les Musulmanes ont-elles marché sur les erremens de Balkis? demanda Duclos.
— « Demandez plutôt au prince de Thondertantron, crièrent plusieurs gosiers que le punch et le rire avait enroués. Demandez au prince, qui a surpris ce matin des baigneuses. »
Le prince fît un signe affirmatif.
« Silence, messieurs, dit un voisin du mézouar. Sidy-Meschaaly me charge de vous dire qu'en récompense de la faveur avec laquelle vous avez prêté l'oreille à ses discours, il veut vous donner une autre preuve d'amabilité et de fraternité. Les Zouléika dont tout à l'heure vous souhaitiez la société , sont nombreuses dans Alger. Par malheur, ni les conseils de leur surintendant le mézouar, ni les ordres ni les menaces de M. le lieutenant-
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gênerai de police, n'ont pu encore imposer silence à leurs scrupules; elles s'obstinent à ne vouloir que des Joseph musulmans. Heureusement, elles ont des collègues moins blanches de peau, mais plus tolérantes; ce sont les petites-nièces de Balkis, la reine de Saba. Le démon familier du mézouar va les introduire. »
Des Irépignemens d'admiration et un tonnerre d'applaudissemens ébranlèrent la chambre. Le voisin reprit :
« Un instant, messieurs; il pourrait y avoir un peu d'hésitation si la réalité frappait trop brusquement les yeux. Cachez vos longs cheveux européens sous des coiffures que les Balkis puissent à première vue prendre pour des turbans. »
Chaque convive s'encapuchonna tant bien que mal d'un mouchoir ou de sa serviette, et le Juif lépreux entra conduisant une procession de fantômes voiles et drapés de blanc.
A mesure que les fantômes entraient, le lépreux disait tout haut leur nom : Fatime de Bournou , Fatime de Bénin , Fatime du Séné-
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gai, Fatime d'Abjssinie, Fatime de Tombouctou. Toute la postérité de Balkis adore le nom de Fatime.
Trois convives s'éclipsèrent pendant que la procession défilait : le baronet Macaulay alla dans son lit cuver son vin et penser à Maria- Josepha. Lasticot-Froideville se sauva de peur de payer un écot d'argent à Balkis et une commission au mézouar.
Verdanson se souvint qu'il devait aller à l'hôpital veiller un ami malade.
Nota. L'auteur croit devoir déclarer ici que le fait d'un pot-de-vin , soit en monnaie romaine , soit de toute autre nature , est entièrement imaginaire, comme le caractère de Du clos.