II
une forte contribution sur les plus riches habitans du pays, et notamment sur la milice turque, à laquelle on avait plus spécialement fait la guerre. Les Turcs reçurent donc, en même temps que l'avis de leur prochain embarquement, Tordre de payer une contribution extraordinaire de plusieurs millions. On leur accordait un temps fort court pour que chacun fît la remise de sa quote part : des visites domiciliaires devaient commencer immédiatement après chez tous ceux qui ne l'auraient point fournie.
La contribution ne fut point payée, et les visites ne firent pas découvrir une obole. Les Turcs, qui savaient bien que la mesure serait tôt ou tard appliquée, y avaient dès long-temps paré. Des consuls étrangers, des juifs, en relations d'affaires avec les places de la Méditerranée, avec Smyrne et Constantinople, avaient reçu, depuis long-temps, des dépôts d'argent, contre lesquels ils avaient donné du papier sur ces places. Le fournisseur de l'armée française , trop habile financier pour ne pas spéculer sur des revi remens de ce genre,
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avait, dit-on, fait des transactions dans lesquelles il avait gagné, en quelques jours, plus que ne pouvaient lui rapporter les bénéfices de ses fournitures pendant toute la campagne et l'occupation. ^
La mesure intempestive amena des mesures vexatoires. Les Turcs qu'on ne pouvait pressurer furent arrachés a leurs maisons, à leurs familles, pour être transportés à bord des bâtimens. Le peuple d'Alger, morne d'étonnement et d'effroi , yit traîner dans les rues des khodjas, des ministres, des chefs, dont long-temps il avait respecté, aimé peutêtre l'autorité; des vieillards, dont l'âge et les infirmités sont toujours respectables. Les sentinelles de la Kasaba durent repousser des mères dont le voile ne cachait ni les larmes ni les cris; des enfans éplorés qui voulaient aller fléchir à genoux les autorités qui les privaient de leurs maris , de leurs pères. Ces malheurs étaient peut-être de justes représailles de la conspiration; mais le peuple d'Alger et celui de l'armée française y voyaient des scènes odieuses, qu'ils attribuaient à la cupidité déçue.