II
5o • LA COUSINE.
— (( Ce n'est pas de cela que je veux parler ; ces avantages-là , il les possède en commun avec beaucoup d'autres officiers de l'armée; mais ce que personne que lui ne possède pendant uue campagne dans un pays sans ressources, c'est un joli camarade de lit, une compagne agréable et distinguée, une femme charmante.
— « Ahî et où diable a-t-il eu le talent de dénicher cet oiseau rare et précieux? les cantinières de l'armée d'Afrique sont donc bien différentes de leurs sœurs de toutes les autres armées ? car ie suppose que la maîtresse dont vous voulez parler est une cantinière.
— ■ (( Non pas, s'il vous plait, général; la femme dont je parle est bien au-dessus de cette classe par ses sentimens et par son esprit : au moins par ses sentimens actuels, car on dit qu'il n'y a pas très long-temps encore elle en avait qui devaient la classer un peu audessous des cantiuières. Vous qui parlez bien espagnol, vous seriez très à même déjuger son intelligence et sa fierté , car elle n'a pas encore appris d'autre langue ; mais je parie
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qu'elle ne tardera pas à parler français ou arabe ; c'est une tête bien organisée.
— « Pardieu! j'espère bien que le commandant nous régalera de sa société; cela nous divertira pendant les ennuis du siège.
—7 (( Ce lui sera facile; mais je suis étonné que vous ne l'ayez pas déjà aperçue : elle est avec lui.
— « Est-il possible? dit Wroukoulak en s'arrêtant et regardant fixement Macaulaj; quoi! ce jeune Espagnol, José, le domestique de d'Aubagne, serait
— c( Une fort jolie femme qu'il a amenée de Palma.
— (( De Palma! reprit le général effaré.
• — (( Mais oui; c'est le secret de la comédie : tout le quartier- général sait son véritable nom.
— (( Maria-Josepha ! n'est-ce pas? ajouta le Grec en saisissant convulsivement la main du Commodore. Malédiction ! Dieu soit loué ! ah, traître de d'Aubagne! ah, cher ami! »
Wroukoulak s'élança brusquement dans la bastide sans prendre congé de son compa-
gnon, qui, abasourdi des exclamations contradictoires qu'il venait d'entendre , se dirigea vers le quartier-général en se disant : a Bj godl cette petite Maria est donc destinée à faire perdre la raison à toute l'armée. »