CHAPITRE VII
Nihil est aliad magnum quam mulU minuta.
(Vet. Auct.)
Un évènement inquiétant vint troubler le calme courant de la vie heureuse qu’on menait au presbytère de Merton. Un matin en descendant, Eveline ne trouva pes la petite Sophie, qui avait réussi à s’arroger le privilège exclusif d’occuper un tabouret auprès de miss Cameron à déjeuner. Mistress Merton parut bientôt, la physionomie plus préoccupée que de coutume ; Sophie était souffrante; elle avait la lièvre. Depuis quelque temps la fièvre scarlatine régnait dans le voisinage; mistress Merton était donc fort tourmentée.
a C’est d’autant plus malheureux, Caroline, ajouta la mère, en se tournant vers miss Merton, que demain nous devions, comme vous le savez, aller passer quelques jours à Knaresdean, pour y voir les courses. Je crains que, si notre pauvre Sophie ne va pas mieux, vous et miss Cameron, vous ne soyez obligées d’y aller sans moi. Je puis demander à mistress Hare de vous y accompagner, elle en serait enchantée.
— Pauvre Sophie 1 dit Caroline ; je suis bien fâchée d’apprendre qu’elle soit malade. Mais je crois que Taylor prendrait bien soin d’eile; je ne vois pas du tout pourquoi vous vous croiriez obligée de rester, à moins qu’elle n’aille plus mal. »
Mistress Merton qui, avec son air tranquille, n’en était pas moins une mère tendre et dévouée, hocha la tête sans répondre. Sophie allait beaucoup plus mal à midi. On envoya chercher le médecin, qui déclara qu’elle avait la fièvre scarlatine.
Il était maintenant nécessaire de prendre des précautions contre la contagion. Caroline, qui avait eu cette fièvre, aida volontiers sa mère pendant deux ou trois heures. Mistress Merton renonça à la partie de plaisir du lendemain. On écrivit à mistress Hare (femme d un riche squire du voisinage), et cette dame accepta avec plaisir de se charger de Caroline et de son amie.
On avait laissé Sophie endormie. Quand mistress Merton revint auprès de son lit, elle y trouva Eveline tranquillement installée. Elle s’en alarma, car Eveline n’avait jamais eu lu fièvre scarlatine, et on lui avait interdit la chambre de la malade. Mais la pauvre petite Sophie s’était éveillée, et avait demandé, en pleurant, sa chère Eveline. La bonne d’enfant n’avait rien eu de plus pressé que de le dire à Eveline qui errait aux alentours de la chambre interdite et qui insista pour entrer. L’enfant la regardait d’un air si suppliant, lorsque mistress Merton rentra, et dit d’un ton si plaintif : € N’emmenez pas Eveline ! » que celle-ci déclara bravement qu’elle n’avait pas du tout peur de la contagion, et qu’elle était décidée à rester. D’ailleurs on ne pouvait se passer de son aide et de ses soins, puisque Caroline devait aller à Knaresdean le jour suivant.
— Mais vous y allez aussi, ma chère miss Cameron. *
— Non, vraiment, je ne le peux pas. Je ne tiens pas aux courses ; je n’ai jamais souhaité d’y aller ; j’aurais bien prô-
féré rester ici, et je suis convaincue que Sophie ne se trouverait pas hif*n sans moi. N’esl-ce pas, chérie?
— Oh si !... oh si ! je ne veux pas vous priver de voir les jolies courses ; cela me rendrait bien plus malade.
— Mais, Sophie, je ne tiens pas aux jolies courses, moi, comme votre sœur Caroline. Il faut absolument que Caroline y aille; on ne saurait se passer d'elle. Mais moi, on ne me connaît pas, et l’on ne s’apercevra guère de mon absence.
— Je ne veux pas entendre parler de cela, » dit mistress Merlon, les larmes aux yeux. Eveline se tut pour le moment. Mais le lendemain matin Sophie allait beaucoup plus mal, et sa mère était trop inquiète et trop triste pour songer davantage à 1 étiquette ou à la politesse, de sorte qu’Eveline resta.
Elle éprouva un regret passager quand la chose fut tout à fait décidée. Elle étouffa un soupir. Ne manquait-elle pas l’unique occasion de voir Mallravers qui se présenterait peut-être de longtemps? Elle avait attendu cette éventualité avec intérêt, et avec un sentiment de plaisir mêlé de crainte; l’occasion était perdue; mais pourquoi s’en inquiéterait-elle? Que lui faisait Mallravers ?
Le cœur de Caroline lui adressa des reproches, lorsqu’elle entra dans la chambre de Sophie avec son chapeau lilas et sa robe neuve. La petite fille tourna vers elle des yeux qui, malgré leur langueur, exprimaient pourtant le plaisir qu’éprouve une enfant à la vue de beaux atours, et s’écria:
« Que vous êtes donc belle, Caroline ! Je vous en supplie, emmenez Eveline avec vous ; Eveline sera si belle aussi ! >
Caroline embrassa silencieusement l’enfant, et s’arrêta indécise. Elle regardait alternativement sa robe, puis Eveline qui lui souriait sans la moindre arrière-pensée d’envie, et elle était presque tentée de rester aussi au presbytère quand sa mère entra tenant une lettre de lord Vargrave. Elle était courte : il devait se trouver aux courses de Knaresdean; il espérait y rencontrer ces dames et les accompagner à leur retour. Celte nouvelle redécida Caroline, et consola Eveline. Quelques minutes plus tard mistress Hare arriva ; Caroline, heureuse de se dérober peut-être au cri de sa conscience, s’empressa de monter en voiture, et dit précipitamment :
c Dieu vous bénisse tous ! Ne vous tourmentez pas ; je suis sûre qu elle ira bien demain ! et prenez garde, Eveline, de ne pas attraper la lièvre. »
Alice. 9
M. Merton prit un air sérieux, et soupira en lui donnant la main pour monter en voiture. Mais lorsqu’elle s’y trouva assise, qu’elle se tourna vers lui, et qu’elle lui envoya de la main un baiser, elle était si belle et si distinguée, qu’un sentiment d’orgueil paternel dissipa le chagrin que lui avait causé son peu de sensibilité. Il avait, lui aussi, renoncé à la visite de Knaresdean; mais quelque temps après, Sophie s’étant endormie d’un paisible sommeil, il crut pouvoir sans inconvénient se hasarder à traverser au galop le pays, à gagner le champ de courses et à revenir diner chez lui.
Les jours se passèrent; une semaine entière s’écoula; les courses étaient finies ; mais Caroline n’était pas de retour. Cependant la fièvre de Sophie s’était calmée ; elle put quitter son lit, sa chambre; elle put enfin descendre, et le bonheur rentra dans la famille. 11 est étonnant combien la moindre indisposition chez ces petits êtres dérange tous les rouages de la vie domestique ! Eveline, par bonheur, n’avait pas pris la fièvre. Elle était pâle et un peu amaigrie par la fatigue et le défaut d’air et d'exercice ; mais elle en était amplement dédommagée par le doux regard humide et reconnaissant de la mère, par l’affectueux serrement de main du père, par le rétablissement de Sophie, et parla satisfaction de son propre cœur. Caroline avait écrit deux fois ; chaque fois c’était pour différer son retour. Lady Raby, disait-elle, était si aimable pour elle qu’il ne lui était pas possible de la quitter avant que sa société se fût dispersée; elle était charmée d’avoir d’aussi bonnes nouvelles de Sophie.
Lord Vargrave n’était pas encore arrivé au presbytère pour y rester ; mais il y était venu deux fois à cheval, et il y avait passé quelques heures. Il fit tous ses efforts pour se rendre agréable à Eveline, qui, trompée par ses manières, et influencée par les souvenirs d’une longue et familière intimité, se reprocha plus que jamais la répugnance que lui inspiraient ses avances, et l’ingrate hésitation qu’elle éprouvait à accomplir les vœux de son beau-père.
Lumley fit aux Merton d’aimables éloges de Caroline. Elle était disait-il, fort admirée; c’était bien la plus jolie femme qui se trouvât à Knaresdean. Un certain jeune homme de ses amis, lord Doltimore, en était évidemment épris. Cette dernière phrase donna beaucoup à penser à M. et à Merton.
Un matin mistress Rare, infatigable causeuse et la plus grande commère du voisinage, vint faire visite au presbytère.
* Elle était revenue l’avant-veille de Knaresdean ; et elle avait aussi mille choses à raconter au sujet des conquêtes de Caroline.
« Je vous assure, ma chère mistress Merton, que si nous n’avions su qu’il avait le cœur préoccupé d’un autre objet, nous aurions pensé que lord Varprave était son plus ardent admirateur. C'est un homme bien charmant que lord Vargravel Mais quand à lord Doltimore, c’est véritablement de l’amour : il n’y a pas à s’yméprendre. Excusez-moi ; je n’aime pas les cancans, vous savez, ah! ah! ahl C’est un beau jeune homme, mais froid et réservé; il n’a pas le charme de lord Vargrave.
— Lord Raby s'en retourne-t-il à Londres, ou bien s’est-il fixé à Knaresdean pour tout l’automne?
— Il part vendredi, je crois. Fl ne reste plus beaucoup de monde à Knaresdean. Lady A*'*, lord B***, lord Vargrave et votre fille, M. Legard, lord Doltimore, et mistress Cipher avec ses filles; tous les autres invités ont quitté le môme jour que moi.
— Vraiment! ditM. Merton, un peu surpris.
— Ah! je devine ce que vous pensez; vous vous étonnez que miss Caroline ne soit pas revenue, n’est-ce pas ? Mais peut-être lord Doltimore.. . ah! ah I ah 1 Ce n’est pas pour faire des cancans, mais... excusez-moi, de grâce!
— M Maltravers était-il à Knaresdean? » demanda mistress Merion, qui désirait changer de conversation, et qui. pour l’instant, ne trouva pas autre chose à dire. Eveline était en train de découper un dada en papier pour Sophie; l’enfant, qui avait perdu sa bruyante gaieté, était couchée sur le canapé, et suivait attentivement les doigs de fée d’Eveline.
« Méchante Eveline, vous avez coupé la tête au dada!
— M. Maltravers ? non, je ne crois pas ; non, je • me rappelle positivement qu’il n’y était pas. Lord Raby l’avait prié avec instance de venir, et il a été fort contrarié qu’il n’ait pas voulu accepter son invitation. Mais à propos de M. Maltravers, je l’ai rencontré ce matin, il y a un quart d’heure, en venant vous voir. Vous savez qu’il nous a donné la permission de traverser sa propriété ; et comme je me trouvais dans le parc, j’ai fait arrêter ma voilure pour lui parler. Je lui ai dit que je venais ici, que vous aviez eu la fièvre scarlatine chez vous, et que c’était pour celte raison que vous n’étiez pas allée aux courses. Il est devenu pâle comme la mort, et il m’a semblé tout bouleversé. Je lui al dit que nous
craignions tous que miss Cameron ne prît la scarlatine; et,' pardonnez-moi, mais... ahl ah! ah! ce n’est pas pour faire des cancans, j’espère... mais...
— M. Mallravers, > annonça le sommelier, en ouvrant la porte.
Mallravers entra à pas rapides et précipités; il s’arrêta court en voyant Eveline, et toute sa physionon.ie s’illumina instantanément 'd’une expression joyeuse, qui s’évanouit aussi subitement.
c Voilà qui est bien aimable, dit mistress Merton; il y a si longtemps que nous ne vous avons vu.
— J'ai été fort occupé, dit Maltravèrs à voix basse et d’une manière presque inintelligible, en s’asseyant auprès d’Eveline. Je viens seulement d’apprendre... que... que vous aviez eu des malades chez vous. Miss Cameron, vous êtes pâle... Vous... vous n’avez pas souffert, j’espère?
— Non, je me porte parfaitement bien, dit Eveline en souriant; elle se sentait tout heureuse que son ami lui parlât avec tant de bonté.
— Ce n'est que moi qui suis malade, monsieur Ernest, dit Sophie; vous m’avez oubliée! »
Mallravers se hâta de se justifier, et la paix fut bientôt faite.
Mistress Hare, à qui l'étonnement causé par celte arrivée inopinée avait fait garder le silence, et qui brûlait de justifier avec d’élégantes périphrases le vulgaire adage : a trop parler nuit, » se mil à débiter de nouveau son chapelet. Elle babilla avec l’un ; elle babilla avec 1 autre; elle babilla avec tout le monde, jusqu’à ce qu’elle fut hors d'haleine. Alors la demi-heure de rigueur étant écoulée, on sonna, pour demander la voilure de mistress Hare, qui se leva pour partir.
c Ayez donc la bonté de venir avec moi jusqu’à la porte, mistress Merton, dii-elle, pour voir mon poney- phaelon, il est si joli ! Lady Raby l'admire fort; vous devriez en avoir un semblable. » En parlant, elle lança à mistress Merton un regard significatif, qui disait aussi clairement que peut le dire un regard : t J'ai quelque chose à vous conter. » Mistress Merton comprit, et sortit avec la bonne dame.
a Savez-vous, ma chère mistress Merton, dit à voix basse mistress Hare, lorsqu’elles se trouvèrent dans la salle de billard qui séparait le salon du vestibule ; savez-vous si lord Vargrave et M. Mallravers sont bien ensemble?
— Non, vraiment. Pourquoi me demandez-vous cela?
— Oh! parce que, quand j’ai parlé de M. Mallravers à lord Vargrave, il a secoué la lêie; et je ne me souviens pas e\aclemenl de ce qu’il m’a dit, mais j’ai cru comprendre qu’il y avait un peu de froid entre eux. Il m’a demande avec une certaine inquiétude si M. Mallravers venait souvent au presbytère ; et il a paru troublé quand je lui ai dit que vous étiez si proches voisins. Vous m’excuserez, vous savez, mais... ah I ah ! ah ! nous sommes de si anciennes amies i et si lord Vargrave doit venir passer chez vous quelque temps, il lui serait peut-être désagréable de rencontrer... vous m’excuserez. J’ai pris la liberté de lui dire qu il n’avait pas lieu d’être jaloux de M. Mallravers, ah ! ah I car il n’était guère homme à se marier. Mais j’avoue que je n’ai pu m’empècher dépenser que miss Caroline était l’objet... vous me pardonnerez... ce n’est pas pour faire des cancans, mais... ah! enfin tout bien considéré, il vaut mieux que ce soit lord Doltimore. Allons, allons, je vous souhaite le bonjour. J'ai pensé qu il valait mieux que vous fussiez avertie. N’esl-ce pas que mon phaélon est joli ? Mes compliments affectueux à M. Merton. >
Et la dame partit.
Pendant cet entretien Maltraversel Eveline restèrent seuls avec Sophie. Mallravers était resté penché au-dessus de la petite fille, occupé à ce qu’il semblait d’écouter son babil; tandis qu’Eveline, qui s’était levée pour donner la main à mistress Hare, au lieu de se rasseoir, s'acheminait vers la fenêtre, et s’occupait d’arranger une corbeille de fleurs qui se trouvait dans l'embrasure.
« Ah! c'est joli, monsieur Ernest, dit Sophie (qui prononçait toujours ce nom en zézeyant), c’est joli ; vous ne vous souciez guère de nous. Vous êtes si longtemps sans venir nous voir ! n'est-ce pas, Eveline? J’ai bien envie de ne pas vous parler, monsieur, je vous assure!
— Ce serait un châtiment par trop sévère, miss Sophie; seulement, par bonheur pour moi, c'est sur vous qu’il retomberait. "Vous ne pourriez vivre sans jaser, jaser, jaser!
— Mais je n’aurais plus jamais jasé peut-être, monsieur Ernest, si maman, et ma jolie Eveline, n’eussent été si bonnes pour moi; » et l’enfant secoua Iristemenl la tète, comme si elle avait pitié d’elle-mème. « Mais vous ne resterez plus si longtemps sans venir, n’est-ce pas? Sophie pourra jouer demain; il faudra venir demain balancer Sophie; il n’y a plus d'escarpolette depuis que vous ne venez plus. >
Tandis que Sophie parlait, Eveliue se tourna à demi, comme pour entendre la réponse de Maltravers, qui paraissait hésiter ;
« Il ne faut pas, dit-elle, importuner M. Maltravers de la sorte, Sophie. M. Maltravers a trop à faire pour venir nous voir. «
C’était une parole un peu aigre pour Eveline, et, tout en parlant, ses joues se colorèrent ; mais un sourire malin et provocateur errait pourtant sur ses lèvres.
f Mon absence de ces lieux ne peut être une privation que pour moi, miss Cameron, > dit Mallravers se levant, et s'efforçant en vain de résister è 1 impulsion qui l’attirait vers la fenêtre. Le reproche contenu dans les paroles et le ton d’Eveline l’affligeait et l’enchantait à la fois. Et puis celte scène, cette enfant malade lui rappelaient sa première entrevue avec Eveline. Il oublia, en cet instant, l intervalle de temps qui s'était écoulé, les nouveaux liens qu’elle avait formés, et toutes les résolutions qu il avait prises.
« Vous nous faites là un compliment peu flatteur, répondit ingénûment Eveline; pensez -vous que nous soyons assez indignes de votre société pour ne pas en apprécier l’avantage? Mais peut-être, ajouta-t-elle, en baissant la voix, peutêtre que nous vous avons offensé... peut-être que... je... je... vous ai... dit quelque chose de... de blessant I
— Vous ! » s’écria Mallravers tout ému.
Sophie, qui avait tout écoulé fort attentivement, intervint dans la discussion.
« Donnez-lui la main, dit-elle, pour faire votre paix avec Eveline. Vous vous serez querellé avec elle, méchant Ernest ! >
Eveline se mit à rire, et rejeta en arrière les boucles dorées de sa chevelure.
€ Je crois que Sophie a raison, dit-elle avec une simplicité charmante; faisons la paix! « Et elle tendit la main à Maltravers.
Mallravers porta celte blanche main à ses lèvres.
c Hélas! dit-il, ému par différents sentiments qui firent trembler sa voix mâle, le seul défaut que je vous reproche, c’est que votre société me rend mécontent de mes foyers déserts ; et comme la solitude doit être la destinée de ma vie, je cherche à m’y endurcir. »
En ce moment, mislress Merton fit sa rentrée au salon; heureusement ou non, c’est au lecteur à en décider.
Elle s’excusa de son absence, parla de mistress Hare, et de ses petits garçons ; de beaux enfants, mais trop turbulents. Puis elle demanda à Mallravers s’il avait vu lord Vargrave, depuis que ce dernier se trouvait dans le comté !
Maltravers répondit froidement qu’il n’avait pas eu cet honneur; que Vargrave lui avait fait visite en se rendant au presbytère quelques jours auparavant; mais qu’il n’était pas chez lui, et qu il ne l avait pas vu depuis plusieurs années.
a C’est un homme qui a des manières fort séduisantes, dit mistress Merton.
— Assurément ; fort séduisantes.
— Et c’est un homme d’un grand mérite...
— Oui, il a beaucoup de moyens.
— Il parait fort aimable. »
Maltravers s’inclina, et regarda du côté d’Eveline ; mais le visage de la jeune fille n’était pas lourné vers lui.
Le tour qu’avait pris la conversation était pénible au visiteur, et il se leva pour partir.
< Peut-être nous ferez-vous le plaisir de vous trouvera dîner ici demain avec lord Vargrave, dit mistress Merton ; il doit venir passer avec nous quelques jours, autant que le lui permettront ses affaires. >
Maltravers se trouver avec Vargrave , l’heureux Vargrave ! le fiancé d'Eveline 1 Maltravers être témoin des droits affectueux, des privilèges enchanteurs accordés à un autre 1 et à un autre encore qu’il ne croyait pas digne d’Eveüne! Les images qu’évoqua l’invitation de mistress Merton le firent frémir.
« Vous êtes trop bonne, ma chère mistress Merton, mais j’attends un hôte à Burleigh; un ancien et bien cher ami, M. Cleveland.
— M. Cleveland ! nous serons enchantés de le voir aussi. Nous l’avons connu il y a bien des années, pendant votre minorité, lorsqu’il venait visiter Burleigh deux ou trois fois l’an.
— Il a bien changé depuis lors ; il est souvent malade. Je crains de ne pouvoir prendre d’engagement en son nom ; mais, aussitôt après son arrivée, il viendra vous faire visite, et vous adresser lui-même ses excuses. »
Maltravers prit alors congé à la hâte. Il ne se sentit pas assez maitre de lui pouradresser à Evelineautre chose qu’un froid salut; elle lui jeta un regard plein de reproches. Ainsi donc son éloignement du presbytère était prémédité, résolu
d'avance î et pourquoi? elle était affligée.; elle était froissée, mais plus affligée que froissée. C’était peut-être parce que l’estime, l’iiilérêt, l’admiration sont plus tolérants et plus charitables que l’amour.