‹ Aliénés et anormauxChapitre 17 sur 39 · SUICIDES D ENFANTS · texte numérisé non relu

SUICIDES D ENFANTS

1875, il n'était que de 341. C'est une augmentation du simple au double en trente ans. Il est donc permis d'avancer que le suicide infantile tend à devenir de plus en plus fréquent. Pourquoi les enfants se suicident-ils? Y a-t-il un remède à des accidents aussi lamentables?

On dit couramment que Fenfant est un « sans-souci ». Partant de là, on n'attache guère d'importance à ses menus chagrins et à ses petites préoccupations qui, la plupart du temps, sont en effet de courte durée, quoique parfois d'une grande intensité. On a raison, d'une façon générale. Cependant, il importe de savoir que certains enfants anormaux, pourvus d'un système nerveux maladivement sensible, sont capables de se détruire sous l'empire d'une de ces peines que nous considérons comme futiles et insignifiantes. Je croirais même volontiers qu'il en est ainsi dans la grande majorité des cas de morts infantiles volontaires. La preuve en est dans les billets posthumes laissés parfois par ces petits désespérés. En voici quelques-uns : c( Je me noie; mon père m'a grondé... » « Je me suicide parce que je n'ai pas eu de prix... » « Si je me tue, c'est parce que j'ai trois dents cassées... »

Une pareille disproportion entre la cause et l'effet donne à elle seule toute la mesure du déséquilibre mental de ces enfants. Ce déséquilibre apparaît aussi considérable chez des gamins de n(;uf ans ou des fillettes de treize ans qui se tirent des coups de revolver par désespoir d'amour. Le D'" Moreau, de Tours, rapporte le fait d'un garçon de onze ans qui s'est noyé et dont le corps était couvert des tatouages exphcalifs suivants : au bras gauche se trouvait

un cœur percé d'une flèche, et au-dessous ces mots : « A toi, Pulchérie !... » Au bras droit figurait cet autre aveu : « L'amour m'a enflammé! » Enfin, au-dessus du sein gauche, on lisait : « Il ne m'appartient plus ! »

Dans la même catégorie de déséquilibrés rentrent les enfants qui se tuent par simple imitation ou par bravade.

— Tiens, dit l'un en apercevant un pendu, il faut que je me pende aussi.

Et il le fait séance tenante.

« Je me suis brûlé la cervelle exprès », écrit un autre qui meurt pour montrer qu'il a su agir comme un homme.

Toutefois, à côté de ces causes futiles, il peut y avoir chez les enfants des souffrances déterminées par des passions violentes, comme la jalousie ; par des mauvais traitements, comme ceux dont sont victimes les petits martyrs; par les maladies aussi du corps et de l'esprit. N'a-t-on pas cité dans les journaux le cas de ce désespéré d'Issy-les- Moufineaux, âgé seulement de six ans, malade depuis de longs mois d'une afîection fébrile épuisante et ayant déjà manifesté à plusieurs reprises le désir de se tuer. Profitant d'une absence momentanée de sa garde-malade, le petit malheureux enjamba la barre d'appui de la fenêtre de sa chambre, située au deuxième étage, et se précipita dans la rue. Dernièrement, j'ai vu un gamin de onze ans, enfant de paysans habitant loin de toute grande ville. 11 se sait atteint d'épilepsie et croit son avenir compromis par cette maladie.

— J'aime mieux mourir, m'a-l-il déclaré, que de continuer ainsi à tomber.

Surpris par une pareille déclaration émanant d'un enfant

Page 1