‹ Aliénés et anormauxChapitre 21 sur 39 · LE DÉPISTAGE ET LE TRL\GE DES ÉCOLIERS ANORMAUX · texte numérisé non relu

LE DÉPISTAGE ET LE TRL\GE DES ÉCOLIERS ANORMAUX

tagnes de la Savoie. A première vue, ils me produisaient l'impression d'être débiles, intellectuellement inférieurs. L'un d'eux avait huit ans. Il n'allait pas à Técole et ne savait ni lire ni écrire. Je voulais cependant me rendre compte de son degré d'intelligence. Alors, je l'ai regardé jouer avec d'autres enfants de la ruelle où il végétait. On jouait à la marelle. Mon sujet joue-t-il avec attention, me suis-je demandé. Parfaitement, car il suit avec un regard intéressé tous les mouvements de ses camarades. Voilà son tour de pousser le caillou en sautant à cloche-pied. Il le fait d'une façon coordonnée et alerte. C'est un enfant, me suis-je dit, qui est capable de fixer son attention, d'associer des mouvements utiles à l'exécution d'un acte complexe tel que le jeu à la marelle. Un jour, j'ai pris à part mon petit bonhomme et je lui ai montré trois images, l'une après l'autre, après quoi je les ai mises dans ma poche. Invité à me raconter ce qu'il a vu sur ces images, ce petit -sauvageon me l'a dit assez exactement...

Une autre fois, je lui ai présenté un paquet de verdure composé de branches d'arbres, de longueur et de grosseur différentes. Laquelle est la plus longue, laquelle est la plus épaisse? Il n'a pas été embarrassé pour me le montrer. Je lui ai raconté aussi une petite histoire en trois lignes sur un chien qu'il connaissait quia poursuivi un chat de son \oisin. A ce propos, il s'est souvenu d'un fait analogue arrivé « l'autre jour » dans le jardin d'à-côté. Mais, quand je lui ai demandé s'il savait en quel mois on était, il ne me comprenait point en me disant: «je sais pas ce quec'est ». Au contraire, il sait me dire que c'est « bientôt la fête du village ». Il m'explique par quelles rues il faut passer pour arriver de la ruelle où nous sommes à la mairie. Il sait où se trouve l'épicier et fait très correctement les commissions...

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Et voilà comment j'ai pu me faire une opinion sur l'intellig'ence de ce petit savoN'ard dont rignoranec au point de vue pédagogique était absolue et qui, pourtant, n'était pas j>lus bête qu'un autre enfant iioi-mal, de son âge et de son milieu.

On se méfiera donc énormément de ses « premières impressions )K Pour se faire une idée valable de l'intelligence des élèves, on procédera à une élude méthodique et prolongée.

Par Tobservation directe de la physionomie de Penfanf, de ses mouvements spontanés ou provofjués, de ses propos en classe pendant les récréations, ou dans les entretiens particuliers, on cherchera à reconnaître le trouble intellectuel principal commun à un grand nombre d'enfants anormaux à quelque catégorie qu'ils a|)partiennent, — trouble constitué par le défaut de la faculté d'attention. Or, de ce défaut primordial découlent ces autres signes: 1) Vinsuffisance de l'application, 2) V insuffisance de l'assimilation des images mentales, de leur conservation, et par conséquent de la mémoire, 3) Y insuffisance ou môme Yabsence d'association d'idées, du raisonnement. Le résultat naturel de toutes ces insuffisances est constitué par le signe du retard de l'instruction de l'élève anormal : au bout de Tannée scolaire, son bagage de connaissances acquises est ou bien nul ou si maigre qu'il est impossible de le faire passer à la classe supérieure, (^e retard d'instruction, qui peut ôlre d'un an, de deux ans, de trois ans et davantage, peut servir ainsi, jusqu'à un certain point, de mesure d'insuffisance intellectuelle de l'écolier anormal, parce qu'il indiquera Y intensité et la durée de cette insufïisance. Je dis «jusqu'à un certain point», parce qu'il y a j)as mal d'autrx'S facteurs qui entrent en ligne de compte et (pii peuvent contribuer' chez un enfant même

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faiblement anormal à détei'miner un retard considérable de son instruction. Ces facteurs sont: l'enlive tardive de cet enfanta l'école: sa fréquenlalion scolaire irrégulière, insuffisante; l'application de mélhodcs pédagogiques mal appropriées à son genre de déficience mentale. De ces diverses considérations résulte pour les instituteurs et les institutrices le précepte suivant :

(}uand on a été amené par ses observations personnelles à considérer tel ou tel des élèves comme atteint d'un trouble permanent de la faculté d'attention avec toutes ses conséquences fâcheuses d'ordre pédagogique et intellectuel, on doit établir : 1) de combien d'années il est en retard sur ses camarades, et 2) de quelles autres causes d'ordre [)édagogique que l'insuffisance mentale ce retard peut dépendre : de la scolarité tardive, irrégulière ou mal appropriée. Et surtout il ne faut jamais se laisser guider exclusivement par la constatation pure et simple du retai'd scolaire. 11 va des enfants d'une intelligence normale, et môme supérieure à la moyenne, qui sont momentanément en relard sur leurs camarades, soit par l'effet d'une maladie, soit par suite de vo3'ages ou travaux domestiques qui les ont empêchés de suivre régulièrement les études. La rapidité avec laquelle ces retardataires rattrapent le temps perdu démontre bien vite que leurs facultés d'attention et d'application étaient normales. D'un autre côté, tout le monde connaît des enfants d'un intellect plutôt faible, d'une attention intelligente inférieure, qui savent se maintenir au niveau scolaire de leurs camarades grâce à d'une volonté persévérante.

11 importe de ne considérer le retard d'une ou même de plusieurs années que comme un simple signe qui n'acquiert de la valeur pour le dépistage des enfants anormaux que lorsqu'il résulte de la présence de tous les autres

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symptômes d'ordre intellectuel sur lesquels je crois avoir suffisamment insisté.

Les signes tirés de lobservation du caractère des enfants peuvent se diviser en deux catégories: signes de dépression et signes d'excitation.

h'inerlie, Vapathie, la torjieur, la stupeur rentrent dans la première. On les observera souvent chez les mêmes enfants chez lesquels, dans le domaine intellectuel, on constate le regard figé et vague. Ces enfants constituent comme des masses de chair déposées sur les bancs de la classe qu'ils encombrent bien inutilement. Mais, parfois, on aura aff'aire à des écohers inertes et apathiques dont l'intelligence est normale ou à peu près. Leur inertie sera ou bien permanente, constante, et deviendra un véritable obstacle pour les progrès scolaires ; ou bien procédera par périodes, par crises qui, en se répétant, attireront nécessairement Tattention du professeur. La jour où Ton a acquis la conviction très nette que l'enfant, sans être débile mentalement, est cependant un être déprimé avec des tendances à s'abandonner à une sorte de torpeur, il importe de le faire examiner par le médecin de l'école qui recherchera hi signification et les causes de cette manière d'être anoimale de l'élève.

Les signes d'excitation du caractère des enfants sont nombreux : agitation, mouvements désordonnés d'impatience, actes ou gestes d'impertinence, de taquinerie, d'indiscipline, d'inobéissance, de révolte, de brutalité, de méchanceté, de cruauté, tendances aux mensonges, aux (ju( relies, aux vols, à l'onanisme, etc..

Assez souvent, pas toujours, ces signes d'excilalii»n s'allient à la débilité mentale. Il y a cependant des cas dans

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