LES PREMIERS RÉSULTATS DE L'ÉDUCATION DES ANORMAUX PERFECTIBLES
Jusqu'à présent, la loi du 28 mars 1882 sur l'instruction obligatoire en France reste, en réalité, lettre morte pour l'immense majorité des enfants arriérés, mentalement ou moralement. La nouvelle loi du 15 avril 1909 essaie de réparer cette injustice, dont les résultats se font sentir durement. Pendant longtemps, notre société s'imaginait (ju'elle pouvait ignorer ses miiiKs habentes, en les abandonnant à leur triste sort bien connu.
Tout le monde sait aujourd'hui qu'en appliquant à ses enfants mentalement ou moralement débiles la politique des « bras croisés », la société commet non seulement une injustice, mais une erreur économique : se défendre conlr-e ces malheureux quand ils sont grands coule au moins dixfois plus cher que de les élever rationnellement pendant qu'ils sont encore petits et éducables. Il y a longtemps que cette vérité est démontrée par les recherches patientes de nombreux savants, aliénistes et pédagogues, français pour la plupart, comme llard, Esquirol, Séguin, Bourneville. (]e sont leurs travaitx scientifiques (pii ont inspiré des hommes de cœur comme Léon Bourgeois, Paul Strauss, Gasquet, quand ils ont essayé de créer en France, il y a quelques années, un mouvement en faveur de l'éducation spéciale de nos enfants arriérés, (irâce à ces initiateurs.
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et bien avant le vote de la loi du 15 avril 1909, on s'occupe du relèvement psychique des arriérés, tant à Paris qu'à Bordeaux, à Lvon, à Poitiers, à Tours.
Quels sont les résultats de ces essais d'éducation des arriérés ? Je Tai demandé à M. Gustave Baguer, chargé tout récemment par le ministre de Flnstruction publique d'une mission d'enquête et d'inspection dans toute la France sur cet important problème. Les faits qu'il vient d'observer et qu'il a bien voulu me citer prouvent que les méthodes préconisées par les aliénistes et les pédagogues servent admirablement à développer chez les débiles mentaux les facultés d'attention, de jugement et de volonté.
Qu'ils soient agités comme des diables ou apathiques pareils à des chiffons mouillés, ces enfant ont un trait psychologique commun : ils sont incapables d'attention intelligente, raisonnée et soutenue. Dans toutes les classes spéciales visitées par M. Baguer, il s'agissait d'enfants qui auparavant fréquentaient l'école ordinaire depuis deux ou trois ans, sans le moindre profit pour eux, et qui faisaient le désespoir de leur maître par le manque absolu de tout désir de s'instruire, de toute application au travail scolaire. Les mêmes enfants, placés au nombre de quinze à vingt dans la classe spéciale, ont été soumis individuellement à l'éducation méthodique de leurs sens. On leur a appris à regarder la forme, la couleur, les proportions des divers objets.
11 y a des maîtres qui, pour surprendre et fixer leur regard chstrait, n'ont pas hésité à s'improviser « pantins » et à exécuter devant leurs élèves, devenus tout à coup attentifs, des mouvements amusants avec la tête, les bras
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OU les jambes. D'abord fugilive, la faculté de l'attenlion, méthodiquement cultivée, devenait plus durable. Peu à peu, ces anciens « propres à rien », ces « hurluberlus », ces « cancres » apprenaient, en s'amusant, à lire, à écrire, à dessiner, à chanter, à faire de la gymnastique, et ce qui est plus important, à travailler à des travaux utiles.
A Bordeaux, par exemple, les arriérés ont exécuté, sous la direction de leur maître, de nombreux articles de cartonnage, des cages d'oiseaux, des gibecières, etc.. Mêmes constatations encourageantes dans les classes spéciales de Paris, de Lyon, de Poitiers et de Tours : les enfants arriérés, bien dirigés, ont fait utilement un apprentissage approprié aux métiers de la région habitée par eux.
L'expérience des classes spéciales a donc démontré ainsi l'excellence des méthodes élaborées pour l'éducation et l'adaptation sociale des enfants arriérés. Mais elle a prouvé aussi que pour obtenir des résultats durables et vraiment utiles pour la collectivité, il est indispensable d'élever ces enfants non pas dans une classe annexée à une école ordinaire, mais dans une école autonome, et mieux encore, dans un internat.
L'insuffisance d'une seule classe saute aux veux. La première année, le maître s'occupe d'une quinzaine d'arriérés; sa tâche est déjà suffisamment fatigante et délicate. Arrive la deuxième année, avec ses quinze ou vingt nouveaux arriérés. Paut-il laisser le premier groupe en panne et entreprendre l'éducation du second ? Quant à conduire les deux groupes en mémo temps, il ne faut pas y songer... On aboutit ainsi à la nécessité de fonder une école complète pour arriérés, avec son personnel, son programme.