LES ANOMALIES MENTALES SONT-ELLES ÉVITABLES
Le petit bonhomme eut des camarades, pour ne pas l'habituer à vivre dans l'entourage trop facile et monotone des grandes personnes. Puis, quand la présence des frères et sœurs à la maison l'eut accoutumé à la sociabilité, ses parents le mirent, vers douze ans en classe, au milieu de beaucoup d'enfants, pour l'habituer aux difficultés de la vie.
Dans l'intérêt de son avenir cérébral et malgré ses dispositions intellectuelles très marquées, les études ne furent pas poussées fort loin. Les parents le destinèrent à l'agriculture, c'est-à-dire à une profession où il n'a à redouter ni la lutte trop âpre, ni l'absence d'air. 11 a étudié en voyageant, en faisant des séjours dans des exploitations modèles non seulement en France, mais à l'étranger.
Monbambin est aujourd'hui un homme. Il sait, il apprécie tout ce que ses parents ont fait pour lui ; en sorte que, pour garder et augmenter le trésor de bonne santé physique et morale qu'ils lui ont acquis au prix de tant d'efforts, il est bien résolu, lui qui songe déjà à se marier, à ne choisir qu'une femme parfaitement saine, robuste de corps et d'esprit.
Voilà comment mes amis ont lutté contre les douloureuses surprises de l'hérédité morbide. Jusqu'à présent ils semblent avoir réussi, guidés simplement par leur amour éclairé de père et de mère.
Si tout le monde faisait comme eux, je ne dis pas qu'il n'y aurait plus de fous du tout, mais il y en aurait sûrement moins, et ne serait-ce pas déjà un grand bienfait social que d'avoir diminué un mal si terrible ?
LA PROPHYLAXIE DE LA FOLIE PAR L'ÉDUCA- TION ANTIALCOOLIQUE DES PARENTS
A chaque rentrée des écoles, garçons et filles apprennent toute sorte de choses utiles, et, pai-mi elles, les dangers de l'alcoolisme. En effet, depuis 1895, grâce à M. Poincaré, alors ministre de Tlnstruction publique, l'enseignement antialcoolique se fait régulièrement dans toutes les écoles de Paris. Mais, quelle ironie du sort ! Onze ans après, le même M. Poincaré, ministre des Finances, est obligé de compter sur une consommation plus vaste de l'absinthe, puisque pour équilibrer le budget de 1907, cette maudite liqueur doit rapporter au Trésor quelques millions de plus que de coutume.
— Les affaires sont les affaires, répond à cela le grand argentier.
En 1897, le maître de l'Université d'alors, M. Rambaud, introduisit l'enseignement antialcoolique d'une façon obligatoire dans les lycées, collèges, écoles normales, écoles primaires supérieures et écoles communales de toute la France. Cette propagande scolaire, faite depuis dix ans, a produit des résultats incontestables. D'abord, on boit beaucoup moins d'alcool dans les classes moN^ennes de la société : la bourgeoisie, grande et petite, pratique la tempérance d'une façon de plus en plus sérieuse, et elle s'en trouve fort bien à tous les points de vue. Ensuite, d'après
L ÉDUCATION ANTIAr-COOLIQUE DES PARENTS
le dernier recensement de la Lio-ue nationale contre l'alcoolisme, il existe actuellement en France 1.2o0 sections antialcooliques, comprenant 32.471 membres qui ont renoncé à l'usage des alcools et qui font autour d'eux une propagande active en faveur de la sobriété. C'est grâce à
Fig. 62. — Ce que la France consomme d'alcool.
ces apôtres zélés que la pétition contre l'absinthe a pu réunir près de six cent cinquante mille signatures.
Il V a donc des résultats qui sont loin d'être négligeables. Toutefois, pour débarrasser le pays du fléau alcoolique, il reste encore énormément à faire.
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Il reste notamment à conquérir à l'antiolcoolismc les enfants de toutes ces régions de la France dans lesquelles la consommation de l'alcool, par tête d'habitant, et cela sans compter le vin, le cidre et la bière, dépasse deux litres. La carte que nous reproduisons, dressée par M. Baudrillard, antialcooliste universitaire très actif cl dévoué, montre admirablement de quel côté il faut porter les efforts, dans quels départements il importe d'organiser la propagande (fig. 62).
Plus la teinte est sombre, plus la consommation de l'alcool est forte, et plus grands aussi sont les ravages du poison.
Eh bien ! jusqu'à présent, il faut le reconnaître, l'enseignement antialcoolique scolaire n'a donné des résultats que dans les déparlements où l'on boit relativement peu. Les régions où Teau-de-vie est absorbée en grande quantité, comme celles qui, sur notre carte, sont teintées en noir, se montrent rebelles à la propagande. Les départements du nord de la France, notamment, les plus éprouvés par l'alcoolisme, sont aussi ceux dans lesquels on constate le moins de sections scolaires de tempérance. Pourquoi ? Parce que l'œuvre antialcoolique de l'école y reste théorique, en complet désaccord avec ce qui se pratique dans la famille. L'acte du père ou de la mère absorbant devant leurs enfants du marc, du genièvie ou de l'absinthe, détruit en un clin d'œil les effets de la parole du maître qui leur a expliqué le mieux qu'il a pu les méfaits de ces boissons. L'exemple est et sera toujoui-s plus fort que le mot. Acta non verba, dit le proverbe latin.