Annales médico-psychologiques
2. Loc. cit.,i. III, p. 707. Voyez aussi, sur Gheel, une colonie d'aliénés, l'étude publiée ici même, le 1="^ novembre 1837, par Jules Duval.
celte région où s'élevait une chapelle dédiée à saint Martin, Tapùlre des Gaules, la fdle d'un roi païen d'Irlande qui la poursuivait de son amour incestueux. Convertie au christianisme, la jeune princesse vint chercher la paix près de la chapelle du saint. Mais le père réussit à rejoindre sa victime et lui trancha la tète. Le tombeau de lajeune martyre devint un rendez-vous de tous les habitants pieux de la région. Or, parmi eux, il y avait plusieurs « fous » qui guérirent brusquement en priant sur le tombeau. Ces guérisons miraculeuses ont valu à la malheureuse princesse le titre de « patronne des aliénés ». Dès lors, on amena des malades à Gheel, de tous les coins des pays environnants, et on les y installa chez les habitants du village qui les soignaient et les entretenaient en attendant le miracle de leur guérison qui, malheureusement pour eux, n'était pas toujours instantané. Et depuis des siècles on continue à envoyer les fous à Gheel, qui est aujourd'hui une sorte de vaste Salpètrière à portes ouvertes. Les malades y sont libres dans les maisons et dans les rues tant qu'ils sont calmes etinoffensifs. Ils sont hébergés chez des nourriciers qui ne doivent accepter chacun que deux aliénés h la fois, et toujours du même sexe. Ils peuvent travailler, s'ils le veulent, àdes métiers de leur choix. Depuis 1882, le village est administré et inspecté par une commission spéciale et permanente. Nuit et jour, on y voit des gardes qui surveillent les malades dans les rues, qui les visitent h domicile et qui s'assurent de leur bien-être. Le service médical est assuré par quatre médecins. En cas de crise aiguë, les malades sont immédiatement transportés dans une infir-mcrie spécialement aménagée pour le traitement des affections intercurrentes. Remarquons qu'on envoie à Gheel principalement les aliénés chroniques et intellectuellement déjà affaiblis. Le système de liberté quasi absolue qu'on y
applique ne peut guère convenir aux fous agités, violents, à tendances homicides ou suicides.
Des fondations analogues existent à Lierneux, en Belgique, et à Dun-sur-Auron, en France. Elles rendent de o^rands services aux aliénés intellectuellement affaiblis, aux mélancoliques, aux convalescents des psychoses aiguës, en les laissant profiter d'une liberté aussi large que possible. Il importe seulement, comme le dit le docteur Auguste Marie qui a largement contribué à l'organisation de la colonie de Dun, de faire avec la plus grande circonspection le choix des malades pour lesquels un pareil traitement est indiqué.
Toujours en vue des meilleures conditions du traitement des aliénés, le nouveau projet exige une organisation d'après laquelle les asiles publics doivent comprendre, à défaut et dans l'attente d'établissements spéciaux, des quartiers annexes ou des divisions pour les épileptiques, les alcooliques, les idiots et les crétins.
Dans un délai de dix ans, les départements devront ouvrir des établissements spéciaux ou des sections spéciales destinées au traitement et à l'éducation des enfants idiots, imbéciles, arriérés, crétins ou épileptiques et au traitement des buveurs (art. 2).
La statistique de 1907 du ministère de l'Intérieur, sur les rapports de l'intoxication alcoolique avec l'aliénation mentale en France, démontre que le nombre de fous alcooliques va en augmentant. L'enquête ministérielle établit cette comparaison instructive pour trente-six départements français : en 1897, le nombre d'aliénés alcooliques internés a été de 2.oi0; il est de 3.988, en 1907 ; soit, en dix ans, une augmentation de o7 pour 100; sur 71.347 fous internés
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dans les asiles publics et privés de France, l'enquôle compte 9.932 alcooliques. C'est une proportion de 13,60 pour 100 alors que, dix ans auparavant, elle n'était que de 11,29 pour 100. L'augmentation est donc régulière et constante, et le cri d'alarme élevé contre l'alcool est parfaitement légitime.
Il n'est que temps d'aller au secours de ces nombreux individus indigents, encore conscients de leurs tendances à boire, qui demandent à être traités et qui ne peuvent entrer dans un hôpital spécial pour se guérir de leurs penchants morbides. Comme disait Berthelot en 1882, ces , malheureux « sont condamnés à boire jusqu'à ce qu'ils aient présenté les signes positifs d'une lésion mentale qui leur donne droit à la séquestration '... » A ces victimes de mauvaises habitudes, il faut donner la possibiUté de s'en corriger pendant qu'ils sont encore débutants dans la carrière des buveurs.
Il est indispensable de leur faciliter l'entrée et le séjour prolongé dans des asiles dont l'organisation et le régime seraient fondés sur le principe de l'abstinence alcoolique absolue, et cela non seulement pour eux, mais pour tous ceux qui sont chargés de s'occuper d'eux : médecins, surveillants, infirmiers. En Angleterre, en Amérique, en Suisse et en Allemagne, des asiles de ce genre existent depuis longtemps '. En France, nous ne connaissons que le service d'alcooUques de Ville-Evrard, absolument insuffisant. La loi nouvelle a grandement raison d'obliger les départements à créer des asiles pour buveurs encore capables d'être guéris de leur dangereuse habitude.