‹ Aliénés et anormauxChapitre 8 sur 39 · FUREURS ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

FUREURS ÉPILEPTIQUES

Imaginez maintenant qu'une irritation semblable se produise dans les cellules corticales chargées spécialement de la sensibilité et de l'intelligence : le tableau changera d'aspect et, au lieu d'une attaque à forme motrice, on assistera à une crise de folie, très variable dans ses manifestations, mais portant par sa soudaineté, son intensité, l'éclipsé totale de la conscience qui l'accompagne, le cachet épileplique.

La fureur épileptique est le résultat d'une perturbation brusque dans les neurones intellectuels, comme la crise

Fig. 47. — Epileptique en plein accès convulsif.

convulsive de l'épilepsie provient d'un trouble analogue dans le domaine des neurones moteurs (fig. 47, 48, 49),

Nulle part on ne trouve une description plus pittoresque (le la fureur épileptique que dans la tragédie d'Ajux, de Sopiîocle.

D'après le récit de Minerve, c'est en pleine nuit que la crise d'Ajax éclate. Il se lève tout à coup, « égaré par de vains fantômes », et, l'épée à la main, sort de sa tente avec la rapidité d'un éclair. En lutte avec Ulysse, il veut l'égorger. Mais, prenant le troupeau des bœufs pour son rival

entouré de ses guerriers, il se livre sur les pauvres bêtes à un carnage épouvantable. Puis, il retourne dans sa tente en conduisant, enchaînés, plusieurs animaux, parmi lesquels se trouve un bélier qu'il prend pour Ulysse. Il attache ensuite toutes ces bètes à des poteaux, les déchire à

Fig. 48. — Cicatrices et blessures diverses de la face consécutives aux accès épileptiques avec chute et perte complète de connaissance, (lu Traité de M. A. Marie.)

coups de fouet et les fait expirer dans d'horribles souffrances. Vers le matin, la raison revient ù Ajax aussi brusquement qu'elle l'avait quitté. Il paraît sur la scène, abattu, honteux des excès auxquels il s'est livré dans sa folie. Le désespoir le saisit et il prend une résolution, qui achève de peindre son caractère impétueux et violent ; il se rend dans un endroit écarté, sur le bord de la mer, et là il se perce de son épée...

FUREURS EPILEPTIQUES

Les accès de fureur épileptique observés de nos jours semblent être calqués sur celui d'Ajax. Tel est, par exemple, le cas de ce cordonnier, qui, le jour de son mariage, est pris subitement d'une rage homicide. Armé d'une pelle et se précipitant tout nu dans la salle où se préparait le

Fig. 49. — Dément épileptique. (In Traité de M. A. Marie.

repas de noces, il essaye de frapper les personnes qu'il icncontre sur son passage. Puis, saisissant un couteau, il le plonge dans le cœur de son beau-père. Cette folie furieuse dura chez lui trois jours consécutifs. Quand il revint à lui, il déclara qu'il croyait s'être endormi le jour (le son mariage...

Les enfants atteints d'épilepsie peuvent présenter des accès du même genre, quoique atténués. Le D' Audry a

rapporté un fait tout à fait typique ù cet égard. Un garronnet de onze ans, fils d'un absinthique et neveu d'un détraqué^ a eu des convulsions à l'âge de deux ans et se trouve sujet depuis à des étourdissements pendant lesquels il laisse échapper de ses mains les objets qu'il tient. Un jour, pendant qu'il était en train de peler des pommes de terre, on le vit tout à coup se lever; après avoir poussé un cri strident, il se jeta sur un camarade et essaya de

Fig. bO. — Epileptique largement trépané et nullement amélioré à la suite de cette intervention chirurgical.

l'étrangler. La face violette, le corps inondé de sueur, les yeux brillants et hagards, les membres crispés et la tôle secouée par des soubresauts, il répétait continuellement : « Gare ! gare ! >y Pendant qu'on le retenait, ses onglecherchaient à griffer et sa bouche cherchait à mordre. Cette fureur se termina par une série de sept attaques convulsives survenues l'ime après l'autre, le môme jour... Mais, à coté de celte fureur aveugle et toute en actions destructives ou meurtrières, il y a des crises de rage épi-

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leptique subites et muettes, où la colère inconsciente est comme concentrée au dedans.

J'ai observé tout dernièrement un enfant de douze ans, fils d'une femme dont le bassin oblique et ovalaire l'oblige à des accouchements au forceps. Le petit garçon a eu ainsi, à sa naissance, le crâne fortement comprimé ; dès l'âge de quelques mois, à l'occasion d'une bronchite grippale, il a présenté des convulsions. Ces convulsions persistèrent après la percée des dents, A Page de dix ans se déclarèrent des phénomènes nouveaux : à la moindre observation, à la plus légère contrariété, sa figure se contractait et devenait violette ; les dents se serraient, les yeux étaient fixes et prenaient une expression furibonde, les poings se serraient; enfin, le corps tremblant s'arc-boutait sur les jambes comme si l'enfant allait se jeter sur la personne qui se trouvait à sa portée, pour la frapper ou l'étrangler.

Il restait dans cette attitude terrifiante, sans bouger, sans dire un mot, durant une minute. Après un moment d'hébétude, il reprenait sa conversation ou ses jeux, sans avoir conservé le moindre souvenir de sa colère. Depuis, des crises identiques surviennent plusieurs fois par semaine. Renvoyé à cause de ces accidents mentaux de toutes les écoles, il fut placé, il y a quelques mois, dans un asile. Là, ime surveillante, en faisant une ronde, le trouva, une nuit, hors de son lit, par terre, se débattant et bavant comme un vulgaire épileptique. On essaya de le traiter par la trépanation, mais les accès revinrent avec la même fréquence et la même intensité désespérante (fig. 50).

Quand on pense aux conséquences effroyables qui résultent souvent de ces fureurs épileptiques chez les adultes.

aux crimes, aux attentats de toute sorte, aux incendies, aux suicides, on ne saurait trop combattre chez nos enfants les germes de ces manifestations morbides. Méfions-nous donc de leurs colères brusques et non motivées ; méfionsnous-en surtout si, dans leurs antécédents personnels, ou note des convulsions, si petites et si passagères qu'elles soient, des tics, des soubresauts, des spasmes. Et, aussitôt qu'une des manifestations que je viens d'indiquer se produit, inquiétons-nous-en, comme si l'épilepsie elle-même s'était déjà déclarée. En changeant alors les petits malades de miheu, en les soumettant à un régime alimentaire convenant mieux à leur organisme, en les élevant, intellectuellement et moralement, en conformité avec les aptitudes réelles de leur nature névropathique, on calmera leurs méninges et leurs cellules cérébrales trop irritables...

Cela évitera pour plus tard bien des malheurs, car il vaut mieux prévenir la fureur épileptique que d'être réduit à la tragique nécessité de se défendre contre elle.

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