‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 16 sur 35 · CH, CA · texte numérisé non relu

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TMP D.OARBET

Vie de Henry Tuke,

Henry, fils aîné de William Tuke, naquit à York, le il\ janvier 1755. D'une nature ardente et emportée, il eut avec ses camarades, au cours de la première enfance, de fréquentes discussions qui, régulièrement, dégénéraient en rixes. Mais, vers la treizième année, son caractère se modifia et, à force de volonté, il parvint à dominer ses passions. A l'âge de 7 ans il perdit sa mère, et son père se remaria peu après, mais il trouva dans sa belle-mère un guide affectueux et dévoué. Placé dans une institution dirigée par un membre de la Société des Amis, à Sowerly près Thirsk, il fît des progrès rapides. Ses études étaient à peine terminées qu'il perdit son maître ; ne voulant point laisser la veuve dans l'embarras, il prit momentanément la direction de l'établissement, et malgré son jeune âge, réussit parfaitement dans la tâche difficile qu'il s'était imposée. Parmi les sciences, qui toutes attiraient son attention, la médecine avait pour lui un attrait particulier, et il lui consacrait ses instants de loisir. Mais le désir de son père étant de l'attacher à sa maison de commerce, il sacrifia, sans hésitation aucune, ses goûts personnels à la volonté des siens. Il devint bientôt l'associé de William Tuke. Choisi, en 1780, comme ministre de la Société des Amis, il exerça, pendant trente-cinq ans, le ministère sacré. Il épousait à 26 ans, Mary-Maria Scott, et fut, nous dit Lindlev Murray, « un époux fidèle et affectueux, 1111 père bienveillant et éclairé, n'ayant en vue que l'intérêt de ses enfants. »

Lorsque William Tuke eut formé le projet d'un établissement où ne seraient appliqués, à l'égard des aliénés, que les prin-

cipes d'humanité et de douceur, son fils Henry s'enthousiasma pour une telle œuvre. De sa parole ardente il soutint son père dans les jours de lutte, et il sut, aux heures de découragement, lui prodiguer les consolations. A la réunion de la Société des Amis, du 28 juin 1792, lorsque le projet semblait devoir être écarté sans discussion, il s'écria : « La proposition de mon père ne mérite-t-elle donc pas un instant d'examen ? » et ramenant l'attention des assistants, il finit par les convaincre. Ce fut sa femme, Mary-Maria, qui trouva le nom de la Retraite pour le nouvel établissement. Quant à lui, il témoigna toujours à cette maison un vif attachement. Il s'y rendait journellement, aidait son père dans ses travaux, et s'efforçait d'adoucir, par des propos bienveillants, le sort des aliénés. Lorsque son fils Samuel, à peine âgé de 27 ans, publia la célèbre Description de la Retraite d'York, Henry Tuke prit une part active aux polémiques suscitées par l'apparition de cet ouvrage. Le directeur de l'asile d'York ayant adressé aux journaux, sous le pseudonyme d'Evigilator, une lettre où il repoussait, en termes acerbes, les critiques dont son établissement était l'objet, le paisible ministre de la Société des Amis sentit se réveiller l'humeur batailleuse de la première enfance. « Son tempérament ardent et excitable, nous dit son biographe Lindley Murray, devait provoquer chez lui une indignation d'autant plus vive contre le vice et l'injustice, et accroître son zèle et sa ténacité dans la poursuite de ce qu'il considérait comme la vérité. » Dans un article que publia le York Herald du 23 octobre i8i3, il s'attaquait aux gouverneurs de l'asile d'York. « Cet établissement, disait-il, a été détourné de son but primitif ; la plupart des indigents en sont exclus, et l'institution reste confiée aux soins du directeur et de l'apothicaire, sans aucun contrôle de la direction intérieure. Ainsi, au lieu d'une maison de charité publique, on n'a qu'une source de profits particuliers... Que les gouverneurs de l'asile portent leur attention sur ce point important et qu'ils se demandent sérieusement s'ils accomplissent avec fidélité la tâche qui leur incombe. »

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