‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 17 sur 35 · VIE DE HENRY TUKE · texte numérisé non relu

VIE DE HENRY TUKE

Jusqu'à cette époque, Henry Tuke avait joui dune bonne santé, mais vers le début de iNi'i, il tomba malade et ses forces déclinèrent rapidement. Ses souffrances étaient parfois vives, niais il les supportait avec sérénité. « 11 avait si souvent médité sur les réalités invisibles d'une vie future, qu'à l'approche des derniers moments il demeura calme et impassible, également éloigné d'une crainte pusillanime et d'une confiance présomptueuse. » Il s'éteignit le n août i8i4, et sa lin fut aussi simple que sa vie. Voyant son père, alors âgé de 82 ans, pleurer à son chevet : « Mon père chéri, lui dit-il, combien je t'ai aimé et vénéré ! Et maintenant il faut nous séparer. Mais je suis pleinement résigné à la volonté de mon père qui est aux cieux. »

Voici le portrait de Henry Tuke tracé par son fils Samuel : « Mon cher père était d'une remarquable simplicité. Chez lui rien d'affecté. Sa simplicité était spontanée comme celle d'un enfant. De même pour sa modestie. Il n'était pas homme à prétexter un manque d'aptitude pour se dérober à une entreprise utile. On le trouvait toujours prêt à accepter et à prendre en considération les avis de gens que plus d'un, bien inférieur à lui, eût traités dédaigneusement. Je l'ai souvent vu écouter des personnes de la plus simple condition, et prêter attention à leurs idées lorsqu'il les trouvait justes. Mais je ne l'ai point vu faire ostentation d'humilité, et n'ai jamais remarqué chez lui un acte dicté par l'orgueil ou l'égoïsme. Il était né avec un tempérament ardent. La religion, sans éteindre ces dispositions naturelles, parvint à les modifier, même à les sanctilier. Il fut toujours zélé pour le bien, ennemi acharné du mal. A l'égard des méchants il lui arriva parfois d'employer des termes durs et sévères, mais s'ils avaient affaire à lui, il donnait l'exemple de la modération. Il pouvait, à l'occasion, s'exprimer avec vivacité, mais il était toujours prêt à accueillir la défense de quiconque, et il eut été malaisé de l'offenser par une attaque personnelle. Quelque injuste, quelque dure que fut une réflexion sur sa personne, je ne le vis jamais en conserver de ressentiment...

... Malgré sa nature vive et ardente, il n'était pas homme à nouer des intimités hâtives. Il était remarquable par rattachement qu'il montrait à ses amis, et par son zèle à les servir en toute occasion. Sur les sujets de minime importance il était disposé à accueillir et à discuter les idées nouvelles, mais sur les points importants et principalement en matière religieuse, il professait des opinions fermes et immuables. Bien qu'étroitement attaché aux doctrines de la société au sein de laquelle il avait été élevé, il ne condamnait point ceux qui pensaient différemment. 11 croyait, au contraire, que la nature de notre esprit rend inévitable la diversité des opinions, et que cette diversité même a son utilité en contribuant à provoquer la lumière... Dans ses relations il était sensible et gai. Le monde ignorait ses soucis et ses peines... Sa conduite à l'égard de la jeunesse était particulièrement affable ; il aimait le babil des enfants, se joignait à leurs jeux avec abandon. 11 éprouvait un plaisir particulier dans la conversation des jeunes gens. Il s'efforçait de provoquer leurs joies et nul plus que lui ne tenait compte de leurs faiblesses. Il fut le compagnon de ses enfants autant que leur père. Jamais sa présence ne leur causa aucune contrainte ; ils le considéraient comme leur camarade le plus cher, leur meilleur conseiller, leur plus sur ami. »

L'oubli de soi-même était, suivant lui, un des principes les plus importants de l'éducation. « Il voulait que ses enfants fussent prêts à servir n'importe qui, et à sacrifier leurs propres intérêts pour être utiles aux autres. »

Henry Tuke consacrait aux travaux intellectuels les quelques heures de liberté que lui laissait sa laborieuse existence. Nous avons de lui des notices biographiques sur les membres de la Société des Amis, un exposé de leurs principes religieux, et une vie de Georges Fox. Tous ces ouvrages portent la marque de son esprit de tolérance. « Je n'ai point, disait-il, écrit dans l'intention de réveiller les controverses ; au contraire, je désire sincèrement voir se répandre et s'accroître la charité mutuelle qu'il est de notre devoir et de notre intérêt d'entretenir dans nos cœurs. »

IHP D OARBET

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