‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 18 sur 35 · CH. CALLET SC · texte numérisé non relu

CH. CALLET SC

Vie de Samuel Tuke.

Samuel Tuke, fils de Henry et l'aîné des petits-fils de William, naquit à York le 3i juillet 178/i. Entré tout jeune dans la maison de commerce de ses parents, il se maria en 1809, et eut plusieurs enfants, dont le dernier devait devenir un des aliénistes les plus distingués qu'ai produits l'Angleterre.

Ayant assisté, dans sa première enfance, aux difficultés et aux luttes que souleva la fondation de Ja Retraite, William Tuke voua dès lors, à la prospérité de cet asile, un intérêt passionné. Lorsqu'en 1820, son grand-père, presque aveugle et accablé par les progrès de l'âge, dut lui céder les fonctions de trésorier, il s'en acquitta avec le même zèle et, comme lui, à titre purement gratuit, pendant trente-trois ans. Plein de sollicitude pour les aliénés et désireux d'améliorer leur condition, il ne cessa de parcourir l'Angleterre et de signaler les abus. C'est ainsi qu'en 181 1, visitant un workhouse situé dans l'un des comtés du sud, il trouvait dans un étroit préau, non loin du bâtiment principal, quatre cellules à peine assez larges pour contenir une personne ; une planche fixée au mur tenait lieu de lit. Dans deux de ces cellules, un grillage de fer, encadré dans la porte, laissait seul passer l'air et la lumière, et, pour empêcher le froid de pénétrer, il devenait parfois nécessaire de masquer cette ouverture. Quatre femmes y étaient renfermées. « Je ne puis, dit-il, décrire mes sensations et mon étonnement en constatant que ces malheureuses étaient complètement nues. La température était extrêmement rigoureuse, et la veille au soir le thermomètre avait marqué 16 degrés (1) de

(1) Faihiexiieit.

froid. L'une de ces infortunées était couchée sur un peu de paille, sans couverture. » Une autre était enchaînée. Toutes se plaignaient amèrement. Samuel Tuke fit immédiatement porter des vêtements au workhouse, et il n'hésita pas à dénoncer une conduite aussi inhumaine. On ne se douterait guère, en lisant ce récit, que, cinq ans auparavant, une Commission avait été chargée d'étudier la situation des aliénés en Angleterre. Un de ses membres les plus actifs, Sir George Paul, constatait, dans une lettre adressée au secrétaire d'Etat, qu'il n'était guère de paroisse un peu étendue dont le workhouse ne renfermât pas, dans quelque endroit écarté, un aliéné enchaîné et exaspéré jusqu'à la fureur par les mauvais traitements.

En 1812, Samuel Tuke, poursuivant ses investigations, visitait l'hôpital Saint-Luke, et discutait longuement avec le directeur Dunstan sur le meilleur mode de traitement. « A la Retraite, lui disait Dunstan, vous poussez les principes d'humanité au-delà des bornes imposées par la sécurité générale. Si vous aviez certains de nos malades, ils mettraient votre maison sans dessus dessous en un clin d'œil. » Ce à quoi Samuel Tuke répondait qu'il était certainement possible de pousser trop loin un principe juste en lui-même, mais qu'il y avait à la Retraite peu d'accidents et peu d'évasions, malgré le nombre relativement élevé des malades violemment excités. Cependant Dunstan refusa de lui laisser voir certaines pièces où se trouvaient des malades qui, d'après lui, se feraient un jeu de toutes les précautions prises à la Retraite. Saint-Luke renfermait alors trois cents aliénés des deux sexes. « Le directeur, dit Samuel Tuke, attache peu d'importance à la thérapeutique, et se fie surtout à la manière de tenir les malades. Il pense que les chaînes, en certains cas de violente excitation, sont préférables aux courroies et à la camisole. Il avoue que quelques malades ne portent généralement pas de vêtements. Suivant lui, la réclusion et le restraint peuvent avec avantage être appliqués en guise de punition, et il considère la crainte comme le principe le plus efficace pour contraindre les aliénés

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