‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 24 sur 35 · AGLAÉ · texte numérisé non relu

AGLAÉ

Vous vous faites peut-être, Monsieur l'Abbé, plus savant que vous n'êtes.

CASSANDRE

Ain : Non, je ne ferai pas.

L'art de magnétiser n'est pas ce que l'on pense; Il vous éblouira; mais malgré l'apparence, Quand vous le connaîtrez, Monsieur en vérité, Vous serez étonné de sa simplicité. »

A la suite de la représentation des Docteurs modernes, la note suivante fut imprimée et distribuée :

« Voici un pouvoir public et d'un nouveau genre qui s'élève dans l'Etat.

« M. Mesmer a des ennemis puissants, et en a même qui sont revêtus d'une grande autorité.

« Il a fait une découverte ; il professe une doctrine ; il a beaucoup d'élèves, plus distingués les uns que les autres par leur rang, leurs lumières, leur existence personnelle.

<( Ses ennemis n'osent pas attenter à sa vie ; le temps des autodafés passe partout ailleurs ; il n'a jamais existé en France.

(( Forcés de ménager sa personne, ils l'attaquent dans son honneur On l'a joué sur le théâtre italien de la manière la plus indécente et la plus calomnieuse ; lui directement, et indirectement ses élèves et ses malades.

« En attendant (pie M. Mesmer le demande aux lois, on ose demander aujourd'hui aux pères de famille, aux citoyens honnêtes, en un mot au public impartial :

« S'il est bien convenable que dans un Etat policé, une autorité quel

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conque s'arroge le droit de disposer sur un théâtre, de l'honneur d'un individu ?

« Aristophane jouait Socrate, et l'a conduit à la ciguë. Est-ce là l'intention des ennemis de M. Mesmer ? Ils se trompent. L'honorable cortège dont M. Mesmer est entouré portera, quand il en sera temps, aux pieds du trône et dans le sanctuaire de la justice, les témoignages de son savoir et de sa vertu.

« Si les ennemis de M. de la Ghalotais avaient imaginé la ressource des théâtres, ils auraient pu mener loin ce grand homme, et la magistrature française.

« Le lecteur est prié de peser ce petit nombre de réflexions dans l'intérieur de son foyer.

« L'auteur de cet écrit se nommera un jour ; connu par sou respect pour la puissance du Roi, l'autorité des lois et la vérité, il a toujours fait profession de ne craindre, ni les railleries, ni les intrigues, ni l'abus du pouvoir. »

Le ton de cette note prouve que le coup avait porté, et Pinel a raison d'écrire : « Rien n'a paru autant consterner les Mesmériens. » Les auteurs des Docteurs modernes répondirent qu'ils s'étaient efforcés d'égayer sur le magnétisme et non sur les personnes, qu'ils avaient peint une classe d'hommes, et pas un ou deux hommes en particulier. « Nous ne pouvons dissimuler, ajoutaient-ils, que le public n'ait vu dans nos Docteurs modernes la caricature de MM. Mesmer et d'Eslon, parce qu'en parlant du magnétisme, c'est d'eux seuls qu'il s'occupe depuis quelque temps. C'est un inconvénient attaché à leur célébrité ; mais, encore une fois, on ne peut pas nous reprocher de les avoir désignés au public.

« Un rapport public, fait au nom du Gouvernement par les Savants les plus éclairés de la Nation, a déclaré que la doctrine du Magnétisme était illusoire, et que sa pratique était dangereuse ; nous avons cru qu'il était permis de rire un peu d'une illusion, et utile d'attaquer une nouvauté regardée comme dangereuse ; nous n'avons employé le ridicule, que lorsque les plus savants hommes de l'Europe avaient employé contre le même objet les lumières de la plus saine physique. »

L'affaire en resta là. Les Mesmériens se contentèrent de protester, sans recourir ni au roi, ni aux tribunaux, d'ailleurs mal disposés à leur égard depuis le rapport présenté par Bailly à l'Académie des sciences. Mesmer voyagea, Deslon mourut. Les beaux jours du divin baquet étaient passés.

Doctrinaires ou Pères de la doctrine chrétienne. — Congrégation religieuse fondée à Avignon, en 1592, par César de Bus, et approuvée, en 1097, Par Clément VIII. Elle se consacra d'abord à l'instruction des enfants du peuple, puis établit des collèges. En 1619 la plupart des Doctrinaires se réunirent aux Oratoriens.

DOUBLET (François). — Né à Chartres le 3o juillet 1701. Docteur régent de l'ancienne Faculté de Paris, il fut successivement médecin de l'hôpital de la Charité de Saint-Sulpice, aujourd'hui Necker, de l'hospice de Vaugirard, et de l'hôpital des Vénériens, et sous-inspecteur des hôpitaux civils de France. À l'organisation de l'Ecole de santé, on le choisit comme professeur de pathologie interne. Mort le 5 juin 1790. Pinel lui succéda dans sa chaire.

Doublet est l'auteur de la deuxième partie du mémoire intitulé Instructions suî' la manière de gouverner les insensés. Sous y trouvons indiqué ce bizarre mode de traitement : « Si l'on soupçonne qu'un virus répercuté est la cause de l'imbécillité, il n'est rien de meilleur que d'inoculer la gale, et ce moyen même pourrait être tenté sur tous les imbéciles, quand on n'aurait tiré aucun profit de celui qu'on aurait cru d'abord le plus efficace. Non seulement il y a lieu de conjecturer que plusieurs de ces malades se trouveraient bien de la révolution opérée par la nouvelle maladie, mais on pourrait espérer que les purgatifs, qu'on emploierait ensuite pour guérir la gale, seraient avantageux pour un certain nombre. » Il serait peut-être plus simple de purger sans donner d'abord la gale.

DUBOIS (Paul-François). — Né à Rennes le 2 juin 1793. Reçu à l'Ecole normale en 1812. Professeur à Guérande, Falaise, Limoges, Besançon. Nommé en 1820 professeur de rhétorique à Charlemagne, et révoqué pour ses opinions libérales. Débute comme journaliste aux Tablettes universelles et au Censeur européen, et fonde le Globe en septembre 182/1. Deux articles, intitulés la France et les Bourbons en 1830, où il attaquait violemment le régime établi et signalait la révolution comme prochaine, le conduisirent en police correctionnelle. Il fut condamné à 3,ooo francs d'amende et quatre mois de prison. Ayant pu se faire transférer provisoirement à la maison de santé de la rue de Chaillot, il s'y trouvait lorsqu'éclata la révolution. Dans la nuit du 27 au 28 juillet, il se rendit clandestinement, accompagné de Casimir Pinel, aux bureaux du Globe. Sa sortir fut signalée, et le commissaire de police en dressa procès-verbal, mais la chute des Bourbons arrêta toute poursuite ; le

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nouveau gouvernement rendit Dubois à la liberté et le nomma inspecteur général des études. Elu député de Nantes en i83i, ses électeurs lui restèrent fidèles jusqu'en i848. Conseiller titulaire de l'instruction publique en i83g, il devint l'année suivante directeur de l'Ecole normale et conserva ces liantes fonctions jusqu'en i85o. Il vécut ensuite dans la retraite.

DUBOIS (Frédéric). — Plus connu sous le nom de Dubois d'Amiens. Naquit dans cette ville le 3i décembre 1797. Reçu docteur à Paris en 1828, professeur agrégé en r83a. Ses travaux sur le magnétisme animal, l'hypocondrie et l'hystérie, l'idiotisme et la démence, lui avaient ouvert les portes de l'Académie de médecine. En 1847 ^ succédait à Pariset comme sociétaire perpétuel, et 1 eut à prononcer, en cette qualité les clones de Pariset, Broussais, Antoine Dubois, Richcrand, Halle, Boyer, Orfila, Desormeaux, Capuron, Deneux, Baudelocque, liécamicr, Roux, Magendie. (iuéneau de Mussy, Geoffroy Saint-Hilaire, A. Richard, Chomel, Thenard. Contrairement à l'usage établi par la plupart des panégyristes officiels, Dubois d'Amiens sut, à l'occasion, mêler la critique aux louanges, et il estimait qu'on ne doit pas seulement aux morts des regrets, mais la vérité. <( Tout en respectant les caractères, disait-il, j'ai apprécié les travaux et cherché à fixer la part qui revenait à chacun dans le mouvement de la science et dans les progrès de l'art ; j'ai la conscience de l'avoiifait avec équité et modération ; je puis même dire avec bienveillance ; lorsque en effet j'ai eu à signaler quelques défaillances, quelques erreurs, je l'ai fait sous forme de regrets, et non sous forme de reproches, cherchant toujours à atténuer ou à excuser ; mais je n'en ai pas moins fait connaître ces défaillances et ces erreurs. » Dubois d'Amiens est mort le 10 janvier 1873.

DUFOUR (Jean-François). — On ignore la date et le lieu de sa naissance. On sait seulement qu'il était du diocèce d'Alais, en Languedoc et qu'il fut médecin de la Faculté de Paris. Il publia, en 1770, un ouvrage intitulé Essai sur les oj)érations de l'entendement liumain, et sur les maladies qui tes dérangent. Il y considère la démence, la mélancolie, la manie et l'hypocondrie comme ayant leurs causes et leur siège dans les viscères, principalement ceux du bas-ventre.

DOIAS (Charles-Louis). — Né à Lyon, où son père exerçait la chirurgie, le 8 février 1765. Reçu docteur à Montpellier le ier juillet 178a. Médecin de la Charité, il fut choisi comme vice-professeur à la mort de

Vigaroux, en 1791. L'année suivante il était appelé à Lyon pour y prendre un service à l'Hôtel-Dieu. Après la prise de la ville par l'armée républicaine, il se rendit à Paris. Arrêté et incarcéré, il parvint à sortir de prison et à obtenir une place de chirurgien de 4e classe de la marine à Toulon. Nommé en 1795 professeur d'anatomie et de chirurgie à l'Ecole de santé de Montpellier, il devenait plus tard doyen de la Faculté et recteur de l'Académie. Mort le 28 mars i8i3.

DUPIN (André-Marie- Jean- Jacques). — Né à Varzy, dans le Nivernais, le 1e1' février 1783. Son père, membre de l'Assemblée législative, avait été arrêté comme suspect sous la Terreur, mais il put recouvrer sa liberté. Sous le Consulat, il amena ses fils à Paris. Le jeune André y termina ses études de droit. En 1802 il soutenait la première thèse présentée à la Faculté depuis sa réouverture, et le ministre de la Justice présida en personne le jury. Ayant concouru pour une chaire vacante à l'Ecole de droit, il échoua et se tourna vers le barreau. En 181 2 le procureur général Merlin le proposait pour une place d'avocat général, mais l'opposition de Fontanes l'empêcha d'être nommé. Peu après il était adjoint à la Commission désignée par le grand juge, duc de Massa, pour procéder à la classification des lois de l'Empire. En i8i5, les électeurs de Château- Chinon l'envoyaient siéger à la Chambre. Sous la seconde Restauration, le gouvernement le choisit comme président du collège électoral de cette ville ; il y posait sa candidature, ainsi qu'à Clamecy, et il subit un double échec. Il renonça momentanément à la politique, et jusqu'en 1827, se consacrant uniquement au barreau, il acquit une immense réputation. Envoyé à la Chambre par la ville de Mamers, il siégea au centre gauche, combattit le ministère Polignac, prit une part active à l'adresse des 221, et après la dissolution, se présenta à Cosne où il fut élu. Quand le ministère fit paraître les ordonnances, tout en protestant contre leur illégalité, il n'osa proposer la résistance, et se tint d'abord à l'écart ; lorsque la révolution eut triomphé, il reparut et se rendit chez le duc d'Orléans. Sa prudence, son attente des événements lui valurent de vifs reproches, cl Barthélémy l'attaqua dans ses Némésis :

« Le verbeux avocat, l'exilé Démosthèncs, Par le peuple maudit, fut le Dupin d'Athènes ; Ce sauveur de la Grèce, intrépide en discours. Chaussa des brodequins pour fuir dans les Trois Jour-, Et grossit largement son mince patrimoine, Grâce aux philippes d'or du roi de Macédoine.- »

Mais Dupin ne jugea pas utile d'excuser sa conduite ; il préféra La glorifier. A la séance du 3i août, il s'écriait : « Il faut reconnaître deux classes de sauveurs ; ceux qui ont repoussé la force par la force, leur conduite fut héroïque ; et ceux qui veillaient à la sûreté de l'étal dans le calme et dans la réllexion, ceux-là la postérité et les contemporains leur rendront cette justice que leur conduite fut héroïque aussi. >> Le nouveau gouvernement le nomma procureur général à la (Jour de cassation. A la fin de i832 il devenait président de la Chambre et occupa le fauteuil pendant de longues années. Apres la révolution de i848 il conserva son poste et fit rendre la justice au nom du peuple français. Lors de la confiscation des biens de la famille d'Orléans, il envoya sa démission, mais six ans après, il acceptait de reprendre ses fonctions et de servir le gouvernement impérial. A ceux qui s'étonnaient de la versatilité de ses opinions et des services rendus aux différents régimes, il répondait : « J'ai toujours appartenu à la France et jamais aux partis. » Combien d'hommes politiques et qui n'ont pas la valeur de Dupin, lui sont pareils par leurs convictions.

Il combattit la doctrine de la monomanie, en tant que contraire à l'intérêt de ses clients ; si elle s'était trouvée favorable à leur cause, il est probable qu'il l'aurait soutenue. « La monomanie, écrivait-il en 1826, est une ressource moderne ; elle serait trop commode pour arracher tantôt les coupables à la juste sévérité des lois, tantôt pour priver un citoyen de sa liberté. Quand on ne pourrait pas dire il est coupable, on dirait il est fou ; et l'on verrait Charenton remplacer la Bastille. »

Dupin mourut en i865.

Voici le jugement porté sur lui, peu de jours après sa mort, par 1 n médecin journaliste, le docteur Caffe : « Je ne connais pas d'homme dont la valeur ait été autant surfaite que celle de Dupin. Sans portée philosophique et à courte vue, dans toutes les questions importantes, il a montré le défaut le plus complet de jugement. Un jour il dénie l'utilité de la médecine légale, en disant qu'autrefois la justice se rendait sans cet auxiliaire (Voir le procès Lafarge, appel en cassation). Une autre fois il soutient devant le Sénat l'intérêt légal et fait prévaloir son opinion, lorsque dans tous les pays avancés on considère actuellement l'argent comme une marchandise, en laissant au prêt toute liberté. Dupin fut aussi l'antagoniste du libre échange, cette fraternité moderne des intérêts des peuples. Il vitupère à la tribune les assurances sur la vie, qui sont un acte de prévision au bénéfice de la famille et l'antidote de l'égoïsme. Dans la récente question des chèques, qui sont les coffres-forts de la fortune privée et l'avenir des banques, Dupin n'a rien compris à

ce mécanisme. Son absence de convictions politiques en a l'ait le serviteur salarié de tous les drapeaux. Une dernière preuve de son défaut de jugement : Dupin. sans entants, quitte à 82 ans une fortune très considérable, dont il n'a pas su se servir un seul jour, et à laquelle il n'assure aucun emploi utile par une fondation quelconque. »

DUPUYTREN (Guillaume). - - Né à Pierre-Buffière, en Limousin, le 5 octobre 1777. Fait ses études à Paris au collège de la Marche, et est présenté à Thouret par son oncle Vergniaud, enfant de Limoges émigré à Bordeaux. Prosecteur en 1790. chef des travaux anatomiques en 1801, chirurgien adjoint de l'Hôtel-Dieu en 1808 et chirurgien en chef en i8i5 à la place de Pelletan. En 181 2, il succède à Sabatier comme professeur de médecine opératoire.

Dupuytren a appelé l'attention de ses élèves sur les accès de délire passager chez les opérés et les blessés, qu'il a dénommé délire nerveux et dont il donne sept observations dans ses cliniques de l'Hôtel-Dieu. Le 4 août i832, un malade ayant essayé de le frapper avec un couteau, il conserva son calme habituel et profita de la circonstance pour rappeler aux assistants l'existence de ce délire.

Dur pour lui-même comme pour les autres, rigide et austère, il ne fut guère aimé ; tous, néanmoins l'estimaient et le respectaient. L'accomplissement de ce qu'il considérait comme un devoir fut pour lui un besoin impérieux. On peut en donner comme preuve l'anecdote suivante, rapportée par Brierre de Boismont et Marx. Il voyageait en Italie, désireux de rétablir sa santé ébranlée. « A Rome, il fait la rencontre du célèbre Esquirol, que les mêmes raisons avaient conduit dans le même lieu. Il se montrait impatient de revenir. — Qui vous presse, lui demande Esquirol. — Je songe à l'Hôtel-Dieu, répond Dupuytren. — Vous l'avez laissé dans d'habiles mains. — Oui, mais mon devoir. — Aussi s'empressa-t-il de revenir à Paris. » Dans une autre circonstance, le grand chirurgien sut proclamer l'indépendance, les droits et les devoirs du médecin. C'était en i832, après les journées de juin ; on avait exhumé deux édits de 1666 et de 1788. confirmés par une ordonnance du 17 ventôse an IX, et il était enjoint aux médecins de signaler les insurgés auxquels ils auraient donné leurs soins. Dupuytren répondit fièrement qu'il ne connaissait pas d'insurgés dans ses salles, et n'y avait vu que des blessés.

Il avait une profonde admiration pour Pinel, lequel, disait-il, « réunissait aux talents qui constituent l'homme supérieur, les qualités qui le font aimer et estimer. »

Dupuytren mourut le 8 février i835.

ELLIOTSON (John). — Né à Londres le 29 octobre 1791. Etudie la médecine à Edimbourg, Cambridge et Londres. Médecin assistant au Saint-Thomas Hospital en 1817, et médecin titulaire en i8a3, il organise des conférences de clinique qui ont un grand succès. Professeur de médecine à l'Université de Londres en i83i, il devint trois ans après professeur de clinique au University Collège Hospital. Le baron Du Potct étant venu à Londres en 1837, fut autorisé à donner des séances dans le service d'Elliotson ; à dater de cette époque, celui-ci devint un fervent adepte du mesmérisme. Il donne sa démission de professeur et de médecin d'hôpital, contribue à la fondation d'un établissement spécial, la Mesmeric Infîrmary, et s'occupe activement de la rédaction du journal le Zoist, où se trouvent relatées les cures magnétiques. Dans un ouvrage, publié en i843, il rapporte de nombreux cas d'opérations chirurgicales pratiquées pendant le sommeil artificiel. Il fit des adeptes et eut des imitateurs. L'un des plus fervents fut James Esdaile, l'auteur du Mesmerim in India ; parmi ses premiers opérés se trouvait un Bengalais répondant au nom harmonieux de Hurro-mundoo-Laha, auquel fut enlevée une tumeur du scrotum pesant encore, une demi-heure après son ablation, io3 pounds, environ 46 kilos. Dans une lettre publié par le Zoist, James Esdaile disait à son frère : « Je vous prie de dire au docteur Elliotson que la tumeur lui a été votée par acclamation, et qu'elle est dans le rhum en attendant qu'il l'accepte. » Et Du Potet de s'écrier avec enthousiasme : « Quel plus beau trophée offrir aux regards des sceptiques ? » C'est possible, mais à la longue, des cadeaux du même genre deviendraient peut-être gênants.

Elliotson mourut à Londres le 29 juillet 18G8.

ESQUIROL (Jean-Etienne-Dominique). — Né à Toulouse le 3 février 1772. Fait ses études au collège de l'Esquille et au séminaire de Saint- Sulpice, qu'il quitte, à l'âge de 18 ans, pour commencer la médecine, à Toulouse, à l'hôpital de la Grave. Envoyé ensuite à Narbonne, comme officier du service de santé, il y passa deux ans, et se rendit à Montpellier, puis à Paris où il arriva en l'an VII de la République. Etant allé à la Salpêtriere, il y vit Pinel, et dès lors s'orienta vers les maladies mentales. En i8o5 il soutenait sa thèse inaugurale sur « les passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatijs de l'aliénation mentale. » En 1817 il ouvrait le premier cours de maladies mentales qui eût encore existé. Il avait fondé, 23, rue de Buffon, une maison de santé qu'il transféra plus tard à Ivry. En septembre 1818, il présentait au ministre de l'Intérieur un mémoire sur les établissements consacrés aux

aliénés et les moyens de les améliorer ; il avait, dans ce but, visité tous les établissements de France. Nommé en i8a3 inspecteur général des Facultés de médecine, il demanda et obtint la réintégration dans sa chaire du professeur Lallemand, de Montpellier, suspect au gouvernement pour ses opinions libérales. Royer-Gollard, médecin en chef de Charenton, étant mort le 27 novembre 1826, fut remplacé par Esquirol, qui quitta, non sans regrets, l'hospice de la Salpêtrière, mais s'attacha vite à la maison dont il nous a laissé l'histoire et la description. Il participa activement aux travaux préparatoires de la loi du 3o juin i838. (( C'est, disait-il, une loi d'humanité vivement réclamée par les gens de bien ; elle met un terme aux mesures discrétionnaires auxquelles les aliénés sont soumis, elle défend que ces malades soient enfermés dans les prisons, elle pourvoit à ce que tous soient secourus dans les établissements spéciaux, elle repousse toute mesure préventive qui pourrait retarder l'admission dans ces établissements, satisfaisant ainsi aux exigences de la science, au respect dû à la douleur, au secret et même aux préjugés des familles ; pour la première fois la loi traite les aliénés comme sont traités les autres malades. » Esquirol est mort le 12 décembre i84o.

FAIRFAX (Thomas). — Né le 17 janvier 161 1 à Denton, dans le Yorkshire. S'empara deux fois de la ville d'York, la première fois avec son père, Ferdinand Fairfax et l'armée parlementaire, la seconde fois lorsqu'il concourut, avec le général Monk, à la restauration du pouvoir royal. Il mourut le 12 novembre 1671. Sa fille aînée avait épousé le duc de Buckingham, fils du célèbre favori de Jacques Ier ; ce mariage mit fin à l'union de Fairfax et de Cromwell.

FALRET (Jean-Pierre). — Né à Marcillac-du-Lot le 7 prairial an II (26 mai 179/i). Ses études terminées au collège de Cahors, il se rendit a Montpellier pour commencer la médecine. Son séjour y fut de courte durée, et il arrivait à Paris en 181 1. Ayant assisté à la Salpêtrière à quelques visites de Pinel, sa vocation se déclara. Le 3i décembre 1819, il était reçu docteur en médecine. En 1822 il fondait, avec Félix Voisin, l'établissement de Vanves. Médecin de la Salpêtrière de 1821 à 1867, il y fit pendant quinze années des cours fort suivis. « A l'époque déjà lointaine, dit Lasègue, où florissait l'école de la Salpêtrière, le docteur Falret. continuant la tradition inaugurée par Pinel, poursuivie par Esquirol. avait ouvert une clinique libre où se réunissaient un certain nombre de jeunes médecins dont plusieurs sont devenus des maîtres. » Ayant cons-

taté la situation difficile où se trouvaient beaucoup de malades, à leur sortie de l'hospice, il résolut de leur venir en aide et fonda, en i8/j3, l'œuvre du patronage des aliénées convalescentes, œuvre encore aujourd'hui prospère et ayant son siège 52, rue du Théâtre, à Grenelle. Jean-Pierre Falret mourut le 28 octobre 1870.

FALRET (Jules-Philippe- Joseph). — Jules Falret vint au monde, le 17 avril 182/i, dans la maison de santé de Vanves, fondée par son père deux ans auparavant, maison où s'écoula toute son existence et où il devait s'éteindre doucement, le 28 mai 1902.

Après de brillantes humanités, il commença les études médicales. Nommé interne des hôpitaux de Paris le 22 décembre 18^7, médecin de Bicêtre le ier avril 1867, il passait en 1884 à la Salpêtrière, où il remplaçait, non pas Delasiauvc comme l'ont avancé quelques-uns de ses biographes, mais Moreau de Tours. Etant alors l'interne du service, j'eus l'honneur d'avoir pour maîtres, la même année, ces deux grands aliénistes. Si Jules Falret n'a pas été coté à sa juste valeur, c'est qu'il fut un simple et un modeste, ennemi du bruit et de la réclame, ne recherchant ni les honneurs ni les dignités, et toujours prêt à s'effacer devant d'autres qui ne le valaient pas. Sa bonté était proverbiale, aussi se trouvait-il sans cesse en butte à des sollicitations auxquelles il ne savait guère résister, et sa générosité frisa souvent la prodigalité. Ayant, jusqu'à un âge avancé, conservé la jeunesse du caractère et de l'esprit, il se tenait au courant des idées nouvelles, et aimait grouper autour de lui ses élèves, qui tous lui avaient voué une sincère et vive affection.

Profondément respectueux des volontés de son père et soucieux de perpétuer les œuvres créées par lui, Jules Falret se consacra, avec le plus entier dévouement, à la prospérité de sa maison de santé et du patronage des aliénées convalescentes, et lorsqu'il se vit contraint d'en abandonner la direction et de la transmettre à son collaborateur, le docteur Arnaud, il put envisager l'avenir avec confiance. L'établissement de Vanves et l'œuvre de Grenelle ne pouvaient passer en de meilleures mains.

FERREIN (Antoine). — Né le 25 octobre 1693 à Frespech en Agenois. Reçu docteur à Montpellier le 27 septembre 1728, il suppléa Astruc dans sa chaire. En 1732 il concourait pour une place de professeur, qu'il ne put obtenir, bien que classé en première ligne par la Faculté. Quittant alors Montpellier, il vient à Paris, et se fait recevoir docteur le 27 octobre 1738. Il succède en 17^2 à Andry comme professeur de médecine au Col lège royal, et obtient, en 1758, la chaire d'anatomie et de chirurgie devenue vacante par la démission de Winslow. Mort le 28 février 1769.

FERRUS (Guillaume-Marie- André). — Né le 2 septembre 1784 à Château-Queyras en Dauphiné. il commence ses éludes médicales à Briançon, à l'âge de i4 <nis. part pour Paris en 1799, y est accueilli par Boyer et Récamier. et passe sa thèse le 11 pluviôse an XII (3i janvier i8o4). Recommandé par le baron d'Hauterive au maréchal Bessièrcs. il obtient un poste de chirurgien de 3e classe au régiment des chasseurs à cheval de la garde, en formation à Versailles, et assiste pendant dix ans aux luttes qui ensanglantent l'Europe. Il reçoit la croix des mains de l'empereur pour sa belle conduite à Wagram, et revient de Russie avec quelques orteils gelés. L'empire tombé, il quitte l'armée. Rostan le présente à Pinel qui, reconnaissant son mérite, se le fait adjoindre comme médecin de la Salpêtrière en 1818. Ferrus devient médecin en chef de Bicêtre en 1826, inspecteur général des asiles d'aliénés en i835, inspecteur du service médical dans les maisons centrales en 1842. Il collabore activement à la loi du 3o juin i838. Mort le 23 mars 1861.

FEUILLANTS. — Ordre religieux de la règle de Citeaux. institué en 1677 à l'abbaye de Feuillant, près de Toulouse, par Jean de la Barrière. En 1789, les Feuillants de France comptaient vingt-quatre maisons.

FOSSATI (Jean-Autoine-Laurent). — Né à Novare, en Lombardie. le 3o avril 178C), il commença ses études médicales dans sa ville natale. Se rendant ensuite à l'Université de Paris, il s'y fit recevoir docteur en chirurgie en 1807, et docteur en médecine l'année suivante. Il s'établit à Milan, mais ses opinions républicaines, son aversion pour les Autrichiens et ses relations suivies avec ceux qui conspiraient pour la liberté, le rendirent suspect et il dut s'éloigner de la Lombardie. Venu à Paris en 1820, il s'y fixa définitivement quelques années plus tard. Ayant rencontré Gall. il devint son disciple et le propagateur de sa doctrine. C'est lui qui fut chargé de pratiquer l'autopsie du célèbre phrénologistc.

Il mourut le 20 décembre 187/4.

FOUQUET (Henri). — Né à Montpellier le 3i juillet 1727. Après de brillantes études chez les Jésuites, il dut momentanément, pour obéir à son père, renoncer à suivre la carrière médicale. Il entra comme secrétaire chez un diplomate, vint avec lui à Paris et profita de son séjour dans cette ville pour assister aux cours et fréquenter les bibliothèques. Après avoir été secrétaire général de l'intendance de la province de Roussillon, il put enfin suivre sa vocation et commencer ses études médicales à Montpellier. En 1709 il obtenait le grade de bachelier. Il exerça d'abord à Marseille, puis en 1766 vint concourir à Montpellier pour

une chaire vacante ; il ne fui pas nommé, malgré la supériorité incontestée de ses épreuves. Un second concours, ouvert en 1776 à la suite de la mort de Venel, ne lui fut pas davantage favorable. On raconte qu'il existait alors un trafic sur les chaires de Montpellier, et (pie l'agrément du premier médecin du roi était fixé au minimum à 10,000 francs. Fouquet ne pouvait payer pareille somme. A son troisième concours, qui commença en 1789 pour se continuer en 1790, il fut nommé après sa sixième préleçon. Le premier médecin du roi était alors Lemonnier, homme d'une probité et d'un désintéressement au-dessus de tout soupçon. Fouquet professa d'abord la séméiotique et les maladies vénériennes, puis la médecine clinique. Tl mourut à Montpellier le 10 octobre 1806.

Alliant la modestie au savoir, il n'était jamais satisfait de ses œuvres et regrettait même parfois de les avoir produites. Ainsi parlant de la Grande Encyclopédie où il avait écrit les articles sensibilité et vésicatoire, il disait : « Me laissant aller à l'invitation de Diderot et de d'Alembert, j'eus la témérité de fournir quelques articles au grand Dictionnaire encyclopédique, articles dont je voudrais pouvoir effacer jusqu'au souvenir. » Bien peu d'auteurs, dans les temps anciens ou modernes, ont professé les mêmes scrupules.

FOUQUIER (Pierre-Eloi). — Né à Maissemy, près Saint-Quentin, le 26 juillet 1776. Venu à Paris en 1794 pour étudier la médecine, il fut d'abord placé à l'Ecole de Mars, dans la plaine des Sablons, aujourd'hui le quartier de Sablonville, à Neuilly. Rentré à Paris il reprit ses études médicales et passa sa thèse en 1802. Nommé en 1807 médecin suppléant à la Charité, en 1820 professeur à la Faculté. Médecin consultant de Charles X et de Louis-Philippe, il fut l'un des médecins désignés pour aller à Blaye constater l'état de la duchesse de Berry. Mort à Paris le 5 octobre i85o. Il était, dit un contemporain « agréable, pourvu d'une physionomie fine, de traits délicats, bien pris dans sa personne, d'une taille moyenne, constamment poli, quelquefois caustique, mais toujours réservé. »

FOURCROY (Antoine-François). — Né à Paris le i5 juin 1755, il fut, de même que Pinel, repoussé par l'ancienne Faculté de médecine. Le brevet de docteur, à Paris, revenait à plus de 6,000 francs et Fourcroy était pauvre. La Société royale de médecine organisa une collecte parmi ses membres pour payer les frais de réception. « Il fallut donc, dit Cuvier, le recevoir docteur, puisqu'il paya. Mais il y avait encore au-

dessus du simple doctorat le grade de docteur régent ; celui-là ne dépendait que des suffrages de la Faculté ; il fut refusé à Fourcroy d'une voix unanime, ce qui l'empêcha dans la suite d'enseigner aux écoles de médecine, et donna à cette compagnie le triste agrément de ne point avoir dans ses registres le nom de l'un des plus grands professeurs de l'Europe. » Nommé en 1784 à la chaire de chimie du Jardin du roi. où il enseigna pendant plus de 2 5 ans. Mort le 16 décembre 1809.

Le caractère de Fourcroy ne fut pas à la hauteur de ses talents. Sous la Révolution, il fit montre du plus pur sans-culottisme. Il réclama de l'Académie des sciences, en 1792, la radiation de ses membres connus pour leurs opinions contre-révolutionnaires, et voyant sa demande repoussée, la réitéra à diverses reprises. L'année suivante, il présidait, du 11 au 26 frimaire, le club des Jacobins. La Terreur terminée, il flétrit ses excès, et l'empire proclamé, il devint courtisan de Bonaparte ; on a même attribué sa mort au chagrin d'avoir éprouvé la disgrâce du maître.

FOWLER (Thomas). - Né à York le 22 janvier 173G. Après avoir exercé quinze ans la pharmacie, il quitta cette profession, en 177.4. et. se rendant à Edimbourg, y fit ses études médicales. Reçu docteur en 1778, il s'établit à Strafford. En 1791. il retournait à York, et était choisi, en 1796, comme médecin de la Retraite. Mort le 22 juillet 1801.

FOX ((îeorge). — Né en 1624 à Fenny Drayton. dans le Leicestershire,

George Fox est le fondateur de la Société des Amis, ou Quakers. Il parcourut l'Angleterre, s'adressant aux populations pour proscrire l'ivrognerie, les vices, le paiement des dîmes, les procès et la guerre, refusant de se découvrir et de fléchir le genou en signe de politesse ou de respect. Il alla également prêcher en Amérique, en Hollande et en Allemagne. Mort le i3 janvier 1691. Ses disciples Barclay et Penn ont consolidé sa doctrine, et Henry Tuke fut son biographe.

FRAÏSSINOUS (Denis- Antoine-Luc). — Né à Curières, dans le Rouergue, le 9 mai 1760. Après avoir fait ses études à Rodez ,il entra chez les Pères de Saint-Sulpice, s'affilia à leur société en 1788, et fut ordonné prêtre l'anné suivante. Retiré à Curières pendant la tourmente révolutionnaire, il revint ensuite à Paris et se livra à la prédication. Il fut bientôt célèbre. La Restauration le fit premier aumônier du roi, évêque d'Hermopolis, grand maître de ^Université, pair de France, membre de l'Académie française, ministre des affaires ecclésiastiques. Après la chute des Bourbons, il fut chargé de présider à l'éducation du

duc de Bordeaux. Rentré en France au mois d'octobre i838, il mourait le 12 décembre i84i-

L'abbé Dassance, qui a écrit une notice biographique sur Monseigneur Frayssinous, se borne, comme beaucoup de panégyristes, à le couvrir d'éloges dithyrambiques, célébrant ses talents, sa douceur, sa franchise et sa loyauté. « Sa vie politique ne fut pas sans amertume, et lancé dans les affaires, plus d'une fois il dut regretter les travaux modestes de son paisible apostolat. » Combien d'hommes éminents, que l'ambition a poussés dans l'arène politique, en sont sortis diminués. Cela est peutêtre encore plus vrai pour les prêtres, surtout ceux qui eurent l'occasion d'exercer le pouvoir, comme l'évêque d'Hermopolis. Grand maître de l'Université, il dut réprimer les opinions libérales des professeurs et des élèves. Ministre des affaires ecclésiastiques, il approuva la loi dite du sacrilège, qu'il vota comme pair de France et soutint devant la Chambre des députés : « Dira-t-on que l'Evangile est une loi de grâce ? Sans doute l'Evangile est une loi de charité, il commande l'amour des ennemis, il défend la vengeance aux particuliers, mais depuis quand a-t-il brisé le glaive de la justice dans les mains de l'autorité civile ? » En vain des hommes éminents firent-ils entendre, dans les deux Chambres, la protestation du pays. « L'homme sacrilège conduit à l'échafaud, s'écriait Chateaubriand, devra y marcher seul et sans l'assistance d'un prêtre ; car que lui dira le prêtre ? Il lui dira sans doute : — Jésus-Christ vous pardonne. — Et que lui répondra le criminel ? — Mais la loi me condamne au nom de Jésus-Christ. » La loi fut votée, moins rigoureuse pourtant que ne l'avaient demandée les ministres. A la mutilation du poing du condamné à mort était substituée, avant l'exécution, une amende honorable devant la principale église où le sacrilège avait été commis. Cette loi, dit Vaulabelle « inquiéta tous ceux qu'elle n'irrita pas, et vint prouver aux moins clairvoyants la soumission absolue du pouvoir aux passions d'un parti. »

L'abbé Frayssinous, qui avait reçu en don l'ampleur du geste et l'éloquence du verbe, sut, au temps où il prêchait l'évangile, émouvoir profondément ses auditeurs. Il eut, en bornant ses désirs aux œuvres sacerdotales, laissé une réputation indiscutable et indiscutée. Ceux-là qui ont mission d'enseigner la morale et de montrer le devoir, ne peuvent trouver, dans les basses intrigues de la vie politique, que beaucoup à perdre et rien à gagner.

GALIEX. — Né à Pergame, en Asie-Mineure. Fut médecin de l'empereur Marc-Aurèle. « Galien, dit Pinel, semblait né pour faire faire les

plus grands progrès à la médecine d'observation, mais il fut séduit, comme les antres savants de son siècle, par l'appareil scientifique et les brillantes subtilités de la philosophie d'Aristote, et surtout par la grande faveur que cette doctrine obtint de son temps à Rome, puisqu'elle fut professée publiquement. Son ambition sans bornes et le désir d'innover finirent par l'égarer. » Pinel, bien qu'admirateur des anciens, aimait peu Galien, tout en rendant justice à son génie. Galien, en effet, s'il consentait à admettre qu'Hippocrate lui avait indiqué le chemin, faisait remarquer qu'il existait aussi des voies de communication eu Italie avant l'époque de Trajan. Seulement ces voies étaient difficiles, escarpées, embroussaillées, coupées par des fleuves. Trajan sut les rectifier, les aplanir, les débarrasser de tout obstacle. Ce que l'empereur romain avait fait pour l'Italie, Galien déclarait l'avoir fait pour la médecine. Pinel ne pouvait lui pardonner cette attitude à l'égard du vieillard de Cos. Sa fuite devant la peste qui ravageait Rome lui paraissait indigne d'un médecin. Les théories sur les humeurs lui répugnaient, et il le blâmait d'avoir prescrit trop volontiers les saignées jusqu'à défaillance. « L'exemple de témérité qu'a donné Galien, dit-il, a fait peut-être des maux incalculables ; car, en médecine, les neuf dixièmes de ceux qui l'exercent, marchent automatiquement sur les traces des hommes d'un grand nom. »

GÂLL (François- Joseph). — Né à Ticfenbrun, grand duché de Bade, le 9 mars 1758. « Habitué de bonne heure, dit Fossati, à se livrer à l'observation, il fut bientôt frappé de ce fait, que chacun de ses frères et sœurs, de ses compagnons de jeu et camarades de classe, se distinguait des autres par des talents ou des dispositions particulières... Les écoliers contre lesquels Gall avait le plus de peine à lutter étaient ceux qui apprenaient par cœur avec une grande facilité. Quelques années après, ayant changé de résidence, il se retrouva avec des individus doués d'une grande aptitude à répéter ce qu'ils apprenaient. Il reconnut alors qu'ils avaient les yeux saillants, et se ressouvint que ses rivaux dans la première classe présentaient la même disposition. A son entrée à l'Université, il fixa de suite son attention sur les élèves qui avaient cette conformation d'yeux, et il trouva qu'ils excellaient à apprendre par cœur, à répéter correctement, quoique beaucoup d'entre eux ne se distinguassent point par leur talent... Après avoir beaucoup réfléchi, il conçut que si la mémoire des mots était indiquée par un signe extérieur, il en devait être de même des autres facultés. Dès ce moment tous les individus connus par une faculté remarquable devinrent les objets de ses recherches. »

APPENDICE. 4(ii)

Gall, après avoir commencé à Strasbourg ses études médicales, se rendit à Vienne en 1781, et s'y fit recevoir docteur quatre ans après. 11 commençait en 179C ses cours de phrénologie ; mais ils furent interrompus par l'autorité qui considérai! sa doctrine comme conduisant au matérialisme. Gall se décida à quitter Vienne en 1800, et après avoir parcouru une partie de l'Europe en compagnie de Spurzheim, il vint s'établir à Paris en 1807. Il mourut le 22 août 1828 à sa maison de campagne de Montrouge, située dans une avenue coupée aujourd'hui par les fortifications et qui portait le nom d'allée du Pot-au-Lait. Son corps fut inhumé au cimetière du Père Lachaise, où sa tombe, surmontée d'un buste, est voisine de celle de Pinel.

GARDEIL (Jean-Baptiste). — Né à Toulouse en 1726, Gardeil fit d'abord partie de la congrégation de l'Oratoire. Venu à Paris, il se lia avec Diderot et d'Alembert, quitta les ordres et étudia la médecine. Il obtint au concours les deux chaires de mathématiques et de médecine à l'Université de Toulouse. Trente années de sa vie furent consacrées à une traduction des œuvres d'Hippocrate. Mort le 19 avril ii

GAUB ou GAUBIUS (Jérôme-David). — Né à Heidelberg le 24 février 1700. Commença la médecine sous les auspices d'un de ses oncles, établi à Amsterdam. Il étudia d'abord à Harderwick, puis à Leyde où il fut distingué par Boerhaave. Après avoir reçu le grade de docteur en 1726, il passa une année à Paris, et retourna ensuite à Heidelberg. Une grave épidémie ayant éclaté à Amsterdam, il y séjourna de 1727 à 1729. Boerhaave se désista en sa faveur de la chaire de chimie, à l'Université de Leyde. Deux ans après il y joignait la chaire de médecine. Mort le 29 novembre 1780.

Dans son plus célèbre ouvrage, les Institutioncs pathologiœ medicinalis, il proclame l'utilité d'une classification méthodique et exacte des diverses maladies : « Ex quibus apparet, non esse, cur desperent medici, fore aliquando, ut ingens morborum humanorum numerus, exemplo ab historiae naturalis scriptoribus petito, in ordinem systematicum rcdigatur, qui ab omni hypothesi sectarumque commentis liber, sola nixus fideli observatione, classes, gênera, species exhibeat, suis singula claracterismis, certis, manifestis, plexis, interstincta. »

GEORGET (Etienne-Jean). — Né à Vernou-sur-Brenne, petite localité du canton de Vouvray. en Indre-et-Loire, le 9 avril 1795. Reçu interne des hôpitaux de Paris le 29 novembre i8i5, il alla d'abord à Saint-Louis,

puis à la Salpêtrière. Séduit par l'étude des maladies mentales, il ne quitta pas le vieil hospice. En 1818 il obtenait le prix fondé par Esquirol pour stimuler le zèle de ses élèves, et décerné alors pour la première fois. Le 8 février 1820, il soutenait sa thèse inaugurale, intitulée : Dissertation sur les causes de la Jolie. La même année paraissait l'ouvrage auquel il doit en grande partie sa réputation, et qui a pour titre : De la folie. « J'ai pour but, disait-il, en donnant une nouvelle histoire de la folie, non point de la faire plus fidèle que celles qui existent, mais de chercher à fixer le siège, à remonter à la source des désordres produits, comme on le fait pour les autres maladies ; de faire enfin, à cette maladie, l'application constante des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales. » En 182 1 paraissaient deux volumes sur la Physiologie du système nerveux, en 1825 et 1826 des travaux sur la médecine légale des aliénés, où rendant compte du procès de Léger, Feldtmann, Lecouffe, Jean-Pierre, Papavoine et Henriette Cormier, il examinait leur état mental. « Nous publions ce travail, disait-il, dans le but unique d'être utile à la société, en éclairant les hommes qui sont appelés à juger leurs semblables sur une maladie encore peu connue dans quelques-unes de ses variétés. C'est surtout en présentant des exemples où des erreurs ont été commises, que l'on peut à la fois signaler les circonstances qui ont pu en imposer, et la roule à suivre pour éviter de retomber dans de pareilles fautes. » Lorsque fut entreprise la publication du nouveau Dictionnaire de médecine, les éditeurs jetèrent les yeux sur Georget et lui confièrent la rédaction des articles concernant les maladies mentales et nerveuses. En 1822 et 1828, il collabora à la Revue médicale fondée en 1820 par un groupe de médecins dont Esquirol faisait partie. Il s'attacha ensuite à un journal près de disparaître, et lui donna une nouvelle vie sous le titre d'Archives de médecine. C'est là qu'il fit paraître ces articles de médecine légale fini donnèrent lieu à tant de polémiques. Atteint de phtisie, Georget s'éteignit dans les bras de son maître Esquirol, le il\ niai i8:>8. 11 venait d'avoir 33 ans.

(iOUAN (Antoine). — Né à Montpellier le 10 novembre 1733, il fit dans cette ville ses études médicales, s'adonna entièrement à l'histoire naturelle, et devint professeur à l'Ecole et directeur du Jardin des plantes. 11 entretenait une correspondance suivie avec Linné. Celui-ci ayant, à diverses reprises, demandé des renseignements sur les métamorphoses des vers à soie. (îouan composa un mémoire dont le grand naturaliste rendit compté, avec éloges, devant tous ses élèves spécialement réunis.

Chouan était lié avec Jean-Jacques Rousseau, et se plaisait «à raconter

qu'une dame, désirant vivemenl connaître le philosophe genevois, il la lui avait présentée comme une de ses parentes ; Rousseau s'aperçul de la supercherie et se contenta de dire : « Sache/, Monsieur, que je n'aime pas qu'on me trompe, môme en me faisant plaisir. » Devenu aveugle, Gouan s'intéressait encore à la botanique et marchait en tâtonnant dans son jardin où il connaissait la plate de chaque plante. 11 mourut le icl" septembre 1821, ayant près de S8 ans.

GUARDIA (José). — >Té le 23 janvier i83o à Alayor, petite ville située à douze kilomètres de Mahon, dans l'île Minorque. Après avoir l'ait de brillantes études littéraires et médicales à Montpellier, il exerça quelque temps la médecine à Minorque ; mais cette existence n'étant pas conforme à ses goûts, il vint à Paris où il dut commencer, pour pouvoir subsister, par corriger des épreuves grecques. On peut avancer, sans crainte de se tromper, que peu de jeunes médecins seraient capables, aujourd'hui, de se procurer des ressources par le même moyen. Il passa sa licence et son doctorat ès-lettres, et professa à Sainte-Barbe, à Monge et à Chaptal. Pendant quelques années il fut bibliothécaire à l'Académie de médecine. Mort le 19 juillet 1897.

D'une instruction et d'une érudition remarquables, d'une rare indépendance de caractère, Guardia fut un travailleur acharné, un ami sûr et dévoué. Ses travaux, des plus intéressants, ont surtout trait à la psychologie, à l'éducation et à l'histoire de la médecine. Originaire des Baléares, il aimait peu les Castillans, et il resta toujours, se plaisait-il a dire, fidèle à ses deux patries, la France et la Catalogne. Guardia était !e beau-frère de Beaunis, de Nancy ; l'une de ses filles est la femme de mon vieil ami Raoul Brunon. le distingué directeur de l'école de médecine ■■■■- Rouen.

GUDDEN (Bernard von). — Né à Clèves le 7 juin 182^. Reçu docteur en 184.8, il fut médecin adjoint des asiles de Siegburg et dlllenau, puis directeur à Werneck. Professeur de psychiatrie à Zurich en 1869, il obtenait en 1872 la même chaire à Munich et était nommé directeur d" l'asile d'aliénés de cette ville. Il donna ses soins au roi Louis II de Bavière et fut trouvé noyé avec lui le 1 î juin 1886.

HALES (Etienne). — Né le 7 septembre 1677 dans le comté de Kent, ii fit à Cambridge des études théologiques et scientifiques. Entré dans l,4s ordres, il continua à manifester son goûi pour les sciences, et fut admis

468 LES PINEL ET LES TlJKE.

en 1717, à la Société royale de Londres. L'Université d'Oxford lui accorda. en 1733, le diplôme de docteur en théologie, et l'Académie des sciences de Paris le choisit, en 1753, comme membre associé étranger. Ses ouvrages sur la statique des animaux et des végétaux ont été traduits \'i français par Boissier de Sauvages et Buffon. Parmi ses nombreuses inventions, on peut citer les ventilateurs propres à renouveler l'air dans les hôpitaux, les mines, les prisons et les vaisseaux.

Haies mourut à Teddington, dans le comté de Middlessex, le k janvier 1761.

HALLE (Jean-Noël). — Neveu de Lorry et fds d'un peintre distingué qui fut directeur de l'école de Rome, Noël Halle naquit à Paris le G janvier 1754. Il fit brillamment ses études médicales, mais ayant été accueilli par la Société royale de médecine, il se vit repousser par la Faculté qui lui interdit d'exercer les fonctions de docteur régent. A l'organisation de l'Ecole de santé, il devint professeur de physique médicale et d'hygiène. En i8o4, il obtenait ia chaire de médecine au Collège de France. Mort le 11 février 1822.

(( Halle, dit Leroux, possédait à un degré émanent cette probité que j'appellerai médicale, et qui est bien supérieure à la probité commune. Sa philosophie était fort douce. Elle consistait dans la pratique des vertus, et non dans une théorie fastueuse ; dans les bienfaits qu'il répandait en silence sur ceux qui l'approchaient ; dans la justice qu'il rendait aux talents, et qu'il était loin de refuser à ses collègues ; dans le respect qu'il portait à leur réputation qu'il aurait craint d'effleurer ; dans la modération dont il ne s'écartait jamais ; dans l'observance rigoureuse des lois et des usages reçus ; dans la censure qu'il exerçait sur ses actions, et l'indulgence qu'il avait pour les erreurs ou les faiblesses des autres ; dans son attachement à ses devoirs ; dans l'usage journalier qu'il faisait de ses immenses connaissances qu'il avait tant de plaisir à verser sur les jeunes médecins, autrefois ses élèves, aujourd'hui ses confrères ; dans sa fermeté sans rudesse et sans ostentation ; dans son amour pour la vérité ; dans sa loyauté, son désintéressement. sa délicatesse, sa modestie, dans sa conscience pure, celle d'un homme qui n'a pas connu l'intrigue, qui abhorre la calomnie. »

HALLKR (Albert). -- Né à Berne le 16 octobre 1708. Il étudia la médi cine d'abord à Tubinge, puis à Leyde, où il fut reçu docteur en 176G. Après un séjour à Londres, il se rendit à Paris vers la fin de 1727, et pri! pension chez. Ledran, chirurgien en chef de la Charité. Suipris par un

APPENDICE. ri()9

voisin, tandis qu'il disséquait un cadavre dans sa chambre, il fui signalé aux autorités et obligé de fuir pour éviter des poursuites qui pouvaienl entraîner une condamnation aux galères. Après avoir suivi, à Bâle, les cours de géométrie de Jean Bernouilli, il revint à Berne, et 5 exerça la médecine, faisant des cours aux hôpitaux ainsi qu'à l'amphithéâtre de dissection. Appelé à Gœttingue, en 1736, pour y occuper une chaire d'anatomie, de botanique et de chirurgie, il resta dans cette ville jusqu'en 1753. Il retourna alors à Berne, où il mourut le 12 décembre 1 777. (( On connaît, dit Pinel, le grand ouvrage de Haller (Elemenhi physiologiœ corporis humani, etc.), qui forme la collection de faits physiologiques la plus savante et la plus précieuse pour tous ceux qui veulent faire une étude approfondie des fonctions organiques, et que le nosographe éclairé doit sans cesse consulter pour tracer avec exactitude l'histoire des maladies, en écartant d'ailleurs tout ce qui peut porter un caractère d'hypothèse. »

HAMPDEN (John). — Né à Londres en 1594. Entré en 162O à la Chambre des Communes, il refusa, en i636, le paiement de la taxe de mer. L'année suivante, il s'embarquait avec son cousin Cromwell pour émigrer en Amérique, lorsqu'un ordre du Conseil interdit le départ. Fut l'un des premiers a prendre les armes contre le roi Charles 1er et trouva la mort à Chalgrove Field, dans le comté d'Oxford, le 24 juin i643.

IIKI.IK (Faustin). — Né à Caen; le 3i mai 1799. Après avoir fait ses .lasses au lycée de Nantes et son droit à la Faculté de Rennes, il s'iuscrivit au barreau de Nantes en 1823. Quatre ans plus tard il entrait au ministère de la Justice. Conseiller à la Cour de cassation en 1849. ^,ort en i884.

Ses principaux travaux portent sur le Code pénal et le droit criminel. 11 écrit à propos du secret médical : « Ce n'est qu'au cas où les médecins n'ont connu les faits que par les soins qu'ils ont été appelés à donner, où les maladies par leur nature exigent le secret, ou enfin que le secret leur a été demandé, qu'ils sont tenus à une inviolable discrétion. » 11 est d'avis que si l'intention criminelle n'accompagne pas la révélation du secret, il n'y a ni crime ni délit.

HELMONT (Jean-Baptiste Tan). — Né à Bruxelles en 1577. Fait de brillantes études à Louvain, et à 17 ans refuse le titre de maître ès-;uls. Renonce également à un riche canonicat, ne voulant pas se plier à la règle de Saint-Bernard. Les Jésuites, qui enseignaient à Louvain la phi-

470 LES l'I.NEL ET LFS TUKE.

losophie, réussissent à l'attirer à leurs cours, mais l'un d'entre eux, célèbre Martin del Rio, ayant voulu l'initier aux mystères de la magie, il cesse de les fréquenter. Dès lors, se livrant à la lecture des livres mystiques et à la philosophie contemplative, il est sujet à des visions, et au sortir de l'une d'elles, il écrivait : « Intellcxi uno concepto quod in Christo Jesu vivimus, movemur cl sumus ; quod neino vcl nomen Jesu, ad salutem dicere, sine peculiari Dei gratin possit. » Après avoir fait à Louvain ses études médicales, il voyage en Fiance et en Italie, et revient s'établir dans sa patrie, où il meurt le 3o décembre i644-

« Un des premiers pas, dit Pinel, de l'esprit humain livré à lui-même et dégagé du joug du galénisme, fut d'ajouter, par la voie de l'observation, de nouvelles idées à la doctrine de l'aliénation, et ce fut Vanhelmont qui eut cet avantage. »

HEWSON (William). — Né le i(\ mai 17^9 à Hcxham en Northumberland, il commença les études médicales sous la direction de son père cl vint à Londres en 1709. William et John Hunter, frappés de ses heureuses dispositions, le chargèrent de diriger les dissections dans leur amphithéâtre. Il lit bientôt lui-même des cours d'anatomie, et devint, en 1772, membre de la Société royale. S 'étant blessé à la main pendant une dissection, il succomba le ier mai 1774, à peine âgé de 35 ans.

HIGGINS (Godfrey). - - Né le ier mai 1773 à Skallow Grange, près Doncaster, dans le Yorkshire, il dévoila les abus commis à l'asile du comté d'York et obtint la création d'un asile d'aliénés à Wakefield. Mort le 9 août i833.

HILL (Robert-Gardiner) . — Né à Louth, Lincolnshire, le 28 février i8n. Membre du Collège des chirurgiens d'Angleterre en i834, licencié du Collège des médecins d'Edimbourg en 1809. Nommé, en i835, chirurgien résidant à l'asile d'aliénés de Lincoln, il y vécut au milieu des malades, s efforçant de propager les méthodes de douceur et de supprimer, aulant que possible, le recours au reslrainl. En i84o il devenait directeur de l'asile privé d'Eatsgate House, à Lincoln, et en i863, médecin directeur d'Earl's Court House, Old Brompton, à Londres. C'est là qu'il mourut le 3o mai 1878.

Ses divers ouvrages ont trait à la suppression de tout mode de contrainte physique dans le traitement des aliénés.

IUITOl RATE. — Pendant des siècles, de nombreux médecins se sont

bornés, pour toute étude, à commenter Hippocrate et Galien, souvenl en les opposant l'un à l'autre. Pinel avait une profonde admiration pour

celui que nos pères se plaisaient à appeler le divin vieillard, mais, modéré en toutes choses, il ne l'admirait qu'à bon escient. « Avoir, disait-il, une estime sentie pour Hippocrate, rendre hommage à sa supériorité, le regarder comme le vrai fondateur de la médecine d'observation, ce n'est point croire qu'il a tout vu, tout observé, ce n'est point adopter servilement tout ce qui a été publié sous son nom, ni admettre aveuglément toutes ses opinions et ses principes dans le traitement des maladies. Que d'objets ont échappé à sa sagacité ! Que de propositions trop générales à modifier et à restreindre ! Combien la médecine ne s'est-elle point enrichie par les travaux successifs de ceux qui l'ont exercée dans Ions les âges avec un jugement sain et des principes solides ! Hippocrate n'en doit pas moins servir de modèle par les qualités rares qui lui ont mérité la vénération de tous les siècles ; jugement sain et exempt de toute superstition, mépris des richesses, amour ardent de la liberté et de l'indépendance, candeur, éloignement de toute jactance, de tout sentiment de haine ou d'envie, abjuration de toute vaine théorie, et sagacité profonde pour s'élever des histoires particulières des maladies à des vues générales et à des vérités aphoristiques confirmées depuis par une éternelle expérience. » Il n'est donc plus permis de prétendre que Pinel, dans son culte pour le père de la médecine, admettait tous ses préceptes de parti-pris et sans contrôle. La théorie du bloc n'était pas encore inventée. Historien impartial, il sut juger les époques et les hommes, et séparer le bon grain de l'ivraie.

HOFFMANN (Frédéric). — Né à Hall le 19 février 1660. Etudia la médecine à Iéna et à Erfurt. Quand Frédéric III, électeur de Brandebourg et futur roi de Prusse, fonda l'Université de Hall, Hoffmann, nommé professeur, fut chargé de rédiger les statuts de la Faculté de médecine, à laquelle il consacra la plus grande partie de sa vie. Il mourut, dans sa ville natale, le 12 novembre 17/^2.

HOWÀRÏ) (John). — Né en 1726. Voyagea dans sa jeunesse en France et en Italie. En [706, comme il allait à Lisbonne pour se rendre compte des désastres occasionnés par le tremblement de terre, le bateau où il se trouvait fut capturé ; après une détention de quelque durée en France, il revint en Angleterre, et s 'établissant à Cardington, près Bedford. il s'adonna à des œuvres philanthropiques. Nommé shérif du comté de Bedford. il fut frappé du sort des malheureux détenus dans les geôles.

« J'ai vu. dit-il, des hommes reconnus innocents par la décision des jurés, d'autres contre lesquels on n'avait pas trouvé assez de présomptions pour les soumettre à un jugement, ou dont les accusateurs avaient abandonné la poursuite, traînés de nouveau dans les prisons, et y être renfermés jusqu'à ce qu'ils eussent payé divers frais au geôlier, au greffier, etc. » Ayant parcouru les provinces voisines et constaté les mêmes injustices, il visita toutes les prisons et maisons de correction de l'Angleterre. Il constata leur état déplorable. Il se rendit également en France, en Hollande, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Portugal, en Turquie, en Danemark, en Russie, en Suède et en Pologne. Ses impressions furent résumées dans son Etat des prisons, des hôpitaux et des maisons de forée et dans son Histoire des principaux lazarets d'Europe. Il mourut le 20 janvier 1790.

HOTER (John). — >é le i4 février 1728 à Long Calderwood, en Ecosse. Frète do William Hunter qui, de dix ans plus âgé, s'occupa de son éducation médicale et lui fit étudier l'anatomie pour laquelle il manifestait de remarquables dispositions. Il devint membre du Collège des chirurgiens de Londres, chirurgien de l'hôpital Saint -Georges, chirurgien, extraordinaire du roi, chirurgien général de l'armée, inspecteur des hôpitaux. Il succomba à un accès d'angine de poitrine dans les circonstances suivantes. Les gouverneurs de l'hôpital Saint-Georges avaient décidé qu'aucun étudiant ne serait admis s'il ne produisait un certificat constatant une éducation professionnelle. John Hunter présenta deux jeunes hommes qui n'offraient pas les conditions requises. Une discussion à ce sujet s 'étant élevée dans la salle du Conseil, il s'emporta et sortit ; au même instant il tombait sans connaissance. C'était le 16 octobre 1793 ; quelques jours après on déposait son corps à l'église Saint- Martin-des-Champs. 11 y resta soixante-six ans. Le 21 mars 1859, sur l'initiative du Collège royal des chirurgiens d'Angleterre, le cercueil était transporté à l'abbaye de Westminster, 011 l'inhumation solennelle avait lieu le 28 du même mois.

John Hunter a laissé des travaux remarquables sur l'anatomie et la chirurgie. Ses manuscrits posthumes ont été publiés en 1861 par le professeur Owen.

Lavater, voyant un jour son portrait, s'était écrié : « Cet homme pense par lui-même. »

HUSSON (Henri-Marie). — Né à Reims le a5 mai 1772. Reçu docteur en médecine à Paris en 1799, il fut adjoint à Moreau de la Sarthe, comme

bibliothécaire de l'Ecole de santé. Secrétaire du comité de vaccine en 1800, il fut, sur la proposition de Corvisart, désigné en 181 1 pour vacciner le roi de Home. Nommé médecin de l 'Hôtel-Dieu en 1806, il resta dans cet hôpital jusqu'au jour où il prit sa retraite. « L'exactitude que M. Husson mettait à faire son service, dit un de ses élèves, était des plus exemplaires. Pendant plus de quarante années, il entrait dans ses salles, en toute saison, à 6 heures du matin ; à 7 heures du soir, il arrêtait tout travail médical ; jamais il n'y eut infraction de quelques minutes à cette règle qu'il s'était imposée. » Mort le 11 avril i853.

Partisan convaincu du magnétisme animal, il demandait à l 'Académie de médecine, en 1825, la nomination d'une commission spéciale pour en étudier les effets. Plus tard il combattait les conclusions du rapport de Dubois d'Amiens.

Bien qu'ayant embrassé la doctrine de Broussais, Husson demeura un admirateur de Pinel, et le 7 novembre 1826, il proposait que le buste de l'auteur de la Nosographie fût placé dans la salle des réunions de l'Académie de médecine.

IRELAND (William-Wotherspoon). — William Ireland, mort le 17 mai 1909, à l'âge de 77 ans, était né à Edimbourg. Il y fît ses études médicales, passa quelque temps à Paris, et entra au service de la Compagnie des Indes, en qualité d'aide chirurgien. En 1857, au siège de Delhi, il fut atteint de deux balles ; l'une pénétra dans un œil et sortit derrière l'oreille, l'autre lui traversa l'épaule et alla se loger dans le dos. Pendant de longues années, il resta incapable de toute occupation active, et, pour se distraire, écrivit une histoire du siège de Delhi. Obligé de renoncer à la carrière qu'il avait embrassée, il se dirigea vers les maladies mentales, et s'occupa spécialement de l'idiotie et de l'imbécillité et du traitement des enfants arriérés. Pour se délasser des travaux de sa spécialité, il publiait d'intéressantes études psychologiques sur les personnages ayant joué, à des titres divers, un rôle sur la scène du monde. Les difficultés et les peines n'avaient pas abattu sa nature énergique. Il n'était pas de ceux, se plaisait-il à déclarer aux jours de sa verte vieillesse, qui jugent que l'existence ne vaut pas la peine d'être vécue ; il eut été prêt à la recommencer, disant que même les pires épreuves lui avaient servi d 'enseignement.

JACOBI (KarMVig^iicï-Maximilieii). — Fils cadet du célèbre philosophe Fred-Henri Jacobi. Né à Dusseldorf le 10 avril 1795. Chargé en 1820 d'organiser l'asile d'aliénés de Siegburg, il en garda la direction jusqu'à sa mort survenue le 18 mai i858.

Jacobi, qui avait traduit en aiiemând la Description de la Retraite, profita d'un voyage en Angleterre, en i834. pour visiter la maison des Quakers, et il chargea Samuel Tnke d'écrire une introduction à l'édition anglaise de son ouvrage sur la Construction des asiles d'aliénés. Bien des années après, Hack Tuke, voyageant en Allemagne, s'arrêtait à l'asile de Siegburg, où Jacobi accueillait chaleureusement le fils de son vieil ami

JACQUES VI d'Ecosse, ou JACQUES Ier d'Angleterre. — Fils de Marie Stuart, né à Edimbourg le 19 juin i566, mort le 27 mars 1625. Dans sa Demonology, publiée pour la première fois en 1597, il s'élève avec indignation contre « les damnables opinions de Wier et de Scot ; ce dernier a osé, dans un écrit rendu public, affirmer qu'il n'y a pas de sorciers, soutenant ainsi les vieilles erreurs des Saducéens qui niaient les esprits. »

JUSSIEU (Antoine-Laurent) (de). — Neveu des célèbres botanistes Antoine, Bernard et Joseph de Jussieu. Né à Lyon le 12 avril 1748. Professeur de botanique au Jardin des Plantes, et de matière médicale à la Faculté de médecine. Fut l'un des onze professeurs à qui, lors de la réorganisation de la Faculté en i8a3, leur chaire ne fut pas rendue. Devenu complètement aveugle, il mourut le 17 septembre i836.

LALANDE (Joseph- Jérôme) (Lefrançais de) . — Né à Bourg-en-Bre^r le 11 juillet 1732. Membre de l'Académie des sciences en 1753, professeur d'astronomie au Collège de France en 1762. Mort le 4 avril 1807. Lalande, de son vivant, était aussi célèbre par ses bizarreries que par son savoir. Il se vantait de manger des chenilles et des araignées, qu'il portait toujours dans une bonbonnière et offrait aux personnes qu'il rencontrait.

LALLEMANI) (Claude-François). — Né à Metz le 26 janvier 1790. il y fît ses études classiques, et à l'âge de 18 ans, partit pour l'armée d'Espagne, en qualité de sous-aide chirurgien. Etant tombé malade, il rentra en France en 181 1. L'année suivante il se rendait à Paris et se présentait an concours de l'externat ; en i8i3, il était reçu le second à l'internat. Il fut élève de DupuytTen et de Marjolin, et c'est sur la recommandation de ce dernier qu'il était nommé, le 19 juillet 1819, professeur de clinique chirurgicale à Montpellier. De [820 à i83/i paraissaient ses Lettres sur l'encéphale, et en i836 ses RecJierches sur les pertes séminales involontaires. Nommé membre de l'Académie de médecine en i845, il prenait sa retraite et venait habiter Paris. Mort à Marseille le 23 juillet i854-

APPENDICE Ml)

L'indépendance de son caractère et ses relations avec les principaux membres de l'opposition lui avaient attiré, sous la Restauration, l'inimitié des hommes au pouvoir. En iN:>3, il se vit suspendu de ses fonctions, niais, sur les instances d'Esquirol, alors inspecteur général des facultés, il fut bientôt réintégré dans sa chaire. On n'en continua pas moins à le tenir en suspicion, et tous ses actes étaient surveillés. \ ce propos, Gubler nous raconte qu'un jour le préfet du Gard, chargé de faire une enquête sur Lallemand, demanda à la supérieure de l'hôpital Saint-Eloi si ses allures ne lui paraissaient pas ultra-libérales. « Si vraiment, répondit-elle, sa charité est inépuisable, et sa libéralité extrême. »

LALLEMAND. — Etudiant en droit, tué le 3 juin 1820, près du Palais- Bourbon, au moment où il criait : Vive la Charte. Sa mort donna lieu, le surlendemain, à un débat à la Chambre des députés. Laffitte monta à la tribune pour faire la déclaration suivante : « Je vais donner lecture à la Chambre d'une lettre écrite par le père d'un jeune étudiant en droit, tué d'un coup de fusil par un garde royal : — Monsieur, hier, mon fils fut frappé à mort par un soldat de la garde royale. Aujourd'hui il est diffamé par le Drapeau blanc, la Quotidienne et le Journal des Débats ; je dois à sa mémoire de repousser le fait allégué par ces journaux ; ce fait est faux ; mon fils n'a pas tenté de désarmer un garde royal ; il marchait sans armes, lorsqu'il a reçu par derrière le coup dont il est mort. — Signé : Lallemand. — Cette lettre, Messieurs, a été adressée à plusieurs journaux ; la censure en a refusé l'insertion ; et cependant elle a laissé dire et elle permet encore d'imprimer que le jeune Lallemand a été tué en essayant de désarmer un soldat de la garde royale. Ce fait est de la plus insigne fausseté ; la timide victime a été frappée d'un coup de feu au moment où elle prenait la fuite. » Casimir Pinel, qui participait à la manifestation, se trouvait auprès du jeune étudiant quand il tomba mortellement atteint. L'année suivante, le jour même du service anniversaire, le titre de grand maître de l'Université était rétabli, et ces fonctions confiées à l'abbé Frayssinous, premier aumônier du roi. Os nouvelles augmentèrent la surexcitation de la jeunesse des écoles, en grande partie hostile au gouvernement. « Un service funèbre, dit de Vaulabelle, devait être célébré à Saint-Eustache ; on était convenu de se rendre ensuite sur le lieu de la sépulture. Lorsque les étudiants se présentèrent à la porte de l'église, puis à celles du cimetière, ils se virent repoussés par de forts détachements de gendarmerie, qui ne tardèrent pas à les charger : des coups furent portés, fies pierres lancées, et nombre de jeunes gens blessés ou faits prisonniers. Benjamin Constant, ainsi

47o LES PINEL ET LES TUKE.

que le général Thiard, invités à la cérémonie religieuse, et repoussés, comme les élèves, à l'entrée de l'église, se virent eux-mêmes arrêtés. » L-i polémique élevée dans la presse à la suite de cette bagarre détermina un duel entre Benjamin Constant et Forbin des Essarts. A dix pas l'un de l'autre et assis sur des chaises, ils échangèrent quatre balles sans se toucher.

LAMOURETTE (Adrien). - - Né en 1742 à Fervent, en Artois, il se trouvait à Arras. en qualité de grand vicaire, en 1789. Nommé évêque constitutionnel de Lyon, il fut sacré à Paris le 27 mars 1791. A l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée législative., dont il était membre, il se retira à Lyon ; il s'y trouvait lois du siège de cette ville par les troupes de la Convention. Ramené à Paris et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, il monta sur l'échafaud le 10 janvier 179:4-

Il est resté célèbre pour le discours prononcé à l'Assemblée législative le 7 juillet 1792. Dans une lettre écrite le soir même, et que j'ai donnée dans sa biographie. Philippe Pinel raconte à son frère Louis la séance à laquelle il vient d'assister.

LAMURE ou LA MURE (François-Bourguignon) (de Bussière de). —

Né à Saint-Pierre, Martinique, le 11 juin 171 7. Après avoir fait ses classes à Nantes et à La Flèche, il retourna dans son pays, mais il revint en France en 1736, contre le gré de ses parents, et entreprit à Montpellier ses études médicales. Il devint, en 175T, professeur à la Faculté de médecine de cette ville. Une polémique assez vive s'engagea entre lui et Haller, qui l'avait accusé de plagiat ; mais il se justifia pleinement. Mort le 18 mars 1781.

Voici ce que dit de lui le rédacteur de la Gazette de santé : « Sa prudence lui avait fait adojrter cette maxime d'Hippocrate : de ne point hasarder des méthodes périlleuses, et de ne point nuire, du moins dans les cas où il ne pouvait ni guérir, ni soulager : aussi n'employait-il qu'avec une extrême réserve, ce qu'on a décoré du beau nom de remèdes héroïques. Il combinait dans sa pratique la théorie rationnelle des anciens, avec ce qu'on peut appeler un empyrisme raisonné et fondé sur des principes, c'est-à-dire, qu'éclairé sur la structure du corps humain, sur les altérations qu'il peut subir et sur les lois de l'économie animale, il tirait de nouvelles inductions de l'examen des causes évidentes, et des circonstances de l'âge, du sexe, du tempérament, du climat et de la saison de l'année. C'était sur ces diverses considérations qu'il recherchait les diathèses ou dispositions diverses des humeurs, les différents degrés de la force physique, et l'état varié des facultés de la vie. Tels ont été les

APPENDICE. Ml

principes de pratique d'un médecin connu des savants par des découvertes réelles, et qui s'esi rendu également recommandablc par un esprit des plus judicieux, par une habileté peu commune à faire de justes applications de son savoir, et par les qualités du coin- les plus estimables. »

LA RITE (Charles-Gaspard) (de). — Né à Genève le i4 mars 1770, Charles-Gaspard de La Rive se destinait au barreau et commença ses études de droit qu'il dut interrompre à l'époque de la Révolution. Obligé de quitter Genève, il se rendit à Edimbourg et y étudia la médecine. Reçu docteur, il passa deux ans à Londres où, en même temps qu'il se perfectionnait dans la science médicale, il s'adonnait à l'étude de la chimie. Avant de quitter l'Angleterre, il visita les principaux asiles d'aliénés ; la Retraite, récemment fondée, attira tout particulièrement son attention, et il se plut à en donner la description dans une lettre adressée, le ier juillet 1798, à la Bibliothèque britannique. Il rentrait 0 Genève en 1799. Agrégé au Collège des médecins, il était nommé, en 1802, professeur de physique à l'Académie, et chargé de traiter les aliénés placés dans un quartier spécial de l'hôpital. A la restauration de la République de Genève il fit partie du gouvernement provisoire, puis du Conseil d'Etat qu'il dut quitter en 1818 pour raisons de santé. Recteur de l'Académie en 1823. Mort le t8 mars i83/j.

LA ROCHEFOlt AIJLD-LIANCOURT (Frauçois-Alexandre-Frédéric)

(duc de). — Né le 11 janvier 17^7- Grand-maître de la garde-robe sous Louis XV et Louis XVI. Député aux Etats-Généraux en 1789. « En 1791, dit Ferrus, ce citoyen vertueux fit à l'Assemblée constituante un rapport par lequel il dévoila l'état misérable où languissaient les aliénés, et quoiqu'en ces temps difficiles les dangers de la patrie fissent négliger les besoins de la plupart de ses enfants, les plaintes de cet ami de l'humanité furent entendues. » Membre du cluB" des Feuillants, il reçut le commandement militaire de Rouen, mais fut destitué après la journée du 10 août 1792, et se retira aux Etats-Unis. Rentré en France après le 18 brumaire, il ne quitta plus sa patrie, mais il refusa le titre de sénateur que lui offrit Napoléon, et se consacra entièrement aux œuvres de bienfaisance, fonda des manufactures, créa une école des arts et métiers, et contribua puissamment à l'introduction et à la propagation de la vaccine en France. Membre de la Chambre des Pairs sous la Restauration, il demeura fidèle à ses convictions et fit partie de l'opposition libérale. Aussi le parti au pouvoir le considérait comme suspect, et une ordonnance du i4 juillet 1823 lui enlevait les diverses fonctions qu'il rem-

plissait avec le plus entier dévouement et sans en retirer aucun profit. Le lendemain il adressait la lettre suivante à Corbière, ministre de l'Intérieur :

« Monsieur le Comte,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et qui m'annonce que sa Majesté m'a retiré les fonctions d'inspecteur général du Conservatoire des arts et métiers, de membre du Conseil général des prisons, du Conseil général des manufactures, du Conseil d'agriculture, du Conseil général des hospices de Paris, et du Conseil général du département de l'Oise.

(( Je ne sais comment les fonctions de président pour la propagation de la vaccine, (pie j'ai introduite en France en 1800, ont pu échapper à la bienveillance de Votre excellence, à qui je nie fais un devoir de les rappeler.

(( J'ai l'honneur d'être, etc.. »

Aussi l'inimitié du ministre continua à s'exercer contre ce pair de France qui se permettait d'être libéral et d'exprimer sans ambages ce qu'il pensait. En 182/i la Commission de vaccine de l'Académie de médecine avait décidé de mentionner le nom du duc de La Rochefoucauld et le rapport avait été approuvé sans opposition aucune ; mais lorsqu'il fut imprimé, on constata que le nom n'y figurait plus. Il s'ensuivit une vive discussion, et Bricheteau protesta avec énergie contre cette omission, qu'un contemporain a traitée de « servile obéissance du secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine aux ordres du ministre. »

La Rochefoucaukl-Liancourt mourut le 28 mars 1827, et ses obsèques donnèrent lieu à des scènes scandaleuses. Les anciens élèves de l'Ecole des arts et métiers de Chalons avaient sollicité et obtenu de la famille la permission de porter le cercueil de leur bienfaiteur. A la sortie de l'église de l'Assomption, un commissaire de police enjoignit aux porteurs volontaires de déposer le cercueil sur le corbillard, et comme ils se refusaient à obéir, l'escorte d'honneur fut requise pour les y forcer ; une lutte s'ensuivit au cours de laquelle le cercueil tomba lourdement sur le pavé, tandis que les insignes du défunt et son manteau de pair de France roulaient dans le ruisseau. La Chambre des pairs s'émut de1 ce scandale et chargea le grand référendaire de procéder à une enquête. Inutile de dire que si une information judiciaire fut entamée, elle resta sans résultai.

LAYAUR. — Lavaur, aujourd'hui paisible chef-lieu d'arrondissement

du département du Tarn, fui jadis une importante place de guerre, détruite par les troupes de Simon de Montfort. « La \\\\c de Lavaur. dit un historien du pays d'Albigeois, après la plus vive résistance est prise d'assaut ; aussitôt la darne du lieu, qu'on nomme Gérarde, est jetée

vivante dans un puits public, el le puits est comblé de pierres. Son frère ou son époux (car là-dessus les relations ne sont pas d'accord) est condamné à être pendu avec quatre-vingts chevaliers qui avaient défendu la place ; mais les fourches patibulaires s'étant rompues sous un tel poids, on abandonne les nobles prisonniers à la soldatesque qui les massacre impitoyablement. Pour ce qui est des autres habitants qui hésitent de renoncer à leurs opinions erronées, on en brûle quatre ou cinq cents. » Ce qui fut fait, nous rapporte Pierre de Vaux Cernay « avec une allépresse extrême. »

Lavaur qui avait été dénommée par le concile de i2i3 « sedes satanae atque erroris hœretici primaria », se vit dédommagée de ces qualifications injurieuses en i3t8, lorsque son prieuré fut érigé en évêché suffragant de Toulouse. Un concile, qui s'y tint en i368, ordonna l'abstinence du samedi pour les clercs constitués dans les ordres sacrés, ce qui fait supposer rue cette prescription n'existait pas encore pour les laïques.

En i52i, au cours d'une peste meurtrière, le Parlement de Toulouse abandonna cette ville ravagée par le fléau, et se transféra à Lavaur, où il séjourna deux années ; à cette même époque, les Etats de la province furent convoqués «à Albi et à Castres.

Philippe Pinel fit toutes ses études classiques à Lavaur, au collège des Doctrinaires, qu'il quitta en 1767 pour se rendre à Toulouse.

LAYOISIER (Antoine-Laurent). — Né à Paris le iG août 17^3. Membre de l'Académie des sciences, à l'âge de 20 ans. Périt sur l'échafaud, avec les fermiers généraux, le 8 mai 179/i.

Le célèbre chimiste était lié avec Philippe Pinel, qu'il avait connu dans le salon de Mme Helvétius.

LEGALLOIS (Eugène). — Fils du physiologiste Julien-Jean-César Legallois, il naquit à Paris en i8o4. Elève de Laënnec et d'Esquirol, il fut reçu docteur en 1828. Ayant obtenu un emploi à la Maison de Charenton, il profita de la proximité de l'école vétérinaire d'Alfort pour se livrer à des études de physiologie expérimentale. En i83o il quittait Charenton pour venir à Paris demeurer chez Esquirol, rue de Buffon. Bientôt après il fut nommé médecin de l'hôpital de Saint-Mandé. Le

choléra ayant envahi la Pologne, tandis que ce pays luttait contre la Russie, Eugène Legallois partit avec Brierre de Boismont pour Varsovie afin d'étudier le fléau. Ayant soigné des malades atteints de typhus, il tomba lui-même malade ; à peine guéri il voulut revenir en France, et succomba en route à une phtisie aiguë. Il n'avait que 27 ans.

Légion d'honneur (Formule du serment). — Philippe Pinel avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le :>8 messidor an XII (17 juillet i8o4). J'ai trouvé dans ses papiers la formule du serment exigé des nouveaux légionnaires, et que je ne crois pas sans intérêt de reproduire ici :

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