‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 32 sur 35 · RÉPUBLICAINS · texte numérisé non relu

RÉPUBLICAINS

(( Nous avons reçu la description de la fête que vous avez célébrée en la gloire de la raison. Elle était ornée de tous les emblèmes qui peuvent la rendre aimable, persuasive, touchante ; l'art et la nature, la tendre enfance, la verte jeunesse, la vieillesse respectable, le laboureur, le guerrier, l'hymen, l'amour, l'amitié, les vertus s'empressaient à l'envi de l'embellir.

(( Rendez-la journalière, au lieu de renvoyer la célébration à chaque décadi, elle sera complète.

« Salut et fraternité. »

La plupart des membres de la Société populaire de Saint-Paul étaient de braves gens, amis de l'ordre et contraires à tout excès. Ils se laissèrent, en bons méridionaux, griser par une phraséologie vide et sonore, mais ils eurent surtout grand 'peur d'être taxés de modérantisme et traités en suspects. Si la Convention décrétait la vertu, la crainte salutaire était partout à l'ordre du jour. Les massacres de septembre, la mort du roi, l'exécution des Girondins, avaient terrifié les habitants de Saint-Paul ; aussi se dépêchèrent-ils de hurler avec les loups. Se proclamant Montagnards et soucieux de fournir un gage de la pureté de leurs intentions, ils décidèrent de débaptiser leur commune, et de l'appeler Agout-Rousseau. C'est là l'histoire de tous les modérés, à toutes les époques et sous toutes les latitudes.

Philippe Pinel s'intéressait aux nouvelles de Saint-Paul. « Je te prie, écrivait-il à son frère Louis en juillet 1792, dans votre Club et dans tous 1rs endroits publics où il sera question des affaires du temps, d'écarter toujours toute idée de désordre, de recommander l'obéissance aux lois el à toutes autorités constituées, car sans cela, il ne peut exister ni gouvernement ni société. » Au mois de novembre de la même année, répondant à son frère Jean-Pierre qui lui avait écrit une lettre indignée à propos des massacres des prisons, il s'exprimait ainsi : « Dans le club que tu as établi chez nous, fais en sorte que tous les esprits se rallient autour des grands intérêts de la patrie, et se pénètrent de l'amour du

bien public, en respectant toujours les personnes et les propriétés. Les clubs, dans les départements, ne sont point agités comme ceux de la capitale, où l'on professe si souvent des sentiments si exagérés el si destructeurs de tout ordre, qu'on doute s'ils sont inspirés par un patriotisme ardent mais aveugle, ou par une aristocratie déguisée. » Bien qu'adversaire convaincu de l'ancien régime, Philippe Pinel n'hésita point à flétrir les crimes de la Terreur, et ses lettres, où il déclarait connaître au juste a la valeur de tant de pygmées qui font un si grand bruit » auraient suffi, si elles étaient tombées entre les mains de quelque zélé sans-culotte, pour le faire comparaître devant le tribunal révolutionnaire.

Ses frères avaient, avec le même enthousiasme, salué l'aurore de 1ère nouvelle. Louis Pinel, que ses concitoyens voulaient désigner pour les représenter à la Convention nationale, déclina cet honneur, de lourdes charges de famille le retenant au pays ; mais il ne se crut pas en droit de refuser les fonctions de maire, et continua à les exercer pour le plus grand bien de tous, tant que dura la tourmente révolutionnaire. Charles Pinel, nommé en 1793 président de la Société populaire, prétexta ses nombreuses occupations pour se dispenser d'assister aux séances, et obtint la nomination d'un vice-président ; puis il donna sa démission et fut remplacé par son frère Jean-Pierre. Ce dernier, curé constitutionnel de Saint-Paul, avait quitté l'état ecclésiastique quand son église fut convertie en temple de la raison. D'accord avec son frère Louis, il sut détourner sur des objets futiles l'enthousiasme des exaltés, et parvint à soustraire aux fureurs populaires les personnes et les biens des adversaires de la Révolution. On ne lui en sut guère gré. et. le calme revenu, les deux partis lui reprochèrent sa conduite. Peu lui importait, du reste. (( Je ne me guide, déclarait-il fièrement, que d'après ma conscience, ma raison et les lois divines et humaines ; j'ai là des autorités qui valent toutes celles des hommes. »

Société royale de médecine. — La Société royale de médecine, créée le 29 avril 1776, se composa d'abord de quatorze, puis de vingt-quatre associés ordinaires, et de huit associés libres. Tous les médecins du royaume furent invités à correspondre avec elle, et ceux qui envoyèrent les meilleurs ouvrages reçurent le titre d'associés régnicoles.

L'établissement de la Société fut confirmé par des lettres-patentes du roi en date du 29 août 1778, enregistrées en Parlement le ier septembre de la même année ; elles fixaient à trente le nombre des associés ordinaires, et à douze celui des associés libres, le nombre des associés régni-

coles restant de soixante. Il y avait également soixante associés étrangers, et des correspondants en nombre indéterminé.

Parmi les associés ordinaires de la première heure, on peut citer Andry, Colombier, Antoine Laurent de Jussieu, Lassone, Le Roy, Lieutaud, Lorry, Thouret, Yicq d'Azyr ; parmi les associés libres, Daubenton. La Rochefoucauld, Necker ; parmi les régnicoles, Barthez, Lamure ; parmi les étrangers, Cullen, Fothergill, Franklin, Gaubius, Heberden, William Hunter, Macbride, Priestley, Pringlc, Tissot, Zimmermann. Les premiers officiers furent Lieutaud, Lassone et Yicq d'Azyr ; ce dernier conserva ses fonctions de secrétaire perpétuel jusqu'au 8 août 1793, jour où la Société royale de médecine fut supprimée par décret de la Convention.

SPURZHEIM (Gaspard). — Né le 3i décembre 1776, près de Trèvessur-Moselle. Faisant ses études médicales à Vienne, il assista par hasard, en 1800, à une leçon de Gall et se passionna dès lors pour la phrénologie. De iSo5 à 1807, il accompagna son maître dans ses voyages, se rendit avec lui à Paris et le seconda dans ses travaux. Au commencement de i8i3, il passait en Angleterre, et faisait des conférences à Londres, à Dublin et à Edimbourg ; dans cette dernière ville, il eut pour auditeur George Combe à qui il inspira le goût des études phrénologiques. De retour à Paris, il s'y fit recevoir docteur en 1821. En i832 il partait pour l'Amérique, et quelques mois après, le 10 novembre, il mourait à Boston d'une fièvre typhoïde.

Gall avait beaucoup d'affection pour Spurzheim, mais lui reprochait sa propension à la métaphysique qui le portait à négliger la seule observation, u Si les métaphysiciens, disait-il à Fossati, s'emparent un jour de nos principes physiologiques, ils raisonneront de telle sorte que la physiologie du cerveau redeviendra encore entre leurs mains un galimatias inintelligible. »

STAHL (Georges-Ernest). — Né à Anspaeh, en Franconie, le 21 octobre 1660. Professeur à l'Université de Hall. Mort le i/i mai 1734.

« Stahl, dit Philippe Pinel, paraît avec cette fierté de gloire qui dédaigne les routes frayées, et avec cette solidité de jugement qui maîtrise une imagination ardente ; il ne veut rien devoir qu'à l'observation et à l'expérience ; il commence par s'entourer de bonne heure des lumières accessoires, soit des sciences physico-mathématiques et de la chimie, soit de l'anatomie humaine et de la zootomie. 11 s*élève ensuite aux sources pures de la médecine grecque, non pour la suivre avec une admiration

servile, mais pour y puiser des idées naïves et originales, et les féconder par les réflexions les plus profondes et l'observation la plus attentive des phénomènes des maladies. »

STENON (Nicolas). - Né à Copenhague le io janvier i638. Commence

ses études médicales dans son pays el voyage ensuite en Hollande, en France, en Allemagne et en Italie, appelé en 1670 à occuper une chaire d'anatomie à Copenhague, il quitte cette ville pour se rendre à Florence, où il se décide à embrasser l'état ecclésiastique. Nommé par le pape Innocent XI évêque de Titiopolis en Isaurie. Mort à Schwerin, dans le Mecklcmbourg, le 20 novembre 1686.

SYDENHA3I (Thomas). - V- le 10 septembre 1G24 à Windford-Lagle, dans le Dorsetshire. Mort le 39 décembre 1689.

Pinel avait une grande admiration pour celui que ses compatriotes surnommèrent l'Hippocrate anglais. « Sydenham, dit-il, paraît vers la fin du XVII0 siècle. Profondément nourri de ee que la doctrine» des anciens offre de plus excellent, mais plein du sentiment de ses forces, et aimant à penser par lui-même, il se fraye une nouvelle route dans la description des maladies et de la constitution médicale des saisons. Il apprend à distinguer les maladies qui tiennent à des qualités connues de l'atmosphère, comme le froid, le chaud, les vents, etc., et celles qui dépendent de certaines altérations cachées et inexplicables du même air atmosphérique, et qui, après avoir régné vers l'équinoxc d'automne, continuent à dominer le reste de l'année, et impriment un caractère particulier aux autres maladies intercurrentes. Ses recherches furent continuées pendant quinze années de suite avec une constance et une finesse d'observation digne des plus beaux jours de la médecine grecque. »

TENON (Jacques-René). - Né le 2j février 1724, à Sépeaux, près de Joigny. Fut chirurgien de la Salpèlrière. professeur au Collège de chirurgie, membre de l'Académie des sciences. Son rapport sur les hôpitaux de Paris parut imprimé en 1788. « Lorsque Louis XVI, dit Cuvier, ordonna, en 1785, à l'Académie des sciences de lui faire un rapport sur les hôpitaux, l'administration de l'Hôtel-Dieu n'eut pas honte de refuser aux commissaires l'entrée des salles, et la communication des règlements et des registres. M. Tenon y suppléa. Depuis quarante ans il observait en silence, il recueillait ces affreux détails. Des médecins el chirurgiens de ses amis, employés dans la maison, lui avaient fait connaître ce qu'il n'avait pu voir par lui-même. Il exposa dans plusieurs mémoires, avec

LES P1NEL ET LES Tl KE.

la dernière précision, l'état do l'Hôtel -Dieu... Le roi fut profondément ému ; une sorte d'horreur s'empara de ce public si léger mais si sensible... En quelques jours une souscription de trois millions fut remplie. L'Académie dressa le plan de quatre hôpitaux à ériger dans des quartiers convenables... M. Tenon touchait enfin au but qu'il n'avait cessé d'envisager dès l'enfance, lorsqu'on 1788 un gouvernement réduit aux derniers expédients porta la main sur ce dépôt sacré et anéantit en un instant l'œuvre de la bienfaisance et l'espoir du malheur. » Tenon mourut le 16 janvier 1816, âgé de près de 92 ans.

THE3IIXES (Pons de Lac si ère s) (marquis de). — Né en i5Ô2. Sénéchal et gouverneur du Quercy. il combattit les Ligueurs dans le Rouergue et le haut Languedoc. En 1092, il contraignit le duc de Joyeuse à lever le siège de Villemur. Nommé par Louis XIII Maréchal de France pour sa conduite au siège de Montauban en 161 6, il prit plusieurs villes aux protestants, mais échoua devant Castres. Chargé en 162G du gouvernement de la Bretagne. Mort en 1627.

THOURET (Michel-Augustin). — Né à Cosnac, près Brives, le 5 juin 1707. Docteur régent de la Faculté, membre de la Société royale de médecine, il fut le premier directeur de l'Ecole de santé, et contribua à la nomination de Pinel comme médecin de Bicètre et comme professeur.

Adversaire de la doctrine de Mesmer, il publiait en 1784 ses Recherches et doutes sur Je magnétisme animal, « Les traitements, disait-il, se faisant en public, le magnétisme animal étant devenu une mode, une affaire de bon ton, un intérêt enfin cher et précieux aux gens du monde, n'est -on pas en droit de soupçonner qu'une ambition secrète, un désir caché de fixer les regards du public, de l'occuper quelques moments, de se faire distinguer enfin, inspire quelqu'une des personnes d'un rang inférieur qui se rendent aux traitements ? Qui ne connaît pas les intrigues d'une grande ville, et à Paris est-il aucun moyen que l'on regarde comme inutile de faire parler de soi ? C'est là une des causes que Sauvages assignait aux maladies feintes, dans un temps où les vapeurs étant devenues à la mode, et passant pour être l'apanage du beau sexe et des femmes d'un ordre distingué, un grand nombre de personnes paraissaient les feindre, parce que l'on croyait qu'elles caractérisaient une tournure d'esprit et une constitution plus délicates. Mais il est encore une cause accessoire des crises convulsives, réputées magnétiques, à laquelle on serait tenté d'assigner un tout autre caractère. Quels sont les acteurs du magnétisme animal ? De jeunes médecins, ou des

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hommes au moins dans la force de l'âge pour l'ordinaire. Quelles soi il les personnes malades ? Des femmes en plus grande partie, des personnes du sexe. Mais si l'on réfléchit que dans la manière dont l'opération du magnétisme doit se conduire, les médecins qui magnétisent ont les mains appliquées sur l'épigastre des malades ; que cette situation exige un rapprochement très intime, dans lequel, pour ainsi dire, les corps se touchent, et les haleines se confondent ainsi que les regards, surtout si l'on veut que l'opération soit plus prompte et plus sûre, et l'on verra si l'on ne donne pas lieu de soupçonner que l'une des causes que Hecquet assignait aux convulsions de Saint-Médard, qu'il croyait hystériques, concourt aussi dans les crises du Mesmérisme. » Thouret mourut le 19 juin 1810.

TISSOT (Samuel- Auguste-André-David) . — Né le 20 mars 1728 à Grancy, près Lausanne. Il suivit à Montpellier, de 17^6 à 17^9, les leçons de Boissier de Sauvages, professa pendant quelques années à l'Université de Padoue, et mourut à Lausanne le i3 juin 1797. Son Traité de l'épilepsie, dit Pinel, « a l'avantage de réunir presque tout ce qui se rapporte à ses causes, à son caractère particulier, à ses principes de traitement, au point de pouvoir tenir lieu d'un grand nombre d'écrits sur le même objet. »

TRACY (Antoine-Louis-Claude) (Destutt de). — Né à Paris le 20 juillet 175/1. Etait colonel d'infanterie lorsqu'il fut envoyé aux Etats-Généraux. Arrêté comme suspect sous la Terreur. Membre de la Chambre des Pairs sous la Monarchie. Connu principalement pour ses Eléînents d'Idéologie. Mort le 10 mars i836.

TRELAT (Ulysse). —Né à Montargis le i3 novembre 1795. Ses éludes. commencées au collège de cette ville et poursuivies au lycée de Dijon, se terminèrent à Louis-le-Grand. Ayant peu de goût pour le notariat auquel semblaient le destiner les traditions familiales, il se décida, à l'Age de là ans, à commencer la médecine. Attaché, au printemps de i8i3, à l'hôpital militaire de Metz, alors encombré de typhiques, il fut luimême atteint de la terrible maladie. Guéri, il donnait sa démission le 3o mars 181/1, et venait à nouveau s'asseoir sur les bancs de l'école. \u retour de Napoléon, il fit partie du corps des canonniers volontaires et contribua à la défense des retranchements de Belleville. Poursuivant ses études médicales, il fréquentait la Salpêtrière, où il rencontrait, aux cours d'Esquirol, Jean-Pierre Falret, Félix Voisin, Foville, Georget, Leuret, Rostan, Mitivié. Puis il entra, comme interne, à la maison

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royale de Gharenton, sous la direction médicale de Roycr-Collard. Il se mariait en 1819 et passait sa thèse en 1821. Son père, notaire de la maison d'Orléans, sollicita, à son insu, la protection de ses nobles clients pour le faire admettre, comme chirurgien major, aux dragons de la Garde royale. Mais il se refusa à accepter une faveur quelconque du gouvernement de la Restauration, qu'il était décidé à combattre.* On le vit dès lors prendre part à toutes les conspirations. L'un des premiers membres de la loge des Amis de la Vérité, il participa aux luttes des étudiants contre les gardes du corps en 1820. A cette époque, il faisait partie d'une organisation militaire secrètement formée sous le nom de Compagnie franche des Ecoles et du Commerce, et destinée à renverser le trône. L'entreprise échoua. La Charbonnerie française avait été établie en 1821. Trélat, d'abord simple carbonaro, puis député de la Vente centrale, devint membre titulaire de la Haute Vente de Paris. Le mouvement de Belfort avait été étouffé dès sa naissance. Trélat. soupçonné d'avoir trempé dans sa préparation fut menacé de poursuites, mais, faute de preuves suffisantes, l'affaire dut être classée. Néanmoins, comme il demeurait suspect, la Vente suprême, désireuse de l'éloigner de Paris, le délégua pour organiser la Charbonnerie dans les départements. Le i5 janvier 1822. il devenait l'un des Commissaires généraux près des Ventes départementales. C'est en cette qualité qu'il reçut, à Laon, le serment de Kersausie, alors lieutenant au 4e régiment de hussards, et qui devint le chef d'une troupe surnommée Société d'action et destinée à former l'avant-garde de la révolte. Le général Berton, le docteur Caffé jurèrent entre ses mains de vouer leur vie à la cause de la liberté. La conspiration de Saumur avorta et les principaux conjurés furent condamnés à la peine de mort. Trélat, chargé de suivre le procès, se rendit à Poitiers ; jusqu'au dernier jour il ne désespéra point de sauver les victimes, et il se trouvait au premier rang de la foule quand le général Berton gravit les marches de l'échafaud. De même, il assista au supplice des quatre sergents de La Rochelle, dont l'un. I5ories, comptait parmi ses plus intimes amis. La Charbonnerie étant profondément atteinte, les forces révolutionnaires durent renoncer à une action immédiate, mais la lutte continuait sourdement. Trélat partageait son temps entre la politique, les soins d'une clientèle peu. étendue, et le travail du cabinet. En 1827 nous le voyons fonder, avec soixante anciens Carbonari. la Société Aidetoi, le Ciel t'aidera. La même année s'organise un système municipal occulte dont le but est de renverser le gouvernement ; Trélat devient membre de la commission centrale. Les 27, 28 et 29 juillet i83o, il fait le coup de feu contre les troupes royales. Le 3o. il est envoyé à l'Hôtel-

de-Ville par la Société des amis du peuple pour remettre une adresse au gouvernement provisoire. Malgré les efforts du parti républicain, Louis- Philippe est proclamé roi des Français. Gependanl l'opposition ne désarme pas, el tout devient prétexte à des manifestations hostiles. Le 12 décembre i83o, aux obsèques de Benjamin Constant, Trélat prenait la parole au nom de la Société des amis du peuple, et flétrissait « ces ennemis de la grande semaine qui. après lui avoir menti leurs hommages, ont juré d'en étouffer les résultats. » Quelques jours plus tard, l'arrêt de la Cour des Pairs dans le procès des ministres de Charles \ soulevait un mouvement populaire. Trélat, qui servait dans la 2e batterie de la Garde nationale, sous les ordres de Gavaignac, est poursuivi, avec dix-huit autres citoyens, sous l'inculpation d'avoir tenté de substituer violemment la République au gouvernement établi. Le procès a lieu dans les premiers jours d'avril i83r. Trélat présente lui-môme sa défense, et les prévenus sont acquittés.

Au commencement de i832, s'ouvraient devant la Cour d'assises de la Seine, les débats connus dans les Annales judiciaires, sous le nom de Procès des i5. Ces poursuites étaient dirigées contre la Société des amis du peuple. Trélat, chez qui l'on avait perquisitionné le n juillet de l'année précédente, s'était, sur les instances de sa femme, dérobé à une arrestation immédiate. Le jour des débats, il se présentait devant la Cour, déclarant avec calme : « Je ne rétracte rien de ce que j'ai dit. rien de ce que j'ai écrit. » Le jury l'acquitta.

Mais le 26 mars 1832, le choléra faisant son apparition à Paris, Trélat renonça momentanément à la politique pour donner tout son temps et son zèle aux malades. Puis, l'épidémie terminée, il accepta d'aller à Clermont-Ferrand pour diriger le Patriote du Puy-de-Dôme. Pendant trois ans, il mena une lutte vigoureuse contre l'administration ; sans cesse poursuivi, il est toujours acquitté. Mais il est rappelé à Paris en i835, et désigné comme l'un des défenseurs des prévenus d'avril. Il a, comme associés, dans cette tache ardue, des hommes tels que Voyer d'Argenson, Audry de Puyraveau, le général Tarayrc, l'abbé de Lamennais, Raspail, Carnot, Armand Carrel, Bouchotte. Pierre Leioux, Reynaud. F. Degeorge. de Cormenin, Mais leurs noms ne sont pas inscrits au t;i bleau et la Cour des Pairs, se refusant à les agréer, décide que les prévenus auront des défenseurs désignés d'office. Les accusés protestent. Les plus ardents parmi leurs défenseurs se réunissent sous la présidence de Trélat, et Michel de Bourges rédige une lettre que signent les membres présents ; cette lettre, parue le lendemain dans la Tribune et le Réformateur, proclamait que « l'infamie du juge fait la gloire de l'accusé. »

La Chambre des Pairs décida de poursuivre les signataires. Dès lors, plusieurs d'entre eux se dérobèrent et voulurent éluder la responsabilité. Trélat résolut de la prendre pour lui seul ; bien que sa famille eût besoin de son appui, et que la condamnation fût certaine, il n'hésita point. Lui et Michel de Bourges se présentèrent pour être jugés par ceux qu'ils avaient outragés. Les décisions des hautes Cours ne sont pas nouvelles ; leur partialité et leur justice n'ont pas changé. « De la justice, s'écriait Trélat en s 'adressant aux Pairs, eh ! qu'en avez-vous besoin ?... La tyrannie a pour elle ses baïonnettes, ses juges et vos collets brodés ; la liberté a pour elle la vérité. » Et il ajoutait : « Condamnez-moi, mais vous ne me jugerez pas. » La peine prononcée fut trois ans de prison et t 0,000 francs d'amende. Les ressources de Trélat ne lui permettaient point de se libérer d'une pareille somme ; mais ses amis d'Auvergne prirent l'initiative d'une souscription rapidement couverte. L'amende payée, le condamné partit pour Clairvaux. Sa santé s'y altéra rapidement. Leuret, prévenu, accourui auprès de lui ; alarmé des progrès du mal, il sollicita l'appui de Béranger, pour obtenir de Thiers le transfert dans un milieu plus sain. Trélat dut demeurer à Troyes, prisonnier sur parole, jusqu'à l'amnistie de 1837. Sa femme étant morte l'année suivante, il résolut de se consacrer entièrement à l'exercice de sa profession. Un concours s'ouvrait pour quatre places de médecin des quartiers d'hospice consacrés aux aliénés ; il se présenta sur les conseils de Leuret. et fut nommé ex-œquo avec Baillarger ; en seconde ligne venaient Archambault et Moreau de Tours. Il alla habiter, ?» la Salpètrière, l'ancien appartement de Pinel. Quand vint la révolution de 18^8, ses amis le décidèrent à entrer de nouveau dans l'arène. Pendant son court passage au ministère des Travaux publics, il fit arrêter et transférer à Bordeaux Emile Thomas, directeur des ateliers nationaux. Non réélu à l'Assemblée législative, il n'en éprouva aucun regret. Il vécut désormais pour ses malades, et mourut le 29 janvier 1879, dans sa 85e année.

Trélat fut un révolutionnaire, mais, au contraire de tant d'autres, ses convictions étaient sincères, jamais il ne s'abaissa à de honteuses compromissions, et il suivit, sans faiblir, la voie qu'il s'était tracée. Il mourut aussi pauvre qu'il avait vécu, n'ayant connu ni l'ambition, ni l'envie, ni même la haine. Et pour ses anciens compagnons de lutte devenus les séides du gouvernement, pour les politiciens qui n'ont d'autre idéal que la satisfaction de leurs appétits, il n'éprouva que de la pitié. « Tout compte fait, disait-il, c'est encore un bon calcul que celui d'être honnête homme. »

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TUKE (James-IIack). - James Tuke, lils de Samuel et frère aîné t!e Hack Tuke, naquit à York le i3 septembre 1819. Il consacra la plus grande part de sa vie aux œuvres charitables et philanthropiques. Lorsqu'en 18^6 et 1847 la famine décimait l'Irlande, il fit partie de la mission chargée de distribuer les secours souscrits par la Société des Amis. Le sort de cette malheureuse contrée l'émut vivement. Il sut, par ses écrits, attirer sur les Irlandais l'attention et l'intérêt des pouvoirs publics, et il consacra à leur soulagement, pendant près de cinquante années, son temps et son argent. Ses instants de loisirs étaient donnés à d'autres bonnes œuvres. Il ne négligea point la Retraite, fondée par son bisaïeul, et s'intéressa toujours au sort des aliénés. Enfin les Français ne sauraient oublier qu'en 1871, après l'armistice, James Tuke vint à Paris, chargé de distribuer 20,000 livres sterling souscrits par les Quakers d'Angleterre pour aider ceux dont les maisons avaient été détruites pendant le siège. Son œuvre était presque achevée, quand éclata la Commune. Le permis signé par Jules Ferry, comme maire de Paris, n'étant plus valable, il put en obtenir un nouveau du Comité central. Cet homme de bien, qui porta si dignement le nom de Tuke. mourut le i3 janvier 1896.

TURPIN (Richard). — Célèbre bandit né en 1706 à Hempstead, en Essex. Il attaquait avec ses compagnons les fermes isolées et torturait les habitants pour leur faire avouer où se trouvait leur argent. Traqué de toutes parts, il se réfugia dans le Yorkshire. Arrêté en février 1789, Dick Turpin comparaissait le mois suivant devant les assises et était exécuté, à York, le 7 avril.

YENEL (Gabriel-François). — Né le 23 août 1723 à Tourbes, près Pézenas. Reçu docteur à Montpellier en 17/42, il se rendit à Paris pour étudier la chimie, et le duc d'Orléans l'attacha à sa maison. Son analyse; des eaux de Seltz ayant attiré l'attention du monde savant, il fut chargé par le gouvernement d'analyser toutes les eaux minérales de France. Il écrivit des articles de chimie et de médecine pour YEncyclopédie. Pinel qui fut son élève à la Faculté de Montpellier, nous rapporte que Venel était un chimiste habile et profond, et qu'il enseignait avec éclat la matière médicale. Mort le 29 octobre 1775.

YERNET (Mme). — Mme Vernet, veuve du sculpteur Louis-François Vernet, tenait, au N° ai, aujourd'hui N° i5 de la rue Servandoni, une maison meublée. Pinel et Boyer lui demandèrent, en juillet 1793, de donner asile à un proscrit. Il s'agissait de Condorcet. Il demeura caché dans cette maison jusqu'au 25 mars 1794. Craignant alors de causer la perte de Mme Vernet, il s'enfuit sans la prévenir.

Y ICQ D'AZYR (Félix). - - Né à Valognes Le 23 avril i748, il y commença ses études, fit à Gaen sa philosophie, et vint à Paris en 1760. Ayant terminé sa licence, il ouvrit en 1770, à l'amphithéâtre de l'Ecole, un cours d'anatomie comparée ; mais son brillant succès ayant suscité des envieux, l'usage de cet amphithéâtre lui fut refusé. Antoine Dubois, professeur au Jardin du Roi, le choisit comme suppléant ; mais Vicq d'Azyr ne put obtenir la survivance de celte chaire, et Portai lui fut préféré. Cependant, grâce à son mariage avec une nièce de Daubenton, il put poursuivre ses recherches d'anatomie comparée. Membre de l'Académie des sciences en 1 7 7 'i , de l'Académie française en 1788, il fut l'un des fondateurs de la Société royale de médecine, dont il devint le secrétaire perpétuel. Dans ses éloges, le style reste pur et simple ; on est heureux de ne pas y rencontrer ces longues périodes emphatiques qui plaisaient tant à Pariset. « C'est surtout dans cette sorte de discours, déclarait Vicq d'Azyr, que l'orateur doit se souvenir de la prière adressée aux dieux par Périclès lorsqu'il montait à la tribune : Faites, disait-il, que je n'avance rien qui ne convienne à mon sujet. »

Mort le 20 juin 1794.

YIGAROUS (Barthélémy). — Né le 20 janvier 1725 à Montpellier, il y fit ses études médicales, devint chirurgien major à l'hôpital Saint-Eloy, professeur royal titulaire en chirurgie, associé régnicole de l'Académie royale de chirurgie. Mort le 19 juillet 1790.

VITET (Louis). -- Né à Lyon en 1730, il étudia la médecine à Montpellier et à Paris, et revint se fixer dans sa ville natale. Sous la Révolution il fut maire de Lyon et député à la Convention nationale. Mort le 25 mai 1809.

Sa classification se trouve dans l'ouvrage intitulé Matière médicale réformée ou pharmacopée médico-chirurgicale.

Classe

Fièvres.

Classe II.

Ordre

continues.

Ordre t.

lente continue.

intermittentes.

éruptives.

fi.

Inflammations.

Inflammations de la tôte.

» do. la poitrine.

» du ventre.

» des parties naturelles » des téguments.

» du p'rioslc.

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Classe III. Maladies douloureuses.

Ordre 1. Douleurs de tôte.

» de la poitrine.

» du ventre.

» de la colonne épinière et des extrémités.

Débilités.

Diminution des forces musculaires.

Abolition du mouvement

Diminution du sentiment.

Abolition du sentiment.

Abolition du sentiment et du mouvement.

Classe

Ordre

Classe IV. Convulsians.

Ordre I. Convulsions générales.

-. » particulières.

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