RÉCAPITULATION
En résumé, la classification de Pinel comprend cinq classes : les lièvres, les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses, les lésions organiques.
Les fièvres, caractérisées par la fréquence du pouls, l'augmentation de la chaleur, et des lésions de la plupart des fonctions, se divisent en angioténiques ou inflammatoires, méningogastriques ou bilieuses, adéno-méningées ou muqueuses, adynamiques ou putrides, ataxiqucs ou malignes, adéno-nerveuses
(1) Nosographie philosophique, 6e édit., 1818, t. III, p. 526.
(2) Ibidem, p. 529.
(3) Physiologie du système nerveux, 1821, t. I, p. 78.
ou pestilentielles. Elles peuvent présenter le type continu, rémittent ou intermittent. Pinel se refuse à ranger la fièvre hectique parmi les lièvres primitives, la considérant le plus souvent comme symplomatiquc. Quant à la fièvre puerpérale, il pense qu'elle ne constitue pas une affection spéciale, mais comprend toutes les nombreuses fièvres qui peuvent attaquer les nouvelles accouchées. Son but a été de simplifier les classifications connues, et de « réduire la pyrétologie à un très petit nombre d'ordres fébriles primitifs, y ramener par une simple décomposition les complications variées qu'elles peuvent former, et coordonner les fièvres intermittentes et rémittentes d'après leurs affinités avec les continues, et non d'après leurs types de périodicité » (i).
Les phlegmasies forment la seconde classe. Elles sont surtout caractérisées par des douleurs, chaleurs et rougeurs locales, avec ou sans état fébrile, et se terminent par la résolution ou le passage à la suppuration, à la gangrène, à l'induration. Cette classe, dit Pinel, « doit être d'autant plus voisine de celle des fièvres, que rien n'est plus fréquent que la complication réciproque des phlegmasies avec ces dernières » (2). Elles sont divisées en cinq ordres, suivant qu'elles affectent : i° les téguments ; 20 les muqueuses ; 3° les séreuses ; f\° le tissu cellulaire et les organes parenchymateux ; 5° les tissus musculaire, fibreux et synovial.
La troisième classe est constituée par les hémorrhagies envisagées suivant qu'elles affectent les muqueuses ou les systèmes séreux, cellulaire et cutané. Elles peuvent être constitutionnelles, supplémentaires, critiques, accidentelles, passives ou actives.
Quant aux névroses, une méthode naturelle de les classer ne saurait, dit Pinel, « leur être appliquée dans l'état actuel de nos
(1) Nosographie philosophique, 1818, t. 1. Introduction, p. xv
(2) Ibidem, p. xvu.
connaissances, et alors il faut se borner à une classification artificielle ; je la fonde sur la base la moins sujette à des variétés, les descriptions les plus exactes qui puissent servir à les caractériser, et les lésions du sentiment et du mouvement » (i). Il les divise en névroses des sens, des fonctions cérébrales, de la locomotion et de la voix, des fonctions nutritives, de la respiration, de la circulation, de la génération.
Constatant les lacunes qui existent dans la doctrine des névroses, Pinel se borne à exposer le plus exactement possible les phénomènes morbides. Pour lui, il s'agit de lésions du sentiment et du mouvement, sans inflammation, ni lésion de structure ; mais il se garde bien de nier que des altérations organiques du cerveau puissent déterminer des troubles mentaux. « Des coups violents, dit-il, des chutes, des plaies de tête, peuvent non seulement empêcher que les impressions des objets extérieurs soient portées au cerveau, mais encore affaiblir ou abolir quelqu'une des fonctions intellectuelles. La mémoire est quelquefois détruite par un abcès au cerveau, par une érosion du corps calleux, par la compression que produit une tumeur... Mais, d'un autre côté, des faits généraux et constamment observés n'apprennent-ils point aussi que très souvent les affections hypocondriaques et mélancoliques, et même la manie, tiennent à des causes morales et à ces commotions plus ou moins profondes qui sont ressenties dans la région épigastrique ? Les vertiges, les extases, les visions fantastiques que produisent les narcotiques à trop forte dose ne prouvent-ils point que les désordres de l'entendement peuvent avoir un siège entièrement étranger au cerveau, et que ce dernier n'est alors affecté que comme centre d'une sorte de réaction sympathique » (2).
La classe cinquième comprend toutes les maladies qui déterminent des changements dans la structure intime des organes.
(1) Nosof/rt/p/iir philosophique, 1818, t. I. Introduction, p. \.\. (1) Nosographîe philosophique. 6e édit., 1818, t. III, p. M.
Telle est, brièvement résumée, la classification de Pinel. Si elle nous paraît aujourd'hui, vu l'état actuel des connaissances médicales, démodée et vieillie, elle n'a pas moins marqué un réel progrès à l'époque où elle parut. La preuve n'en est-elle pas dans le prodigieux succès qui l'a accueillie ? Pinel, du reste, nous ne saurions trop le répéter, n'avait pas la prétention d'offrir au public une œuvre définitive. « Je n'ai jamais eu, déclarait-il, le projet insensé de mettre au jour un ouvrage parfait et à l'abri de toute critique, en publiant ma Nosographie » (i). Fervent admirateur d'Hippocrate, il savait, plus que tout autre, que, si la vie est brève, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile (2). Convaincu de l'évolution progressive des sciences médicales, et conscient qu'il n'avait fait qu'ajouter une pierre à l'édifice commun, il sentait bien qu'il n'était qu'un homme et que tout homme peut se tromper. Si les travaux des autres, même ceux de ses adversaires, lui démontraient qu'il avait commis une erreur, il s'empressait de le reconnaître, loyalement et sans hésitation.
Cette simplicité d'un grand homme n'est-elle pas consolante, lorsqu'on la compare à la présomptueuse suffisance de pseudo savants qui, non contents d'escompter le jugement de la postérité, pontifient leur vie durant, et hument l'encens que des personnages intéressés leur distribuent, à tout propos el sans compter. Mais Pinel était tout autre ; auprès de lui, les flatteurs avaient peu de succès, et ceux-là fuyaient son service, qui ne voient, dans leur chef, qu'un marchepied pour arriver.