Azsert BaBeau. Vie rurale, p
2, Au xvr siècle, mais à la fin, au xvue et plus tard, la viande était trois fois moins chère que de nos jours, tandis que le blé coûtait le même prix qu'aujourd'hui, et les salaires n’atteignaient pas le tiers des nôtres : « Ce n’était, nullement pour satisfaire le luxe délicat d’une poignée de gastronomes que les campagnards se débarrassaient trèssouvent de leurs veaux à peine nés; c'était par suite de la difficulté de les nourrir avec des vaches qui, réduites pendant l’hiver à une alimentation insuffisante, ne donnaient presque pas de lait. S'il avait fallu servir à la mère, pour rendre sa traite plus abondante, une ration quotidienne de ceson précieux que les paysans mettaient dans leur pain, et qui coûtait de 10 à 12 francs les 100 kilos, le veau aurait dû se vendre trop cher pour que les bouchers pussent l’acheter.(G. d’Avenel: Paysans et Ouvriers p. 227.)
sement. Avouez que c’est chose bien permise, puisque c’est chose rare. Il faut ê:re témoin de la voracité des gens de,la campagne pour croire à la quantité de viande que mangent aux noces, des hommes qui s'en excusent disant: « Nous n’en mangeons que là. » C’est une profusion de mets qui apparaissent, disparaissent et sont aussitôt remplacés;et ce pendant deux jours entiers!
Le Paysan de l’Ancien Régime avait à côté de lui d’importantes réserves alimentaires : le gibier pullulait dans d'immenses forêts et de plus ravageail ses champs. Mais il lui était interdit, sous les peines les plus sévères, de le chasser et de s’en emparer pour le destiner à son propre usage. On peut dire que la chair du gibier fut très peu employée en dehors de la classe noble : le pays se trouvait ainsi privé d’une grande ressource d'alimentation.
Parmi les privilèges les plus chers à la noblesse, les plus funestes en même temps aux paysans, la chasse occupe sans contredit le premier rang. Reste des anciennes coutumes germaniques, elle était regardée par les seigneurs comme une de leurs prérogatives les plus précieuses. En conséquence, les peines les plus sévères, le carcan, la prison, le bannissement, la marque, les galères, la mort mème, punissaient les vilains assez audacieux pour se livrer au braconnage sur les terres seigneuriales. Jamais lois ne furent plus rigoureuses et ne méritèrent mieux le nom de draconiennes. Les lois sur la chasse ne s’adoucirent que très tard. Elles étaient encore aussi dures sous Îe règne de Henri IV.
Ce dernier roi, pourtant animé d’un bon vouloir en- | ; !
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vers le peuple, reproduisit les peines rigoureuses édictées par François [“, et signa l'arrêt de mort de paysans coupables d'avoir protégé leurs champs contre les dévastations des bètes sauvages. Un édit forestier de Louis XIV défendit, sous les peines les plus sérieuses, aux paysans et roturiers de quelque condition qu'ils fussent, de chasser même sur leur propre bien. En revanche le seigneur peut chasser partout. Nul ne peut enclore, fût-ce quelques arpents de pré ou de vignes. D'après la jurispradence de Provence, les paysans ne pouvaient même pas, soit par convention ou autrement, stipuler en leur faveur le droit de chasse, parce que l’on considérait cet exercice comme suceptible de les détourner de leurs emplois ordinaires (1). Louis XIV fut le premier qui défendit aux juges « de condamner au dernier supplice, pour le fait de chasse de quelque nature que soit la contravention, s’il n’y a d’autres crimes mêlés, qui puissent mériter celte peine. » (2)
Le droit voluptueux de la chasse, comme l’appelle Pallu,commentateur de la coutume de Touraine,s’exerçait de diverses manières, ainsi que le droit de pêche, régi par la même législation : Le jus chaciandi et piscandi s’exerçait par les seigneurs sur leurs propres terres ; le jus garennæ s’exerçait sur celles de leurs su-
jets, dans toute l'étendue de leur justice ou de leurs
- 1, La Rémonniëre : Les charges du paysan avant 1789p. 111.
2, « Les grands seigneurs, dit Champier, prisent le pluvier ; aussi dans leurs terres est-ce un crime capital d’en tuer un, et ce crime ils le punissent très rigoureusement, »(LeGrann n° Aussy),
fiefs (1). Les riches seigneurs pour se faciliter en tout temps le plaisir de la chass?, créèrent des garennes, et les rois et les princes des capitaineries. Bientôt les garennes à lapins devinrent si nombreuses, que les campagnes environnantes étaient infestées par ces animaux rongeurs qui, trouvant toujours quelque trou dans les clôtures, se répandaient dans les champs, dévorant les moissons jusqu’à la racine. Les paysans n'avaient aucun remède contre ce mal, car il leur était défendu de tuer le gibier. Tout au plus leur était-il permis de l’écarter des terres en l’effrayant avec des bätons ou des pierres, mais sans jamais le blesser. L'abus des garennes dans la moindre gentilhommerie du royaume, amena de tels ravages dans certaines contrées, qe des disettes s’en suivirent. Les ceultivateurs ne cessent de déplorer l'abondance des lapins qui, à Vesneville (Seine-Inférieure) « mangent le tiers de la récolte », qui ailleurs « ruinent tout le canton ». Les cahiers du Poitou réclament vivement contre les garennes et le droit de colombier considérés comme très nuisibles à l’agriculture : « Les garennes, disent-ils, placées au centre du champ que le cultivateur couvre de ses sueurs, les fuies dont les volées innombrables dévorent les semences, devraient ètre détruites ou du moins les cultivateurs autorisés à repousser par la force ces ennemis de ses moissons. » La loi du 4 août 1790
devait répondre à ce vœu dans ses articles 2 et 3 (2). 1. I. Boxxeuère : Histoire des paysans,'I, p. 301. 2. La Rémonnière : Les charges des paysans avant 1789, p. 109.