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Les procès intentés à ce sujet contre les seigneurs par les communes sont incalculables. Les parlements finirent par écouter les plaintes si justes des paysans, et créèrent quelques règlements pour restreindre le nombre des garennes ou les supprimer. Souvent les seigneurs ne consentaient à cette suppression que moyennant une nouvelle redevance en argent de la part des habitants.
Les villageois souffraient encore bien plus des capitaineries établies en terre royale, comme celles de Fontainebleau ou de Chambord. Là, la quantité de gibier était tellement considérable, qu’il était impossible de rien mettre à l’abri de la dent des cerfs, biches et sangliers entretenus à foison pour le plaisir des princes.
Tout était dévasté à dix lieues aux environs (1), et ce qui : échappait aux bêtes n'échappait pas souvent aux ravages des seigneurs les jours de grandes chasses. Malheur aux champs qui se trouvaient sur le passage des chasseurs! Vignes et moissons, tout était impitoyablement foulé aux pieds et renversé par les piqueurs, les chiens, les chevaux, les carrosses. Les chasseurs ne se gênaient pas pour traverser au galop de leurs chevaux les terres ensemencées ou couvertes de récoltes, pour lancer les
meutes à travers les blés, renversant, piétinant, broyant
1. « On voit des cerfs et des.biches errer auprès des maisons en plein jour. Dans l'Ile-de-France, le spectacle est encore plus lamentable, ‘Les lapins ravagent des centaines d’arpents de terrain, les biches dévorent jusqu'aux légumes des jardins, les jeunes pousses des arbres, les pêcherset les vignes sont ravagés par les cerfs. »(Mawssse : Les Paysans el leurs Seigneurs, p.162.)
OR
tout sur leur passage. Si bien qu’une seule journée de plaisir détruisait en un elin d’œil les labeurs d’une année entière. « Un seul jour de plaisir, dit un cahier de 1789, prive la moitié de la province d’une année de subsistance. » — «Les abus auxquels les chasses donnaient lieu étaient portés à un excès d'autant plus insupportable
que ce mal ne se trouvait compensé par aucune espèce
de bien. On allait jusqu’à interdire la récolte des prés
ou des moissons qui pouvaient servir à favoriser la population et à protéger l'enfance du gibier. Un nid de perdrix ou de faisans était une chose sacrée. Dans l’empire de cescapitaineries, les propriétaires n'avaient pas le droit d'établir des clôtures nouvelles, qui eussent garanti leurs champs des atteintes des bêtes nuisibles (2).» Le plaisir du roi ne souffrait aucun obstacle. Saint-Simon rapporte que certains seigneurs vassaux étaient tenus d’abattre une certaine quantité de toises de murs de leurs parcs, en cas que la chasse « s’adonnât à y entrer ». Car rien ne devait arrêter le plaisir du suzerain. Ainsi toujours les enclos, les jardins des particuliers devaient être ouverts aux officiers de chasse, lorsqu'ils le requéraient, etcela se faisait le plus souvent
fort brutalement.
1. On ne pouvait couper les orges avant la Saint-Jean, ni arracher de mauvaises herbes dans les champs avantla ponte des perdrix ; et il était interdit de mener paître les bestiaux dans les herbages servant deretraite au gibier. (Ordonnances et arrêts de règlements de 1624, 1640, 1658, 1660, etc.)
2. L. Maxesse: Les Paysans el leurs Seigneurs avant 1789, p. 160,
se
fon mn
La Fontaine ce hardi frondeur des vieux abus », a merveilleusement peint, dans sa fable du /ardinier et son Seigneur tous les désordres quisepassaient en cette occasion. Aussile pauvre villägeois paye:t-il chèrement l’aide qu’il a imprudemment sollicitée.
Certains seigneurs, jaloux de leurs droits, faisaient enlever les fusils des paysans et tuer leurs chiens. Souvent défense leur était faite d’avoir des chiens pour la garde des métairies. Les gardes qui portaient d’ordinaire les armoiries des châtelains poursuivaient avec ardeur les braconniers.
Cependant il n’en était pas partout de mème ; les villageois dans certaines contrées avaient la liberté de
prendre de petits oiseaux avec des filets traîinants, dans
les clairières des forêts. Ils pouvaient aussi «tendre leurs
rais aux videcos et aux maunvis et piper en la forèt ». Le tout, pourtant, moyennant une redevance pécuniaire (1).
Le droit de chasse, comme tout monopole, avait fini
par pousser de telles racines, que les gentilshommes :
les plus philanthropes le regardaient, au xvir° siècle, comme très naturel, et se figuraient sincèrement qu'il avait toujours existé. Les vassaux, eux, ne s'étaient pas habitués à ce privilège, et l’on sait de quelles âpres réclamations il fut l’objet dans les cahiers de 1789. On voit par:tout ce qui précède, qu'il était impossible au paysan de faire de la forèt son garde-manger
habituel. Ce fut regrettable, car avec la quantité in-