‹ Alimentation du paysan: Sous l'ancien RégimeChapitre 27 sur 53 · Bauaww, Variélés bordelaises, 2° édit., IT · texte numérisé non relu

Bauaww, Variélés bordelaises, 2° édit., IT

2. Discours surles causes de l’extresme cherté qui est aujourd’hui en France, 1596, éd, Fournier. Variétés historiques, V 11163,

Français. Toutes les provinces produisaient du vin au témoignage des chroniqueurs, car la vigne était cultivée sur la totalité de notre territoire, dans les départements même où l'on boit aujourd’hui de la bière et du cidre. En Normandie, le vin, ce qui surprend au premier abord, est consommé aux xir'sièele et x1v” siècle, en une notable quantité. Outre ce qu'en apportent la Seine et la mer, l'étendue des vignobles est faite alors pour nous étonner. En effet ce n'étaient pas seulement les gens aisés qui buvaient du vin. L'usage en était, sinon habituel, du moins assez fréquent dans les classes rurales. Malgré les progrès du cidre au xiv° siècle, chaque vil- lage, à cette époque, possédait au moins un établissement où on offrait de la bière et du vin (1). Dans les régions du Nord on cultivait également la vigne ; la Picardie, pays à cidre aujourd’hui, ne buvait autrefois que du vin. Toutefois, comme la température n’a pas varié depuis deux mille ans en Europe, il est facile d'augurer que les raisins de Normandie, de Picardie, de Bretagne, d’une maturité le plus souvent imparfaite, ne donnaient qu’un liquide peu alcoolique, sujet à aigrir et incapable de se conserver. C’est pour ce motif qu'au rebours de ce que nous voyons maintenant, le vin nouveau était toujours plus haut prisé que le vin vieux, on l'absorbait « tout chaud », suivant l’expression villageoise, avant que l'acide acétique y eût fait des ravages,

et souvent on l’additionnait de miel (2). Cette incapa-

1. GrorGes D’AVENEL. Paysans el ouvriers, p. 215. 2, En Normandie des vignes ont existé dans la partie la plus

septentrionale, dans le pays de Caux,

cité à produire du bon vin ne s’appliquait pas aux districts du Midi, ayant pour eux le soleil; cependant tous les crus aujourd'hui renommés sont modernes, et presque tous les crus renommés jadis sont complètement oubliés. Jean-Jacques Rousseau ne dédaignait pas le vin du paysan des provinces méridionales, qu'iltrouvait “noir et grossier, mais désaltérant et sain (1).

Nos pères n'épargnaient pas les quolibets aux vins de mauvaise qualité ; ils appelaient le vin d’Avranches : « tranche-boyau; le vin de Laval: rompt-ceinture ;le vin du Cotentin ou du pays d’Auge : tord-boyau. >» « Les Bretons, dit Legrand d’Aussy,prétendaient qu'il y avait trois choses qui valaient mieux en Bretagne que dans tout autre pays de France : les chiens, les hommes et le vin. François I*, devant qui un noble breton soutenait ce vanileux paradoxe, répliqua : « Pour les hommes et les chiens, il peut en être quelque chose ; mais pour les vins, je ne puis en convenir, étant les plus verts et les plus âpres de mon royaume. » Làdessus il raconta l'histoire plaisante d’un chien qui ayant mangé, près de Rennes, une grappe de raisin, sentit incontinant dans le ventre une telle aigreur que pour se venger, il aboya de colère contre la vigne. » Peut-être le roi-chevalier avait-il raison, car il est peu question, à notre époque, de vin breton. Dans l'Ouest le vin était parfois si vert et si âpre qu'on lui donnait le nom caractéristique de grince-dents, nom qui suffit

pour faire connaître sa mauvaise qualité,

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