Brun Férix. La vie privée du paysan, p
et par « étranger » l’on entendait tous ceux qui ne sortaient pas des pressoirs de Ja seigneurie ou de la ville. L'idéal semblait être de maintenir un prix de vente réglé, en chaque localité, sur le prix de revient. En Languedoc, Gascogne, Provence, dans tout le Midi, chaque bourgade se condamne à absorber son vin, jusqu’à la dernière goutte, par ordre de M. le Maire, et à le payer au prix fixé par arrêté municipal. Jurats et consuls tiennent la main à ce que les aubergistes n’achètent pas d’autres futailles que celles des habitants, et c’est par une faveur tout exceptionnelle que le curé est autorisé parfois à introduire, pour sa provision, quelques pièces du dehors (1). |
La culture de la vigne demeura libre en France jusqu’à Charles IX. Alors, elle eut à subir des épreuves qui ne purent rien, du reste, contre sa nature exubérante. En 1566, Charles IX, abusé comme Domitien, ordonne d’arracher une partie des vignes, dont la trop grande abondance causait la disette, ne comprenant point que ce n'était pas les vignobles, mais les affreuses discordes civiles et l’anarchie qui rendaient le pain et la viande rares. Un édit royal décida que les vignes
n'occuperaient à l’avenir, que le tiers du terrain dans
1. GrorGes D’AvENEL : Paysans el ouvriers, p. 240. Claude Gauchet a décrit la vendange avec des accents de vérité. Il nous montre le mesnager, qui, prévoyant le beau temps, retient ses vendangeurs pour le lendemain ; voici « le conducteur de la joyeuse bande » qui assigne à chacun sa tâche, surveillant les filles, qui, « friandes de nature » et « glouttes » cueillent des raisins, et « n’en séparent point trois, qu’ils ne mangent des
deux », j
chaque canton, les deux tiers devaient être convertis en labours et prés. En 1577, Henri LIL reprenant cet édit recommanda aux officiers « d'avoir attention qu'en leur territoires les labours ne fussent délaissés pour faire plants excessifs de vignes ». En 1731, sur la demande de tous les intendants, on renouvela et l’on étendit à toute la France une loi qui interdisait toute plantation de vignes dans toutes les provinces, croyant arrêter par là la disette des grains (1). C’était tuer le produit français par excellence, et ruiner notre principale exportation. Ainsi, pour remédier à tant de misères qui accablaient le paysan, on s’arrètait aux mesures les plus insensées et qui ne pouvaient qu'augmenter encore le mal (2).
On peut faire une remarque générale applicable à toutes les boissons anciennes, c’est l'habitude des aromates qui se perpétue jusqu'au xvirr° siècle ; non seulement on dépense du soufre pour conserver les tonneaux, mais encore de l'anis vert, de la coriandre pour donner un bon goût au vin et du gingembre pour augmenter sans doute sa saveur.
Dans les provinces où la vigne était peu cultivée et
où elle disparut complètement plus tard, les paysans