SCÈNE X
VINCENT
Ah! vous niez? Jamais femme parjure N'eut pareille impudeur! — Mais la chose est ainsi, Madame : vous croyiez votre époux loin d'ici, Et vous aviez vous-même éloigné la servante. Emu par un soupçon... je reviens. Epouvante! Un homme est prés de vous, par la fenêtre entré, A minuit ! — Vous voyez, le fait est avéré !
ALINE
Ecoute-moi.
VINCENT
Non pas ; à vos pères peut-être, Il convenait qu'on vînt chez eux par la fenêtre. Mais nous autres, bourgeois, nous pensons autrement Que messieurs les marquis...
OCTAVE, à part.
Fatal enchaînement!
Oui, tout est contre nous. L'infâme !
Une apparence Horrible
VINCENT
On ne croit plus aux visions en France!
38 ALINE
Les yeux ne trompent pas, plus d'embûche entre nous! D'autres que moi l'ont vu, cet homme, à vos genoux!
Faisant un pas vers la porte.
Epargnez-moi, du moins, car ma colère est prompte, D'invoquer, devant vous, les témoins de ma honte. Ils sauront déposer quand il en sera temps.
ALI NE
Ah ! pourquoi cette haine et ces mots insultants, Vincent!... Mais tu sais bien que je suis innocente!
VINCENT
Je ne sais rien, — j'ai vu. — Donc une loi récente Me dispense d'un meurtre et me rend mon serment.
Faisant un nouveau pas vers la porte comme pour la leur ouvrir.
Relevez-vous, Madame, et suivez votre amant.
Aline se jette aux pieds de Vincent.
OCTAVE, se dressant.
Monsieur, je vous défends d'insulter votre femme.
VINCENT
Ah ! parbleu !
Taisez-vous ! A force d'être infâme.
Vous pouviez espérer qu'on ne vous comprît pas... Mais j'ai tout deviné, tout, vous dis-je ! et, si bas Que vous soyez tombé, j'ai suivi votre chute.