SCENE X. a
OCTAVH, la repoussant doucement et découvrant sa poitrine.
Qui vous arrête?
Mon âme est à la mort, la vôtre au meurtre prête. Il fallait que notre œuvre ainsi se couronnât, Moi par le dévoùment, vous par l'assassinat.
Vincent jette l'arme.
ALINE
Ah ! vous le calomniez !
OCTAVE
Qu'il me le dise en face!
— Qu'il vous dise plutôt, s'il ne veut qu'on le fasse. Comment, par vil calcul, sans amour, froidement, Pauvre, il vint à vous riche et tenté, seulement, Par la dot et le nom! Puis, chose inattendue, Quand le nom fut proscrit et la dot fut perdue, Comment il médita de briser un hymen Qui laissait seulement votre main dans sa main. Qu'il vous dise pourquoi (j'aurais voulu le taire). Ne vous ayant pas morte, il vous veut adultère. Et de son déshonneur, comme un soldat, s'armant. Vous trouvant sans défaut, il vous cherche un amant r' Pourquoi les gens postés? pourquoi la trame ourdie? Et tout l'afFreu.K secret de cette comédie ? Qu'il vous dise cela lui-même, Aline, ou bien A moi que j'ai menti.
ALINE
ALINE, i Vincent.
Quoi! tu ne réponds rien?
Ah! n'est-ce pas qu'il ment?
OCT AVt , à Vincent.
Monsieur, Theure est venue De montrer tous les deux notre âme toute nue. Pour détourner l'affront, devant elle à Pinstant J'ai découvert mon cœur, il faut en faire autant. Pour l'un de nous la mort est sans doute prochaine : J'ai confessé l'amour, vous confessez la haine!
ALINE, à Vincent.
Quoi! tu me haïssais!
OCTAVE, à Aline.
Vous en doutiez vraiment !
Trois ans ont pu passer sur votre front charmant Sans effeuiller les lis de votre premier rêve! Sur votre cœur saignant cet homme a pu sans trêve Poser sa main de fer sans y briser la fleur Dont votre amour candide enfermait la pâleur ! Sur vos yeux, comme un blanc nuage sur l'étoile, L'ombre des anciens jours tendait encor son voile, Où vos larmes perlaient comme en un ciel d'avril! — Mais aujourd'hui qu'il faut conjurer le péril,