‹ AliscansChapitre 17 sur 33 · I. Voyez p · texte numérisé non relu

I. Voyez p

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les germes de ces poëmes? Premier et infranchissable obstacle.

En voici un second qui vaut le premier. On est sûr que Guillaume était universellement célèbre au XI® siècle et qu’il était le héros d’une cantilène chantée par les jongleurs. Cantilena et non cantilena, dit Orderic Vital ; mais admettons ici que cantilena puisse s’appliquer à plusieurs branches de notre geste, la question demeure la même. Du XI® siècle à la fin du XII®, date que nous assignons à notre manuscrit, qui est le plus ancien de la geste, ces premières branches ont pu recevoir l’accroissement de branches nouvelles ; elles ont pu aussi, elles ont dû se modifier elles-mêmes. Comme nous ne savons rien de leur forme primitive, nous ignorons aussi en quoi pouvaient consister et cet accroissement et ces modifications. Si donc on veut que les allusions relevées dans VAliscans se réfèrent à des poëmes, non à des traditions, il est fort permis de croire que ces allusions, qui se trouvent dans la version de la fin du XII® siècle, ne se trouvaient pas dans celle du XI® siècle et ne sont venues s’ajouter au texte qu’après coup, lorsque furent composés les poëmes auxquels elles se rapportent.

En somme, quand même les allusions dont il s’agit auraient fait partie de la version la plus ancienne de notre poëme, elles ne prouveraient pas l’antériorité des autres, parce qu’elles pourraient n’avoir trait qu’à de simples traditions. Relevées dans une version qui ne date que de la fin du XII* siècle, et qui n’est certainement pas la première, ces allusions, ajoutées peut-être après coup, établissent encore moins l’âge relatif de la

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chanson d’Aüscans et des autres chansons du même cycle qui semblent l’avoir précédée.

A ces raisons purement négatives et qui ne font que dégager la question, ajoutons maintenant oes considérations d’un autre ordre, celles qui nous paraissent le mieux justifier la priorité que nous attribuons à VAliscans.

De même que dans tout cycle il y a un héros principal qui en est le centre, de même dans la famille des poèmes qui forment ce cycle il y en a un qui a engendré tous les autres et qui, par cela seul, doit se distinguer d’eux, se reconnaître à certains traits caractéristiques, en dépit des transformations par lesquelles on aura tenté de le rajeunir. Si, comme nous le pensons, notre

poëme est ce chef de famille dans la geste de Guillaume au court nez, il ne faut pas trop s’arrêter à la forme dans laquelle il nous apparaît aujourd’hui ; il convient de l’étudier au fond, par son caractère plutôt que par son aspect, et de le comparer sous ce point de vue à ceux qui nous semblent former sa postérité poétique. Et toutefois, si visiblement rajeuni qu’il soit, n’a-t-il pas encore gardé un début sur lequel déjà nous avons appelé l’attention et qui seul suffirait à marquer sa grande ancienneté ? N’offre-t-il pas aussi des parties en parfaite harmonie avec ce début, tandis

aue d’autres s’en distinguent par leur ton discorant ? Mais sur ces points délicats, on peut ne pas se rencontrer. Il nous semble impossible, au contraire, que le sujet, que le fond du poëme, considéré dans son ensemble, puisse être placé même au second rang, par sa date> dans la série

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où le récit des événements ne lui accorde que la quatorzième place.

Quels sont donc les exploits qui ont fait la grandeur de la renommée de notre Guillaume, qui l’ont illustré et sanctifié? Son pieux biographe a répondu à la question et la chanson Q’Aliscans y fait la même réponse. Ce sont ses luttes contre les envahisseurs de la France méridionale, contre les Arabes. Sans doute il est beau le dévouement dont il fait preuve dans le Couronnement Looys; mais y a-t-il dans ce service rendu par un vassal à son suzerain de quoi fonder l’édifice d’une telle gloire ? Si Guillaume, dans le même poëme, combat contre les Sarrasins, ce n’est pas sur son véritable théâtre, dans le midi de la France ; c’est en Italie, où son rôle est plutôt celui d’un champion que d’un chef, rôle secondaire, épisodique, en quelque sorte, et qu’il joue une fois par occasion dans les deux voyages que lui fait faire à Rome l’auteur du Couronnement, à supposer, ce qui semble on ne peut plus douteux, que l’ouvrage, tel qu’il nous est parvenu, soit entièrement de la même main et du même temps.

Si le Couronnement Looys, malgré son air d’ancienneté, ne parait pas remplir les conditions nécessaires pour dominer toute la geste, est-ce dans la Prise d'Orange, est-ce dans les Enfances Guillaume, est-ce dans le Charroi de Nîmes qu'on trouvera les caractères que nous recherchons ? Il est à peine besoin de dire qu’un stratagème comme celui qui fait le fond du Charroi ne constitue pas un sujet d’assez haute volée pour planer au-dessus de notre cycle, et

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d’ailleurs ce sujet ne se rattache pas directement à celui de VAliscans. Il faut convenir, au contraire, que pour expliquer la situation où Guillaume se présente à nous dans ce dernier poëme, il paraît indispensable de connaître les principaux événements que racontent les Enfances et la Prise d’Orange. Mais pour cela il n’est pas besoin de supposer l’existence antérieure de ces poèmes : il suffit d’admettre celle d’une tradition, même assez brève, qui se sera développée plus tard. Entre cette supposition et celle qui ferait un poëme pvimordial soit de la Prise d Orange^ soit des Enfances, il n’y a pas de comparaison à établir, et la première s’accorde autant avec la vraisemblance que la seconde y répugne. Dans toute histoire, poétique ou non, quand se met-on en quête des débuts d’un héros, des premiers actes de sa vie .? C’est quand il a mérité cet honneur par les exploits les plus signalés de son âge mûr. Quand compose-t-on les Enfances Guillaume ou la Prise d' Orange ? Après l Aliscans, qui seul, parmi les poëmes les plus anciens du* même cycle, satisfait aux données du problème dont il s’agit, et seul nous donne lieu de croire que c’est lui qui, sous sa forme primitive, était la Cantilena dont parle Orderic Vital.

Voyons donc, sans insister plus longtemps sur cette question si peu douteuse, avec quel éclat s’est ouverte la série des poëmes qui forment le grand cycle de Guillaume, le marquis au court

nez.

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Notre chanson, qui est au fond d’une grande simplicité, peut se résumer en quelques lignes.

Le comte Guillaume, vaincu en Aliscans et réduit à la fuite, rentre à Orange sous un déguisement et couvert de blessures. La comtesse panse ses plaies, ranime son courage et l’excite à une revanche. Mais les siens sont morts ou prisonniers ; il ira donc demander aide à son beaufrère, le roi Louis. Il part, obtient non sans peine le secours dont il a tant besoin, et revient défaire les Sarrasins sur le même champ de bataille où il a fui devant eux.

Voilà le poème réduit à sa plus simple expression et dégagé d’un personnage qui y tient une Ç’ande place et y fait une telle figure qu’il a mérité par là d’être associé à la gloire du comte Guillaume et de briller à côté de lui dans le Paradis de Dante (>). Ce personnage, c’est Rainouart, Rainouart au tinel, comme dit notre poète, Rainouart à la masse, comme dit en d’autres termes, mais au même sens, un trouvère postérieur. Ce personnage, à l’origine, était-il déjà l’auxiliaire du comte Guillaume, ou estce une invention de seconde main, une création destinée à introduire l’élément comique dans le drame d’Aliscans ? C’est un point discutable et sur lequel nous dirons plus loin notre sentiment ;

I ; OÙ Guillaume a brilli, Rinoard étincelle.

{Paradis, trad. de M. Ratisbonne, t. II. p. ?•)

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mais, que Rainouart appartint ou non à la fable primitive, nous estimons que le poëme était au moins tel que nous venons de le réduire, et nous ne le concevons pas plus simple.

On a cru pouvoir, cependant, le diviser en deux parties, en deux chansons, dont la seconde serait moins ancienne que la première et porterait toute la responsabilité du persoimage de Rainouart. Telle est l’opinion de M. Paulin Paris (i), adoptée sans hésitation par M. Jonckbloet, qui cependant ne montre pas toujours cette facilité d’adhésion. Il nous plairait beaucoup, à notre tour, de conformer notre sentiment à celui de deux savants qui ont fait du cycle de Guillaume au court nez une étude aussi approfondie ; mais c’est à quoi nous ne saurions nous résoudre.

« Il est évident, dit M. Jonckbloet (et c’est bientôt dit), que la partie la plus ancienne de notre chanson, celle qui semble se rattacher au souvenir des exploits de Guillaume à la bataille d’Orbieux, s’arrête au moment où les portes d’Orange se ferment sur lui (^). »

Arrivé au même point dans son analyse, M. Paulin Paris avait dit : « Ici devrait s’arrêter la branche de la chanson d’Aleschans. Mais les trouvères l’ont allongée, d’abord avec bonheur, puis avec une extrême maladresse (0* »

Nous ne contestons pas la maladresse des ad-

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