‹ AliscansChapitre 19 sur 33 · Tu peux dire la messe maintenant ! Etc · texte numérisé non relu

Tu peux dire la messe maintenant ! Etc

Préface.

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qu’elle n’y tient pas nécessairement place, nous pensons cependant qu’elle n’y fait pas non plus l’effet d’un hors-d’œuvre. C’est d’abord un moyen généralement employé par nos anciens poètes épiques que de faire concourir au triomphe de la foi chrétienne quelque Sarrasin ou quelque Sarrasine, qu’ils convertissent dans ce dessein. Le motif de la conversion n’est pas toujours absolument religieux , surtout du côté des Sarrasines ; mais si la grâce n’opère point seule, les néophytes ne s’en montrent pas moins ardents , jusqu’à révolter le plus souvent par l’excès et par l’indélicatesse de leur zèle. On verra que Rainouart ne fait point exception à la règle, et pousse aussi très-loin, particulièrement à l’égard de son père , ce zèle de nouveau converti.

Il joue donc dans la chanson d’Aliscans le même rôle que tel de ses pareils dans telle autre chanson de geste, et, par ce côté encore, il fait partie d’une série de personnages qui sont comme moulés les uns sur les autres et dont il a été peut-être le prototype.

Le poète d’ailleurs a pris le soin de le rattacher au héros principal par un lien étroit. Il se découvre à la fmque Rainouart est le frère d’Orable, c’està-dire de Guibourc ou de la comtesse d’Orange; et cette affinité , d’abord inconnue , entre lui et Guillaume, est un artifice dramatique dont l’auteur aurait pu tirer peut-être meilleur parti, mais dont l’idée seule prouve en faveur de son imagination.

Très-jeune encore, Rainouart a été enlevé à sa famille et vendu par des marchands au roi Louis, qui raconte assez plaisamment à Guillaume comment il l’a acheté à Palerme, au prix de cent

Préface.

marcs, comment il se l’est d’abord attaché et l’a mis de sa suite , puis bientôt l’a pris en dégoût à cause de sa taille démesurée et, sans même le faire baptiser, l’a relégué à la cuisine, où il s’abrutit depuis sept ans et est devenu le jouet des queux et des écuyers.

Mais le moment est venu où ce jeune géant va sortirde salongue patience, va prendre conscience de sa force et sentir se réveiller en lui , en dépit de son défaut de mémoire , les souvenirs de sa royale origine. C’est en ce moment même que le hasard l’offre aux regards de Guillaume. La force, qui a toujours été admirée et sans doute le sera longtemps encore, devait l’être surtout au moyen âge. Rainouarten est comme la personnification.

C’est un des Brontès ou des Polyphèmes de notre épopée. Semblable à ce Chernuble de Munigre qui figure dans la chanson de Roland («), et qui portait en se jouant plus lourd fardeau que quatre bêtes de somme , il charge aisément sur son épaule une seille de quatre muids d’eau. Avec plus d’aisance encore il saisit, devant Guillaume, un écuyer qui vient de mettre sa patience à bout, lui fait faire deux tours et le laisse aller au troisième contre un pilier où il se brise. Cet exploit attire sur lui l’attention de notre héros et lui gagne son affection. Autant le roi Louis se soucie peu de Rainouart, autant le comte d’Oran^e le prend en gré. Il le demande donc au roi, quilui en fait présent de la meilleure grâce du monde.

De son côté, Rainouart , qui ignore ce don, ne peut entendre sans émotion parler autour de lui

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