‹ AliscansChapitre 2 sur 33 · Guillaume d’orange, t. II, p. 57-J · texte numérisé non relu

Guillaume d’orange, t. II, p. 57-J

3 . Ne pourrait-il pas se faire que l’Archant ou les Archans ne fussent qu’une variante à’Aleschans, où la seconde syllabe serait devenue muette? De là la forme Al’ chans, et, par une modification de 1’/ on ne peut plus fréquente, Archans. Dans notre supposition, ces deux formes, l'ancienne et la nouvelle, auraient trompé les trouvères qui y auraient vu matière à distinaion.

Préface.

fort tempéré d’ailleurs par le peu d’importance de la question, puisqu’il ne s’agit point ici d’un texte de Strabon ou de Ptolémée.

Nous nous croyons tenus à la même réserve sur une autre question non moins douteuse, celle de l’étymologie du nom d'Aliscans. Plusieurs le tirent sans difficulté à'Elysii campi, en quoi ils paraissent bien fondés, à ne consiaérer les choses qu’au point de vue philologique. De ce côté, en effet, Elysii campi ne soulève aucune objection. On admettrait volontiers, d’autre part, qu’une telle dénomination ait pu s’appliquer à une nécropole, à un champ de repos; mais a-t-on la preuve qu’il en ait été ainsi ? On le croirait, à entendre un. archéologue arlésien qui s’est expli • qué sur ce point avec une rare assurance. « Cet Elysée, dit-il, en parlant d’Aliscans, car tel est le nom cjue les Grecs et les Romains donnaient à leurs cimetières^ était très-célèbre avant Père chrétienne sur les rives du Rhône (>). » Voilà, certes, une opinion arrêtée et à laquelle rien ne manque pour donner confiance, si ce n’est le moindre texte à l’appui. Aussi tenons-nous pour très-suspecte l’étymologie qui nous occupe. Disons pourquoi. Elle n’est pas aussi neuve qu’on pourrait le croire, puisqu’elle remonte au moins au XIIF siècle. Dans l’ouvrage bien connu que composa, au commencement de ce siècle au plus tard, Gervais de Tilbury, pour récréer les loisirs de son maître, l’empereur d’Allemagne Othon IV, et qu’il intitula en conséquence Otia imperialia,

I. Estrangin, Description de la ville d'Arles antique et moderne. Aix et Arles, 1845, in-i8, p. 121.

Préface,

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se trouve sur le cimetière d’Aliscans une notice qui porte pour rubrique ; De cxmeterio Elisii campi et illuc advecîis ('). Où l’auteur avait-il pris cette traduction du mot Aliscans? Dans l’usage des clercs de son temps ou dans son imagination? Nous inclinons fort vers cette dernière réponse. Il est vrai qu’en sa qualité de maréchal du royaume d’Arles, Gervais de Tilbury était bien placé, à ce qu’il semble, pour se renseigner sur le point en litige; mais il est vrai aussi que c’était un savant qui se piquait de philologie, qui a enrichi son ouvrage d’étymologies comme cellesci : Jupiter, quasi juvans omnium pater; terra, quia teritur, etc. Avec de telles dispositions, ce bel esprit, selon nous, n’aura pas laissé échapper l’occasion qui s’offrait à lui de rendre aussi doctement le nom vulgaire d’Aliscans. Si en cela il suivit l’exemple de \juelque autre lettré, ce ne fut pas celui de l’auteur inconnu qui, un siècle auparavant ou environ, composa les derniers chapitres de la chronique dite deTurpin (f). Là, en effet, l’expression française en Aliscans ou en Aleschans a pour équivalent latin in Aylis campis (5), ce qui semble prouver que l’auteur s’est borné à latiniser tant bien que mal le nom vulgaire, mais ce qui prouve en même temps que

1 . Gervasii Tilberitnsis Otia imperialia, apud script, rer. Brunsvicensium, Leibnitz, t. 1, p. 990.

2. Voyez sur cette chronique l’excellente dissertation latine de M. Caston Paris : De Pseudo-Turpino. Paris, Franck. 1865, in 8°.

J. Éditions Reuber et Ciampi, et Ms. de la Bibl. lmp. N. D. 133, fol. 42 et 43. Les manuscrits lat. 5925 et S. Germain 465 portent une fois : in aliis campis, et une autre fois aylis campis ou aliscampis.

Préface.

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l’origine assignée à ce nom par Gervais de Tilbury n’était pas de toute notoriété.

Il faut remarquer ici que VAliscans d’Ar\es (ou les Aliscans, comme on dit aujourd’hui) n’est pas le seul lieu ainsi dénommé. On trouve encore, dans le Cher, Allichamps ; dam la Haute-Marne, Allichamp, et dans l’Ailier, les Alissans. De tous ces noms qui nous paraissent avoir une commune origine, rapprochons celui d'Alismont, où la différence ne nous semble tenir qu’au second élément. UAllichamps du Berry a été un lieu de sépulture. C’est ce que prouve le Recueil d'antiquités du comte de Caylus, où on lit : « Alichamps est une paroisse du diocèse de Bourges, sur la rive droite du Cher... Le grand chemin de Bourges â Saint-Amand passe à trois cents pas au levant du clocher d’Alichamps, et c’est dans tous ces environs qu’on a trouvé beaucoup de tombeaux de pierre et des inscriptions (*). » L’auteur ajoute plus loin : « On ignore le nom qu’elle portait autrefois ; on m’a écrit qu’elle était connue par la tradition du pays sous le nom d'EUsii campi ou d'AUi campi, dont on a fait Alichamps, et l’on cite à cette occasion le dictionnaire de Trévoux (2), w Voilà donc encore une fois la même étymologie mise en avant, et par la même raison, mais sans plus d’autorité, à ce qu’il nous paraît. Un historien très-sérieux du Berry, M. Louis Raynal, s’en est méfié avec raison. Il fait mention d’Alichamps, d’après le comte de Caylus ; mais il ajoute en note : « On dit qu’un titre de 1 280, que je n’ai pu décou-

I T. in, p. ^7>-

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