‹ AliscansChapitre 22 sur 33 · Dans le Moulage Rainouart · texte numérisé non relu

Dans le Moulage Rainouart

Préface.

Ixvij

C^est pour lui, en sus de la servitude qui a avili sa jeunesse, un nouveau poids qui le fait souvent retomber, et il le sent bien quand il dit à Guillaume :

Se Ditx voloit, je vaudroie amender :

Mal soit dou fruit ki ne veut miurer (i).

« Si Dieu le permettait, je voudrais m’amender. Au diable le fruit qui refuse de mûrir! » L^auteur d’Aliscans ne s’est donc pas seulement proposé de faire rire en créant le personnage de Rainouart tel qu’il nous apparaît, ridicule, il est vrai, mais en même temps noble et héroïque. De ce contraste, il a voulu tirer une leçon morale. Les deux passages que nous venons de citer ne le démontrent-ils pas ? A nos yeux, son but est visible et élevé. Si l’exécution n’est pas à la hauteur de l’intention, si même elle tombe, par malheur, dans le bas comique, on n’a point sujet de s’en étonner, habitué que l’on est à voir les figures les plus grotesques entrer dans la décoration des plus belles cathédrales contemporaines de notre poème. L’art alors comportait ces disparates qui aujourd’hui nous semblent si choquantes ; et voilà pourquoi rien ne nous paraît prouver que Rainouart ne fut point, dès l’origine, associé à la gloire du comte Guillaume.

S’il l’était en effet, comme nous sommes disposés à le croire, il y a tout lieu de penser aussi

Page 1