I. Paradis, XVIII
Aliscans f
Préf ace.
Ixxxij
moins, qui datent l’un du XIV* siècle et les autres du XV* et du XVI* (').
En Allemagne, à l’époque même où fut composée, selon nous, la rédaction d'Aliscans dont nous publions le texte, c’est-à-dire vers la fin du XII' siècle ou les premières années du XIII®, vivait un Bavarois, à la fois guerrier et poète, dont le nom. Wolfram d’Eschenbach, est aujourd’hui bien connu de tous ceux qui étudient la littérature du moyen âge. Un héros tel que Guillaume, un poëme tel qu*Aliscans, ne pouvaient manquer de plaire doublement à ce chevalier, à ce trouvère allemand; aussi dut-il savoir beaucoup de gré à son protecteur le landgrave Hermann de Thuringe de lui faire connaître l’un et l’autre, et de lui commander, comme il le fit sans doute, un poëme qui répandît en Allemagne la gloire du comte d’Orange. Wolfram commença ce poëme sous le règne du duc Hermann et l’acheva sous celui de son fils , Louis IV, dit le Saint, époux de sainte Élisabeth de Hongrie, c’est-à-dire après l’année 1216, date de la mort d’Hermann.
L’œuvre de Wolfram, oui a pour titre Willehalniy n’est autre chose au’une imitation et même une copie plus ou moins libre, plus ou moins heureuse, de la chanson d’Aliscans. Rien ne paraît aujourd’hui mieux établi. M. Jonckbloet l’a démontré, et M. Léon Gautier a complété et rectifié
I. Voyez, pour l’indication de ces manuscrits, les Épopées françaises, T. III, p. ji et suiv. Voyez aussi Melzi, Bibliograjia dû romanzi e poemi cavaUereschi italiani, p. 510.
Préfac b.
Ixxxiij
sa démonstration (ij. Les Allemands, grands admirateurs du Willehalm, l’ont cru longtemps original et inachevé. Il n’est ni l’un ni l’autre. Le second point ne parait pas plus douteux que le premier, et c’est un Allemand qui a essayé de nos jours de le mettre en évidence. M. Gautier a adopté son opinion ; nous l’adoptons aussi, mais sans accepter les raisons sur lesquelles elle s’appuie. « L. Clarus, dit M. Gautier, a pré- « tendu, le premier, que le Willehalm n’était « point une œuvre inachevée. Suivant lui, Wol- « ^am a abandonné à dessein la hn du texte « français d’AliscanSy parce qu’elle ne lui sem- « blait ni assez épique ni assez chevaleresque. « L’auteur allemand s’irrite contre Renouait, « contre ce personnage comique que Wolfram (c a eu raison d! envoyer aux calendes grecques. Le « minnesinger, dit-il, a bien fait de se débarras- « ser de ce trouble-fête. Il était trop poëte « pour tomber dans la faute des romanciers « français et diviser ainsi l’attention de ses lec- « teurs entre Guillaume, qui la mérite si bien, et « Rainouart, qui en est si indigne. C’est donc « avec une aamirable habileté qu’il a terminé « son beau poëme par la disparition de Re- « nouait (»). »
1 . Voyez encore les Épopées françaises aux endroits déjà cités. Il serait au moins inutile de reproduire ici les arguments sans réplique sur lesquels se fonde cette démonstration. Nous ne reproduirons pas non plus l’analyse du poëme allemand et quantité d’indications ou d’appréciations rela ' tives à ce poeme, qu’on trouvera réunies dans le travail de M. Gautier.