‹ AliscansChapitre 8 sur 33 · Ms. de la Bibl. lmp., fr. 774, fol. 34 v°, col · texte numérisé non relu

Ms. de la Bibl. lmp., fr. 774, fol. 34 v°, col

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mais seulement raccourci (acourcié) dans une bataille.

L’explication que donne M. Tarbé et du surnom qui nous occupe et de l’origine du cycle dans lequel rentre notre poëme paraît de tout point inadmissible. Selon lui, Guillaume au court nez était Guillaume au cornet. Les trouvères le surnommèrent ainsi pour flatter Guillaume IV, comte d’Orange, qui le premier de sa race prit pour armes un cornet, lequel, depuis lors, est resté dans l’écusson de la ville et de la maison d’Orange. Ce Guillaume aimait les lettres, et les poètes du temps étaient royalement accueillis à sa cour. « De là toutes les chansons de geste qui rentrent dans le cycle de Guillaume d’Orange. Elles sont flatteries intéressées ou hommages reconnaissants. » Quant au surnom, ce n’est qu’un jeu de mots, aont cornet, décomposé, a fourni la matière. La plaisanterie réussit et fut sans danger après Guillaume IV, qui mourut en 1218. A dater de cette époque « les clercs, qui copièrent et recopièrent les romans du cycle d’Orange, ne cessèrent d’écrire Guillaume au court nez ('). »

Si cette explication peut sembler juste, ce n’est qu’après l’avoir retournée, pour ainsi dire. Nous croyons au rapport facétieux entre cornet et court nez dont parle M. Tarbé, mais en sens inverse. Guillaume IV, selon toute apparence, en prenant le cornet, se donna des armes parlantes faites pour rappeler le héros déjà^célébré

I . Voyez la notice qui précède les extraits du roman de Foulque de Candie publiés par M. Tarbé. Un vol. in-8“, Reims, 1860, p. XLV-XLViu.

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avant lui par les trouvères sous le nom de Guillaume d’Orange et avec le surnom de Guillaume au court nez. Il y a d’abord ici une question de date. Le texte d’Aliscans que nous publions, où se trouve le surnom litigieux, est-il antérieur à 1218? Rien ne le démontre peut-être mathématiquement, mais tout semble faire remonter ce texte jusqu’à 1 1 80 ou environ. En second lieu, si les trouvères faisaient volontiers des jeux de mots, comme le dit M. Tarbé, d’autres aussi, et de plus haut placés, ne dédaignaient pas le jeu d’esprit qu’on nomme rébus. Toutes les armes parlantes sont là pour le prouver. Enfin, comment penser que tous les poèmes du cycle de Guillaume d’Orange ne datent que du temps du comte d’Orange, Guillaume IV, après le témoignage déjà tant de fois cité d’Orderic Vital, que nous citerons encore nous-même ci-après ?

Tenons-nous-en donc au surnom de Guillaume au court nez Q). C^ant à celui de Fierebrace, il s’explique ae lui-même. C’est Fier bras sous une forme féminine. Plusieurs personnages historiques ont été ainsi surnommés, et entre autres deux comtes de Poitiers qui portaient aussi le nom de Guillaume (^).

On sait comment notre poète appelle son hé-

1. Sur ce surnom, voyez M. Jonkbloet, Guillaume d’Orange^ t. II, p. 112-116.

2. Guillaume II, comte de Poitiers, avait reçu le surnom de fera brachia ou ferox brachium à cause de sa force extraordinaire. (Art de vérifier les dates, comtes de Poitiers.) Guillaume III, et non plus Guillaume II, porta le même surnom, d’après Pierre de Maillezais. (Oe antiquitate eccles. Malleac, lib. I, cap. II.)

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ros. Voici en quels termes il célèbre ses vertus :

« Je puis bien vous dire au vrai et sans men- « tir qu’aucun homme d’armes n’eut à souffrir « autant que Guillaume. Toute sa vie il se peina « pour servir Dieu, pour glorifier et maintenir sa « oi. Il n’eut pas un jour de loisir dans ses « uttes contre les païens. Quant il les tenait, il « ne les faisait pas languir, il ne les faisait pas « coucher dans ses prisons. Jamais il n’en prit « un à rançon; mais il leur faisait tout droit « sortir l’âm*e du corps. Aussi ne fut-il pas cher « aux Sarrasins; mais il eut l’appui de notre « seigneur, si bien qu’il mourut assisté de ses « anges, et il est saint. La bénédiction de Dieu « lui a donné place au paradis céleste (>). »

Ce héros selon le monde, ce saint selon l’Église (saint Guillaume de Gellonne ou saint Guilhem du désert), brillait certainement dès le ,

XI* siècle de tout l’éclat de sa double auréole. Il / .

était en grand renom et partout on chantait ses

louanges. Unhagiographe avait écrit sa vie pour '

l’édification des âmes pieuses, et les historiens ' ’

populaires, c’est-à-dire les poètes ou les trou-

vères, s’étaient aussi emparés de ce beau sujet,

qui leur appartenait deux fois, puisqu’ils s’é- •:

taient donné mission de célébrer les héros de la

terre et ceux du ciel , gesta principum et vitas

sanctorum (*). C’est ce que prouvent et la Vita

sancti Willelmi qu’on lit dans le recueil des Acta i ’ t'.

sanctorum Q), et le passage d’Orderic Vital : •

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