‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 11 sur 58 · CG ALLAN CAMÉRON · texte numérisé non relu

CG ALLAN CAMÉRON

tement de mon cœur sera pour vous. Mais si je vous ai bien entendue, vous avez dit que vous m’aimiez! Pourquoi me parler d’une séparation éternelle? — Hélas ! reprit la jeune fille, la même cause qui nous a rapprochés doit nous séparer pour jamais. Mon père ne voit dans votre famille que des ennemis, et votre frère, Allan, ne voit qu'un rebelle dans mon vieux père. Ceux que nous aimons et à qui nous devons obéir marchent sous des drapeaux différents. Et qui sait? si mon père élait plus jeune, il vous rencontrerait peut-être demain sur un champ de bataille, et votre épée croiserait la sienne. Ah! vous le voyez bien, Allan, j'avais raison de vous dire qu'il fallait m'oublier. Partez donc, noble jeune homme! Mes vœux vous accompagnent. Si je pense à vous désormais, ce sera dans mes prières, pour demander à Dieu de veiller sur vos jours et de protéger votre cause...

Judith eût continué; mais Pémotion la gagnait, des larmes remplissaient ses yeux; elle salua de la main le jeune montagnard et s’éloigna précipitamment du côté de Lochiel. Quand elle fut à l'extrémité de la vallée, elle se retourna et aperçut Allan, immobile auprès du bouleau où elle l'avait laissé. Elle lui montra d’un geste Ie chemin qu’il devait suivre, et le Cameron s’éloigna, non sans tourner plus d’une fois la tête pour voir encore miss Ramsay agitant son mouchoir en signe d'adieu.

Lorsqu’Allan eut disparu, Judith s’assit sur un tronc d'arbre au bord du chemin et n’eut plus la force de retenir ses larmes. Son courage semblait l'avoir

abandonnée; mais cette faiblesse dura peu. La jeune lille sécha ses pleurs, reprit son chemin, et lorsqu'elle rentra au château, un œil pénétrant eùt pu seul découvrir sur son visage la secrète affliction de son âme.

Elle traversa le pont-levis et ne tarda pas à rencontrer au milieu de la cour sir John Ramsay en équipage de chasseur et aux prises avec le vieux Mac- Drummond. Au moment où Judith arriva près de lai, il disait pour la troisième fois avec une énergie croissante : Je vous dis que je sortirai! Cela passe vraiment les bornes de la plaisanterie. Certes, si quelqu'un devait être renfermé en ce moment à double tour derrière les murs d’une prison, c’est bien votre damné Mac-Connuill. Il court les champs à cette heure et va troubler le gouvernement établi, tandis qu’un honnête homme, que dis-je? un juge, ne peut pas même aller réveiller un vol de perdrix sur le côteau voisin. Que croyez-vous, Monsieur, que mon clerc puisse penser de tout cela?

Le vieux highlander avait laissé passer l'orage; mais lorsqu'il vit que le juge s’arrétait Pour reprendre haleine, il dit avec une politesse qui rendait peut-être plus sensible ce qu'il y avait de désagréable dans ses paroles : Il faut vous résigner, Monsieur. Je crois devoir vous prévenir que, jusqu’au retour. du clan, vous ne pourrez sortir de cette maison.

Le juge allait se récrier, lorsqu'un nouveau personnage parut sur la scène. C'était Donal.

— Vous ici! dit en le voyant M. Ramsay. Etesvous donc prisonnier comme moi? — Non, monsieur

le juge, répondit le braconnier. Vous savez qu’il n’est pas facile de mettre la main sur moi. Je ne viens ici que pour vous.— Pour moi? vous me faites beaucoup d'honneur, dit le juge, mais en ce moment je ne suis pas disposé à donner audience. — Voulez-vous retourner à Boscobel? reprit Donal en souriant. — Plait-il? s’écria M. Ramsay, que re dites-vous là? Si je veux retourner à Boscobel? je donnerais dix mille livres pour voir, seulement dans huit jours, la figure de mon clerc, toute laide qu'elle soit. — Eh bien! nous partirons ce soir, si cela vous arrange.— Je te remercie bien, mon pauvre Donal, mais je ne puis profiter de La compagnie. C’est dommage, nous aurions chassé sur la route et je l'aurais raconté mes aventures, mais je suis prisonnier de guerre, el..…..— Qu’à cela ne tienne, monsieur le juge, je n’ai qu’à dire un mot, et cette porte s'ouvrira pour nous laisser partir. Je ne vous demande pour ce petit service que le sifflet d'argent qui pend à votre boutonnière, à la condition que lorsqu’on vous le présentera, n'importe en quel lieu et en quel temps, vous vous souviendrez que vous me devez votre départ de Lochiel.

Le juge brisa la chaine de soie qui retenait le sifflet et le remit au braconnier. Aussitôt celui-ci dit à Mac- Drummond quelques mots que M. Ramsay nentendit pas. Le nom seul d’Huddleston, prononcé plusieurs fois, arriva jusqu’à l'oreille du juge.

Après ce court entretien à voix basse, Mac-Drummond s’avança vers son prisonnier et lui annonça qu'il était libre. Le juge offrit aussitôt son bras à sa fille, en disant : Allons faire nos apprèts de voyage,

L'ouragan y eût laissé des traces moins affreuses.

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ma Chère. Il faut espérer que c’est pour la dernière fois. Mais mon clerc lui-même ne comprendrait rien à Lout ce qui se passe dans ce château.

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